‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 252 sur 299 · HABITATION · texte numérisé non relu

HABITATION

Sptembre.

Du 29 septembre

Traitement intensif.

Rue du Cherche-Midi, 7.

lobre.

au 18 octobre.

Du 7 octobre

Rue du Battoir, 3.

|ptembre.

Du 9 octobre

Tazaizkos Marin aroz-Huyge

I 1 tobre.

au 25 octobre.

Du 3 octobre

(Hongrie).

Brest, place Saint-Martin.

t ; ptembl’e.

au 24 octobre.

Du 8 octobre

Montpellier, faubourg Sainte-

ii lobre.

au 24 octobre.

Du 10 octobre

Jeanne, 6.

Sallèles d’Aude.

i ,'plembre.

Du 3 septembre

Billancourt, 44, avenue des

au 2 octobre.

Moulineaux.

» 1 lobre.

Du 12 octobre

Saint-Rémy en Bouzemont

au 21 octobre.

(Marne).

Il tobre.

Du 13 octobre

Briesseghem (Brabant).

Il tobre.

au 21 octobre.

Du 15 octobre

Plombières (Vosges). ;

K tobre.

Du 21 octobre

Bordeaux, rue Rivoli, 4.

au 28 octobre.

■ tobre.

Du 22 octobre

Charot (Drôme).

■ tobre.

au 1er novembre.

Du 23 octobre

Bordeaux, rue Morin, 17.

Ij

1 tobre.

au 3 novembre.

Du 25 octobre

Chécy (Loiret).

■ tobre.

au 5 novembre.

Du 25 octobre

Verreries de Saint - Galmier

■ tobre.

au 6 novembre.

Du 31 octobre

(Rhône). Chat enragé.

Caudéran (Gironde). Chat en-

■ tobre.

au 12 novembre.

Du 11 novembre

ragé.

Villa de Camas (Séville).

■ptembre.

au 22 novembre.

Du le,‘ décembre

au 14 décembre.

Je me suis alors adressé à M. le Dr Royer et à M. le Dr Texier qui avaient ul Ie malade pendant la vie. Je suis encore obligé de donner lecture des passages les plus importants de ces deux lettres.

\ oiei ce que m’écrit le Dr Royer auquel la famille avait laissé ignorer, volontairement d’ailleurs, la morsure par le chien enragé et le traitement subi au laboratoire de M. Pasteur, craignant que le médecin ne fit une indiscrétion près du jeune Réveillac qui était fort impressionnable :

« Je me suis trouvé, dit le D' Royer, en présence d’un jeune homme ti (‘s robuste, que Ion ma dit etre malade depuis quelques jours (sans autre renseignement). Le trouvant très malade, j’insistai pour savoir s’il avait reçu déjà des soins médicaux. Il me fut répondu que non. Après

I avoir examiné très attentivement, d’autant plus attentivement que je voyais un homme très malade, sans savoir pourquoi, il me fut très difficile d établir un diagnostic, ou du moins je n’en établis aucun qui ait pu me satisfaire.

« Le malade se plaignait très fort, accusait de vives douleurs, principalement, dans le ventre, les lombes, les reins, l’estomac ; le foie était grippé, la soif ardente, les urines rares, la constipation opiniâtre.

« Rien du côté de la poitrine, de la gorge. Rien du côté de la tête, le malade n y avait pas mal, il ne délirait pas, il n’y avait pas de symptôme nerveux.

« Rien, en un mot, d’extraordinaire qui ait pu me frapper. Je n’hésitai pas toutefois à porter un pronostic grave, en prévenant les parents. Je crus à une gastro-entérite grave, ou péritonite suite de refroidissement.

« Le lendemain je revis le malade (toujours sans nouveau renseignement).

II était in entremis , et mourut quelques heures après ma visite.

(< Après sa mort, j’appris qu’il avait été mordu par un chien enragé ( ?) et soigné au laboratoire Pasteur. Alors je fis un retour d’observation sür les divers phénomènes que j’avais examinés sur le malade; je me rappelai les symptômes qui ne m’avaient pas conduit à un diagnostic, je me rappelai le spasme œsophagien et l’écume bronchique que j’avais attribués aux affres de 1’ agonie, etc.

« Je puis affirmer aujourd’hui que si la rage n’est pas la maladie qui a enlevé Réveillac, elle lui ressemblait beaucoup. »

1 uis voici la lettre du D' fexier. C’est le médecin qui a été appelé le premier jour, c est-à-dire le 14 décembre. Voici les passages importants de sa communication :

« Je n ai fait qu une visite ; c’était le 14 décembre, quarante-huit heures, à peu près, avant la mort de cet homme.

« J appris, en arrivant, que le nommé Réveillac, mordu quatre semaines auparavant par un chien enragé, avait reçu les soins de M. Pasteur, et que tout allait très bien.

« J examinai le siège de la morsure et des piqûres. Rien du côté de la morsure ; rien non plus du côté des piqûres, qui étaient invisibles.

« Le malade n offrait aucun symptôme des périodes classiques de la rage.

« Face un peu rouge, mais expression naturelle ; intelligence parfaitement conservée ; céphalalgie légère ; nuits assez calmes ; un peu de fièvre :

MALADIES VIRULENTES

peau moite; brisement des membres ; anorexie et constipation ; le malade demandait assez souvent à boire, et il avalait très bien ; douleurs assez vives dans le ventre et sur les piqûres ; depuis quelque temps, prurit général très incommode sans papules.

« Cet homme était couché sur un lit de sangle, près d’une croisée; pas de feu dans la chambre ; peu de couvertures ; murailles peu épaisses ; saison froide et humide.

« Je crus voir une fièvre prenant le caractère rhumatismal.

cc Quant au prurit, je me F expliquais, jusqu’à un certain point, par les habitudes d’un charretier : aliments épicés et boissons alcooliques.

« Les douleurs pouvaient être le résultat du rhumatisme. »

Enfin, hier, M. Peter et moi, nous nous sommes rendus passage d’Allemagne et avons interrogé Mme Poignet, sœur du jeune Réveillai;. De cet interrogatoire il résulte que l’observation de notre collègue et ami est d’une exactitude parfaite et conforme absolument au récit fait par la sœur du malade. Cet homme n’a eu ni aérophobie, ni photophobie, ni hydrophobie, ni cette agitation et ce délire observés presque constamment, si ce n’est toujours, dans les cas de rage humaine. Il avalait avec une certabie difficulté, mais n’avait aucune horreur des boissons. Il n’avait pas de sputation, mais une certaine difficulté dans l’expectoration ; les symptômes de faiblesse dominaient et, outre les douleurs qu’il éprouvait du côté des piqûres et dans tout le ventre, il en éprouvait aussi dans toutes les parties du corps et en particulier dans le dos. D’ailleurs rien du côté de la morsure qui avait eu lieu à la main. La mort paraît avoir été extrêmement rapide et précédée d’écume à la bouche, de dyspnée et de perte de la vue.

Comme on le voit par les différents documents dont je viens de donner leclure, le cas du jeune Ttéveillac est des plus obscurs, et s il a succombé à la rage, à coup sûr, le tableau symptomatique qu’il a offert s’éloigne considérablement de celui que I on constate habituellement chez les malades atteints d hydrophobie rabique.

Admise par les uns, contestée par les autres, cette observation de rage manquera toujours de celte preuve scientifique indiscutable de l’inoculation du bulbe.

Cette inoculation eu effet aurait permis non seulement d’affirmer le diagnostic, mais encore de savoir à quelle rage l’individu avait succombé : si c’était celle du chien auteur de la morsure du doigt, ou bien encore celle du lapin, résultat des inoculations faites au laboratoire. En effet, M. Pasteur nous a montré que, lorsqu’il s’agit de la rage du chien communiquée à l’homme, le bulhe inoculé à des lapins n’entraîne la mort de ces derniers qu’au bout de quinze jours à trois semaines, tandis qu’au contraire, lorsqu’il s’agit de la rage déterminée par les moelles de lapin rabique, la mort survient alors dans un délai de sept à huit jours.

Permettez-moi, en terminant, de vous donner la statistique des décès par la rage dans le département de la Seine, pendant I année qui vient de s’écouler.

En 188G, nous avons eu trois décès par la rage, et quatre si vous y joignez le fait de Réveillac. En nous reportant aux années précédentes, nous trouvons les chiffres suivants :

En

En

En

En

En

De ces

trois

cas de

inoculé et

deux,

si vous

21 cas.

