‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 85 sur 299 · SUR LES BACTÉRIDIES CHARBONNEUSES DANS LE SOL · texte numérisé non relu

SUR LES BACTÉRIDIES CHARBONNEUSES DANS LE SOL

M. Colin : ... M. Pasteur, à la date du 3 courant, m’a écrit les liâmes

suivantes :

« A la séance de mardi dernier, parlant de la note de M. le baron de Seebach (1 2 3 *), vous avez dit qu’il affirmait qu’une vache ou une chèvre était morte charbonneuse le lendemain du jour où elle avait mangé de l'herbe contaminée.

« J’ai trop de confiance en votre loyauté pour que vous ne vous empressiez pas, mardi prochain, à l’occasion du procès-verbal, de déclarer que vous vous êtes trompé. »

Je m’empresse d’accéder au désir de notre savant collègue, pour prouver

1. Voir aux Documents le « Rapport sur la longue durée de la vie des germes charbonneux et leur conservation dans des terres cultivées », au nom d’une Commission composée de MM. Bouley, président, Vulpian, Davaine, Alphonse Guérin et Villemin, rapporteur.

2. Bulletin de V Académie de médecine, séance du 8 février 1881, 2' sér., X, p. 169-176. — Ont pris part à la discussion dans cette séance : Colin, Pasteur et Leblanc. Interventions de Pasteur, p. 169, 170, 171, 172, 173-175.

3. Voir cette note dans la Communication intitulée : Nouvelles observations sur l’étiologie

et la prophylaxie du charbon5 p. 266-270 du présent volume. ( Notes de l’Édition .)

MALADIES VIRULENTES

que mon affirmation, basée sur le souvenir précis de sa lecture, est très exacte et que l’erreur, car erreur il y a, est tout entière de son côté. Il pourra s’en convaincre en se relisant.

La note du ministre de Saxe dit ceci, p. 1140 du Bulletin de. 1880, dernière ligne et suivantes :

« Le champ fut ensemencé cette année avec du blé, et l’année suivante avec du trèfle. A la place en question, le trèfle vint avec profusion et à une hauteur extraordinaire. Un jour, je m’aperçus que ce trèfle avait disparu, et je ne doutai pas qu’il n’eût été volé. »

M. Pasteur : Oui. Un jour, je m’aperçus... Ce qui ne veut pas dire que le vol a eu lieu la veille de la mort de la chèvre. C’est d’une évidence palpable.

M. Colin : « Le lendemain matin, une femme vint en pleurant à la ferme me dire que sa chèvre était crevée et que sa vache était malade.

« Cette circonstance m’ouvrit les yeux, et je me rendis aussitôt dans son étable, où je constatai que la vache avait la maladie de la rate la plus prononcée. Le cadavre de la chèvre me fut apporté et je constatai également la meme maladie. »

Voilà le fait que j’ai rappelé et que M. Pasteur qualifie de « faux » dans le compte rendu de la dernière séance.

M. Pasteur : Ce n’est pas le fait qui est faux. Ce qui est faux, c’est ce que vous prêtez au baron de Seebach, lequel n’a pas dit que le charbon s’était déclaré en vingt-quatre heures.

M. Colin : Je veux prouver maintenant que les nouveaux faits cités par M. Pasteur à l’appui de sa thèse ne sont guère plus démonstratifs que les anciens... [Il critique les faits exposés par Pasteur, page 272, dans les deux alinéas commençant par : « La Commission procéda alors à l’expérience suivante... » et il ajoute :] Les trois commissaires se rendent à la ferme de Rozières le 24 novembre, où l’un des moutons était mort le 8 du même mois et l’autre le 24 octobre. Or, comment ces Messieurs ont-ils pu s’assurer sur un cadavre de seize jours et sur un cadavre d’un mois que la mort était due au charbon?

M. Pasteur : Vous oubliez que vos critiques s’adressent aussi à vos confrères delà Société de médecine vétérinaire, M. Leblanc, M. Trasbot, M. Cagny.

M. Colin [rappelle ce qui, d’après lui, eût dû être fait en pareil cas, ajoutant :] Quand on se flatte d’être un expérimentateur rigoureux, il est bon de prêcher d’exemple.

M. Pasteur : Mais tout cela a été fait, et bien fait...

Je ne répondrai que quelques mots à M. Colin. L’Académie sait

qu’après avoir démontré de la manière la plus décisive, selon moi, la présence des germes charbonneux à la surface du sol qui recouvre les fosses où l’on enterre les animaux morts du charbon, j’instituai des expériences dans le Jura, pays où cette maladie est rare. Ces expériences eurent de nombreux témoins ; je fis parquer les moutons au-dessus d’un emplacement où avaient été préalablement enfouis des animaux charbonneux, et à quelques mètres plus loin je plaçai également le même nombre de moutons. Ceux-ci continuèrent à se bien porter, tandis que les premiers succombèrent au charbon.

