Vulplan. Loc. cit. et p. 812-825 du présent volume
4. Gamaleïa. Étude sur la rage paralvtique chez l’homme. Annales de l'Institut Pasteur. I, 1887, p. 63-83.
5. Ricochon. Un cas de rage paralytique chez l’homme. Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie , XXIV, 11 mars 1887, p. 166-169, et 25 mars 1887, p. 201-203. (Notes de
- l’Édition .)
MALADIES VIRULENTES
Faculté, partie a Paris,, au laboratoire de M. Pasteur. A Bordeaux comme à Paris, les animaux qui ont servi de contrôle ont succombé en quinze jours : la preuve a été ainsi faite, contradictoirement, que le virus qui a tué Berges était bien celui de la rage des rues et non pas celui du laboratoire.
J avais raison de dire, en janvier, dans ma première réponse à M. Peter, que la rage pastorienne et la rage canino-pastorienne sont une légende, un fruit de son imagination.
Et je conclus que, sur ce terrain d’ordre purement clinique, M. Peter n’a apporté aucune preuve à 1 appui de ses conceptions. Au contraire, nous savons aujourd hui que la rage paralytique est une forme de l’hydrophobie, assez commune pour ne pas dire plus. Nous l’ignorions, mais ce n’est pas une raison suffisante pour accuser M. Pasteur de donner la rage. Il est plus équitable de faire modestement 1 aveu de 1 imperfection de nos connaissances sur ce point de pathologie.
Nous pouvons même nous demander si beaucoup de cas d’hydrophobie n ont pas été méconnus par nous, mettant ainsi à profit une notion nouvelle sortie de la discussion. Depuis que l’attention est éveillée sur la rage humaine, on recueille des observations nombreuses de cas où les symptômes, d abord paralytiques, deviennent rapidement bulbaires; dans d’autres, ils sont d abord bulbaires, et la mort survient sans aucun des symptômes cérébraux qui nous semblaient autrefois nécessaires à caractériser la rage.
Un jeune Anglais est mort récemment dans le service de M. Grancher, à 1 hôpital des Enfants malades. Il était à la fin de son traitement. Or, les symptômes qu’il présentait étaient purement bulbaires : difficulté de la déglutition, spasmes respiratoires, aérophobie. C’était tout. Il n’existait aucune manifestation cérébrale, ni paralytique. A la visite du matin, il causait tranquillement dans son lit, et M. Grancher fît remarquer à ses élèves le petit nombre des symptômes que l’on pouvait observer sur cet enfant; le soir même, il était mort.
En effet, cette forme bulbaire de 1 hydrophobie est la plus rapide, la plus gi ave, et cependant la moins expressive. Elle peut rester facilement méconnue, si on ignore la morsure antérieure. Supposez, en effet, l’enfant dont je viens de citer l’exemple, vivant à la campagne; les symptômes observés par M. Grancher paraissaient si légers, si bénins, que le médecin n eût peut-être pas été appelé ou fût arrivé trop tard pour porter son diagnostic de' visu.
Nous tous, médecins, avons donc encore sans doute beaucoup à apprendre sui les formes cliniques de la rage, et nous devrons commencer par chasser d< notie esprit cette idée qu elle est une maladie à grandes manifestations délirantes ou spasmodiques. Souvent il n’en est rien.
Statistique. Enfin M. Peter invoque en sa faveur la statistique. Ici, notre collègue a des procédés qui lui sont particuliers.
11 additionne toutes les morts, celles qui sont venues après vaccination, et celles qui se sont produites sans vaccination, et il s’écrie : « Le chiffre de la mortalité n’a pas baissé, donc la méthode ne vaut rien. » M. Pasteur ne saluait cependant abaisser la mortalité chez les personnes qui ne se sou-
MALADIES VIRULENTES
mettent pas aux vaccinations, et, en bonne justice, on ne peut pas l'exio-er de lui.