5 cas.

4 cas.

9 cas.

I mettez le lait de Réveillac. Les deux non-inoculés sont un sieur Riffiandi, âgé de 28 ans, exerçant la profession de modèle, et qui est mort le 11 avril à Bcaujon, et une femme Huard, âgée de 58 ans, sourde et aveugle, qui est morte à l’hôpital Saint-Louis, le 27 décembre. Des inoculations faites avec le bulbe de ces deux malades ont donné des résultats positifs.

Quant au troisième cas, il s'agit d’un sicnr Clerjot, qui est mort le 17 à 1 hôpital Tenon. Des inoculations laites avec le bulbe ont permis de constater, par la mort des lapins qui a eu lieu quinze jours après, qu’il s’agissait bien ici de la rage du chien.

A ne prendre que ces chiffres dans leur acception mathématique, deux cas de mort chez les non-inoculés et deux cas de mort chez les inoculés en y comprenant Réveillac, ce qui est encore fort douteux, cela pourrait paraître un échec de la méthode de M. Pasteur. Mais ces chiffres prennent une tout autre signification si nous avons soin de faire remarquer qu’à Paris et dans le département de la Seine, presque tous les individus mordus par un chien suspect de rage se sont rendus dans le laboratoire de M. Pasteur, tandis que c est une infime minorité qui n’a pas eu recours à ces inoculations, et alors cette mortalité égale chez les vaccinés et les non-vaceinés ne l’est plus, puisque dans le premier cas elle porte sur un nombre considérable d’individus et dans le second sur un nombre extrêmement restreint.

Cette même remarque peut être faite à propos de la statistique fournie par les adversaires de la méthode pastorienne.

Dans sa très remarquable leçon d’ouverture du cours de clinique, notre collègue le piolesseui 1 eter dit ceci: « Les inoculations de Pasteur ont échoué misérablement, puisque, dans l’année qui vient de s’écouler, la mortalité par la rage a été égale à celle des années précédentes (30 cas de mort, dont 14 après inoculation et 16 sans inoculation). » Les chiffres de M. J asteur sont un peu différents : 12 seraient morts après inoculation, 1/ sans inoculation. Mais ces chiffres sont bien différents, si on les rapporte au nombre des personnes atteintes; la mortalité de 14 personnes selon M. Peter, de 12 selon M. Pasteur, se rapportant, en effet, à 1.700 vacccinés,

et le chiffre de 17 se rapportant à un nombre très infime de personnes mordues.

Quant à moi, je suis persuadé que la méthode de M. Pasteur a guéri bon nombre d’enragés. Que cette méthode ait ses insuccès et même ses accidents, je accepte, mais quelle est la méthode thérapeutique qui, appliquée à

mine, na pas ses insuccès et ses accidents, et permettez-moi de vous rappeler à ce propos les paroles de notre collègue M. Trélat. Il s’agissait des cas de mort par le chloroforme, et M. Trélat nous disait : Que l’on mette t ans les plateaux d’une balance, d’une part, le nombre de personnes que le

MALADIES VIRULENTES

chloroforme a permis de sauver et, de l’autre, le nombre si restreint des individus qui ont succombé à la chloroformisation et l’on verra alors bien nettement l’énorme bénéfice que l’on doit à cette méthode.

Je suis persuadé qu’il en sera de même du mode de traitement de la rage par les inoculations et que lorsqu’on comparera, sans parti pris et sans arrière-pensée, le nombre des insuccès dus à ce procédé au chiffre des succès, on appréciera alors tous les bénéfices et tous les avantages que. nous pouvons tirer de la méthode que l’on doit à notre illustre collègue. ( Applaudissements .)

M. Brouaudel: Dans le cours de la discussion qui a suivi la Communication de M. Peter sur la mort de Réveillac, M. Dujardin-Beaumetz a fait allusion à la mort d’un enfant dont mes fonctions de médecin-expert au Palais m’ont permis de rechercher les causes.

Je donne dans tous leurs détails, avec l’autorisation de M. le procureur de la République, la déposition du père de l’enfant devant M. le commissaire de police, la note qui, m’a été remise par M. le Dr A. Rueff qui avait donné des soins à l'enfant, le rapport d’autopsie que j’ai déposé au Parquet de la Seine.

Déposition du père. — - L’an 1886, le 27 novembre, devant nous commissaire de police, etc., se présente le sieur Rouyer (Joseph-Napoléon), âgé de cinquante-six ans, demeurant rue de Bretagne, 58.

« Mon fils (Edouard-Jules) est décédé hier à cinq heures du soir, en

mon domicile, dans sa treizième année . Il allait à l’école communale rue

Béran o-er.

« Mon fils s’est trouvé malade dans la nuit du 24 au 25 de ce mois. Il avait reçu d’un élève, étant à l’école mardi dernier, 23 novembre, un coup dans le côté, un coup de poing. C’est à la suite de ce coup qu’il est tombé malade. Il a été visité par M. le Dr Mette et soigné pour un lumbago.

« Mon fils a été mordu par un chien inconnu durant le mois dernier, sur la voie publique, rue des Filles-du-Calvaire, vers le milieu du mois passé. Il a été mordu au bras. Pendant douze jours, mon fils a été inoculé à l’Institut de M. Pasteur.

« Le médecin de l’état civil refuse le permis d’inhumer, ne sachant à quoi attribuer la mort.

Signé : Le commissaire de police,

Trobert.

C’est parce qu’une question de mort à la suile de coups était posée par le père du jeune Rouyer que le Parquet a été saisi et que M. le Procureur de la République m’a commis le 27 novembre « à l’effet de procéder à l’autopsie du jeune Rouyer, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit ».

J’ai prévenu de suite les personnes qui pouvaient me fournir des renseignements et l’autopsie a été pratiquée le 28 novembre 1886, à deux heures de l’après-midi, quarante-deux heures après la mort, en présence de M. le

Dr Rueff, médecin de l’enfant, de M. le Dr Grancher, de M. Loir et de M. le Dr Socquet, un de mes collaborateurs.

Avant de vous donner les résultats de l’autopsie, permettez-moi de vous lire, sans en retrancher un mot, la note qui m’a été remise par M le Dr Rue (T.

« Enfant Rouyer, âgé de douze ans, très nerveux, très impressionnable, ayant toujours présenté une sensibilité exagérée de la peau. Sept de ses frères ou sœurs sont morts au-dessous de cinq ans, d’une méningite tuberculeuse.

« 11 est mordu le 8 octobre au bras, à travers son pardessus, par un chien resté inconnu. Il s’est écoulé un peu de sang par la morsure. Des inoculations antirabiques ont été pratiquées pendant douze jours à partir du 20 octobre.

« Le 23 novembre, il reçoit d’un de ses camarades un coup dans les reins ; il ressent dès lors une douleur assez vive dans cette région, avec irradiations dans les parois abdominales.

« Le 25 novembre, M. le Dr Mette constate un certain abatttement, de la fièvre (120 pulsations), des douleurs vives dans les reins. Les urines étaient rougeâtres, épaisses. Constipation. Pas d’horreur des liquides.

« Le 26 novembre, a 4 heures du soir, je suis appelé à le voir. Pâleur exti eme des téguments: collapsus dont on arrive cependant à le tirer: il î épond avec dilhculté aux questions qu on lui pose. La voix est nasonnée, la i espiration est saccadée, entrecoupée de spasmes diaphragmatiques très fréquents, 20 à 22 par minute. Inspirations de plus en plus rares, accompagnées tic raies trachéaux, avec arrêts qui durent trois ou quatre secondes.

« La sensibilité de la peau n'est pas exagérée ; il se plaint de douleurs assez vives à la suite de quelques injections d’éther.

« Pas d’horreur des liquides : le malade accepte de boire au verre ou a la cuillère, mais ne peut avaler, les boissons s’écoulant par les commissuies des lèvres. Pas d hyperesthésie des sens optique ou acoustique, température, 3/ degrés au creux de l’aisselle, 37°, 8 au rectum. Il meurt à six heures. »

Les dates sont donc celles-ci :

Morsure le 8 octobre 1886. — Inoculations à partir du 20 octobre.

Coup clans lcs reins le 23 novembre. — La maladie débute trente-six heures apiès, dans la nuit du 24 au 25 novembre. — L’enfant meurt le lendemain 26 novembre, à 6 heures du soir.

