‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 61 sur 299 · Séance du 16 juillet 1878. ( Note de l’Édition · texte numérisé non relu

Séance du 16 juillet 1878. ( Note de l’Édition

M. le I résident, ayant fait observer qu une Commission avait déjà été nommée par 1 Académie pour contrôler les faits d’expérimentation qui pourraient donner lieu à des dissidences entre M. Pasteur et M. Colin, proposa que 1 autopsie et 1 examen microscopique de la poule charbonneuse qui serait remise à M. Colin par M. Pasteur fussent faits en présence de cette Commission composée de MM. Pasteur, Colin, Davaine, Vulpian et Bouley.

L’Académie a adopté cette proposition.

Sui 1 invitation adressée par M. Pasteur au chef des bureaux de l’Académie, cette Commission a été convoquée, samedi dernier, à midi et demi, dans la salle du conseil de l’Académie.

Tous ses membres ont répondu à cette convocation.

M. Arm. Moreau, membre de l’Académie, a assisté à la séance qu’elle a tenue.

Voici le procès-verbal de cette séance.

M. 1 asteui a fait apporter trois poules mortes, qu’il a déclaré avoir été infectées du charbon dans les conditions qu il a déterminées.

La poule qui a été inscrite spus le n° 1 avait été inoculée sous le thorax, au côté droit du sternum, en arrière, avec cinq gouttes d’une eau de levure un peu alealinisée, ayant servi à la culture des bactéridies charbonneuses.

La poule avait été mise dans un bain à 25 degrés.

La mort était survenue au bout de vingt-deux heures.

5 Pou^c n 2, inoculée au même endroit avec dix gouttes d’un autre liquide de culture (eau de levure alealinisée également), et mise, comme la

precedente, dans un bain, mais à 30 degrés, était morte au bout de trentesix heures.

La poule n°3, inoculée avec dix gouttes du même liquide que la précédente, et toujours dans la même région, [et immergée] était morte en quarante-huit heures.

. 0utr() ces trois poules mortes, M. Pasteur en a présenté une quatrième, vivante, inoculée en même temps et avec le même liquide que la poule n° 1. Retirée du bain après quarante-trois heures et demie d’immersion et alors que sa température était descendue à 36 degrés, qu’elle était abattue et sans appétit, cette poule avait été placée dans une étuve à 42 degrés, le matin même.

L examen de son sang n y avait pas fait reconnaître de bactéridies.

Ce sang avait été ensemencé, et la question de savoir s’il était infecté de bactéridies se trouvait réservée au moment où cette poule a été mise sous les yeux de la Commission, quia constaté que son appétit était très développé, mais qu elle était encore chancelante.

En même temps que les quatre poules inoculées et immergées ensuite, une cinquième, devant servir de point de comparaison, avait été mise dans les memes conditions de contention et d’immersion que celles-ci, mais sans avoir subi d’inoculation. Elle était sortie complètement saine de cette épreuve. Cette poule n’a pas été présentée à la Commission.

La poule dont la Commission a fait faire l’autopsie sous ses yeux est celle qui était inscrite sous le n° 3.

C’est M. Joubert, collaborateur de M. Pasteur, qui a procédé à cette operation.

MALADIES VIRULENTES

La Commission a constaté, d’un commun accord, les faits suivants :

1° Au foyer de l’inoculation : infiltration séreuse ; très belles et très nombreuses bactéridies ;

2° Tissu de la crête : bactéridies très pâles, constatées par tous les membres de la Commission ;

3° Sang cl’une veine extérieure, loin du point de l’inoculation : nombreuses et très belles bactéridies ;

4° Sang du cœur : très belles bactéridies, paraissant en même nombre que dans la veine sous-cutanée sur le sang de laquelle l’examen avait porté.

