‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 288 sur 299 · Ibid., séance du 23 juin · texte numérisé non relu

Ibid., séance du 23 juin

après quel laps de temps le chien suspect de rage peut être considéré comme ne se trouvant pas sous 'le coup de cette affection. Ainsi dernièrement, un chien suspect qui avait été mis en observation chez un vétérinaire est devenu enragé au bout de six mois seulement.

Il cite des pays étrangers dans lesquels la rage a disparu cà la suite des mesures rigoureuses prises contre les chiens.

M. le Président fait connaître que plusieurs personnes ont écrit à M. le Préfet de police pour le prier de demander à M. Pasteur des indications, des conseils sur les premiers symptômes de la rage chez les chiens et chez les chats.

M. Pasteur dit qu’il n’est pas possible de définir, d’une manière absolue, les symptômes caractéristiques de la rage; des hommes experts peuvent parfois porter un diagnostic erroné. Il rappelle un fait qui s’est passé, il y a quelques mois, dans un département du Midi: un chien mordit un enfant qui, par mesure de précaution, fut aussitôt conduit à Paris, au laboratoire de la rue Vauquelin. Le chien fut abattu et autopsié par un vétérinaire qui ne constata aucun symptôme de rage. Cependant, ce chien était enragé, puisque trois de ses congénères qu’il avait mordus et qui avaient été renfermés par mesure de prudence, moururent peu de temps après de la rage...

M. Pasteur dit que depuis quelque temps il reçoit de differents côtés des lettres dans lesquelles on l accuse d’être le propagateur de la rage, de faire subir de mauvais traitements aux animaux, etc.

Il î appelle à cette occasion qu en Angleterre on s’est élevé avec force contre les vivisections et que Lister avait dû venir en France pour faire ses expériences sur des animaux vivants. Il ajoute qu’il n’attache aucune importance aux accusations lancées contre lui dans les circonstances actuelles.

Il serait heureux de voir les membres du Conseil venir à son laboratoire où ils pourraient se rendre compte par l’affluence des personnes traitées (il y en a en moyenne 90 tous les jours) de la nécessité d’appliquer, avec la plus grande rigueur, les mesures propres à faire disparaître la rage.

[A PROPOS D’UN CAS DE RAGE RAPPORTÉ PAR M. LE Dr DUJARDIN-BEAUMETZ] (f)

M. I asteur dit que les mesures prises par M. le Préfet de police contre les chiens errants commencent à manifester leur influence d’une manière très appréciable. La première mesure (mise en fourrière des chiens errants) remonte au mois d avril ; pendant ce mois, non plus que pendant le mois suivant, le nombre des personnes habitant le département de la Seine, traitées

. p ?XtÉait c]es reglstres des délibérations du Conseil d’hygiène publique et de s-iluhrilé la Préfecture de la Seine (inédit), séance du 6 juillet 1888. P q et de saiubnte, a

M A L ADI E S Y I R U L E N T E S

à 1 Institut Pasteur, n a pas diminue ; c est même en mai <jue ce nombre a été le plus élevé. Mais, depuis les premiers jours de juin, il diminue d’une façon très sensible.

Le tableau suivant que M. Pasteur communique au Conseil donne, par mois, le nombre des personnes habitant le département de la Seine, qui ont été traitées à l'Institut, depuis le mois d’août 1886.

Août 1886 . . . .

Septembre 1886 .

Octobre 1886 . .

Novembre 1886 .

Décembre 1886 .

Janvier 1887. . .

Février 1887. . .

Mars 1887 . . . .

Avril 1887 . . . .

Mai 1887 .

Juin 1887 . . . .

Juillet 1887 . . .

4 L Août 1887 . 21

71 Septembre 1887 . 33

34 Octobre 1887 . 38

22 Novembre 1887 . 19

24 Décembre 1887 . 33

34 Janvier 1888 . 26

22 Février 1888 . 61

17 Mars 1888 . 57

17 Avril 1888 . 56

23 Mai 1888 . 67

27 Juin 1888 . 46

On voit, dit M. Pasteur, que pendant toute 1 année 1887 la moyenne n’a pas été très élevée, mais que l’accroissement subit du nombre des personnes mordues, pendant les mois de février, mars, avril et mai 1888, a rendu indispensables les mesures qui ont été prises.

Du reste, il ne faut pas s’étonner qu’à certaines époques, il y ait recrudescence subite du nombre des chiens enragés; il suffit, en effet, pour cela qu’un chien enragé morde un grand nombre de ses congénères et que la plupart de ces chiens parviennent à s’échapper ; il se produit au bout d’un certain temps ce que l’on pourrait appeler une épidémie de rage.

Les choses se sont ainsi passées, on peut le supposer, en septembre 1886 et dans les mois de février, mars, avril et mai de cette année, où le nombre des morsures a été si considérable.

M. Pasteur espère que M. le Préfet de police continuera à faire abattre tous les chiens suspects de rage et à appliquer rigoureusement la loi sur la police sanitaire des animaux, surtout à l’égarcl des chiens errants : c’est le seul moyen de faire disparaître la rage canine.

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