Autopsie. — Voici maintenant le rapport d’autopsie :

« Le cadavre est celui d’un jeune garçon âgé de douze ans et demi. Il mesure lm,45, il est maigre. On ne constate aucune trace de violence sur les diveises parties du corps. La putréfaction n’est pas commencée, mais la rigidité cadavérique a complètement disparu.

« Il n y a pas d’épanchement'sanguin sous le cuir chevelu, ni de suffusion sanguine dans le tissu cellulaire des diverses régions, notamment de la région lombaire.

« Les os du crâne ne sont pas fracturés. Les vaisseaux des lobes occipitaux du eeiveau sont remplis de sang, ceux des lobes antérieurs sont vides; d n y a pas d injection des petits réseaux capillaires. La pie-mère est mince,

MALADIES VIRULENTES

ne présente pas de plaques d’épaississement, elle est assez adhérente à la substance cérébrale, la décortication du cerveau est très difficile. Les artères cérébrales, celles du bulbe et les sylviennes sont saines. On ne découvre ni tubercule ni traînées blanchâtres sur leur trajet.

« La moelle est très congestionnée.

« Le bulbe paraît sain ; il a été placé, sans être sectionné, dans un* bocal et la moelle dans un autre bocal contenant une solution étendue de bichromate de potasse. Ces deux bocaux ont été portés immédiatement au laboratoire de M. Pasteur.

« L’œsophage et la trachée sont sains. Leur muqueuse n’est [tas rouge. Par la pression des poumons on fait sourdre des bronches dans la trachée une certaine quantité de spume rosée.

« Il n’y a pas d’épanchement dans les plèvres. Les deux feuillets de la plèvre gauche sont réunis par de nombreuses adhérences anciennes. Sur la plèvre du poumon droit se trouvent de nombreuses petites ecchymoses souspleurales. Les poumons, le gauche dans toute sou étendue, et le sommet du poumon droit sont gonflés, assez résistants, œdématiés. A la coupe il s'écoule une grande quantité de spume bronchique. Il n’y a pas de tubercules pulmonaires.

« Il n’y a pas d’ecchymoses sous-péricardiques. Les cavités du cœur contiennent un peu de sang liquide, sans caillots. Les valvules sont saines.

« L’estomac renferme 50 grammes environ d’un liquide rougeâtre ; la muqueuse est légèrement ecehymotique.

« Le foie n’est pas très congestionné, il paraît sain. La rate n’est pas dil fluente et paraît saine.

« Les reins sont très congestionnés, durs, ils se décortiquent assez facilement. Sur la face postérieure de chacune des deux capsules se voit une plaque ecehymotique assez large.

« Les intestins sont sains ; le cæcum contient une petite quantité de matières fécales pâteuses. La vessie contient 90 grammes d’urine. Par la chaleur et l’addition d’acide nitrique, il se forme un abondant précipité d albumine, qui en se collectant occupe le lendemain le quart environ de la hauteur totale de la colonne d’urine contenue dans le tube. »

Sur les résultats de l’inoculation du bulbe à des animaux, M. le Dr Roux, sous-directeur du laboratoire de M. Pasteur, m’a remis la note suivante :

« Le 28 novembre, le bulbe de l’enfant Rouyer a été apporté au laboratoire. Avec la matière de ce bulbe on a inoculé, par trépanation, à la façon ordinaire, deux lapins.

« Ces deux lapins sont en bonne santé aujourd’hui 9 janvier 1887, c està-dire quarante-deux jours après les inoculations.

« Conclusions . — 1° Les symptômes observés pendant la vie par M. le Dr A. Rueff, les lésions irouvées à l’autopsie, les résultats négatifs des inoculations pratiquées avec le bulbe de cet enfant permettent d’écarter l’hypothèse que le jeune Rouyer (Edouard) ait succombé à la rage.

« 2° Les symptômes, les signes tirés de l’examen des urines doivent faire admettre que la mort est la conséquence d’une albuminurie, accompagnée d accidents urémiques.

« 3° La présence d’ecchymoses presque symétriques siégeant sur la lace

postérieure de la capsule des deux reins ne suffît pas, en l’absence de toute autre trace de violence? dans la région des lombes, pour démontrer crue cette albuminurie soit la conséquence des coups que le jeune Rouyer aurait reçus le 23 novembre 1886. »

Tel est le rapport que j ai remis à M. le procureur de la République. Je li ai fias à m excuser devant l’Académie des longs détails qu’il contient. J estime que, dans une question qui a soulevé trop de passions médicales et extramedicales, il appartient à l’Académie, devant qui elle a été portée, de ne prononcer que sur des documents précis; c’est à cette condition que son jugement sera scientifique et respecté.

Cette précision me semble manquer complètement au fait rapporté par M. I eter. Je sais qu il n a pas tiré de conclusions formelles, mais il a très habilement comblé les lacunes de l’observation par des considérations qui permettaient au lecteur de déduire des conclusions très nettes.

Or, qu on veuille bien appliquer au fait dont je donne la relation le procédé de raisonnement adopté par M. Peter et on verra que pour lui l’enfant Rouyer doit être considéré comme mort de la rage.

Voici en effet les paroles de M. Peter parlant de Réveillac :

« La seule chose que je veuille dire aujourd’hui, c’est qu’il y a dans mon observation une série de trois termes :

« 1° Morsure d’un individu par un chien réputé enragé;

« 2° Inoculation a cet individu du virus de M. Pasteur par la méthode intensive ;

« 3° Mort rapide de cet individu avec les symptômes que j’ai dits.

« Eh bien, faisons une supposition : supprimons le second terme de cette sérié, 1 inoculation dite préservatrice. Je le demande à tous les médecins ici présents, et qui n’ont pas de parti pris : y en a-t-il un qui hésiterait à dire que cet individu mordu par un chien en est mort et que sa mort est due à la rage? Evidemment non. » >

Plus loin, M. Peter ajoute : « Ne doit-on pas rapprocher ces faits de celui de cet enfant, également inoculé par la méthode intensive, qui, au milieu de ses jeux, reçoit un coup au bas de la poitrine, pousse un cri de douleur, tombe malade à partir de ce moment, et meurt bientôt d’une façon étrano-e a\ec des symptômes d hyperesthésie g’énérale ? »

M. Peter doit voir lui-même comment son raisonnement l’entraîne, et lui lait porter a priori des jugements que ne justifient pas les faits contrôlés.

Appliquons au fait que je viens de relater le raisonnement préconisé par M. Peter, on trouve la série des trois termes formulés par lui. La morsure, inoculation, la mort rapide. On y trouve par surcroît des irradiations douloureuses dans les parois abdominales, un état de collapsus très analogue à celui qu aurait présenté Réveillac, et cependant le jeune Rouyer n’a pas succombé à la rage. 1

Cette application du post hoc ergo propter hoc, M. Verneuil le faisait très justement remarquer il y a huit jours, est un procédé de raisonnement fort incorrect, c est celui des malades qui rapportent à un coup, à un choc reçu à un moment quelconque de leur existence, tous les accidents que leur santé éprouvera par la suite. C’est celui contre lequel nous sommes obligés de lutter tous les jours dans la pratique médico-légale. Malheureusement les

MALADIES VI R U L E N T E S

médecins traitants suivent trop souvent la voie que leur indique le malade.

Dans le cas particulier du jeune Rouyer, je puis même ajouter qu’avant d’avoir eu la note remise par le ür Ruefï, avant de connaître les résultats de l’examen des urines, et surtout ceux de l’inoculation du bulbe, quelques-uns îles médecins qui assistaient à l'autopsie et parmi eux celui qui portait tout à l’beure la parole au nom de M. Pasteur, avaient une tendance à accepter comme probable le rapport que M. Peter indiquait dans la dernière séance entre les trois ternies : morsure, inoculation, mort rapide.

Que reste-t-il donc du fait apporté par notre collègue à la tribune de l’Académie? Un jeune homme mordu par un chien, inoculé, tombe malade quelque temps après, il n’est observé pendant sa maladie par aucun médecin, les symptômes notés par des personnes incompétentes s’écartent beaucoup de tous ceux qui caractérisent la rage humaine, aucun de ceux qu’ils ont relevés n’a par lui-même une valeur telle qu’il puisse entraîner la conviction. L’autopsie n’est pas faite. Il n’y a pas d’inoculation physiologique.

