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D’autre part, on peut lire dans la Gazette hebdomadaire des sciences médicales de Montpellier, du 23 janvier 1886, l’histoire cl’un homme qui est mort de la rage quatre mois après une morsure profonde à l’un des doigts de la main gauche et qui fut soigné par le docteur Peyraube. L observation est rapportée par le Dr Saussol, chef de clinique (1). La maladie débuta par des douleurs violentes dans les doigts de la main gauche, avec irradiations jusqu’à la nuque ; il y eut, en même temps, des vertiges, de l’agitation et du délire. La température était un peu au-dessus de 38° et la courbature profonde. Tous ces phénomènes furent constatés le premier jour de la maladie, le 26 novembre. Les jours suivants, les 27, 28 et 29 novembre, il y eut des crachotements incessants, des érections avec éjaculations, une agitation continuelle avec oppression et tension à la partie inférieure du thorax.
Le 29 novembre, le docteur Saussol constata que la sensibilité cutanée du bras gauche n’était pas modifiée, mais que la motilité du membre était profondément atteinte. Le membre supérieur est inerte ; soulevé, il retombe lourdement; les mouvements des doigts sont très limités. Pas d’hydrophobie ; le malade boit facilement. Le lendemain la paralysie a gagné le membre inférieur et tout le côté gauche est paralysé. Le malade entre dans la période de dépression et il meurt ce jour-là même.
Enfin, M. Graneher m’a donné connaissance d’un cas, publié en Amé-
1. Saussol. Cas de rage, quatre mois après une morsure profonde aux doigts; phénomènes douloureux, puis paralytiques, dans le membre correspondant; agitation maniaque; mort. Gazette hebdomadaire des sciences médicales de Montpellier , VIII, n° 4, 23 janvier lK8t3, p. 40-42. ( Note de l'Édition.)
rique, de rage avec paraplégie, survenue à la suite d’une morsure faite par un écureuil atteint de la rage.
Je donne un résumé de ce fait :
Observation d’un enfant mordu par un écureuil enragé. — Hydrophobie et
paraplégie. — ( Boston Medical and Surgical Journal, 1887.)
Le 21 avril 1879, le jeune W. R., âgé de 17 ans, fut pris de violentes douleurs abdominales et sternales, de douleurs dans les jambes et les cuisses.
Deux jours après, il eut de la dysphagie et entra à l’hôpital le 24 avril
Les douleurs abdominales persistent et s’accompagnent d’une perte partielle de la puissance motrice des deux jambes.
Les 25 et 26 avril, délire , crachotements, dysphagie et hydrophobie.
La paraplégie est complète.
Mort le 28 avril, à deux heures trente du matin.
Après sa mort, on apprit du frère de W. R. que ce jeune homme avait été mordu quelques mois auparavant par un écureuil qu’il avait pris dans la forêt de Hill. Cet animal très excité et « comme enragé » avait mordu cruellement 1 enfant à 1 un des doigts et s’était échappé.
Voilà un certain nombre de faits qui démontrent que la rage peut se manifester chez l’homme, sous forme d’accidents paralytiques médullaires ou bulbo-médullaires ou même cérébro-bulbo-médullaires. Tantôt ces accidents constituent les symptômes principaux et la maladie se termine par la mort sans que le malade ait présenté de l’hydrophobie, de la dysphagie, du délire, des convulsions spasmodiques ; tantôt, à un moment ou à un autre de l’évolution de l'affection rabique à forme paralytique, on voit se manifester les symptômes que nous considérons comme les plus caractéristiques de la rage. Que la forme paralytique soit assez rare chez l’homme, cela me paraît certain ; mais dans quelle proportion elle est rare, je l ignore absolument. Ce que je sais bien, c’est que l’on ne peut pas, sans commettre une faute élémentaire et grave de clinique, considérer la forme paralytique de la rage observée chez des individus soumis au traitement préventif après morsure comme une preuve que cette rage est due, non aux morsures de l’animal enragé, mais aux inoculations préservatrices.
Du reste, comment ne pas faire rémarquer à notre collègue qu’il s’abuse complètement dans son argumentation ? Le lapin offre toujours ou presque toujours la rage paralytique. Cela autorise-t-il M. Peter adiré que le virus du lapin, inoculé à un autre mammifère, doit produire la rage paralytique? Cela lui donne-t-il le droit de prétendre que les accidents paralytiques observés chez un homme qui a été inoculé suivant la méthode de M. Pasteur, après morsure par un chien enragé, sont dus au virus du lapin ? Si M. Peter avait cherché à s’éclairer sur ce point, il aurait appris que le virus rabique du lapin, inoculé à des chiens, donne tantôt la rage paralytique, tantôt la rage furieuse, comme le fait le virus du chien lui-même inoculé à un chien. Par conséquent, le virus pris sur un lapin n’a pas de vertu paralysante spéciale et l'argument île M. Peter est non avenu.
M AL ADI ES VI R U L E N T E S
La rage humaine est une des affections que nous connaissons le moins. Les travaux de M. Pasteur nous ont déjà révélé bien des particularités nouvelles et importantes de l’histoire de cette maladie. La clinique, guidée par ces travaux, complétera sans doute en peu de temps l’étude de la rage chez l’homme. Je ne désespère pas de voir dans quelques années, si je suis encore vivant, notre collègue M. Peter admettre dans ses cliniques, comme une des formes de la maladie avec lesquelles il faut compter, la forme paralytique de la rase humaine.