Or, pour 1 année 1886, 19 personnes au moins sont mortes de rage dans la petite minorité des gens qui ne se sont pas fait vacciner; et sur 1.929 personnes françaises ou algériennes qui sont venues au laboratoire de la rue d’Ulm, 21 sont mortes malgré le traitement, soit 1,08 pour 100. Ce sont là les chiffres officiels, et ils comprennent au passif de la méthode tous les cas de mort par rage, même ceux qui sont survenus moins de quinze jours après le traitement. Ces derniers devraient être retranchés, ou du moins ne pas compter dans le percentage.
M. Peter, dans la statistique qu il fournit, aboutit à de tout autres résultats. Non seulement il met au passif de la méthode tous les morts vaccinés ou non vaccinés, mais encore il refuse aux personnes qui ont traversé ce laboratoire le droit de mourir d'autre chose que de la rage. Il compte ainsi 50 cadavres environ, et il triomphe, accusant M. Pasteur'de donner la rage au lieu de la guérir.
Il ia plus loin, et, par des artifices d arithmétique vraiment singuliers, il écrit, dans une lettre signée de son nom, que Le Figaro du 27 janvier 1887 a publiée, que la mortalité chez les personnes vaccinées est de 50 p. 100, au lieu de 1,08! Pour arriver à ce chiffre, M. Peter affirme que 30 ou 40 personnes seulement ont été mordues par des animaux réellement enragés.
Or, la preuve expérimentale de la morsure rabique a été faite pour 233 personnes et, pour 1.394, les certificats des vétérinaires sont affirmatifs.
De quel droit M. Peter supprime-t-il ainsi et la preuve expérimentale et les preuves cliniques?
D autre part, quand il s agit de déterminer la mortalité par rage, avant et après (application, de la méthode de M. Pasteur, tantôt M.* Peter invoque la statistique de M. Leblanc, qui donne 16 pour 100 pour tous les cas, et tantôt il invoque la prétendue statistique de Hunter, qui donne 5 p. 100. Or, il n’y a pas de statistique de Hunter; Hunter cite seulement un fait exceptionnel où, sur 21 personnes mordues, une seule est morte. Cette mortalité de 5 pour 100, ainsi établie, ne saurait être prise comme terme de comparaison. Mais, même en 1 acceptant, même en ne comptant que les morsures faites par des animaux dont la rage a été constatée expérimentalement, on est forcé de reconnaître l’efficacité de la méthode.
En effet, sur 2oo personnes rangées dans cette catégorie, 4 seulement sont mortes, c est-à-dire 1,71 pour 100, en comptant Moermann, venu au laboratoire quarante-trois jours après ses morsures. En le défalquant, on obtient une mortalité de 1,28 pour 100. Que peut-on demander de plus probant?
Dans les statistiques particulières, celles qui concernent les personnes mordues par des loups, 1 efficacité de la méthode éclate avec la même évidence.
Ici, toutes les statistiques sont concordantes : celles de Renault (254 cas), de A allet (395 cas), de Du Mesnil (342 cas), de Bombarin (168 cas), de Gamaleïa (127 cas), donnent toutes une mortalité de 50 à 64 pour 100 (*).
„ r 1' T oir ’ à ce suJ’et : Gamaleïa (N.). Sur les prétendues statistiques de la rage. Annales de l Institut Pasteur, I, 1887, p. 289-295. {Note de l’Édition.)
Or, si on additionne tous les cas de vaccinations de personnes mordues par des loups enragés, on trouve:
Paris .'....
. . . 52 cas. . .
morts
Odessa ....
Moscou. . . .
Sarnara. . . .
En tout. . . .
. . . 120 cas. . .
dont 19
morts.
en comptant tous les insuccès, même les personnes mortes pendant le traitement. Si on ne compte que celles qui sont mortes après la vaccination, on obtient :
Paris . 50 cas . 7 morts.
Odessa . 39 — . 1
Moscou . 16 — . 0 • —
Sarnara . 4 — . 0 —
En somme . 109 cas .... dont 8 morts.
La mortalité moyenne est donc de 6,7 pour 100, au lieu de 62 pour 100. L’écart entre les vaccinés et les non vaccinés est tel qu’il met hors de doute l’efficacité des vaccinations.
Voici maintenant la statistique officielle du laboratoire de M. Pasteur, pour les six premiers mois de l’année 1887.
A la date du lur juillet 1887, 955 personnes ont été vaccinées.