Il faudra certes des observations plus précises pour ébranler l’œuvre de M. Pasteur sur la rage. Ce qui est absolument démontré et accepté même par ses adversaires, qui, comme von Frisch, ont pris la peine de répéter ses expériences, c’est que :

L’inoculation successive de virus rabique provenant de moelles de plus en plus virulentes confère au chien l’immunité pour l’inoculation sous-cutanée du virus le plus virulent.

Un chien inoculé de la rage dans le cerveau par la trépanation et abandonné à lui-même succombe toujours à la rage.

Un chien soumis à cette même inoculation par trépanation peut encore dans un certain nombre de cas être mis à l’abri de la rage par l’inoculation successive de la série des moelles-vaccins.

Voilà pour l’œuvre expérimentale. La statistique, que vous a communiquée M. Grancher, fait connaître les résultats de l’application à l’espèce humaine des inoculations antirabiques.

Il y a eu des insuccès, il y en aura d autres, mais quelle est donc la méthode thérapeutique qui n’a jamais eu de défaillance ou d’accident? Avons-nous renoncé à la vaccination contre la variole, ou à l’emploi du chloroforme parce que parfois ils ont trompé nos plus légitimes espérances ?

Je suis sûr d’être l’interprète de tous les membres de l’Académie, celui de M. Peter lui-même, en demandant que ceux de nos confrères qui auront à observer des insuccès veuillent bien prendre la peine de s’entourer de tous les renseignements et publient ou communiquent à l’Académie des observations que les adversaires et les partisans des inoculations antirabiques ne puissent, selon leur désir, interpréter dans le sens qui leur plaît.

G est la première condition de toute enquête. Celle-ci a un intérêt scientifique assez grand pour qu elle soit faite en écartant tout esprit de parti. (A pplaudissements .)

M. Peter : I. 11 résulte de l’enquête que nous avons faite, M. Dujardin- Beaumetz et moi, d’abord que les détails que j’ai donnés à l’Académie le

\ janvier dernier sont exacts. II en résulte ensuite et de plus en plus que Uevoillac a succombé à une affection de forme paralytique — sur la nature de laquelle je reviendrai plus tard.

(.c (pi il y a de plus curieux dans cette enquête conduite avec sa loyauté habituelle par M. Dujardin-Beaumetz, c’est que, plus il cherchait le chien, pinson voyait apparaître le lapin :

Douleur au niveau des points d inoculation et non du doigt mordu;

h orme paralytique de la maladie, et non forme convulsive, furieuse et déli la nte ;

Impossibilité de cracher et difficulté d’avaler, au lieu de la sputation et <le I hydrophobie ;

Cécité pendant les dernières heures de la vie, au lieu de l’acuité de la vision, etc., etc.

l-n résumé, Réveillac n est pas mort de la rage du chien, mais d’une affection qui rappelle la rage expérimentale.

ht voila pourquoi les médecins qui l’ont vu vivant n’ont pas pu faire de diagnostic exact ; il n en faut pas accuser leur ignorance: ils se trouvaient en présence :

Non pas d une maladie naturelle , mais d’une maladie artificielle ;

Non pas d’une maladie qu’on observe dans les salles de clinique, mais d une maladie qu on ne voit que dans les laboratoires; d’une maladie créée de toutes pièces, d’une maladie expérimentale.

Ils se trouvaient en présence de la rage du laboratoire.

Kn voulez-vous la preuve ? rappelez-vous ces paroles de M. Pasteur luimême :

A la séance du 26 février 1884 (*), M. Pasteur rappelle à l’Académie que dans sa Communication du 11 décembre 1882 (2) il avait annoncé que 1 inoculation du virus rabique dans le système sanguin « offrait » le plus

souvent des rages paralytiques avec absence de fureur et d'aboiement rabinue.

La ti cpft udlion donne le pins souvent Ici rage furieuse.

Il cite, en outre, le cas d un lapin qui est pris de paralysie rabique treize jouis après la trépanation. Les jours suivants, il se guérit complètement , la paralysie reprend quarante-trois jours après, et il meurt rabique le quarante-sixième jour.

Chez la poule, il y a absence de symptômes violents ; mais somnolence, inappétence et paralysie des membres .

Or, que lait M. Pasteur dans ses inoculations, sinon des injections qui pénètrent dans la circulation? Et qu’obtient-il maintenant avec des inoculations intensives ? de la paralysie ! ! (cas de Réveillac à Paris,

de Née à Arras) ou de la courbature générale (cas de Soudini à Constantine).

A propos du décès de la jeune Pelletier, M. Pasteur, voulant s’assurer si la mort était due à la morsure ou aux inoculations, prit de la substance

V Voir' h r’79-586 du présent volume : Nouvelle Communication sur la rase la 6nt V°1Ume : N°UVeaUX fHUS P0UF S6rvir à ,a —aissanee de

M A LAD ILS VI RU L ENTE S

cérébrale et 1 injecta à deux lapins qui furent pris dix-huit jours après, et tous les deux en même temps, de rage paralytique L.

Mes collègues Dujardin-Beaumetz et Chauveau ont très justement fait observer que la rage paralytique était absolument exceptionnelle chez 1 homme. Or, nous venons de voir qu’elle est habituelle chez le lapin d’après M. Pasteur lui-même, et c’est ce qui constitue l’excessive gravité du fait île Réveillac et de celui de Née, d’Arras, que je vous citerai tout à l’heure.

II. (.liez 1 enfant même dont a parlé M. Brouardel, ce qui paraît avoir dominé, ce sont bien les symptômes paralytiques. En effet, cet enfant est bien mort delà rage, les détails même fournis par M. Brouardel le prouvent avec évidence. On avait pu croire mardi dernier que l’autopsie avait révélé des lésions rénales suffisantes pour expliquer la mort. Pas h' moins du monde. Les reins étaient sains, sauf cette congestion qu’on peut rencontrer dans tous les cas où le sujet est mort par asphyxie, dans la rage sous toutes ses formes. Il y avait de l’albumine dans les urines ; mais c est très fréquent chez ceux qui meurent de la rage. Dans une observation écrite en 1878, par exemple, M. A. Robin insiste justement sur ce point : il rapporte que, dans 1 urine extraite par le cathétérisme île la vessie d un homme atteint de rage classique, convulsive, il a constaté la présence de l’albumine. C lest donc un signe qui peut appuyer et non infirmer le diagnostic rage. D’ailleurs l’urine dont il s’agit était extraite de la vessie quarante-huit heures après la mort ; or, M. Brouardel lui-même professe qu’il ne faut pas attacher grande importance à 1 albumine trouvée dans l’urine de la vessie d’un cadavre.

III. Je voudrais dire maintenant deux mots seulement du nouveau critérium de la rage, formulé par l’école de M. Pasteur, « la preuve expérimentale par inoculation du bulbe ».

Autrefois, vous vous le rappelez, tout chien dans l’estomac duquel on trouvait des corps étrangers: bois, paille, etc., était réputé enragé; cette preuve est abandonnée.

Voici la nouvelle : le diagnostic de la rage ne peut plus être admis que quand on a inoculé le bulbe de l’animal ou de 1 homme qui a succombé, et quand cette inoculation donne des résultats positifs.

Je dis que c’est là une prétention anti-médicale et anti-scientifique :

I) abord elle conduit à rejeter comme non avenues toutes les observations antérieures de rage, ce critérium que l’on préconise leur ayant manqué jusqu’aujourd’hui.

Cette prétention est anti-scientifique, car on ne peut jamais tirer une conclusion absolue en médecine, du résultat purement négatif d'une expérience quelle qu’elle soit. 11 n’en est pas des êtres vivants comme des réactifs de la chimie ; ils ne se comportent pas tous de la même manière quand on les place dans des circonstances analogues. Ils sont plus ou moins résistants aux

1. Voir, p. 612-622 du présent volume : Résultats de l’application de la méthode pour prévenir la rage après morsure.

2. Dujardin-Beaumetz et Chauveau. Bulletin de V Académie de médecine, séance du 4 janvier 1887, 2e sér., XVII, p. lit et p. 21. ( Notes de l’Édition.)

agents nocifs. En ce qui touche la rage, par exemple, il paraît certain que la plupart des hommesj sont naturellement réfractaires. D’ailleurs le bulbe qu’on inocule est souvent déjà plus ou moins décomposé, car s’il s agit d’un homme, il faut attendre vingt-quatre heures pour prendre ce bulbe, et souvent il s’écoule encore beaucoup de temps avant qu’il arrive au laboratoire. Si donc on n’a pas produit la rage en l'inoculant, on n’a pas le droit d’affi rraer que 1 homme qui a fourni ce bulbe n’avait pas la rage.