Je crois avoir montré que rien n’autorisait M. Peter à accuser la méthode de M. Pasteur d’être périlleuse et même meurtrière ; que rien ne légitime les craintes qu’il semble s’être proposé de répandre parmi les personnes qui, après avoir été mordues, viennent chercher leur salut dans le laboratoire de M. Pasteur.
M. Peter déclare nettement que la méthode de M. Pasteur est inefficace. Ainsi donc, elle ferait courir les plus graves dangers à ceux qui s’y soumettent, et cela, sans la moindre compensation, puisqu’elle n’a jamais empêché la rage de se développer. « Inefficaces ces inoculations, dit-il dans sa leçon d’ouverture pour sa clinique, inefficaces ces inoculations qui, après avoir été annoncées avec l’éclat que vous savez, échouent aujourd’hui lamentablement. »
Et il considère, en outre, ces inoculations comme irrationnelles, « puisqu’elles ont la prétention, contraire aux faits, d’empêcher l’éclosion d’une maladie en incubation et qui tient l’organisme en sa puissance. »
Avant de discuter l’appréciation de M. Peter sur l’inefficacité de la méthode, il convient de dire un mot du reproche qu’il lui fait d’être irrationnelle. Comment ne voit-il pas que l’on ne peut pas légiférer en pareille matière, c’est-à-dire à propos des maladies virulentes, alors qu’il s’agit d’affections dont l’incubation est si variée comme durée ; alors qu’on ignore quel est l’état des sujets atteints pendant l’incubation et qu’on ne sait pas si l’organisme est infecté dès les premiers moments de l’introduction du virus?
Il ne s’agit pas d’une question de théorie sur laquelle nous sommes tous dans une profonde ignorance; il s’agit d’une question de fait. Peut-on, chez un individu mordu par un chien enragé, empêcher la rage de se développer en le traitant par la méthode Pasteur ? Si cela est impossible, alors vous pouvez jouer de la théorie qui vous est chère ; s’il est prouvé que la méthode Pasteur préserve de la rage l’immense majorité de ceux qui s’y soumettent, il faut bien que la théorie se soumette et vous devez à M. Pasteur, à qui nous devons tant, une nouvelle donnée de pathologie générale qui doit entrer dans votre enseignement.
Occupons-nous donc uniquement de l’efficacité de la méthode de M. Pasteur.
Vous dites que les inoculations, dites antirabiques, échouent aujourd hui lamentablement. Pour émettre un pareil jugement, dans des termes semblables, il faut que notre collègue ait les mains pleines de preuves accablantes, d’arguments irrésistibles. Ilélas! quel argument apporte-t-il à l’appui de son affirmation ? Des ennemis personnels de l’illustre Pasteur, décidés à le coin-
battre per fus cl nef iis, n'en auraient pas choisi un autre. Bien que M. Dujardin-Beaumetz ait déjà répondu sur ce point, je crois qu'on ne saurait trop y insister. INI. Peter nous dit que, pour la France, parmi les mordus traités par M. Pasteur pendant l’année qui vient de s’écouler, il en est mort 14 « après les inoculations se disant préservatrices » ; que IB sont morts sans avoir été traités, ce qui fait un total de 30 et que le chiffre moyen pour les années précédentes étant précisément de 30, il n’y a eu aucun effet constaté du traitement par la méthode de M. Pasteur.
M. Peter sait aussi bien que nous que son raisonnement est absolument défectueux et on peut regretter qu’il ait eu le courage de le publier. Si vous le voulez bien, nous prendrons la statistique de M. Pasteur comprenant tous les cas qu’il a eus à traiter depuis la fin d’octobre 1885 à la fin d’octobre 1886(1). Ces cas sont au nombre de 1,726 pour la France et l’Algérie. Sur ce nombre
11 y a eu 12 morts, en y comprenant la petite Pelletier et Moermann qui n’ont été traités que quelques semaines après les morsures. Il y a eu moins d’une mort pour cent personnes traitées. D’autre part, il y a eu 16 morts parmi les mordus non traités. Or, sur quel total de mordus ont eu lieu ces 16 morts? Il faut se rappeler que l’immense majorité des individus mordus en France par des chiens suspects ou reconnus enragés sont venus se faire traiter au laboratoire de la rue d Ulm. Bien qu’il soit impossible de chiffrer le nombre des personnes mordues qui ne sont pas venues réclamer le secours du traitement de M. Pasteur, on est en droit, par la considération suivante, de l’évaluer tout au plus a une centaine. En effet, les statistiques qui donnent la proportion la plus faible de la mortalité chez les mordus la fixent justement à
Il est donc permis de dire que, tandis que parmi les personnes traitées, il n’en est mort que moins d’une pour 100, il est mort 16 pour 100 des personnes qui n ont pas été traitées par la méthode Pasteur. Et si nous nous servons de cette statistique qui considère le nombre de 16 pour 100 comme le chiffre de la mortalité moyenne chez les personnes mordues, si nous l’appliquons aux cas traités par M. Pasteur, nous voyons que le nombre des personnes qui, parmi les 1.726 traitées, auraient succombé à la rage si elles n’avaient pas été soumises aux inoculations préventives, aurait été de 2/6. En défalquant les
12 personnes qui sont mortes malgré le traitement, il reste 264 individus qui ont été sauvés par le traitement.
