‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 256 sur 299 · Séance du 11 janvier 1887. ( Note de l’Édition · texte numérisé non relu

Séance du 11 janvier 1887. ( Note de l’Édition

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la puissance préservatrice de cette méthode. Je ne laisserai aucun doute sur ce point dans l’esprit de ceux qui m’écoutent et qui n’auraient pas encore étudié par eux-mêmes les faits dont il s’agit.

Ce n est pas là assurément le seul but que M. Peter se propose d’atteindre. Non, il s’est donné pour tâche de montrer que la méthode est non seulement inefficace, mais encore qu’elle est dangereuse,' qu’elle peut tuer au lieu de

Préserver; que même elle a tué des malheureux qui s’étaient laissé traiter par cette méthode.

Il faut dépouiller le langage de tous ses artifices ; ici, nous ne sommes pas des avocats, nous sommes des gens de science habitués à la rigueur des termes, ennemis des sous-entendus. Nous devons appeler les choses par leur nom.

« J appelle un chat un chat et Itollet un fripon. »

En réalité, M. Peter accuse d’une faute lourde, il accuse même d’homicide involontaire M. Pasteur, notre illustre confrère, et il comprend dans la même accusation tous ses collaborateurs : M. Grancber, professeur à la Faculté de médecine de Paris; M. Chantemesse, médecin des hôpitaux; M. Terrillon, agrégé de la Faculté et chirurgien des hôpitaux; M. le D1' Roux directeur-adjoint du laboratoire de M. Pasteur; M. le D1' Charrin, attaché au laboratoire de M. Bouchard. Il leur reproche, à mots insuffisamment couverts, (lavoir lait mourir de la rage du lapin le nommé Née, d’Arras; d’avoir activé et modifié la rage canine chez d’autres mordus, par les inoculations faites au Laboratoire de la rue d’Ulm. Et ces reproches, il les leur a adressés, sans avoir cherché à s’éclairer auprès d’eux sur la valeur des faits qu’il est venu apporter à cette tribune. Cette attaque, qui devait avoir son écho dans

les journaux scientifiques et politiques, — M. Peter le savait bien d’avance,

n’a pas été le fait d’une improvisation dont on n’est pas toujours maître; elle a été préméditée, délibérée et artistement ouvragée.

Donc, si je ne me trompe, les deux propositions que M. Peter a voulu développer sont les suivantes :

1° La méthode préservatrice antirabique de M. Pasteur est périlleuse ; elle peut donner la rage aux personnes qui s’y soumettent;

2° Cette méthode est inefficace.

Voyons les arguments sur lesquels s’appuie notre collègue pour légitimer ces deux propositions.

Pour établir que la méthode préservatrice de la rage après morsure est dangereuse, si dangereuse quelle peut par elle-même déterminer la rage chez des individus qui ne seraient peut-être pas morts des morsures qu’ils ont reçues d un animal enragé, notre conlrère invoque des faits.

C est d abord ce qui s est passé pour le nommé Réveillac. On a pu voir par la discussion relative à ce fait qu’on n’est pas certain qu’il se soit agi d’un cas de mort par rage. Pour M. Peter, non seulement c’est un cas de mort par îage, mais encore c est un cas de mort par rage du laboratoire , et cela, parce que la plupart des symptômes rabiques ordinaires ont fait défaut, parce qu il y a eu des douleurs au niveau des piqûres d’inoculation, parce qu’il

y a eu cécité pendant lês dernières heures de la vie, et enfin parce que la forme de la maladie qui a causé la mort a été paralytique et non convulsive.

Un autre fait est celui de Jansen (de Dunkerque). Celui-ci, d’après M. Peter lui-même, ne signifie rien pour la thèse qu’il soutient (je parle du danger des inoculations préventives), puisque c’est tout simplement un cas d insuccès de ces inoculations.

Puis vient le cas de Soudini, dont l’observation a été recueillie par M. Auguste Nicolas, interne de M. le D1' Leroy, à l’hôpital de Constantine. Chez Soudini, les inoculations préventives, bien que pratiquées par la méthode intensive, ont été inefficaces ; elles ont été commencées neuf jours après les morsures laites par un chien enragé. Les symptômes ont été un peu différents de ce qu’ils sont d’habitude. Des douleurs aiguës au niveau des points d’inoculation se sont fait sentir en même temps qu’existaient des douleurs au niveau des tendons postérieurs de la cuisse ; il n’y a pas eu de délire ; mais on a constaté de l’oppression, l’aspect hagard des yeux, la difficulté de la parole, un sentiment léger de répulsion pour les liquides, une abondante production de mucosités difficiles à expectorer. M. Peter n’hésite pas à dire que ce fait est un cas de rage mixte, canino-expèrimentale , et il se fonde, pour émettre cette interprétation fantaisiste, sur l’apparition de douleurs au niveau des piqûres d’inoculation et sur un symptôme que je n’ai pas noté dans l’énumération précédente : sur l’existence d’une courbature générale. Il dit en propres termes : On verra, au point de vue des symptômes, 1° la courbature et la prostration du virus du lapin se manifester d’abord ; 2° l hydrophobie du virus canin se montrer ensuite, mais légère et tardive.