Est-ce que d’ailleurs un médecin de campagne a à sa disposition le laboratoire et le temps nécessaires pour ces inoculations? Et s’il ne les a pas laites, à propos d un cas de rage chez un inoculé, ne pourrait-on pas toujours lui répondre : Votre observation ne prouve rien, vous n avez pas fait la preuve expérimentale, vous n’avez pas inoculé à un animal le bulbe de votre malade.

IV. Messieurs, j’ai considéré la médication antirabique de M. Pasteur, telle qu il 1 avait formulée d abord, comme inefficace et, pendant une année entière, j’ai gardé le silence.

Depuis deux mois, elle me paraît devenir périlleuse sous sa forme intensive : je considère comme un devoir de parler.

La parole est aux faits :

Je vous ai communiqué, en premier lieu, l’observation de Réveillac ; je désire maintenant vous exposer celle de Jansen (de Dunkerque), de Soudini (de Constantine) et de Née (d’Arras).

C est là une base d opérations solide pour l’argumentation et la critique non seulement de la médication intensive, mais de l’ensemble de la médication de M. Pasteur.

Aujourd hui je ne pourrai traiter que la première partie de la question, c est-à-dire exposer les faits et en entreprendre la discussion. Dans la prochaine séance, j’aborderai la critique générale de la méthode.

Je vais vous communiquer aujourd hui, en premier lieu, un cas de rage classique, développée chez 1 homme après les inoculations intensives précoces.

Je vous signalerai ensuite des cas de rage modifiée ou paralytique.

Le premier cas (rage convulsive) est celui d’un enragé mort à Dunkerque et qu on avait résolu de tenir caché (vous en verrez la preuve tout à 1 heure).

Je dois cette observation à 1 obligeance de MM. les docteurs Corties et Duriau, de Dunkerque.

I1'0 Observation.

« Dunkerque, le 9 janvier 1887.

« Le médecin-major de première classe Corties, médecin chef de l’hôpital militaire de Dunkerque, à M. le professeur Peter.

« Monsieur le professeur,

« J’ai l’honneur de vous adresser la relation d’un cas de rage qui s’est déclarée cent trente-deux jours après la morsure chez un individu qui n a pas

MALADIES VIRULENTES

été cautérisé et a été soumis, quarante-huit heures après l'accident, au traitement antirabique de Pasteur, d après la méthode intensive continuée pendant quinze jours.

« Après avoir lu la discussion qui a eu lieu mardi dernier à l’Académie de médecine, je me proposais de vous adresser cette observation qui, dans l’état actuel de la question, a une certaine importance et présente un réel intérêt en raison de la netteté du cas.

« Voici les faits :

« Le nommé Jansen (Louis-Victor), âgé de quarante-sept ans, brigadier des douanes à Saint-Pol-lès-Dunkerque, a été mordu, le 19 août 1886, à neuf heures et demie du matin, par un chien appartenant au préposé Harnyau. L autopsie du chien, faite par M. Boudry, vétérinaire à Dunkerque, démontra qu’il était enragé.

« Jansen ne fut pas cautérisé.

« Le 20, le directeur des douanes emmenait à Paris les nommés Jansen et Harnyau et les conduisait le lendemain 21, à onze heures du matin, à l’Institut Pasteur.

« Là, il fut constaté que le nommé Jansen était porteur de 34 ou 35 plaies aux deux jambes et au poignet gauche. II fut immédiatement inoculé et, à dater de ce jour, le fut deux fois par jour pendant une quinzaine.

« Il revint parfaitement rassuré et reprit son service.

« fout alla bien jusqu au 29 décembre ; toutefois certains signes (l’augmentation de 1 acuité visuelle et auditive) permettent de supposer que la première période de la rage dont le malheureux allait présenter un cas type a débuté le 27 dans la nuit.

« Le 29 décembre (132 jours après la morsure), malaise dans la journée. Il ne put ni manger ni boire à son dîner et emporta son repas avec lui en prenant sa garde. Dans la nuit, vers deux heures, violent accès de suffocation.

« Le 30, il est vu dès le matin par le D1' Bernard, de Saint-Pol-lès-Dunkerque, qui constate, ainsi que les Dls Duriau père et fils, dans la journée, l’hydrophobie et des accès convulsifs.

« A cinq heures et demie du soir, il est amené à l’hôpital militaire par le D Bernard ; prévenu par une lettre du D1 Duriau père, je le vois immédiatement. Il se croit atteint d asthme nerveux. Il présente tous les signes caractéristiques de la rage à la deuxième période : regard brillant, fixe, hyperesthésie cutanée et sensorielle amenant, par action réflexe, des spasmes des inspirateurs. Hydrophobie. Rien du côté des morsures.

« Le 31, à trois heures du matin, l’agitation devient plus violente.

« A sept heures, les crises se rapprochent. Commencement du délire maniaque. A dix heures, manie furieuse. Il se lève et veut se jeter par la fenêtre; on est obligé de lui mettre la camisole de force.

« La longueur des cordes lui permet de se tenir assis et de se servir de ses mains, mais l’empêche de se lever. Elles sont tenues par trois infirmiers : il a d ailleurs toujours eu auprès de lui deux à quatre infirmiers sous la surveillance d’un servent.

« Dans la journée (31), les accès se rapprochent et deviennent de plus en plus fréquents et longs. Le délire et l’agitation sont extrêmes ; crachements,

bave. Tous ces symptômes sont momentanément calmés par des injections de chlorhydrate de morphine.

« Les visites de son père, de sa femme et de sa famille calment aussi pendant quelques instants le malade qui va s’affaiblissant. Exaltation des sentiments affectifs.

« Jansen ignore la cause de sa maladie, mais a le pressentiment de la gravité de son état. J’ai cependant réussi à le convaincre qu’il n’avait que des . accès d’asthme nerveux.

« Vers minuit l’agitation diminue, il tombe dans le collapsus (vers trois heures du matin le l“r janvier) et meurt à sept heures.

« A aucun moment le malade n’a présenté de paraplégie. Ce n’est pas un cas de rage paralytique, mais bien le type absolument classique que j ai d’ailleurs observé plusieurs fois.

« Le seul phénomène nouveau pour moi a été l’excitabilité exagérée du nerf olfactif. L’odeur du tabac perçue par lui au moment où l’un de ses beaux-frères, qui avait fumé, l’embrassait, à provoqué, le 31 dans l’aprèsmidi, un violent spasme réflexe des muscles de l’inspiration et de la déglutition.

« L’autopsie, faite le 2 janvier à deux heures de l’après-midi, n a lait découvrir, comme toujours en pareil cas, aucune lésion caractéristique, mais seulement les signes de l’asphyxie. Congestion intense des méninges du cerveau et de la moelle ; pas même de piqueté cérébral manifeste ; la substance grise tranche un peu plus vivement peut-être que d’habitude par sa coloration sur la substance blanche.

« Congestion hyposta tique des poumons, rougeur des bronches, mucosités visqueuses, sang noir, fluide; pas de caillots dans le cœur. Traces d’éjaculation.

« Autopsie faite en présence des docteurs Duriau père et fils qui l’ont vu plusieurs fois après son entrée à l’hôpital .

« J’ai envoyé à M. le docteur Pelletan, rédacteur du Journal de Micrographie, 176, boulevard Saint-Germain, qui me l’avait demandé, un morceau de moelle allongée et de protubérance annulaire.

« En résumé, un homme mordu par un chien enragé, n ayant pas été cautérisé et soumis au traitement antirabique par la méthode intensive, continuée quinze jours, a été atteint de la rage cent trente-deux jours après l’accident et a succombé à Informe ordinaire de l’affection.

« Le préposé Ilamyau, propriétaire du chien qui a mordu Jansen, en apprenant le 19 août que son chien était enragé, s’est rappelé que, le 31 juillet, il avait été mordu à la fesse par lui, et a été pris de peur. 11 a été conduit avec Jansen, le 21, à 1 Institut Pasteur. Là on n’a pu trouver trace de la cicatrice de la morsure. Cet homme était absolument démonté; on fut obligé de le faire asseoir, il était sur le point de se trouver mal. On chercha à le rassurer en lui disant que, le 31 juillet, le chien ne pouvait être enragé.