Nous voici bien loin du nombre de 30 que M. Peter nous donne comme le chiffre de la mortalité annuelle par la rage en France. Mais ce nombre, M. Peter sait bien qu il est erroné. M. Brouardel, à qui il l’emprunte, a bien soin de dire qu’il n’est pas exact. En effet, l’enquête faite en France sur la mortalité par la rage n a jamais fourni des données satisfaisantes. Si l’on trouve un total de 30 morts en additionnant tous les renseignements partiels, il faut bien remarquer que, d’après M. Brouardel, il y a un tiers des départements qui n’a pas répondu, et quant aux deux autres tiers, ils n’ont envoyé que des résultats incomplets. De telle sorte que nous ignorions, avant M. Pasteur, quelle est la fréquence de la rage humaine en France.
1. T où-, à ce sujet, p. 627-685 du présent volume: Nouvelle Communication sur la rage. (Note de l'Édition.)
MALADIES VIRULENTES
Remplacez le nombre de 30 rappelé par M. Peter sans le commentaire qu il aurait dû faire, par le nombre de 250 à 270 qui résulte, comme vous 1 avez vu, d’un calcul bien simple, fondé sur le chiffre de la mortalité moyenne dans les cas de morsures, et vous aurez le chiffre de la mortalité moyenne de la rage humaine en France avant le traitement de M. Pasteur.
De 250 à 270, ce nombre, par suite des bienfaits de ce traitement, est tombé à 30 environ. Voilà la vérité. Au lieu de l’échec lamentable dont parle M. Peter, c’est un triomphe éclatant que proclament ces chiffres. Pourquoi fermer volontairement les yeux à la lumière?
Prenons, si l’on veut, la dernière statistique indiquée dans la Note lue à l’Académie mardi dernier par M. Grancher (*). De la fin d’octobre 1885 au 31 décembre 1886, le nombre des personnes qui se sont soumises au traitement de la rage après morsure s’élève, pour la France et l’Algérie, à 1.929 personnes et, sur ce nombre, il y a eu 18 ou 19 décès; en tout, encore moins de 1 pour 100. Le calcul que je faisais tout à l’heure montre qu’il y aurait eu vraisemblablement, sans le traitement préventif, 308 à 310 morts sur ce nombre. C’est donc, pour la France et l’Algérie, en défalquant les 18 ou 19 morts qui ont eu lieu malgré le traitement, environ 290 personnes qui doivent la vie à M. Pasteur. N’est-ce pas là un admirable succès ?
Je pourrais m’en tenir là, car je crois que la démonstration de l'efficacité de la méthode ressort victorieusement de ces chiffres. Mais je ne puis pas me dispenser de parler de la méthode intensive, qui a été surtout incriminée.
Je suis forcé de vous rappeler le fait des dix-neuf Russes traités d’abord par la méthode primitive. Trois d’entre eux moururent. C’est alors que M. Pasteur eut l’idée de soumettre ceux qui survivaient à de nouvelles inoculations plus rapprochées les unes des autres et allant jusqu’aux moelles les plus virulentes ; les 16 Russes ainsi traités ont survécu. Or, on sait que la mortalité après les morsures de loup est énorme; elle a lieu dans la proportion de 66 à 68 pour 100, au moins.
Je vous rappellerai aussi les faits de morsure de la face. M. Pasteur avait déjà constaté que, tandis qu’il avait observé 6 cas de mort après les morsures de cette sorte, lorsqu’il employait la méthode primitive, il n’avait pas eu un seul insuccès dans les 10 autres cas traités par la méthode intensive.
M. Grancher a donné le tableau, bien instructif, de 36 cas de morsures à la face, faites par des animaux reconnus enragés, cas dans lesquels la méthode intensive a été employée sans un seul insuccès jusqu’au moment actuel. Or, la statistique montre que, dans les cas de cette sorte, il y a une mortalité de 88 pour 100.
Je n’ai que depuis ce matin le tableau complet des vaccinations antirabiques pratiquées dans le laboratoire de M. Pasteur jusqu’au 31 décembre 1886. Il confirme d’une manière décisive les données que je viens d’indiquer. Je vais donner connaissance de ce tableau (1 2).
1. Dans la séance du 11 janvier 1887. Voir p. 767-771 du présent volume.
2. On trouvera plus loin, p. 860-870 du présent volume, la « Statistique de l’Institut Pasteur pour le traitement préventif de la rage, du mois de novembre 1885 au 31 décembre 1886 », telle qu’elle a paru dans le n° 1 des Annales de l’Institut Pasteur, 25 janvier 1887. ( Notes de l’Édition.)
