‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 83 sur 299 · SUR LES BACTÉRIDIES CHARBONNEUSES DANS LE SOL · texte numérisé non relu

SUR LES BACTÉRIDIES CHARBONNEUSES DANS LE SOL

M. Pasteur (1 2 3) ; Je répondrai maintenant à la considération présentée par M. Colin, dans la dernière séance, sur la culture des bactéries charbonneuses dans le sol (:i), en donnant d’abord à l’Académie lecture de la Note suivante, que je présente avec la collaboration de

1. Bulletin de V Académie de médecine , séance du l'r lévrier 1881. 2e sér., X, p. 144-151. — Ont pris part à la discussion dans cette séance : Pasteur, Colin et Maurice Raynaud.

2. Interventions de Pasteur dans cette discussion : Ibid., p. 144, 146-148, 15(1, 151.

3. Colin. Nouvelles expériences sur la culture des bactéridies charbonneuses dans le sol. Ibid., séance du 25 janvier 1881, 2e sér„ X, p. 103-128. ( Notes de l’Édition.)

MM. Chamberland et Roux, et qui concerne la longue durée de la vie des germes charbonneux et leur conservation dans les terres cultivées (*).

[La lecture faite, M. Pasteur poursuit :]

M. Pasteur : La réponse que je fais ainsi aux observations de M. Colin ne m’est, pour ainsi dire, pas personnelle; elle émane d’une Société importante (2), qui a eu l’heureuse inspiration de vouloir contrôler les faits qui ont été récemment signalés sur la conservation des bactéridies charbonneuses dans le sol. Je ne pense pas que l’Académie veuille mettre en doute les résultats de ces expériences, que plusieurs de ses membres ont d’ailleurs contrôlés. Dans le Jura, nos expériences ont eu pour témoins des villages entiers.

M. Colin cependant est venu lire, dans la séance précédente, le récit de 98 expériences toutes négatives, qui tendaient ii détruire complètement ce que nous avons établi à ce sujet. Déjà l’an dernier il nous avait fait connaître en un grand nombre de pages de semblables expériences, négatives elles aussi. J’avais alors fait remarquer que l’A B C en quelque sorte de la méthode expérimentale, c’était que des faits négatifs, quelque nombreux qu’ils soient, ne peuvent jamais infirmer un seul fait positif. Et cependant M. Colin renouvelle la série de ses expériences négatives!

Certes, si je prends une motte de terre et que j’en fasse sortir le charbon, c’est qu’il y est, et si, plaçant cette même motte entre les mains de M. Colin, il ne l’y trouve pas, c’est évidemment qu’il se trompe. Un chemin conduit à la vérité, mille mènent à l’erreur. C’est toujours un de ces derniers que choisit M. Colin.

Voici, sous une forme travestie, mais pleine de vérité au fond, la manière de raisonner de M. Colin. Quelqu’un vient dire ici : « Il fait jour en ce moment. » Aussitôt M. Colin de prendre la parole et de dire : « Prenez-garde. J’ai fait à ce sujet de nombreuses observations. Je viens de me transporter dans 98 cabinets bien clos. Je n’ai vu clair dans aucun. Vous voyez donc bien qu’il ne fait pas jour en ce moment. »

Je ne veux pas entrer dans le détail et la critique des expériences présentées par M. Colin.

M. Colin : Il serait cependant important de montrer comment je me suis trompé.

1. C’est la Communication précédente, qui fut présentée à l'Académie des sciences, à l’Académie de médecine et à la Société nationale d’agriculture de France.

2. La Société centrale de médecine vétérinaire de Paris. Voir p. 271 du présent volume. ( Notes de l’Édition.)

MALADIES VIRULENTES

M. Pasteur : Je sers la science, et non un homme individuellement. D’ailleurs, si M. Colin n’est pas satisfait des expériences impersonnelles que je viens d’apporter, je propose à l’Académie de désigner l’un quelconque de ses membres qui, avec M. Colin et moi, se rendrait à la ferme de Rozières. M. Colin, en notre présence, prendra de la terre sur les fosses dont le fermier lui indiquera l’emplacement, et nous rapporterons cette terre dans l’un de nos laboratoires, au choix de M. Colin. Je lui indiquerai les opérations nécessaires, il inoculera lui-même 10, 20, 30 cobayes, s’il le désire, et mardi prochain l’Académie jugera les résultats. Je ne toucherai jamais à la terre. M. Colin seul fera les expériences, sur mes indications.

Nous ne ferons que renouveler ce qui a déjà eu lieu à propos du charbon des poules, à la séance du 23 juillet 1878 (*), alors que M. Colin a dû signer le procès-verbal d’expériences entreprises devant une Commission nommée par l’Académie, expériences qui contredisaient complètement les assertions émises par lui contre moi. Mais je crains fort que ce que M. Colin redoute, ce soit la dite signature devant la nouvelle Commission.

M. Colin : ... La Commission nouvelle (*) dont parle M. Pasteur ne me parait pas avoir été trop bien inspirée en allant se jeter, pour laire ses expériences de contagion, précisément dans une ferme infectée de charbon... Deux moutons sont morts, après avoir parqué de temps en temps sur des fosses. Soit, mais n’en est-il pas mort en même temps, avant ou après, qui n’avaient point parqué sur ces mêmes fosses supposées pleines de bactéridies?

M. Pasteur : Non. Il n’en est pas mort. J’ai dit expressément que pas un des moutons du restant du troupeau, servant de témoins, n’était mort.

M. Colin : ... Un autre fait de la même Note (1 2 3) laisse encore dans mon esprit bien des doutes ; c’est celui de la vache qui meurt et de la chèvre qui arrive à toute extrémité, après avoir mangé la veille du trèfle pris sur une fosse où deux ans auparavant avait été enfouie une bête charbonneuse.

M. Pasteur : La mort en une nuit! C’est faux. M. de Seebach ne dit pas qu’il y a eu mort vingt-quatre heures après le repas contamine.

M. Colin : Sur un grand animal le charbon, môme par 1 inoculation, ne se développe et ne tue pas en une nuit, ou du jour au lendemain. 11 en met

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