« Lorsque le directeur des douanes apprit le développement de la rage chez Jansen, pour ne pas effrayer Ilamyau, il pria le préfet du Nord et les journaux de ne pas donner de publicité au fait, et une permission de dix jours fut accordée au préposé Ilamyau, qui n’est pas encore rentré.

« Je me borne à constater ces faits et à vous les signaler. »

MALADIES VI RU LENTES

Il s agit la, bien évidemment, d un cas de rage convulsive classique, développée malgré les inoculations intensives, bien que ces inoculations aient été pratiquées hâtivement (quarante-huit heures après les morsures). — On ne peut donc pas invoquer ici l’époque tardive des inoculations.

On remarquera que les premiers symptômes de la rage se manifestèrent cent trente-deux jours après les morsures et cent trente jours après les inoculations; c’est-à-dire que la rage canine est arrivée ici plus tardivement que la rage canino-expérimentale dont je vous citerai des exemples tout à l’heure.

On remarquera enfin la difficulté qu’on éprouve à connaître le décès des inoculés. Il v a toujours une raison pour le secret : ici c’est une raison d’humanité, là c’en est un autre. [Murmures.)

M. Vin. pian : Vous ne pouvez pas accuser M. Pasteur de cacher les insuccès de sa méthode. Ce serait commettre une mauvaise action. (. Applaudissements .

M. Peter ; Je constate que c'est par hasard que nous en pouvons être informés.

M. Larrey : C’est l’interprétation que vous faites qui est de trop.

M. Brouardel : 11 vous sera répondu.

M. P eter : Je dis seulement, parce que cela est évident ici, qu’il est très difficile de savoir ce qui se passe à la suite des inoculations ; c’est le hasard qui m’a fait connaître les cas dont je parle, sans quoi, ni vous ni moi n’en aurions rien su. [Murmures .)

Voici maintenant un fait de rage modifiée, de rage canino-expérimentale :

2e Observation.

Observation de rage chez un sujet mordu par un chien enragé, ayant subi les inoculations préservatrices de la rue d’Ulm, et développée quinze jours après son retour dans sa famille , par M. Auguste Nicolas, interne de M. le D1 Leroy, à l’hôpital de Constantine.

« Soudini (Bernard), terrassier, âgé de quarante-six ans, né à Casadi (Italie), habitant à Ain Guettai' (province de Constantine), entre, le 9 novembre 1886, à l’hôpital civil de Constantine, dans le service de M. le D1 Leroy.

« Le 12 octobre 1886, un mercredi au soir, un chien enragé lui fait trois morsures à la partie interne et postérieure de la jambe, au niveau du tendon du demi-membraneux. Il rentre de suite à l’hôpital, d’où il part le 16 pour Paris.

«. Le 21, à onze heures du matin, M. Pasteur lui fait une première piqûre à bi partie antéro-latérale du thorax du côté droit, vers la dernière vraie côte,

puis une seconde à quatre heures du soir, et une troisième à neuf heures du soir. Dans les onze jours suivants, seize autres piqûres dans la même région (à droite et à gauche).

« Le malade revient à Constantine en bonne santé, le 8 novembre.

« Puis, le 9 novembre, les tendons de la partie postérieure de la cuisse étant très douloureux, il rentre à l’hôpital.

« Les morsures n étaient pas encore complètement cicatrisées ; leur guérison n’a lieu que le 14 novembre.

« Après diverses applications de calmants, les douleurs tendaient à disparaître, lorsque, le JO au matin, elles reparaissent et s’accumulent de jour en jour jusqu’au 23. Pendant ces trois jours, les régions inoculées sont le siège de douleurs aiguës à pointe dirigée vers le cœur. Le malade ne dort pas la nuit.

« Le 23 novembre, à la visite, les douleurs dans la jambe mordue sont lancinantes et s irradient jusque vers la partie supérieure de la cuisse. Il y a oppression, courbature générale , inappétence. Les yeux sont hagards et la parole est un peu difficile. Sentiment, léger de répulsion pour les liquides. Pas de fièvre. Pouls, 84. Température, 38°2.

« Vers quatre heures du soir, respiration gênée au point de produire un afflux de mucosités, difficiles à expectorer, dans les bronches. Quelques crachats verdâtres rejetés. Emphysème pulmonaire. Gargouillements intestinaux. Sentiment de répulsion pour les liquides très prononcé. Urines

ALBUMINEUSES.

« L’oppression continue jusqu’à six heures du matin (24 nov.), heure à laquelle le malade succombe.

« La connaissance est conservée jusqu’au dernier moment, mais l’intelligence est diminuée.

« Autopsie. A 1 autopsie, laite vingt et une heures après la mort, on trouve une congestion intense du cerveau et du cervelet , et du ramollissement La substance blanche a un aspect muscade à la coupe; il y a épanchement séreux dans les ventricules.

« Les poumons sont fortement congestionnés et laissent couler, à la coupe, une grande quantité de sang très fluide. Il y a emphysème.

« La rate est petite, et a une couleur lie de vin très prononcée.

« Les autres organes n offrent rien de particulier.

« Aucune trace d’inflammation sur les côtés duthorax, siège des pimires. » ( Paris Médical, 1887, n° 1.) 1

On remarquera dans cette observation, au point de vue des douleurs prodromiques de la rage, l’apparition de celles-ci d’abord au point mordu ensuite aux points inoculés, c’est-à-dire qu’on voit deux virus se réveillant et collaboiîant, le virus canin et le virus expérimental.

On verra ensuite, au point de vue des symptômes : 1" la courbature et la prostration du virus du lapin se manifester d’abord; 2U l’hydrophobie du virus canin se montrer ensuite, mais légère et tardive.

On verra enfin qu’il y a, dans ce cas, de l’albuminurie, comme dans le fait du petit enragé observé par M. Brouardel; albuminurie qui peut exister dans a lage convulsive classique. Par conséquent, l’argument qu’en avait tiré

M. Brouardel contre l’existence de la rage dans son cas milite au contraire en laveur de la rage.

MALADIES VI LULENTES

M. Brouahdel : Je vous répondrai.

M. Peter : Quant aux centres nerveux et aux poumons, ils présentaient les lésions de la rage classique.

En conséquence, il s’agit bien ici d’un cas de rage, mais de rage modifiée, de rage mixte, de rage eanino-expériinentale, démontrant à la fois l’impuissance de la méthode et la collaboration des deux virus.

Enfin, voici un fait de rage nouvelle, plus expérimentale que canine.

C’est celui de l’enragé d’Arras, chez le chien duquel le vétérinaire a nié l’existence de la rage.

M. Vulpian : Le laboratoire, auquel le bulbe de ce chien a été envoyé, a répondu que l’animal était rabique ; le fait ne veut donc pas dire ce que vous voulez lui faire signifier.

M. Peter : Je ne lui fais rien signifier du tout en ce moment; je me borne à en lire l’observation.

Je dois cette observation à l’obligeance de M. le D1’ Germe (d’Arras).

3" Observa lion.

Arras, 7 janvier 1887.

« Mon cher confrère et ami,

« Je m’empresse de vous adresser la relation des renseignements que j’ai recueillis de la bouche de la femme, de la sœur et du frère du décédé.

« Le nommé Léopold Née, âgé de quarante-deux ans, colportait des objets de vannerie dans les campagnes avec une voiture sous laquelle son chien était attaché. Le vendredi 12 novembre 1880, étant près d’Àvesnes-le-Comte, il détacha son chien dans le but de calmer ses aboiements. Mis en liberté, le chien mordit son maître à la jambe droite, au niveau de la partie moyenne de la région antéro-interne. Comme il menaçait de le mordre de nouveau, M. Née le saisit par le collier, l’attacha et le tua. Jusqu’alors le chien avait continué à manger.

« Rentré à Arras, il fit faire l’autopsie de son chien par un vétérinaire qui déclara à la famille qu’il n’avait constaté auci x fait V autorisant à penser que ce chien était enragé. Le cadavre de l’animal fut envoyé immédiatement a I Institut de M. Pasteur; et jusqu’à présent les parents de Léopold Née attendent toujours un avis leur apprenant que le chien était ou non enragé.

« M. Née entra à l’Institut de M. Pasteur le mercredi 17 novembre: il y resta onze jours, pendant lesquels il subit 22 inoculations, et jusqu à trois on un seul jour. A la suite de ces inoculations, il se plaignait d’éprouver des douleurs cuisantes à leur niveau; et, en sortant de l’établissement, il éprouvait chaque fois des éblouissements, se sentait sur le point de tomber faible, et avait souvent des vomissements.