Ce tableau vous montre les résultats de la méthode préventive simple et ceux de la méthode intensive. Pour cette dernière méthode que notre collèoue représente comme éminemment dangereuse et comme inefficace, vous voyez quels ont été ses ellets. D une part, il est impossible de prouver qu’elle ait jamais produit un accident; d’autre part, elle a préservé de la rage presque toutes les personnes qui s’y sont soumises ; et même, pour les morsures de la l'ace et de la tête, il n’y a pas eu un seul cas de mort sur 50 cas ainsi traités. Il est bon d ajouter qu’elle n’est pas appliquée indistinctement dans tous les cas de la même manière : on ne met en œuvre la méthode la plus intensive que dans les cas où les morsures sont multiples, profondes, surtout lorsqu’elles siègent à la face, c’est-à-dire lorsqu’il est presque certain que les mordus seraient atteints de la rage, s’ils ne subissaient pas les inoculations préventives.
Les documents publiés par M. Pasteur, ceux que M. Grancher nous a fait connaître en son nom et ceux que je viens de présenter conduisent tous à des conclusions qui, suivant moi, s’imposent à tous les esprits libres de toute prévention.
L’une de ces conclusions, c’est que le traitement préventif de la ra»e après morsure, par la méthode Pasteur, ne présente aucun danger. L’accusation de M. Peter ne repose sur aucune base solide. Ses arguments me paraissent sans valeur sérieuse. Il faut que les personnes qui viennent réclamer les secours de cette méthode de traitement préventif le sachent bien : elles ne courent aucun risque ; ce traitement ne produit pas d’accidents.
L autre conclusion, c’est que le traitement préventif de la rage après moi sure, par la méthode Pasteur, préserve de la rage presque toutes les personnes qui s’y soumettent. Les statistiques ne laissent aucun doute à cet égard. Assurément la cautérisation est un moyen préventif excellent. M. Pasteur n’a jamais contesté les bons effets de ce moyen préservatif. Maison sait qu’il n’est sûrement efficace qu’à la condition que la cautérisation soit bien faite et qu’elle soit pratiquée peu d instants après la morsure. Or, bien minime est le nombre des cas dans lesquels cette double condition est réalisée. La plupart des cautérisés ne sont pas mis à l’abri des atteintes de la rage. Le traitement de M. Pasteur empêche presque toujours le développement de la rage, même lorsque les inoculations préservatrices sont pratiquées quelques jours après les morsures. G est, en somme, à 1 heure actuelle, le vrai traitement préventif de la rage après morsure; c’est le seul qui puisse inspirer une grande confiance, c est celui auquel je me soumettrais, sans un moment d hésitation, si j avais le malheur d’être mordu par un animal enragé.
Que veut notre collègue .’ Est-ce empêcher toutes les personnes mordues par un animal enragé ou suspect de recourir au traitement de M. Pasteur ? Quelle responsabilité n assume-t-il pas .J S’il réussit à détruire la confiance que tant de succès ont inspirée aux médecins et aux personnes blessées par des animaux enragés, combien de morts n aurait-il pas à se reprocher !
Qu Ü cesse cette guerre sans excuse. Il attaque inconsidérément une des plus grandes découvertes qui aient jamais été faites. La série des recherches qui ont conduit M. Pasteur à cette découverte est, en tout point, admirable.
MALADIES VIRULENTES
Grâce à M. Pasteur, cette maladie épouvantable, la rage, qui était le type des maladies incurables, peut être prévenue, empêchée, presque à coup sûr.
Ce nouveau service vient s’ajouter à tous ceux que notre illustre Pasteur a déjà rendus à 1 humanité. L’éclat que ses travaux ont jeté sur notre pays est incomparable et maintient la science française au premier rang. Que notre collègue y prenne garde. Les quelques envieux qui se complaisent à calomnier M. Pasteur invoquent l’autorité du médecin de la Pitié, actuellement professeur de clinique de Necker : M. Peter doit avoir horreur de cette promiscuité.
La gloire deM. Pasteur est telle quebien des dents s’y useront. Nos travaux et nos noms seront depuis longtemps ensevelis sous la marée montante de l’oubli; le nom et les travaux de M. Pasteur resplendiront encore et sur des hauteurs si élevées qu’elles ne seront jamais atteintes par ce triste Ilot.
Je me résume. M. Peter s’est proposé de montrer que la méthode de traitement préventif de la rage, créée parM. Pasteur, est anti-scientifique, qu’elle est inefficace, qu’elle est dangereuse. Il a échoué dans cette entreprise. La méthode qu’il a combattue sans armes valables est scientifique au premier chef ; elle est efficace à un degré inespéré ; enfin elle ne présente aucun danger.
M. Peter voulait entraîner l’Académie à le suivre dans sa lutte inexplicable contre M. Pasteur. Il n’a pas pu ébranler l’Académie et il aurait bien dû le prévoir.
11 eût peut-être été satisfait s il avait pu arrêter le courant qui porte toutes les personnes mordues par des animaux enragés vers les laboratoires où 1 on pratique le traitement par la méthode Pasteur. Il ne réussira pas dans cette tâche anti-humanitaire et coupable par conséquent. J’espère même qu’il n’aura pas le remords d’avoir plongé dans les angoisses les plus terribles les nombreux mordus, inoculés depuis quelques semaines, auxquels il annonce, par la voie académique, qu’ils se sont soumis à un traitement dangereux et inutile. Que ces inoculés se rassurent ! Ils sont certains de ne pas être atteints de la rage.
Enfin, notre collègue se donne le tort de faire à M. Pasteur une guerre injustifiable, préméditée de longue date, et il semble se proposer pour but de chercher à ternir cette grande gloire nationale !