140 ont été mordues par un animal dont la rage a été prouvée expérimentalement (tableau À).
661 ont été mordues par un animal dont la rage est certifiée par un vétérinaire (tableau B).
154 ont été mordues par un animal fortement suspect de rage (tableau C). Ces 955 personnes se classent comme il suit, par nationalités :
France et Algérie . 716
Angleterre . 47
Autriche-Hongrie . 7
Amérique du Nord . 2
Alsace-Lorraine . 18
Brésil . 5
Belgique . 18
Cuba . 6
Egypte . : . 3
Espagne . 91
Grèce . 2
Hollande . 1
Indes anglaises . ±
Italie . 1
Portugal . 18
Russie . 1
Roumanie . • . . . 15
Suisse . 2
Turquie . 1
Total . 955
Deux personnes sont mortes de rage pendant le traitement, et doivent
MALADIES V I R U L E iN T E S
être écartées du percentage de la mortalité. Ce sont : l’Espagnol Sans, l’Irlandais Hayden.
Six sont mortes de rage malgré le traitement, y compris Hurot qui a succombé après le 1er juillet. Ce sont : trois Espagnols, Ballateros, Sierra, Espin; un Algérien, Sintes ; deux Français, Gachet, Hurot.
Presque tous ces malades ont succombé peu de jours après le traitement : Sintes, 11 jours; — Ballateros, 12 jours; — Gachet, 8 jours; — Sierra, 11 jours; — Hurot, 17 jours.
Donc, scientifiquement, nous serions en droit d exclure ces insuccès de la statistique. On sait, en effet, que la rage des rues, inoculée par trépanation, n'éclate que 15 à 20 jours après l’infection. Les malades qui succombèrent avant ce délai étaient donc en incubation de rage dans le cours même de leur traitement. Or, celui-ci a pour but de s’opposer à cette incubation, et il ne saurait agir avant d’être achevé.
Cependant, nous maintenons tous ces morts au passif de la méthode. De cette façon, à la date du 1er juillet 1887, la mortalité est de 0,6 pour 100 dans la statistique générale, de 0,4 pour 100 dans la statistique franco-algérienne.
La statistique de 1887 se présente sous un jour encore plus favorable que celle de 1886.
Il est intéressant de savoir à quels tableaux appartiennent les insuccès.
Deux personnes, Ballateros et Gachet, sont dans le tableau C. Elles avaient été mordues par un chien seulement suspect de rage. Quatre personnes, Sintes, Espin, Hurot, Sierra, sont dans le tableau B. Elles avaient été mordues par un chien reconnu enragé par un vétérinaire.
Et sur les 140 personnes appartenant au tableau A, c’est-à-dire mordues par des animaux reconnus enragés expérimentalement, il n’y a pas un seul cas de mort. {Applaudissements .)
Ces faits prouvent ; 1° que les chiens dits suspects de rage étaient, le plus souvent, enragés; 2° que les certificats des vétéi’inaires ont une grande valeur, contrairement à l’opinion qui voudrait ne voir en eux que des preuves d ignorance ou même de complaisance ; 3° que le traitement a une influence immédiate sur la mortalité.
Déjà AL Yulpian f1) avait fait remarquer que le percentage de la mortalité du tableau A était sensiblement le même que celui du tableau B, 1,28 pour 100. Et il en tirait cette conclusion légitime sur laquelle nous insistons à dessein, à savoir que les certificats de rage donnés par les vétérinaires qui ont observé 1 animal malade, en ont fait l’autopsie, sont sérieux et exacts.
Mais cette année, jusqu’ici du moins, le laboratoire n’a aucun décès à enregistrer dans le tableau A qui contient 140 personnes mordues par des animaux dont la rage a été expérimentalement prouvée. C’est que, pour ces personnes, le traitement est toujours plus énergique, plus prolongé, plus intensif en un mot, c’est-à-dire plus efficace.