« Revenu à Arras le 29 novembre, il ne présenta rien de particulier,

jusqu au 10 décembre, excepté un appétit exagéré qui s’était déjà manifesté pendant son séjour à Paris.

Dans la mut du 10 au 11 décembre, il eut des vomissements abondants

le mal irr<

s glaireuses qui continuèrent un peu les jours suivants ; il

éprouva

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ensuite de vives douleurs au niveau des piqûres d'inoculation , douleurs qui •v etendaient dans la région lombaire pour remonter le long du rachis , et qui persistèrent jusque vers les derniers jours. Le malade se plaignait aussi d’une grande latigue, il était triste et se trouvait dans un état nerveux qui lui lit dire qu il ressentait la même chose quaprës ses inoculations, et qu’il ne résisterait pas à ce mal.

« Je vous ferai remarquer que, dans le cours de sa maladie, M. Née n’a jamais accusé aucune douleur au niveau de la morsure du chien ni dans le membre correspondant .

« Un médecin appelé le 13 crut d’abord avoir affaire à un lumbago, et quelques jours après à une myélite.

« Les phénomènes signalés plus haut furent bientôt accompagnés et suivis d une grande gêne dans la respiration, d une sensation de poids au niveau de la partie antérieure de la poitrine, et de sputation-, la parole devint brève, saccadée, interrompue par des mouvements respiratoires involontaires et entrecoupés; des convulsions se manifestèrent dans les muscles de la face qui cl ait D (“s altérée: dans ceux du thorax et des membres supérieurs-, le sommeil était agité, troublé par des cauchemars ; la peau, sensible au froid, était chaude et toujours couverte de sueurs excessivement abondantes. Il n’y eut pas (le convulsions générales, ni (I’iiydrophobie. La déglutition se faisait assez facilement, excepté dans les deux 'derniers jours.

«Le 16, deux médecins furent adjoints au premier. Lu présence de la gravité des phénomènes mprbides, ils se demandèrent s’il s’agissait d’une mi/elile ou d accidents consent tifs aux inocula fions .

« Bientôt les phénomènes paralytiques se manifestèrent, la vue se troubla pour s abohr complètement; la respiration devint de plus en plus embarrassée, accompagnée d un écoulement abondant de salive -au niveau des commissures, et le malade mourut le 1/ septembre, vers onze heures du soir.

« Lu présence de ces phénomènes, et bien que le symptôme hydrophobie ait lait défaut, je pense que 1 on doit conclure que Léopold Née a succombé à la rage, ht vu 1 absence complète de douleurs au niveau de la morsure et le lon<>des trajets nerveux du membre correspondant; vu les douleurs au niveau des piqûres d inoculation et le long des nerfs se rendant de ces points à la moelle épinière, douleurs que le malade a accusées si vivement et dont il s’est toujours plaint a partir du début de la maladie jusque vers ses derniers jours, je pense encore qu'il est permis de conclure, sans s’écarter de la réserve qu’impose une .question aussi délicate et aussi grave, qu’il est extrêmement probable que

(et infortuné peut-être destiné, ou non, à succomber à la rage canine

a commencé par mourir delà rage du lapin.

« J ajoute, entre parenthèses, que M. Née m’a communiqué une lettre de condoléances de son frère qui habite l’Angleterre, et dans laquelle il lui raconte qu il connaissait deux Anglais qui sont morts de la rage, en 1886, quelque temps après leur retour de l’Institut de M. Pasteur où ils étaient allés se faire inoculer. »

MA LAD I l'.S Y I RL I, LNTL.S

.!(' n insisterai pas longtemps sur l'importance de cette observation.

I n vétérinaire nie l existence de la rage chez le chien, néanmoins le mordu se fait inoculer par la méthode intensive et il memi l rcntc-ci uq jours après, d une rage étrange, d une rage exceptionnelle chez I homme, de la rage paralytique, fréquente au contraire chez le lapin.

Je ne peux j>as d ailleurs ne pas insister sur ce lait que les douleurs prodromiques se sont lait sentir exclusivement aux points inocules et non jias aux points mordus, comme il est arrivé d’ailleurs chez Réveillac.

Or, rappelez-vous cette phrase de (avlius Aurelianiis, ce premier historien scientifique de la rage : præpaiitur ea pars f/utr mor.su vexa la fuerit... Ici, part, ijinr pncpatilur non es/ en (/me niorsn vexa / a f'ueri/ , sed ea (/use inocula /n : (“elle qui a été inoculée et qui a reçu le virus pastorien.

\ it-on jamais lait jilus hautement' et plus tristement significatif J

Quant a u x sym j> t ornes, on y voit, au do bu t , de la I a ligue et de la tristesse; puis, contrairement a ce qu on observe dans la rage classique, des douleurs lombaires qui font croire à l'existence d’une myélite; puis une paralysie complète; puis même de la cécité, contrairement à l’acuité visuelle ordinaire à la rage classique, cécité telle qu’on l’a observée dans le cas de Héveillac. Ne sont-ce pas la tous les symptômes d’unc rage due au virus du lajiin ?

M. D u j aii di n -13 eau miîtz : Si vous prenez un symptôme dans une observation et un symptôme dans une autre et que vous constituiez avec les deux une observation totale, il n’y a plus moyen de discuter.

M. I ’ kteii ; Ivt I absence d hydrophobie n est-elle pas encore une preuve qu il s agit ici dune rage non pas d’origine canine, mais d origine expérim enta le ?

J ajoute cependant qu il y a eu, de la rage canine, la sputation et l’écoulement de la salive, mais que les phénomènes dominants ont été chez cet enragé ceux qu’on observe par le fait du virus du lapin.

Rapprochez également eus symptômes de ceux que rappelait tout à 1 heure M. Brouardel dans le cas de cet enfant, l’écoulement de la salive par les commissures des lèvres et les phénomènes paralytiques.

M. Biioüardel : Ce qu’il y a de vrai, c’est qu’il n’y avait pas un seul symptôme rabique.

M. Peter : D’abord cet enfant inoculé est mort, cela est indéniable, et vous ne pouvez nier non plus les phénomènes paralytiques; or, ce sont ceux-là seuls sur lesquels j’insiste en ce moment.

Mais de tels laits de rage paralytique ne s’observent pas qu’en R rance ; on a constaté cette même rage paralytique en Angleterre chez des inoculés de M. Pasteur. Et ces laits ont donné lieu aux appréciations que je vais vous lire :

« La mort de ces deux jeunes gens (Goffi, à Londres, et Wilde, à Rotherham), survenue trois semaines après un traitement compléta l’Ecole normale, constituent des faits qu’il importe d’examiner avec la plus stricte attention. Dans le cas de Golfi, il y a eu une enquête, mais la mort n’a pu

être expliquée par aucune autre maladie que la rage, et les expériences qu’on nous a dit avoir été faites n’ont pas encore donné de résultat. Dans le cas de W ilde, d n’y a pas eu d’enquête, mais les renseignements qui m’ont été donnés par la mère sont de telle nature que je considère comme mon devoir de médecin de leur donner la plus grande publicité.

« On a prétendu que cet enfant avait succombé à une congestion pulmonaire ; mais cette version intéressée ne peut être acceptée. Les symptômes présentent la plus grande analogie avec ceux observés sur Goffi. La prostration intense, la paralysie générale de tous les organes, l’invasion foudroyante de la maladie et la rapidité de la mort, tous les symptômes présentent une identité presque absolue avec ceux que M. Pasteur a décrits et observés sur les animaux qu’il a inoculés et qu’on désigne sous le nom de paralysie rabique. Pour moi, il me semble évident que ces deux individus ont succombé a la suite des dix-neuf inoculations de virus exaltés quils ont subies à Paris.

« La mère d une des victimes, Mme Wilde, m’a autorisé à faire connaître ces faits afin que les autres individus mordus légèrement par des animaux puissent se soustraire aux obsessions dont ils sont l’objet et éviter le sort malheureux de son enfant. Pour moi, j ai la conviction que le jeune Wilde n’a pas succombé à la rage qui ne lui a pas été inoculée par un chien, mais qu’il est mort de la paralysie rabique qui lui avait été inoculée au laboratoire de l’Ecole normale.

« J. H. Clarke. »

Cette lettre est extraite du Daily Télégraphe numéro du 6 décembre 1886.