Aussi je ne crains pas de lui dire : comme médecin, comme académicien, comme philanthrope, comme patriote, il a entrepris et il poursuit une campagne déplorable. ( Vifs applaudissements.)
M. le Président: La parole est à M. Brouardel.
Plusieurs membres : 11 est cinq heures vingt minutes.
M. le Président: Il importe que celte discussion se termine aujourd hui ; et, pour atteindre ce résultat, la séance sera prolongée, s’il le faut, jusqu a 6 heures ; en conséquence, je prie les personnes qui désireraient prendre la parole de vouloir bien rester dans la salle. (. Mouvements divers.)
M. Peter : M. Vulpian vient de me reprocher d avoir profité de 1 absence de M. Pasteur pour me livrer à la critique de sa méthode. Je tiens a dire que
c’est il y a deux mois, sous la présidence de M. Trélat, que je suis monté au bureau de l’Académie, avant la séance, afin de demander à être inscrit pour faire une Communication sur la rage. MM. Sappey, Béclard et Proust peuvent en témoigner au besoin. Or, j’appris que le jour même, par une singulière coïncidence, M. Pasteur, malade, devait partir pour le Midi. Je retirai aussitôt ma demande d’inscription.
Si j ai depuis redemandé la parole, c’est que j’ai considéré comme étant de mon devoir, en présence de la multiplication du nombre des décès, de ne pas me taire plus longtemps. Ce n’est donc pas parce <jue M. Pasteur est absent que j ai pris la parole, mais quoiqu’il lût absent.
M. Brouaiîdel : Messieurs, si, il y a deux ans, un médecin connu par son honorabilité, par le talent et la précision avec lesquels il avait mené à bien les expériences les plus délicates, était venu, pièces en mains, dire à la tribune de 1 Académie : « Sur cent personnes mordues par des animaux enragés, grâce à une nouvelle méthode thérapeutique, je ne perds qu’un seul individu », 1 Académie lui aurait-elle refusé les marques de son admiration ? .
La preuve, on vous l’apporte aujourd’hui, et à quel spectacle assistonsnous? Nous sommes obligés de défendre notre maître, on le traite comme un accusé.
Les documents mis entre les mains des membres de l’Académie prouvent que le chiffre des insuccès de la méthode que l’on traîne sur la claie est de 1 environ pour 100.
Voilà le chiffre qu’il faut retenir.
Quels sont les arguments d’ordre scientifique sur lesquels s’appuie M. Peter?
D’abord sur la statistique :
Pour démontrer que la méthode des inoculations antirabiques a échoué, M. Peter dit : « La mortalité moyenne par la rage en France est de 30 par an, d après 1 article de M. Brouardel dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales ; or, précisément, il y a eu depuis un an, en France, 30 cas de mort par la rage, dont 14 après inoculation et 16 chez des individus non inoculés. »
Cet argument ne vaut pas. Qu’il me suffise pour le réduire à sa juste valeur de reproduire les quatre ou cinq phrases qui précèdent celle que M. Peter m’a empruntée et la phrase qui la suit :
« En France, sur 1 initiative du comité consultatif d’hygiène, une circulaire ministérielle en date du 17 juin 1850 prescrivait une enquête générale sur la rage. Depuis lors, de nombreuses circulaires ont rappelé la première, et 1 enquete résumée dans cinq Rapports de l ardieu et un de Bouley devrait nous donner une idée exacte de la fréquence de la rage et de sa répartition sur le territoire français.
« Nous ne sommes pas encore arrivés à pouvoir fournir de pareils résultats. On verra plus tard que l'enquête est loin d’avoir été stérile, mais, bien que tous les ministres aient reproduit les circulaires de leurs prédécesseurs, bien que le Comité d hygiène ait apporté un zèle extrême dans l’accomplissement tle la mission qu il s était imposée, un tiers des départements n’a jamais envoyé (-le Rapport, ou n en a envoyé qu un ou deux depuis vingt ans. Les gouvernements ont changé, les préfets ont été déplacés, le résultat a toujours été le
MALADIES VIRULENTES
même. Les mêmes préfectures ont répondu exactement, les mêmes préfectures n’ont jamais répondu. Cela prouve qu’actuellement encore l’importance de la médecine publique n’est pas suffisamment comprise.
« Il faut noter de pins, et cette critique s’adresse également aux statistiques des Etats étrangers et à celle du Comité d’hygiène, que même si toutes les enquêtes départementales avaient été régulièrement transmises, il est probable que le chiflre des cas de rage connu resterait très au-dessous de la réalité. Bien des laits échappent nécessairement aux recherches administratives. »
Suit le tableau. En 23 ans, 685 cas de mort par la rage, soit 30 par an en moyen ne.
La phrase qui suit ce tableau est celle-ci : « Cette proportion de 30 cas de mort par an est évidemment beaucoup trop faible, mais nous ignorons de quelle quantité. »
51. Peter est-il fondé à dire que j'ai donné ce chiffre comme représentant la mortalité rabique? Peut-il en conclure que si cette année il y a eu 30 morts par la rage, alors que, grâce au retentissement de la méthode proposée par 51. Pasteur, chaque cas a été exceptionnellement noté et signalé, la mortalité est restée la même ?