La preuve de l’efficacité différente du traitement, selon qu’il est plus ou
1. Vulpian. Nouvelle- statistique de personnes qui ont été traitées à l’Institut Pasteuraprès avoir été mordues par des animaux enragés ou suspects. Comptes rendus de V Académie des sciences , CIV, séance du "14 janvier 1887, p. 199-205. — Voir aussi. p. 860-870 du présent volume : Statistique de l'Institut Pasteur pour le traitement préventif de la rage du mois de novembre 1885 au 31 décembre 1886. (Note de l'Édition.)
moins énergique, est bien établie. DéjàM. Vulpian, en comparant les résultats de la vaccination simple et intensive, l’avait montré. 136 cas de morsures à la tête ou à la face, traités par la méthode simple, avaient donné 9 morts : soit une mortalité de 7 pour 100. Au contraire, 50 cas de morsures à la tète ou à la face, traités par la méthode intensive, n’ont pas donné de mort; aujourd’hui, ces 50 personnes, ainsi traitées, sont toujours vivantes.
A Odessa, cette variation d’efficacité des divers traitements est encore plus évidente, si c’est possible.
Depuis que M. Pasteur a fait connaître la formule du traitement intensif, ce der niei a été adopté à Odessa, et n a pas varié. Toutes les personnes traitées reçoivent la moelle du deuxième jour et beaucoup la moelle du premier jour. En outre, toutes sont tenues de séjourner à l’hôpital pendant un mois, et y subissent le régime hospitalier. On s’efforce d’écarter d’elles par ces précautions toutes les causes occasionnelles, telles que l’alcoolisme ou l’ivresse, le refroidissement, les fatigues, etc., qui maintes fois ont coïncidé chez nos morts avec l’éclosion de la rage.
Enfin, le traitement dure a Odessa un mois entier pour tous les cas.
Dans ces conditions, très supérieures à celles que nous pouvons offrir à nos malades ou exiger d’eux, les résultats de la statistique d’Oclessa sont meilleurs que les nôtres.
Une lettre adressée le 11 juin par M. Gamaleïa à M. Pasteur contient ce passage :
« Les vaccinations rabiques vont toujours très bien. Nous avons en tout 553 vaccinés, et toujours pas de mort depuis le mois de novembre 1886 ! Parmi les personnes non vaccinées, nous avons deux décès nouveaux. »
Or, M. Gamaleïa avait commencé par une série assez mauvaise : il avait eu 7 morts sur 101 personnes traitées par la vaccination simple.
Ainsi, 1 efficacité de la méthode a des degrés qui varient avec la quantité et la qualité du virus antirabique. Peut-on fournir une preuve plus scientifique, plus irréprochable de l’efficacité de la méthode elle-même ?
, ^eter insiste aussi sur un autre argument tiré de la statistique. Ce n est plus de percentage qu’il s’agit, mais du chiffre total des morts dans une année. Dans 1 article Rage du Dictionnaire , j’ai donné une moyenne de 30 cas [de mortalité] de rage pour la France (*). Je ne me faisais pas d’illusion sur la valeur de ce chiffre, évidemment beaucoup trop faible, puisqu’il était établi sur des renseignements incomplets et partiels. Mais je n’imaginais pas combien les documents officiels ont peu de valeur en France, en matière d hygiène et de santé publique.
Un Rapport de MM. Bergeron et Martin, lu au Comité consultatif d’hygiène le *j3 mai 1887, est venu m’éclairer.
« 1 our 1 année 1886, disent les Rapporteurs, nous pouvons consulter et comparer trois sortes de documents :
(< 10 Les dossiers émanant des préfectures et adressés k M. le ministre du
Commerce et de l’Industrie ;
U Brouardel. Art. « Rage chez l'homme ». Dictionnaire medicales. Paris, 3» sér., II, 1874, p. 185-246. (Note de l'Édition.
encyclopédique des
sciences
MALADIES VIRULENTES
« 2" Le bulletin sanitaire mensuel publié par le service des épizooties et adressé à M. le ministre de l'Agriculture ;
« 3° La statistique de l’Institut Pasteur.
« Or, les dossiers des préfets nous signalent, pour cette année, 21 cas de rage humaine, le bulletin du ministère de l’Agriculture en indique seulement 8, et les statistiques de l’Institut Pasteur en font connaître 18 survenus chez les personnes vaccinées, et 17 chez les personnes non vaccinées.