Après ces constatations, M. Colin a déclaré qu’il était inutile de procéder à l’autopsie des deux autres poules, celle qui venait d’être faite ne pouvant laisser aucun doute sur la présence des bactéridies charbonneuses dans le sang cl’une poule inoculée du charbon et mise ensuite dans les conditions que M. Pasteur a déterminées pour que l’inoculation devienne efficace.

La poule n° 2 a été livrée intacte à M. Colin pour servir aux examens et aux expériences qu’il croirait devoir faire à Alfort.

Ont signé : G. Colin, H. Bouley, C. Davaine, L. Pasteur, A. Vulpian.

ÉTIOLOGIE DU CHARBON (*)

M. Pasteur : M. Colin vient de dire à l’Académie, ce qui était évident pour celle-ci, que, s’il n’a pas réussi à obtenir le charbon chez les poules en les refroidissant, c’est qu’il ne s’était pas placé dans les mêmes conditions que MM. Pasteur, Joubert et Chamberland. D’autre part, M. Colin croit pouvoir critiquer le mode expérimental que nous avons adopté. Mais ce mode, que je sache, ne saurait par lui-même donner le charbon. D’ailleurs, nos expériences ont toujours été comparatives.

Les poules non inoculées, mises dans le bain, n’en éprouvent aucun malaise, si ce n’est un peu d’engourdissement dans les pattes et qui disparaît en quelques heures.

Les poules inoculées, mises dans l’air, liées comme celles dans le bain sur des planchettes pareilles, ne prennent pas plus le charbon que si on les abandonne à la liberté, et alors même qu’on les laisse à l’inanition pendant deux, trois, quatre . huit jours même.

Employons-nous trop de matière d’inoculation ? Mais nous avons

1. Bulletin de l'Académie de médecine , séance du 28 juillet 1878, 2e sér.,VII. Reprise de la discussion entre Colin (p. 787-790) et Pasteur (p. 791-792). [Note de l'Édition. J

inoculé quatre et cinq lois plus de matière à des poules non refroidies, et elles n’ont pas pris le charbon.

1 outes les observations in extremis de M. Colin doivent être, suivant moi, considérées comme nulles et non avenues.

M. Colin s’est trompé; il l’a reconnu avec une grande loyauté en signant le procès-verbal de la Commission nommée sur ma demande dans la dernière séance. Voilà ce qu’il importe de retenir. Son premier tort a été de ne pas s’enquérir auprès de moi de la cause de ses insuccès quand il a essayé de provoquer le charbon chez les poules en les refroidissant; son droit de contrôle est absolu, mais son devoir aussi est peut-être de ne pas publier des conclusions comme celles de sa note du 14 mai, avant de bien s’instruire des travaux de ceux qu’il prétend contredire.

[DISCUSSION « SUR LES CAUSES DE LA MORT DANS LES AFFECTIONS CHARRONNEUSES ET SEPTICÉMIQUES »] (*)

M. Pasteur (1 2) : Je suis surpris de voir que M. Colin, dans son nouveau travail sur les causes de la mort dans les maladies charbonneuses (3), ne fasse plus intervenir l’action du virus charbonneux, indépendant de la bactéridie. M. Colin aurait-il renoncé à l’idée du virus charbonneux?

M. Colin : Je suis très embarrassé sur le parti que je dois prendre au sujet des questions que M. Pasteur vient de me faire; je suis lié par l’engagement que j ai pris de ne plus discuter avec lui, mais si l’Académie veut bien me délier, au moins pour aujourd’hui, je répondrai.

M. le Président (4) : Vous vous êtes lié tout seul, monsieur Colin, déliezvous.

M. Colin . ... M. Pasteur parait fort étonné de ce que je ne lasse pas intervenir ici le virus charbonneux à titre de cause de mort et il semble voir

1. Bulletin de l' Académie de médecine, séance du 10 décembre 1878, 2e sér. VII p. 1270-1278. — Ont pris part à la discussion : Pasteur, Colin, Richet, Bouillaud et J. Rochard.

2. Interventions de Pasteur : Ibid., p. 1270-1271, 1272, 1277, 1278.

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