Dans l’observation il n’est question que de courbature et non de prostration. Où M. Peter a-t-il observé la courbature chez les lapins inoculés ? Par quel prodige d’imagination arrive-t-il à voir, dans la courbature générale éprouvée par Soudini, la preuve d’une intoxication par le virus du lapin?

On cite aussi le fait de Née, d’Arras. M. Peter a paru vouloir insinuer qu’il avait peut-être été mordu par un chien non enragé. S’il avait voulu être éclairé avant de prendre la parole — mais l’aurait-il prise s’il s’était renseigné ? — il aurait appris que le chien qui avait mordu Née était enragé. Le traitement préservatif et intensif a été commencé chez Née cinq jours après les morsures. Les premiers phénomènes de la maladie à laquelle il a succombé se sont manifestés vingt-huit jours après les morsures. Ici encore les phénomènes ont été différents de ceux que l’on observe le plus souvent dans la rage. Il n’y a eu ni convulsions générales, ni hydrophobie. Ils ont offert une certaine analogie avec ceux d’une myélite. Les piqûres d’inoculation étaient devenues le point de départ de douleurs vives dès le début de la maladie, douleurs qui persistèrent jusqu’à la fin. A un certain moment de 1 évolution de cette maladie, des phénomènes paralytiques se manifestent, la vue se trouble et se perd ensuite complètement.

Ce lait est, au premier abord, d’une interprétation difficile, lorsqu’on 1 examine sans prévention; mais le médecin qui a adressé la relation de ce cas à M. Peter n est pas embarrassé et d dit : Je pense encore qu’il est permis de conclure, sans s’écarter de la réserve qu’impose une question aussi délicate et aussi grave-, qu il est extrêmement probable que cet infortuné — peutêtre destiné, ou non, à succomber à la rage canine, — a commencé par

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mourir de ^ la rage du lapin. » Comment ce confrère peut-il plaisanter à propos « d’une question aussi délicate et aussi grave » ?

Parlerai-je des faits observés en Angleterre et auxquels M. Peter a fait allusion ? Je ne veux en dire que peu de mots. Dans l’un de ces cas, celui de Wilde (Arthur), le certificat envoyé au laboratoire de M. Pasteur par le Dl Foote indique formellement que ce jeune homme est mort d’affection pulmonaire. Il n’y a donc pas à tenir compte de ce fait. Pour l’autre cas celui de Schmidt dit Goffi, il est très complexe. Lorsque M. Horsley publiera son Rapport (4), on pourra discuter la signification de ce fait : jusque-là, il convient, je crois, de ne pas l’admettre dans la discussion.

De nouveaux faits ont été cités aujourd’hui par M. Peter. Dans l’un, celui de Letang, de^ Gourgeon (Haute-Saône), il s’agit d’un homme mordu, le o novembre 1886, au pied droit, par un chien enragé; deux autres personnes sont mordues par le même chien. Létang et les deux autres personnes viennent à Paris et subissent le traitement préventif du 9 au 19 novembre. Le 3 décembre, douleurs diffuses dans les membres, la tête et les reins, ainsi qu au niveau des piqûres d inoculation. Le 5, paraplégie avec anesthésie douloureuse. La mort a lieu ce même jour, sans troubles de l’intelligence, par gène respiratoire. Il n y a pas eu d hydrophobie ni de dysphagie. Les deux autres personnes survivent.

Lu autr e lait est celui de Gérard, de Boran (Oise), qui, mordu en six points de la main, le 1er décembre, vient à Paris le 3, est soumis au traitement préventif intensif du 3 au 13 (on n’est pas allé jusqu’à la moelle la plus virulente). Il estpris, le31 décembre, de vives douleurs dans les membres ; sa figure est altérée; la nuit suivante, violents maux de tête et délire. Le P'1 janvier, il remue difficilement les quatre membres. Il meurt le 3 janvier. C’est là une forme cérébro-médullaire de la rage.