« M. Pasteur, dans sa Note du 2 novembre (4), a donné les noms et les domiciles des 17 individus morts par rage sans vaccination. A ce chiffre, il tant ajouter 2 personnes mortes d’hydrophobie, toujours sans vaccination, pour 1886 : soit en tout 19 personnes, dans le très petit nombre des nonvaccinées.
« Eh bien! veut-on savoir combien de ces cas authentiques de rage humaine figurent dans les dossiers préfectoraux? Aucun, en cette année 1886, où la rage a tant fait parler d’elle.
« Au contraire, en Italie, où les services sanitaires commencent à bien fonctionner, on relève, pour l’année 1886, 100 cas de mort par hydrophobie.
« Il faut donc bien se garder de prendre comme base de raisonnement les statistiques officielles et les moyennes de ces statistiques, si l’on ne veut pas commettre des erreurs grossières. »
MM. Bergeron et Martin concluent en disant:
« Administrativement, on ne connaît en France qu’une infime minorité des personnes mordues, et assurément bien moins de la moitié des décès. »
M. le docteur Ricochon, de Champtenier (Deux-Sèvres), a refait une enquête, dans son département, portant sur cinquante années. Il a pu relever 25 cas, dont un seul est consigné dans un des Rapports officiels, celui de Tardieu.
Je me crois donc autorisé à conclure, avec la Commission anglaise, et en calculant comme elle au plus bas chiffre, que « 100 personnes au moins ont été sauvées par les inoculations ».
J’aborde enfin une question qui semble tenir fort au cœur de M. Peter, celle du traitement intensif et des modifications qu’il a subies. 51. Peter paraît croire que ses critiques ont été la cause des changements que M. Pasteur a apportés à sa méthode de vaccination ; il est vrai queM. von Frisch lui dispute cet honneur, et écrit que ses expériences ont fait reculer M. Pasteur. Je regrette de détruire tant d’illusions ; mais les registres du laboratoire en font foi, le traitement intensif a été modifié dans le cours de novembre et de décembre, longtemps avant les critiques de M. Peter et les expériences de M. von Frisch.
On a successivement rejeté les moelles de un, deux et trois jours, sans doute, mais pour des raisons d’ordre scientifique, dont la principale est l’augmentation de virulence dans les moelles durant 1 hiver. On s’est aperçu en effet que, pendant cette saison, la puissance de la moelle de trois ou quatre jours est sensiblement égale à celle d’une moelle de deux ou un jour en été. Lela tient apparemment à la diffluence et à la dessiccation plus rapide des
1. Voir, p. 027-635 du présent volume : Nouvelle Communication sur la rage. Note dp V Édition.)
moelles d’été, qui, toutes choses égales d ailleurs, perdent dans le même temps un plus grand nombre d’éléments virulents que les moelles de l’hiver.
Pour cette raison, un nouveau changement en sens inverse a été apporté au traitement des morsures graves, depuis un mois.
Voilà la vérité. Mais, à supposer que M. Peter eût été cause de l’abandon du traitement intensif, tel que M. Pasteur l’avait d’abord formulé, faudrait-il le féliciter Je ne crois pas, car je ne suis pas bien sûr qu’avec un peu plus de hardiesse on n’eût pas sauvé encore plus d’existences. Mais M. Pasteur est tenu à une prudence extrême par la violence des contradictions que sa méthode a rencontrées.
à oyez le laboratoire d’Odessa! Les savants russes, plus confiants, n’ont plus d’échec. C’est peut-être parce qu’ils sont plus libres de leurs mouvements, et qu ils travaillent en paix, sans le souci de se défendre chaque jour contre des attaques passionnées.
Si 1 amour de 1 humanité est le seul mobile qui inspire les critiques, l heure me semble venue de laisser tranquillement se parfaire l’œuvre de M. Pasteur, et la conviction de chacun se faire peu à peu dans un sens ou dans 1 autre. Je crains fort qu’il n’en soit rien.