Peut-on actuellement fixer dans quelle proportion s’est abaissée la mortalité des personnes mordues par des animaux enragés?
Dans l’article auquel M. Peter a fait allusion, après avoir dépouillé les documents administratifs et constaté que d’après eux il y aurait une mortalité de 47 pour 100 mordus, j’ajoutais : « Ce tableau montre qu’un peu moins de la moitié des personnes mordues est atteinte de la rage. Mais je ne considère nullement cette proportion comme représentant la réalité. Il échappe à l’administration la connaissance de la plus grande partie des cas de morsure non suivie d’accident. »
Une proportion exacte est impossible à établir. Voilà ce qui était vrai en 1874. Je crois qu’il faudra attendre encore quelques années avant de pouvoir rien préciser, mais ce qui ressort de nos enquêtes, de celles de nos successeurs ou de nos prédécesseurs, c’est que l’on peut abaisser autant que l’on voudra le taux de la mortalité à la suite des morsures rabiques, on arrivera à 10 pour 100 au moins, on n’arrivera pas à celui de 1 pour 100, chiffre fourni par le traitement de M. Pasteur.
51. Peter a-t-il droit de conclure que les inoculations antirabiques ont été inefficaces ?
Ce chiffre de 1 pour 100 de mortalité est-il définitif? Est-il irréductible ? Non. La réponse est facile et montre que la méthode est encore perfectible.
En effet nous voyons, dans le relevé dressé au laboratoire de M. Pasteur, que pour les cas de morsure à la face et à la tête, le traitement simple a été pratiqué sur 136 personnes, chez lesquelles y a eu 10 décès, soit une mortalité de 6,66 pour 100, tandis que 50 personnes traitées par les inoculations intensives n’ont eu aucun décès.
A l’Institut bactériologique d’Oclessa, M. le Dr Gamaleïa a obtenu de son côté les résultats suivants, pour des morsures ordinaires (*) :
1. Pour des morsures graves, le traitement intensif a donné aussi de bons résultats.
Traitement simple (de 14 à 5 jours). — 101 personnes, morts : 7 ; mortalité : 7 pour 100.
Traitement intermédiaire (de 14 à 4 jours). — 35 personnes, 1 décès: mortalité : 3 pour 100 (?).
Traitement intensif (de 14 à 2 jours et deux traitements). — 140 personnes jusqu’au 11 novembre ; 0 décès ; mortalité : 0. Depuis cette époque, 60 cas nouveaux ont été ainsi traités ; il n’y a eu aucun décès.
Ainsi, toutes choses égales d’ailleurs, la mortalité variant avec le traitement, l’efficacité de la méthode est prouvée, et en meme temps la supériorité du traitement intensif.
Et ici, Messieurs, je demande à ajouter quelques mots sur un fait personnel : M. Peter, en discutant tout à l’heure l’observation que j’ai apportée à la dernière séance, a cru devoir contester mon diagnostic et il prétend que le jeune Rouyer a présenté certains symptômes de rage. Or, qu’on lise l’observation faite pendant la vie par M. le Dr Rueff, et l’on verra nettement que le petit malade a présenté non pas les symptômes de la rage, mais ceux de l’urémie, notamment une respiration de Cheyne-Stokes tout à fait caractéristique. Mais je ne me suis pas contenté des symptômes observés et des constatations faites à l’ autopsie. J’ai la preuve certaine que le malade n’a pas succombé à la rage, puisque son bulbe inoculé à des lapins ne leur a pas communiqué cette maladie.
M. Peter paraît, il est vrai, mettre en doute la valeur de cette preuve expérimentale. Mais nous savons tous que chaque fois qu’un bulbe rabique a été inoculé à un animal, il lui a communiqué la rage.
J’ai donc le droit d’affirmer que, puisque l’inoculation du bulbe de cet enfant a été négative, il n’a pas succombé à la rage.
M. Peter : L’inoculation a été faite quarante-huit heures après la mort : le bulbe pouvait être déjà altéré.
M. Brouardel: Si le bulbe avait été altéré, il aurait pu déterminer une maladie telle qu’une septicémie ; il était en parfait état de conservation et n’a rien produit du tout. On sait d’ailleurs, par expérience, que l’inoculation d’un bulbe rabique peut encore être positive sur des chiens trois semaines après la mort, en hiver. D’ailleurs, depuis six ans, les bulbes de presque toutes les personnes mortes de rage dans les hôpitaux de Paris ont été inoculés à des animaux, par trépanation, au laboratoire de M. Pasteur. Tous ces bulbes ont donné la mort, bien que plusieurs d!èntre eux aient été recueillis plus de 48 heures après la mort.
Je maintiens donc, en présence de cette preuve dont la certitude est absolue, que le jeune Rouyer n’a pas succombé à la rage. L’état de ses reins et l’examen de son urine m’ont fait conclure à des accidents urémiques, sur lesquels je n’insiste pas en ce moment, car je me propose de communiquer prochainement à l’Académie plusieurs faits du même genre et je compte, à cette occasion, appeler l’atttention des chirurgiens sur le mécanisme par lequel la contusion des reins peut entraîner la mort rapide par urémie.
J’arrive au dernier argument de M. Peter, à la légende de la rage lapinocanine. « En résumé, dit M. Peter, Réveillac n’est pas mort de la rage du chien, mais d’une affection qui rappelle la rage expérimentale.