Au total, pour démontrer que les inoculations préventives, pratiquées par la méthode de M. Pasteur, sont périlleuses, qu’elles peuvent déterminer la mort, M. Peter a cité un petit nombre de faits. Pour lui, ce sont des faits ou de rage du laboratoire (rage du lapin) ou de rage mixte qu’il appelle la rao-e canino-expérimentale, produite, en collaboration, pour employer ses expressions, par le virus du chien et par ce qu’il nomme le virus pastorien.

Les arguments qu’il invoque, c’est que la physionomie de la rage classique était méconnaissable dans ces cas ou tout au moins était très modifiée; on n’a pas observé le délire, la pantophobie, les convulsions générales ; l’hydrophobie ne s est pas manifestée dans deux cas; dans un cas elle ne s’est montrée que tardivement et à un faible degré. D’autre part, il y a eu, chez les trois malades en question, des douleurs au niveau des piqûres et, enfin, chez deux d’entre eux, des phénomènes paralytiques sont intervenus, comme chez h s lapins et aussi comme chez un certain nombre des chiens inoculés.

Je laisse de côté les douleurs au niveau des piqûres. C’est là un argument do peu de valeur. La rage éclate assez souvent chez des individus mordus sans qu il y ait aucune douleur au niveau des morsures qu’ils ont subies et, d’autre paît, nous ne savons pas si, dans certains cas, des blessures banales ne

1. Voir p. 870-877 : Report of the Committee of inquiry into M. Pasteur’s treatment of bydrophobia. Le rapport de Y. Horsley a été publié en juin 1887. [Note de l'Édition.)

deviennent pas douloureuses dans ces conditions, au moment où les symptômes de la rage vont débuter. J’ajoute que des sensations diverses, démangeaisons, douleurs, ne sont pas rares au niveau des inoculations pendant un nombre de jours plus ou moins grand, après que ces inoculations ont été laites. Nous le savons d’autant mieux que ces renseignements ont été fournis par les collaborateurs de M. Pasteur qui se sont courageusement soumis aux inoculations préventives.

,1 attacherais peut-être un peu plus d’importance, avec notre collègue, aux phénomènes paralytiques, si nous connaissions mieux la rage et si nous savions, de science certaine, que la rage, chez l’homme, ne produit jamais de paralysie. Mais nous n’avons que des notions très imparfaites sur la rage de 1 homme. Une foule d’observations se perdent, non publiées. Notre expérience personnelle, celle que chacun de nous peut avoir, est très limitée. J'ai vu, dans ma vie, G cas de rage, et j’avoue que leurs svmptômes ne sont pas restés bien présents dans ma mémoire; d’ailleurs, je n’ai vu les malades qu une fois ou deux, de telle sorte que je n’ai pas connu par moimême 1 évolution entière de la maladie dans ces cas. Il en est probablement ainsi de la plupart d’entre nous.

Lorsque l’attention aura été appelée sur l’intérêt que peut présenter la forme paralytique de la rage, je suis certain que des faits se produiront qui en démontreront définitivement l’existence. Pourquoi cette forme n’existerait-elle pas chez l’homme, puisqu’il s’agit d’un virus dont l’action porte sur les centres nerveux en général, et qui, s’il intéresse d’habitude plus vivement, chez lui, le fonctionnement cérébral et le fonctionnement bulbaire, peut, comme il le fait sur le chien et le lapin, troubler profondément le fonctionnement de la moelle ?

D ailleurs existe-t-il, dès à présent, des laits de forme paralytique de la rage chez 1 homme ? Oui assurément, et je vais en citer quelques-uns.

1° Le nommé Pizzolo (Angelo), de Pacloue, âgé de soixante et onze ans, a été mordu par un chien suspect, le 20 août 1886, en même temps que trois autres personnes. Il vient au laboratoire de M. Pasteur, le 24 septembre, après que deux des personnes mordues étaient mortes de la rage; il est accompagné d une femme, la quatrième personne mordue.

On reconnaît une plaie cicatrisée sur le dos de la main gauche et une plaie contuse à la cuisse. Dès le jour de son arrivée, Pizzolo se plaint de ressentir des douleurs au niveau de la cicatrice de la main. On commence néanmoins les inoculations préventives.

Le 1 octobre, sept jours après le début du traitement, Pizzolo éprouve un affaiblissement du bras mordu; la main et 1 avant-bras deviennent insensibles.

Le 2 octobre, hydrophobie et aérophobie. M. Chantemesse voit le malade et constate les premiers phénomènes de la rage. Le bras gauche est affaibli et la sensibilité à la piqûre éteinte.

