Voir p. 254-263 du présent volume. (Note de l’Édition
MM. Cagny et Roboüam ont enfermé séparément dans deux Imites neuves de la terre de chacune de ces fosses. Cette terre a été prise en partie à la superficie, en partie à une profondeur de 0,50 à 0,80 centimètres. Une troisième boîte a été remplie avec de la terre vierge, c’est-à-dire recueillie en dehors du jardin, à 20 mètres du mur derrière lequel se trouve la vieille fosse. De mémoire d’hommes, déclare M. Gaste, le propriétaire de la ferme, il n’y a pas eu de mouton enfoui en cet endroit. Ce n’est pas non plus un champ maudit, le troupeau y séjourne sans accident.
Les boîtes ont été ferméès séance tenante et entourées d’une ficelle; de la cire a été appliquée sur deux faces à l’intersection des tours de ficelle. Quatre étiquettes ont été collées à cheval sur chaque brin de ficelle et signées Paul Cagny et Alb. Roboüam.
Les terres ainsi envoyées à la Commission étaient donc de trois sortes que nous appellerons par abréviation : terre de douze ans, terre de trois ans et terre vierge.
Plus tard, et pendant le cours de ces travaux, votre Commission a reçu en outre expédiés, cachetés et signés par M. Roboüam un petit sac d’excréments de vers de terre provenant de la fosse de douze ans, et une petite boîte de vers recueillis sur la fosse de trois ans.
Le 18 mars, votre Commission, réunie dans le laboratoire de l'Ecole Normale, vérifie les cachets des boîtes qu’elle trouve intacts et entièrement conformes aux indications du procès-verbal envoyé par M. Cagny. Ces boîtes sont ouvertes et les expériences commencent avec les infinies précautions qui leur donnent une précision vraiment admirable.
Avec une cuiller de porcelaine préalablement flambée, on retire de la boîte à terre vierge environ 200 grammes de terre, que l’on met dans un mortier, flambé aussi, de même que son pilon. On l’écrase et on l’introduit ensuite dans un flacon de la contenance de deux litres, qui a été auparavant porté à une température de 260° [sz'c] à l’étuve. On ajoute un peu plus d’un demi-litre d’eau distillée et l’on agite fortement. Quelques gouttes d’une solution saturée de chlorure de calcium hâtent la précipitation des matières terreuses les plus lourdes. Dès que cette précipitation est accomplie, on décante au siphon tout le liquide trouble qui surnage, mais de telle façon que l’air rentrant dans le flacon filtre sur une couche de coton. Cette précaution a été réclamée par la Commission, afin de se mettre à l’abri des germes charbonneux éventuellement suspendus dans l’air d’un laboratoire où l’on étudie le charbon depuis plusieurs années, nonobstant les précautions prises journellement pour éviter cet inconvénient. On remet de l’eau sur la terre restée au fond du flacon, on décante de nouveau, de la même manière; on répète six fois la même manœuvre et l’on obtient ainsi par six décantations successives six vases coniques d’eau trouble d’un demi-litre environ.
Les terres des fosses de trois ans et celles de douze ans sont traitées cl’une façon identique. On remplit de la sorte six vases coniques d’eau pour chacune des trois terres soumises à l’expérience. Ces vases sont soigneusement étiquetés et abandonnés recouverts d’un papier flambé.
Le lendemain, 19 mars, chacun des vases présente une couche de dépôt pulvérulent de moins de 1 millimètre d’épaisseur. On décante au siphon, et les dépôts des six vases correspondants à chacune des trois terres sont réunis
clans un tube à essai, préalablement épuré par la chaleur. On a ainsi trois tubes qui sont fermés à la lampe, étiquetés et portés à une température de 90° pendant vingt minutes, afin de détruire, autant que possible, les différents germes sans porter atteinte à ceux du charbon. Cependant M. Pasteur annonce à la Commission que malgré cette précaution les inoculations reproduiront en grande partie la septicémie.
Les tubes retirés sont ouverts par une section à leur partie supérieure, on aspire le liquide clair qui surmonte les dépôts, et on procède aux inoculations avec ces derniers.
Trois séries de cinq cobayes chacune sont inoculées avec les dépôts des trois terres, à savoir : la terre vierge, la terre de la fosse de trois ans et la terre de la fosse de douze ans. Chaque animal reçoit sous la peau du ventre une quantité de dépôt terreux correspondant à environ dix divisions de la seringue de Pravaz. Les animaux de chaque série sont mis séparément dans trois cages distinctes, étiquetées par la Commission.
La Commission, réunie le 25 mars, procède à l’examen des cobayes inoculés le 19 :
Première série (terre de douze ans). Tous les animaux sont morts; les quatre premiers ont succombé du 21 au 22 à la septicémie. Le cinquième, mort le 23, est entièrement charbonneux.
On constate de nombreuses bactéridies dans le sang du cœur et de la rate. Celle -ci est considérablement hypertrophiée. Les globules sanguins offrent 1 agglutination signalée par M. Davaine.