On accuse M. Pasteur de tâtonnements ; et l’on dit que la méthode ne vaut rien si elle change si peu que ce soit.
hh bien, je nous trouve, nous médecins, bien exigeants ! M. Pasteur n’est pas de notre confrérie, c’est vrai, mais ce n’est peut-être pas une raison suffisante pour lui demander des miracles et lui refuser le droit de modifier, de perfectionner certaines parties de sa méthode.
Au surplus, on oublie trop qu il ne s agit point ici de vaccination, au sens ordinaire du mot, ni même de variolisation, mais d’inoculations. La méthode de M. Pasteur a pour objet de prévenir la rage après morsure par une série d inoculations du virus rabique, qui aboutirait à une saturation, à une accoutumance, si 1 on veut, de 1 organisme à ce même virus. Et, dans l’espèce, après la sériation des moelles, qui domine toute la méthode, la question de dose est capitale.
S d en est ainsi, et je 1 ai démontré plus haut, comment veut-on que Al. 1 asteur ait deviné a priori la dose qui convient à chaque cas particulier? N avons-nous pas tâtonné longtemps avant de connaître et la dose et le mode d administration du sulfate de quinine pour chaque type de fièvre intermittente ?
Quant au reproche adressé à la méthode d’être antiscientifique, j’avoue ne pas le comprendre. A ce compte, la vaccination jennérienne est plus antisc nuit ifique encore, puisqu elle préserve d une maladie par une autre maladie, ou du moins par une maladie qui semble autre que la variole.
A mon avis, cela seul est antiscientifique, qui n’est pas vrai. Qu’on me démontre que la rage peut être guérie par l’usage d’une omelette fantastique ou des écailles d’huître, et je trouverai la chose scientifique. Au fond, ceux qui chei client cette querelle a AI. Pasteur lui demandent tout simplement le pourquoi et le comment de sa méthode. M. Pasteur nous le dira, quand nous allions trouve la réponse à la question posée par notre grand comique: Pourquoi l’opium fait-il dormir?
Messieurs, j ai terminé; j ai tenu à ne présenter à l’Académie que des
MALADIES VIRULENTES
arguments d’ordre absolument scientifique; croyez que ce n’est pas sans effort que j’ai fait taire mes sentiments personnels, car ce n’est pas sans un douloureux étonnement que j’entends traduire à cette tribune, comme un accusé, un homme qui depuis trente ans a fait clans la science tant de brillantes et d utiles découvertes. [Applaudissements .)
Pour moi, Messieurs, quand un homme a ouvert à mon esprit de nouveaux horizons scientifiques, alors même que je ne serais pas sur tous les points en parfaite concordance d’opinion avec lui, je le respecte, il est mon maître et je reste son débiteur. Qui de nous dans cette enceinte peut dire que M. Pasteur n a pas été pour lui un initiateur? ( Triple salve d’ applaudissements .)
M. Aille.min : Au moment où la Commission anglaise vient de confirmer les beaux travaux de M. Pasteur sur la rage, l’Académie se rappellera sans doute que, à la demande de M. Pasteur lui-même, M. Fallières, alors Ministre de l Instruction publique, nomma, au mois de mai 1884, une Commission chargée de contrôler les expériences de notre illustre confrère, notamment le fait annoncé par lui que les chiens pouvaient être rendus réfractaires à la rage.
Cette Commission était présidée par M. Boüley ; j’avais l’honneur d’en être le secrétaire. Nos regrettés confrères, MM. Vulpian, Béelard, Paul Bert, en faisaient partie, ainsi que M. Tisserand, directeur de l’Agriculture.
Le Rapport de la Commission, publié au mois d’août dans le Journal officiel (t), confirma l’exactitude des faits avancés par M. Pasteur.
En terminant ses travaux, la Commission se donna rendez-vous pour instituer de nouvelles expériences sur des points nouveaux du sujet. Elle tint une première séance le 10 mars 1885. (Etaient présents : MM. Bouley, président, Vulpian, Béelard, Villemin, secrétaire.) Dans cette séance, elle détermina le programme de ses travaux de l’année. Le voici :
Vaccination de chiens après morsures ;
Vaccination de chiens avant morsures ;
Inoculation à haute dose de virus de rage des rues à des chiens rendus réfractaires par la vaccination.