Pizzolo est transporté à PHôtel-Dieu le 2 octobre, dans le service de M. liliaux. Il est vu par 1 interne du service, M. Guillet, et soigné par un infirmier spécial. L observation prise à 1 IIôtel-Dieu et communiquée à M. Chantemesse signale 1 affaiblissement du bras gauche et, dans les dernières heures de la vie, des érections. Le malade meurt le 3 octobre.

La femme mordue et venue en même temps que Pizzolo a subi le traitement intensif complet. Elle a survécu.

2° Un des cas d insuccès de la méthode de M. Pasteur est celui du nommé Clcrjot.

Clcrjot, mordu au bras gauche par un chien enragé, le 10 août, vient se faire traiter au Laboratoire, du 11 août au 23 août 1886. Il est soumis à un traitement simple allant de la moelle de quatorze jours à la moelle de deux jours. Sa santé reste bonne jusqu’au 13 octobre. Ce jour-là, il est pris subitement, vers deux heures de l’après-midi, d’une douleur sourde dans l’épaule et dans l’aisselle du côté gauche, avec légers fourmillements dans l’auriculaire et l’annulaire du même côté. Les morsures sont douloureuses, surtout à la pression. Le lendemain, vers cinq heures du soir, il éprouve dans la jambe, jusqu’au genou, une douleur sourde et, en même temps, il se plaint de nausées et d’anorexie. La marche est devenue tout à fait impossible ; ses jambes plient sous lui et, pour se rendre à sa chambre à coucher, au premier étage, il monte l’escalier à genoux. Le lendemain, l’aérophobie, l’hydrophobie et les suffocations apparaissent : il y a de l’hyperesthésie de l’odorat, de l’anhélation et un peu de dysphagie : le tableau de la rage est complet. Une accalmie survient pendant les journées du 15 au 16 octobre; Clerjot peut boire, manger et fumer; la faiblesse paralytique persiste ; il y a des érections avec éjaculations, des douleurs lancinantes de la verge et des picotements à l’extrémité du canal de 1 urètre.

M. GrancheretM. Chantemesse, qui ontassistéle malade avecM. leDrGenet et qui l’ont conduit à l’hôpital Tenon, le 17 octobre, ont constaté cette paraplégie incomplète, accompagnée de loquacité, d’anxiété précordiale et de soif vive. Les phénomènes bulbaires, au moment de l’entrée à l’hôpital, sont moins prononcés ; mais la paralysie a gagné le tronc ; il faut soutenir Clerjot sous les aisselles, pour lui faire faire quelques pas et le mettre au lit. Pendant la nuit du 17 au 18 octobre, on constate du délire, de l’agitation; la mort a lieu à deux heures du matin.

Après la mort, le bulbe fut pris et inoculé, par trépanation, à des lapins. Ces lapins moururent au bout de quinze jours.

Clerjot a donc succombé, par suite de la rage canine, malgré le traitement fait au laboratoire de M. Pasteur. La rage, chez lui, a été paralytique, c’est-àdire médullaire presque dès le début. Les symptômes classiques se sont (bailleurs manifestés aussi. Tout l’axe cérébro-spinal a été atteint et altéré par le virus des morsures du chien. C’est la forme cérébro-bulbo-médullaire de la rage.

3° Les faits que je vais mentionner maintenant ont été communiqués par M. le Dr Gamaleïa, directeur-adjoint de l’Institut bactériologique d’Odessa, chef du service de la rage à cet Institut, dont le directeur est le professeur M etchnikoff. Ces faits ont été observés dans 1 hôpital municipal d’Odessa et sont consignés dans le registre d’observations de cet hôpital. C’est dire qu’ils n’ont pas été recueillis pour les besoins de la cause. Ils doivent d’ailleurs figurer dans un travail sur la rage paralytique que le D1' Gamaleïa se propose de publier prochainement (*).

1. Gamaleïa. (M.). Étude sur la rage paralytique chez l’homme. Annales de l’Institut Pasteur, I, 1887, p. 63-87. (Xote de l'Édition.)

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Le 6 novembre 1886, un loup enragé mordit, dans le Caucase, dix-huit personnes. 1 rois de ces personnes meurent avant le 6 décembre. Treize des survivants se rendent alors au laboratoire d’Odessa. Le quatorzième n’a pas voulu venir et on ignore ce qu il est devenu. Sur les treize personnes venues au laboratoire, le traitement fut commencé le 11 décembre (méthode intensive). 1 rois de ces personnes ont été prises de la rage avant la fin du traitement et sont mortes ; les autres qui, seules, ont pu subir tout le traitement '°nt bien jusqu à présent. Les trois personnes qui ont succombé après avoir reçu un commencement de traitement sont: la femme Souchanowa, chez laquelle on a constaté une forme classique de la rage ; le nommé Milovvanoff et la femme Gicharivva qui ont présenté la lorme paralytique de la rage.