MALADIES VIRULENTES
« Et voilà pourquoi les médecins qui l’ont vu vivant n’ont pas pu faire de diagnostic exact; il n’en faut pas accuser leur ignorance; ils se trouvaient eu présence :
« Non pas d’une maladie naturelle, mais d’une maladie artificielle ; non pas d une maladie qu on observe dans les salles de chirurgie, mais d’une maladie qu on ne voit que dans les laboratoires ; d’une maladie créée de toutes pièces, d une maladie expérimentale .
- (< üs se trouvaient en présence de la rage du laboratoire. »
Messieurs, malgré cette affirmation très hardie, je crois que, s’il nous est difficile de guérir ou modifier les maladies virulentes, il nous a été jusqu’à ce jour impossible d’en créer une.
Mais que vaut cette légende ? La rage paralytique de l’homme est-elle inconnue:' M. le professeur Vulpian vient de vous fournir des exemples de rage paralytique chez l’homme sans inoculation quelconque antérieure. Et permettez-moi de vous en rapporter un dont l’antiquité rassurera M. Peter. 11 date de 1684. Ici je dois faire un aveu, elle ne figure pas dans l’article auquel on a lait souvent allusion ; j’avoue que je n’étais pas remonté à la source a laquelle Van Swieten me renvoyait. Cette négligence explique qu’elle n’ait pas été remise en lumière depuis deux siècles.
Après avoir décrit la rage convulsive chez l homme, Van Swieten ajoute ( Commentaria , t. III, éd. de Leyde, 1753, p. 558) :
« Habetur tamen observatio hydrophohi, qui absque ulla convulsionc, imo absque agonia, moriebatur, ac si universalis paralysis mortem induxisset ; in hoc autem ægro incipicns morbus post dolores molestos veram paralysin fecerat in brachio demorso. »
L observation à laquelle Van Swieten renvoie est un cas de rage paralytique publié par le D1' Roger Howmann, médecin à Norwich ; elle est datée du -7 janvier 1684 et a paru dans The Philosophical Transactions of the Royal Society of London. Abridgments with notes, etc., tome III, from 1683 to 1694, p. 133 (et non 281 comme 1 indique l’éditeur de Van Swieten).
Voici l’observation du D1 Roger Howmann (t).
Je fus appelé le 1er octobre à voir un malade de Norwich, qui, six semaines auparavant, avait été mordu à la main droite par un renard enragé. Le dimanche précédent, le malade avait éprouvé des douleurs erratiques dans la main droite, le bras, l’épaule et le dos, sans cependant l’obliger à s’aliter. Je le trouvai, se plaignant de ne pouvoir se servir de sa main droite qui commençait à se paralyser ; malgré cela, les douleurs avaient beaucoup diminué dans cette région où, d ailleurs, elles avaient été très violentes; il n’en restait plus qu’aux parties inférieures, un peu sur le dos ; bientôt après celles-ci disparurent aussi. La plaie que le renard avait faite avait beaucoup saigné et guéri sans accidents ; de temps en temps toutefois, il avait eu un peu de douleur dans le bras.
11 n’y avait pas de crainte de Veau , ou hydrophobie, mais la chaleur était beaucoup augmentée, le pouls présentait une intermittence toutes les cinq à six pulsations, du côté droit seulement.
Le malade paraissait étonné et effaré, mais les yeux étaient brillants et farouches.
1. Je ne supprime de l’observation que ce qui est relatif au traitement par les herbes, les purgations, etc.
Le lendemain matin, il se plaignait que sa nuit eût été sans repos et d’avoir entièrement perdu V usage de sa main droite, bien que les douleurs eussent cessé. Il avait toujours de la chaleur et du malaise. Son pouls était plus fort que pendant la nuit et intermittent seulement du côté droit, comme la veille.
La contenance était un peu plus effarée. Comme au début, il y avait toujours de la réplétion veineuse et la fièvre augmentait.
Comme l’hydrophobie n’apparaissait pas, j’ordonnai de tirer six à sept onces de sang et de continuer ce qu’on avait fait. Saignée de 8 onces, sang de bonne couleur, mais un peu épais.
Dans l’après-midi, obligé d’aller dans la campagne voir quelques malades auxquels je l’avais promis, je ne pus faire de nouvelles observations jusqu’à mon retour, le vendredi 6, peu d’heures avant la mort.
Le jeudi, après mon départ, le grand symptôme apparut et un autre médecin, qu’il consulta, lui donna beaucoup de remèdes. A mon retour, la chaleur était grande, le pouls élevé, intermittent aux deux poignets, et si quelqu'un lui offrait à boire lorsqu’il était debout ou sur son séant, il faisait un mouvement involontaire comme si sa tête eût retombé d’arrière en avant sur ses épaules, mais quand il était couché sur son oreiller, il pouvait parfois, bien qu’avec beaucoup de peine, avaler une cuillerée ; il paraissait alors déprimé et stupéfait ; effrayé aussitôt que quelqu’un s’approchait de lui, il disait qu’on le suffoquait, qu’en approchant aussi vite on l’empêchait de respirer.