Deuxième série (terre de trois ans). Tous les animaux sont aussi morts, le premier le 21, trois autres du 22 au 23 et le dernier dans la journée du 23. Les quatre premiers sont septicémiques. Le cinquième est charbonneux. La rate est volumineuse, son sang est rempli de bactéridies, celui du coeur en renferme aussi, mais en moindre quantité.
Troisième série (terre vierge). Les cinq cobayes sont vivants et bien portants. Ils présentent seulement au lieu de l’inoculation une nodosité de la grosseur d’une petite noisette. On en sacrifie un afin d’examiner cette lésion locale. Elle est constituée par un abcès enkysté dans une membrane pyogénique, les tissus avoisinants sont entièrement sains. Disons par anticipation que les quatre autres cobayes survivants sont aujourd’hui encore en parfaite santé.
Quatrième série. Le 30 mars on répète les mêmes expériences avec les terres de trois ans et de douze ans, traitées comme précédemment. Deux groupes de trois cobayes chacun sont inoculés avec les fins dépôts de chacune de ces terres. Le 3 avril, les six animaux sont morts. Cinq ont succombé à la septicémie aiguë et le sixième au charbon; ce dernier avait été inoculé avec de la terre de douze ans.
Cinquième série. Le 25 mars, afin de donner une double preuve que les animaux, reconnus charbonneux à la suite des inoculations précédentes, ont bien véritablement succombé au charbon, on inocule deux cobayes, à savoir : un petit, avec le sang du cobaye rendu charbonneux par la terre de trois ans ; un grand, avec le sang du cobaye rendu charbonneux par la terre de douze ans. Le 28, ces deux animaux sont morts du charbon. Une goutte de sangprise à l’oreille de chacun d’eux et ensemencée dans du bouillon de poulet
avait reproduit, le 30, la bactéridie charbonneuse avec abondance et à l’état de pureté parfaite.
Sixième série. Le 25 mars, la Commission ouvre la boite renfermant les vers de terre recueillis sur la fosse de trois ans et envoyés par M. Roboiiam. On extrait de trois ou quatre de ces animaux encore vivants une petite quantité d excréments que I on délaye dans quelques gouttes d’eau distillée. Avec ce mélange on inocule trois cochons d’Inde qui sont trouvés morts le 30. Deux avaient succombé a la septicémie et le troisième au charbon. De ce dernier une goutte de sang prise a I oreille avait été ensemencée et avait reproduit la bactéridie pure, sans mélange d’aucun autre organisme. La même opération de culture, pratiquée avec le sang des deux autres, n’avait rien donné.
Septième série. Les expériences de la troisième série rapportées plus haut ont montré que la terre recueillie en dehors des fosses charbonneuses est restée inoffensive pour les animaux inoculés. Mais il faut se rappeler que M. Pasteur avait affirmé, dès 1879, que la plupart des terres étaient susceptibles de donner des morts par septicémie en dehors de tout enfouissement d’animaux charbonneux. A la page 1065 du Bulletin de V Académie de médecine de 1 année 1879, il s’exprime ainsi : « Dans nos expériences nous avons rencontré cette circonstance remarquable que toutes les terres naturelles que nous avons eu 1 occasion d examiner renfermaient des germes propres à donner une septicémie particulière (4). »
\otre Commission a tenu à voir répéter des expériences tendant à infirmer ou à confirmer cette proposition. Voici dans quelles conditions elles ont été exécutées.
Des \ers de terre ramassés dans un terrain vague situé sur l’emplacement de 1 ancien collège Rollin, où avaient été enterrés des cadavres humains pendant la Commune, ont fourni une certaine quantité d’excréments. Ceux-ci délayés dans un peu d’eau distillée ont été inoculés le 28 mars à trois cobayes. Le Ie' avril un de Ces animaux est mort septicémique et les deux autres sont encore actuellement bien portants.
Huitième série. Enfin des excréments de vers ramassés sur la fosse de douze ans et expédiés par M. Roboiiam sont traités par les procédés que nous a\ ons décrits plus haut au sujet des terres de différentes provenances, ht, afin d’isoler les germes charbonneux de ceux de la septicémie, on ensemence les fins dépôts pulvérulents obtenus par décantation. La culture des germes d’après la méthode de M. Pasteur, qui est fondée sur la nécessité de la présence de l’air pur pour le développement de la bactéridie charbonneuse et sur [la nécessité de] son absence pour celui du vibrion septique, donne une lapide production de bactéridies. Celles-ci sont inoculées le 30 mars à deux cobayes qui succombent, le 3 avril, au charbon le plus légitime.
Telles sont, messieurs, les expériences intéressantes au plus haut degré auxquelles a assisté votre Commission. Elles confirment d’une façon évidente les faits curieux annoncés par MM. Pasteur, Chamberlain! et Roux.
. );Z0i2 P' 2f-2S2,}a Posent volume : Sur l’étiologie de l’affection charbonneuse.' Bulletin V Édition )‘næ ^ medeclne' 2° ser” vm> séance du 21 octobre 1879, p. 1068-106Ü. (Note de
MALADIES VIRULENTES