Voici le résumé de ces deux faits :

MilowanofT, âgé de quarante-neuf ans, est mordu le 6 novembre à la face et au crâne par un loup enragé. Sa santé reste bonne jusqu’au 16 décembre : ce jour-là, il tombe malade et la rage débute par de la fièvre et de la paraplégie. La paraplégie persiste et s’aggrave les jours suivants; puis elle se complique de parésie du bras droit et de la face du côté droit. Pendant les deux derniers jouis, le malade devint agité, anhélant; mais il n’a pas éprouvé d’autres symptômes bulbaires; car il a mangé et bu jusqu’au dernier jour de sa maladie.

Au moment où cet homme a été pris de rage, d y avait cinq jours qu’on avait commencé le traitement préventif (méthode intensive). II est clair que ce traitement n a pu avoir aucune influence sur la forme des accidents, à moins qu on n admette la possibilité de la production de la rage après inoculation, sans période d incubation. D’ailleurs, le bulbe de cet homme a été inoculé a des lapins et a produit la rage après une incubation de quinze

jours ; il s agissait donc bien d’un cas d’intoxication rabique par le virus du loup.

La femme Gichariwa, âgée de quarante-quatre ans, fut mordue aussi à la face et au crâne par le même loup. La maladie débuta le 13 décembre, deux jours seulement après le commencement des inoculations. Les symptômes de la maladie ont été les suivants : fièvre, courbature générale, paralysie du côté droit de la face et du bras droit. La mort eut lieu au bout de quarante-huit heures. Dans les dernières heures, il y eut de l’hydrophobie et des spasmes respiratoires.

M. Gamaleïa a communiqué aussi à M. Grancher le fait suivant peut-être encore plus topique que les précédents, parce qu’il s’agit d’un jeune garçon qui n a pas été soumis au traitement préventif.

Chagowitch, âgé de douze ans, lut mordu par un chien enragé, le 28 août, au bras droit. 11 tombe malade le 4 octobre. La maladie débute par de la fievre, de 1 insomnie et une paralysie du bras droit. On le conduit à l’Institut bactériologique d’Odessa le 7 octobre. Du 4 au 7, il avait mangé et bu comme dans son état normal. Le jour même de son arrivée au laboratoire, on constate, outre la paralysie du bras droit, une parésie des jambes et de la moitié gauche de la face, en même temps (pie de l’anhélation et de la respiration suspicieuse. En présence de ces symptômes, on nelui fait aucune inoculation. La température était de 39". Sous les yeux des médecins, la paralysie a suivi une marche ascendante; elle a gagné le tronc et Chagowitch était dans

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limpossibilité de se tenir dans son lit : il tombait à droite ou à gauche si on ne le soutenait pas; il ne pouvait même pas se tourner seul du dos sur un côte. Jamais ee jeune malade n’a présenté de convulsions ni d’hydrophobie : il n’y a eu un peu de délire et de dysphagie que le dernier jour de sa maladie.

La rage, dans ee cas, a eu une durée de huit jours, et, comme on le voit, elle s’est montrée sous une forme franchement paralytique.

Je pourrais encore citer un autre cas de rage paralytique survenue à la suite de morsures de loup. Ce cas a été observé, comme les précédents, par le docteur Gamaleïa.

Saitschik (Osipe), âgé de soixante-quatre ans, est mordu très grièvement, dans le mois de juillet, à la tête (une oreille presque enlevée), aux mains et aux jambes, par un loup enragé, à Kostroma. Il vient au laboratoire d Odessa au bout d’une semaine. On commence le traitement préventif. Avant qu’on lui ait inoculé une moelle virulente, il tombe malade, quinze jours après le jour où il a été mordu. Les premiers symptômes ont été la fièvre, la respiration suspirieuse, la difficulté d’avaler. La mort a eu lieu au bout de deux jours et, pendant ces deux jours, le symptôme dominant a été une faiblesse musculaire extraordinaire, allant jusqu’à l’impossibilité de se mouvoir dans son lit et de se tenir assis. Tranquillité absolue. Pas d’hydrophobie, pas de convulsions, ni d’agitation quelconque.

Dans tous les cas dont on doit la connaissance à M. Gamaleïa, le bulbe des individus morts de rage a été inoculé par trépanation à des lapins et leur a donné la rage au bout de quinze à dix-sept jours. On a eu ainsi la preuve qu’il s agissait bien de cas de rage canine.

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