Sa raison était bonne, mais la voix était brisée et imparfaite, comme celle des gens dont la langue et les organes de la parole se paralysent. Je le vis à dix heures du soir, quand tous les symptômes s’aggravaient ; il pouvait encore marcher, aller d’une chambre dans une autre sans grand secours. Il mourut entre minuit et une heure du matin sans mouvements convulsifs, sans soupir, ni gémissement, comme s’il eût été atteint de paralysie totale.
On doit noter surtout : 1° Que la paralysie et la fièvre apparurent quand cessèrent les douleurs qui ressemblaient un peu à celles du rhumatisme.
2° Que les intermittences du pouls devinrent plus fréquentes quand la fièvre augmenta; on ne sait trop pourquoi, elles furent d’abord unilatérales.
3° Il est probable que l’imperfection de la voix et la dysphagie étaient des effets de la paralysie; l’impossibilité de se servir du chalumeau qu’on lui donna pour sucer, mentionnée par le Dr Lister, tenait à la même cause.
4° Il n’est pas hors de propos de supposer que son abattement, son manque d’énergie vitale étaient aussi d’origine paralytique.
5° La paralysie affectait également les muscles de la tête et des membres supérieurs; on peut tirer cette conclusion de son impossibilité de tenir sa tête ferme, lorsqu’on approchait un liquide.
6° Les membres inférieurs étaient moins affectés, puisque le malade marchait encore deux ou trois heures avant sa mort.
C’est par les expériences sur les animaux que l’on comprend la pathogénie de ces faits et de ceux que citait M. Vulpian.
Si M. Peter avait pris la peine ou d’aller au laboratoire de M. Pasteur avant d’édifier ses critiques, ou simplement de lire ce qui a été écrit par M. Roux dans sa thèse inaugurale (*), il aurait compris l’interprétation facile
1. Roux (E.). Nouvelles acquisitions sur la rage. Thèse de Paris, 1883, in-8”. [Note de l'Édition.)
MALADIES VIRULENTES
de ces diverses manifestations. Remarquez que cette thèse a été écrite en 1883, alors qu d n était pas question de virus de passage de lapin à lapin. Les expériences avaient été laites toutes avec le virus des chiens des rues.
Voici ce qu’il aurait lu (p. 39 et 40) :
« L observation de ces étranges manifestations rabiques montre que la rage est encore plus variable dans son expression qu’on ne l’avait cru jusqu ici, et d est difficile de se défendre de l’idée que bon nombre de cas de rage sont méconnus; des cas analogues à ceux que nous venons de décrire doivent se rencontrer dans la pratique, c’est aussi l’opinion du professeur Nocard. On n a décrit jusqu’ici cpie les symptômes cérébraux et bulbaires de la rage. Mais cette affection peut avoir autant d’expressions qu’il y a de fonctions diverses dans les centres nerveux. L’irritation de l’écorce grise de l’encéphale se traduit par l’agitation et la fureur, celle du bulbe par la raucité de la voix et la difficulté de déglutir; qu’un autre point de la masse encéphalique ou de la moelle soit pris le premier, nous aurons des paralysies, des excitations de l’appareil génital, et le virus, se propageant le long du cordon médullaire, atteindra la moelle épinière et le bulbe, arrêtera la respiration et le cœur avant que le cerveau ait été envahi, ou, s’il a été déjà atteint, il n aura pu traduire sa souffrance, tous les muscles étant déjà paralysés. Nous pensons donc qu’aux formes cérébrales et bulbaires déjà décrites il faudra joindre les formes médullaires que nous venons d’esquisser. »
Je ne voudrais pas prolonger davantage cette discussion. Je me borne donc aux observations que je viens de présenter et qui ont eu surtout pour but : i° de démontrer quels étaient la valeur et le sens qu’il convient d’attribuer aux documents statistiques consignés dans le travail que j’ai publié autrefois sur la rage ; 2Ü de rectifier un fait personnel ; et 3° de montrer, par une observation, qui n’a pu être inventée pour les besoins de la cause, puisqu’elle date du xvne siècle, que la forme paralytique de la rage existe chez 1 homme. ( Applaudissements .)
Dans la séance du 22 février 1887 ( Bulletin de V Académie de médecine , 21' sér., XVII, 1887, p. 206-209), M. Peter dépose sur le bureau de l’Académie : 1° La profilassi délia rabbia, du prof. Amoroso, de Naples; 2° une lettre du prof. Tommassi, de Naples, dans laquelle il considère la méthode intensive comme non exempte de danger; 3° une lettre du prof. Oresse, de Naples, certifiant que, depuis douze ans, il n’y a pas eu un seul cas de rage à LEcolc vétérinaire de cette ville.
M. Brouardel, voyant que M. Peter voulait reprendre la Discussion, propose d’attendre que M. Pasteur soit de retour pour qu’il puisse y prendre part.
« Je m associe, dit M. Larrey, à M. Brouardel pour demander que la Discussion soit reprise régulièrement, suivant les formes académiques, seulement lorsque M. Pasteur sera de retour, ce qui sera beaucoup plus convenable à tous égards. »
Le Président, M. S,appey, met aux voix la proposition de M. Brouardel,
appuyée par M. Larrey* — Cette proposition est adoptée par l’Académie. En conséquence, toutes les Communications et toutes discussions partielles sur la vaccination antirabique restent suspendues jusqu’au retour de M. Pasteur.
(. Note de V Edition.)