Lorsque ces expériences furent publiées, M. Tisserand, le savant Directeur de l’Agriculture, se souvint, en les lisant, qu’il devait avoir dans ses papiers une note manuscrite que lui avait remise, en 1865, M. le baron de Seebach, ministre de Saxe à Paris, à la suite d’une conversation qu’il avait eue avec lui. M. Tisserand voulut bien me confier cette note fort curieuse, dont je déclare la rédaction admirable d’observation et de rédaction ; l’Académie se rappelle que je la lui ai présentée dans la séance du 2 novembre 1880 (*), parce qu’elle rappelait des faits extraordinaires qui me paraissaient ne pouvoir s’expliquer qu’à l’aide des observations nouvelles que nous venions de faire sur l’étiologie et la prophylaxie du charbon.

Le passage auquel M. Colin attribue un sens que je ne puis admettre est celui-ci : « Un jour — c’est M. le baron de Seebach qui parle, — des chevaux attelés à une charrue s’enfoncèrent dans le terrain et furent aspergés par une matière putride ; la charrue mit à découvert les restes d’un mouton en putréfaction; ceci me dégoûta et j’ordonnai une vigilance sévère sur la manière d’enfouir les bêtes.

« Le coin du champ où cet incident était arrivé m’est resté clairement dans la mémoire. Le champ fut ensemencé cette année-là même avec du blé, et l’année suivante avec du trèfle. A la place en question, le trèfle vint avec profusion et à une hauteur extraordinaire. Un jour, je m'aperçus que ce trèfle avait disparu, et je ne doutai pas qu’il n'eût été volé.

« Le lendemain matin, une femme vint en pleurant à la ferme me dire que sa chèvre était crevée et que sa vache était malade.

« Cette circonstance m’ouvrit les yeux, et je me rendis aussitôt dans son étable, où je constatai que la vache avait la maladie de la rate la plus prononcée. Le cadavre de la chèvre me fut apporté, et je constatai également la même maladie. »

1. Voir p. 2(36-270 du présent volume : Nouvelles observations sur l’étiologie et la prophylaxie du charbon. (Note de l’Édition.)

MALADIES VIRULENTES

M. Colin déclare qu’il est impossible qu’une chèvre, qu’une vache puissent mourir du charbon en vingt-quatre heures. D’accord; mais où donc voit-il que M. le baron de Seebach ait jamais avancé cette hérésie? Lorsqu’il a constaté la disparition de son trèfle, il y avait peut-être huit, dix, quinze jours, que sais-je? qu’il avait été volé. Et lorsqu’il emploie cette expression : « Un jour, je m’aperçus », je ne sais vraiment comment M. Colin peut s’imaginer que M. de Seebach veut dire que le jour où le vol a été commis était précisément la veille de celui où la bonne femme vint lui signaler la maladie de sa vache et la mort de sa chèvre.

M. Colin : Vous êtes obligé d’interpréter ainsi le passage pour vous tirer d’embarras.

M. Pasteur : Piesponsable, en quelque sorte, de la sincérité et de l’exactitude de la note de M. de Seebach que j’ai pris sur moi de publier, j’ai donc écrit à M. Colin pour lui demander de rectifier l’erreur qu’il avait commise, erreur dont je fais juge, sans insister, l’Académie tout entière.

M. Colin voudrait, en outre, faire croire que nous avons laissé pourrir les moutons dans la ferme de Rozières, où ont eu lieu les expériences que j’ai présentées à la séance précédente, et que ce ne serait que quelques semaines après la mort que nous avons recherché chez eux la présence du charbon.

M. Colin : Cela résulte des termes de votre Communication; aujourd’hui vous faites une autre version.

M. Pasteur : M. Colin ne craint pas d’attribuer cette naïveté à une Commission cle vétérinaires. Les animaux ont été examinés immédiatement après leur mort, un nouvel examen fut pratiqué ultérieurement, et lorsque des vétérinaires viennent déclarer que des animaux sont morts charbonneux, il paraît singulier de ne pouvoir les en croire... Mais j’aperçois M. Leblanc et je le prie de venir dire lui-même ce que la Commission a fait à cet égard.

M. Leblanc : ... Tout ce que vient de dire M. Pasteur est parfaitement exact. . .

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