Le D' Clarke, qui a publié ces faits, n’hésite pas à dire que c’est bien là cette forme de rage si rare, chez l’homme, si commune chez les animaux inoculés, qu on pourrait nommer essentiellement la rage de laboratoire ou la rage expérimentale.

M. Biîouardel : On ne constate chez le lapin que la rage paralytique.

M. Peter : Oui! je le sais bien; et c’est ce qui fait l’intérêt même de ces symptômes observés chez l’homme, puisque chez lui on ne voyait autrefois que la rage convulsive. M. Chauveau l’a reconnu mardi dernier ici même. Il arrive parfois que des phénomènes paralytiques se montrent chez l’homme enragé; mais la rage paralytique cl’emblée, qui commence par de la courbature et finit par 1 abolition des mouvements, est un fait extraordinaire qu’on ne rencontrait jamais jusqu’ici que chez les lapins.

Il n y a donc pas lieu de s’étonner que les médecins aient de la peine à reconnaître cette forme de rage. C’est une forme nouvelle chez l’homme et cpii pourrait bien être le résultat même des inoculations dites préventives.

Quoi d étonnant, d’ailleurs, dans de pareils faits? On injecte dans l’organisme d un homme un virus d’une puissance telle qu’il peut donner la mort a un animal, et on cherche à utiliser cette puissance pour neutraliser le virus rabique inoculé par la morsure d un animal enragé. De sorte que l’organisme de cet homme se trouve infecté par deux virus : le virus rabique naturel et le virus rabique artificiel. Et vous voulez que ce dernier virus, dont vous pré-

MALADIES VIRULENTES

tendez utiliser la puissance pour neutraliser le virus rabique canin, ne puisse parlois exercer cette puissance au détriment même de l’organisme humain! Vous admettez qu’il n’a de pouvoir qu’à l’égard du virus canin, et que son pouvoir cesse à l’égard de 1 organisme humain ; qu'il est toujours bienfaisant et jamais malfaisant! Qu’en savez-vous?

En tout cas, et pour se placer dans l’hypothèse qui soit le plus favorable a vos tentatives téméraires, vous ne pouvez pas ne pas admettre la collaboration néfaste des deux virus. Les analogies pathologiques sont contre vous. Ne voit-on pas, chez un individu en incubation de variole, l’inoculation du virus vaccin ne pas neutraliser l’action du virus varioleux? Ne voit-on pas alors chacune de ces maladies virulentes apparaître à son jour, à son heure : le malade présenter à la fois la pustule de la variole et celle de la vaccine? Mais au moins quand on a inoculé la vaccine, on a inoculé une maladie toujours bénigne. Il n’en est pas ainsi dans vos inoculations; ce que vous inoculez, c’est un virus mortel!

Que savez-vous d’ailleurs si, dans certains cas, ce ne sera pas le virus rabique artificiel qui prédominera et fera naître alors cette forme morbide paralytique, inconnue jusqu’alors chez l’homme, et que nous observons dans quelques-uns des cas que je vous ai signalés et en particulier chez Réveillac et chez Née?

Pourquoi donc vous refuser à ouvrir les yeux et à ne pas voir, dans les laits de mort que je vous signale, des faits qui attestent au moins la collaboration des deux virus?

Enfin — et c’est par là que je termine pour aujourd’hui — depuis deux mois, au lieu des bienlaits annoncés de la méthode intensive, je vois se multiplier les cas de mort et j’estime qu’il est de mon devoir de les signaler à votre attention.

M. Tkélat : Si M. Peter avait bien voulu se rendre au laboratoire de !M . Pasteur, laboratoire très libéralement ouvert, il y eut trouvé les dossiers des malades dont il vient de parler, dossiers que je tiens entre mes mains en ce moment. En les consultant, il aurait pu connaître tous les détails qui manquent à ses observations, et cela aurait singulièrement éclairci la question scientifique qu’il débat devant nous.

M. le Président : M. Yulpian a la parole.

M. Vulpian : .1 attendrai, pour répondre à M. Peter, qu’il ait fini sa Communication. Je saurai alors s’il a des arguments valables à faire valoir en laveur de ses idées; car, dans tout ce qu’il vient de dire, je ne vois pas grand chose à combattre.

M. Brouardel : M. Peter vient de vous rappeler qu’il y avait souvent de 1 albumine dans les urines des enragés; je le sais fort bien, car je l’ai écrit ilès 1871 dans cet article du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales (!) qu on a si souvent cité au cours de cette discussion ; mais cette albu-

' L Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Art. « Rage chez l’homme ». 3°sér., II, Paris, 1874, p. 185-246. ( Note de l’Édition.)

mine s’y trouve toujours en très petite quantité. Je ne sache pas que M. Albert Robin, clans le cas rappelé par M. Peter, en ait constaté beaucoup; mais chez le jeune malade dont je viens de rappeler I autopsie, l’urine était tellement chargée d albumine que celle-ci occupait le quart de la hauteur de la colonne d’urine dans le tube à expériences.

Ce n est pas d ailleurs seulement sur la présence de l’albumine que je me suis appuyé pour faire le diagnostic, mais encore sur un autre point que M. Peter a mis le premier en lumière, lorsqu’il a montré que la température s’élevait ordinairement au moment de la mort; or, chez mon sujet, I abaissement de la température était, au contraire, appréciable, ainsi que je l’ai dit tout à 1 heure.

M. Peter a prétendu enfin cpie la présence de l’albumine est constante dans les cadavres, comme MM. Vibcrt et Ogier l'ont établi dans leur travail. Cela est vrai, mais seulement au bout cle quelque temps, lorsque la putréfaction est commencée, ce (pii n’était pas le cas dans l’observation en question.

Tels sont les points sur lesquels j’avais à répondre à M. Peter. Je me permettrai d’ajouter que M. Peter m’a semblé bien mal inspiré lorsqu’il a accusé le laboratoire de M. Pasteur de cacher les faits défavorables. Il a prétendu en effet que c’était tout à fait par hasard qu’il avait été lui-même informé de quelques-uns de ces faits; que le silence était commandé par les autorités, notamment dans le Nord, où le préfet aurait eu assez d’action sur la presse de toutes nuances — chose rare! — pour obtenir que ces faits ne lussent pas publiés. Mais il me semble que la lettre de M. le directeur des douanes, dont INI. Peter vient de donner lecture, indique suffisamment combien il était désirable que les personnes mordues en même temps que celui qui a succombé n’en fussent pas informées.

Si M. Peter avait agi dans cette circonstance comme nos relations habituelles nous commandent de le lairc, il eûtététout d’abord trouver M. Grancher, son collègue à la Faculté, avec lequel il entretient un commerce amical, et il lui eût demandé des renseignements au sujet de ces faits. Que dirait-il d un chirurgien qui, apprenant un accident arrivé à l’un de ses confrères, commencerait par le publier à cette tribune, avant d’en avoir conféré avec celui-ci ?

La manière d agir qui est adoptée par M. Peter n est d’ailleurs dangereuse que pour lui-même; car elle l’amène à commettre des erreurs qu’il aurait pu lacilcment s’éviter. C’est ainsi que pour le cas d’Arras, en particulier, il eût pu apprendre au Laboratoire, d’une manière incontestable, que le chien était mort enragé, que Née avait apporté la tête de son chien, que les lapins inoculés avec le bulbe étaient morts enragés, ce qui lui eût épargné de reproduire des suppositions erronées. Quant aux faits rapportés par INI. Clarke, dans le Daily Telegraph , 1 enquête à leur égard n’est pas terminée. Te Laboratoire entretient du reste, à propos de toutes les inoculations, une correspondance journalière, qui est à la disposition de M. Peter, s’il désire la consulter.

L Académie serait donc reconnaissante à notre collègue, si d’autres faits malheureux viennent a sa connaissance, de vouloir bien, avant de l’en entretenir, prendre des renseignements au Laboratoire, afin que nous puissions

MALADIES V I R U L E N T E S

discuter non plus d après des on-dit, mais en parfaite et complète connaissance de cause.

M. 1 E) En : Depuis deux mois, les cas de mort à la suite des inoculations rabiques se multiplient. Les malades succombent à des accidents insolites que je crois pouvoir attribuer à l’inoculation d’un virus intensif. Il y a là un grave péril que j’estime de mon devoir de signaler à l’attention publique.

M. le Pu i:si dent : Cette discussion continuera dans la prochaine séance.

DISCUSSION

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