Etude de la durée de l’immunité chez les chiens dont elle avait constaté, l’année précédente, l’état réfractaire.
La seconde séance de la Commission eut lieu le 15 mars 1885. On y pratiqua l’inoculation par trépanation de six chiens dont l’état réfractaire avait été constaté l’année précédente. Le virus employé provenait du bulbe d’un chien à rage des rues, mort la veille de rage furieuse, chez M. Bourrel. L’inoculation par trépanation fut, en outre, pratiquée ce même jour à trois chiens neufs devant servir de témoins.
Ces expériences eurent un succès complet. Les trois chiens témoins moururent de la rage ; les six chiens réfractaires de l’année précédente survécurent à leur inoculation nouvelle par trépanation.
La troisième séance de la Commission eut lieu le 17 mars 1885.
En voici le procès-verbal :
1. Voir, p. 753-758 du présent volume : Rapport présenté au Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts par la Commission chargée de contrôler les expériences de M. Pasteur sur la prophylaxie de la rage. (Note de l'Édition.)
(c M. Pasteur lit une dépêche de M. Nocard, d’Alfort, annonçant l'envoi de deux chiens qu’il a fait mordre la veille par un chien rabique furieux. La dépêche fait connaître, en outre, que le matin même du 17 mars, chacun des deux chiens a été de nouveau mordu par un autre chien rabique furieux. Ces deux chiens mordus à deux reprises sont amenés devant la Commission. M. Pasteur, d’un autre côté, lit une lettre de M. Bourrel annonçant l’envoi de trois chiens neufs qu’il a fait mordre par un rabique furieux, chez lui, les 11 et 12 mars.
« La Commission se trouve ainsi en possession de cinq chiens portant des morsures de chiens enragés. Elle convient que la vaccination se fera sur trois de ces cinq mordus : un des chiens de M. Bourrel, mordu le 11 mars; un autre chien de M. Bourrel, mordu le 12 mars; le troisième venant de M. Nocard. »
Voici les résultats des expériences :
Le 27 avril, le chien d’Alfort, mordu les 16 et 17 mars, est pris de rage avec voix rabicpie. C’est un des vaccinés, atteint de rage avant que la vaccination ne fût achevée. Il faut se souvenir qu’à ce moment, la méthode de vaccination de M. Pasteur avait une longue durée.
Le 25 mai, un des chiens mordus à Alfort, les 16 et 17 mars, non traité, est pris de rage, il est mordeur et a la voix rabique.
Le 10 septembre, un des chiens de M. Bourrel, mordu le 11 mars, non traité, est atteint de rage paralytique. Il est couché, paralysé du train de derrière. C’est un exemple de rage qui s’est déclaré six mois après les morsures.
Les autres chiens vaccinés sont bien portants et ont continué d’aller bien.
En résumé, sur trois chiens vaccinés après morsures, un seul fut pris de rage, mais pendant sa vaccination .
A une autre séance de la Commission, qui eut lieu le 31 mars, M. Pasteur communique une dépêche de M. Nocard, annonçant deux chiens neufs qu il a fait mordre, le dimanche 29 mars, par un chien rabique furieux. Un de ces chiens est vacciné, 1 autre reste comme témoin. Le chien mordu, non traité, est pris de rage le 22 mai, le cinquante-troisième jour après ses morsures. 11 est trouvé mort le 26 mai au matin. L’autre chien vacciné après ses morsures a résisté.
Les expériences précédentes et d’autres, relatives à la durée de l’immunité et à 1 influence des grandes quantités de virus de rage des rues inoculées à des vaccinés, ne donnèrent pas lieu à un Rapport de la Commission officielle, parce que la nouvelle méthode de vaccination de M. Pasteur fit considérer comme inutile la prolongation des travaux de la Commission.
M. C h ah cot : J’ai voulu surtout, en prenant la parole, rappeler à l’Académie comment, le 18 janvier dernier, Vulpian, notre regretté Vulpian(1), est venu à cette tribune défendre avec énergie, contre les attaques dont elle était 1 objet, la méthode à l’application de laquelle — et ce sera là, du reste, un de ses titres devant la postérité - — - il avait, dès l’origine, si puissamment et si courageusement contribué (2).