‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 245 sur 299 · INOCULATIONS ANTIRABIQUES INTENSIVES ET MORT PAR LA RAGE · texte numérisé non relu

INOCULATIONS ANTIRABIQUES INTENSIVES ET MORT PAR LA RAGE

M. Peter : Je désire communiquer ii l’Académie un cas de rage survenu à Paris chez un individu inoculé par la nouvelle méthode intensive, ce cas me semblant présenter un réel intérêt.

J’en dois la connaissance au hasard. Si je ne m’étais pas trouvé en consultation avec le D1' Miquel, je n’en aurais rien su, ni vous non plus. Donc j’étais en consultation le dimanche 19 décembre dernier, avec le D1' Miquel, médecin distingué de Paris (demeurant 56, boulevard Beaumarchais). C’est à la suite de la consultation que ce médecin me dit : « Cela vous intéressera peut-être de savoir que je viens d’observer un cas de rage chez un de mes clients inoculé par M. Pasteur. Il est mort jeudi ; j’ai aussitôt écrit au laboratoire Pasteur pour signaler le fait et demander quelques renseignements ; mais on ne m’a pas répondu. »

Voici l’observation en quelques mots :

Un jeune homme de vingt ans, nommé Réveillac (demeurant chez son beau-frère, M. Poignet, charbonnier, passage d’Allemagne, n° 9, à La Villette), est mordu à un doigt de la main par le chien de son patron. Ce chien, reconnu enragé par un vétérinaire, fut abattu peu de temps après.

Le jeune Réveillac se rendit le lendemain de la morsure chez un pharmacien pour faire cautériser sa plaie. Le pharmacien jugea qu’il était trop tard pour que la cautérisation fût efficace ; on conseilla alors à Réveillac de se rendre au laboratoire de la rue Vauquelin. Ce qu’il fit le lendemain, c’est-à-dire quarante-huit heures après la morsure.

Au laboratoire, les inoculations furent pratiquées à la région des hypocondres, et suivant la nouvelle méthode intensive, dont M. Pasteur nous a donné la formule le 2 novembre dernier (2). Réveillac fut inoculé trois fois par jour, à neuf heures du matin, à quatre heures de l’après-midi et à neuf

1. Bulletin de V Académie de médecine , séance du 4 janvier 1887, 2' sér., XVII, p. 16-18.

2. Voir, p. 627-635 du présent volume : Nouvelle Communication sur la rage. ( Note de l’Édition.)

heures du soir. Les trois inoculations quotidiennes furent faites pendant douze jours consécutifs.

La santé resta parlaite jusqu au dimanche 12 décembre exclusivement. Ce jour-là, Réveillac éprouva un symptôme prémonitoire d’une importance considérable, à savoir une douleur, qui bientôt devint constante, au niveau de la cicatrice des piqûres des inoculations antirabiques , et non pas au niveau de la cicatrice de la morsure du doigt.

(Ce symptôme m a été spontanément indiqué par la sœur de Réveillac : « Cela 1 a pris par des douleurs dans les points où il avait été vacciné. » Et, quelques instants après, le beau-frère, absent au moment de mon arrivée, me disait presque dans les mêmes termes que « la maladie avait commencé par tles douleurs là où l’on l’avait vacciné ».)

Bientôt malaise général et sentiment d’extrême faiblesse. Sa sœur engage Réveillac à aller demander conseil et secours « à M. Pasteur » ; et le malade lui répond : « Mais il faudrait pouvoir, et je ne le peux pas. »

La journée du dimanche se passe ainsi dans l’immobilité et la tristesse.

Le lundi, la faiblesse augmente; le malade ne peut quitter la chambre et prend à peine quelque nourriture.

Le mardi, il s alite définitivement et meurt le jeudi, six semaines après la morsure. Le docteur Miquel, mandé ce jour-là, arrive et le trouve mort, ayant une bave écumeuse à la bouche.

Les renseignements fournis au docteur Miquel le jeudi 9 décembre, comme à moi le 30 du même mois, sont qu’il y a eu le mercredi et le jeudi, 4 et 5 jours de la maladie, des spasmes de la gorge, de l’impossibilité à avaler des liquider, puis, qu à d autres moments, la déglutition de petites quantités de boisson pouvait se faire.

Il ny a jamais eu de convulsion, mais de la faiblesse, puis de la paralysie.

Par exemple, à ma question : « Votre frère a-t-il eu des convulsions, des mouvements violents, de l’agitation ? — Oh, bien loin de là, me fut-il aussitôt répondu, le mercredi et surtout le jeudi nous étions obligés de le tournei et de le retourner dans son lit, soit d un côté, soit de l’autre, tant il était incapable de le faire. Son bras soulevé par nous retombait aussitôt. »

« A-t-il poussé des cris? — Bien au contraire, il parlait à peine, sinon pour dire de temps à autre : « Oh ! ce chien ! » Et le jeudi, il a gardé un silence presque absolu.

« C est ainsi qu il s est éteint, après avoir eu de l’écume à la bouche dans les derniers moments. »

Tel est ce cas de mort chez un mordu inoculé suivant la nouvelle méthode intensive.

11 semble impossible de ne pas etre ici futippé de deux laits au moins:

Le premier, c est que les douleurs prémonitoires se sont montrées non pas au niveau du doigt mordu, mais au niveau des piq lires faites par les inoculations antirabiques .

Le deuxième, c est que les symptômes n ont pas été ceux de la rage ordinaiie chez 1 homme, puisque (à part le spasme œsophagien) les accidents dominants, au lieu d’être convulsifs, ont été paralytiques.

MALADIES VIRULENTES

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