‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 88 sur 299 · Koch. Loc. cit · texte numérisé non relu

Koch. Loc. cit

6. Colin. Étiologie du charbon. Bulletin de V Académie de médecine, 2e sér., VIII, 1879, p. 1021. {Notes de l’Édition.)

MAT. AIMES VIRULENTES

M. Bouley, en se basant sur ce fait que le charbon ne tue pas tous les animaux inoculés, pense qife la question se pose de savoir si ce charbon parasitaire ne serait pas susceptible d’être son propre vaccin.

M. Pasteuh a, en elïet, des raisons de croire que le charbon pourrait peut-être ne pas récidiver. Du reste, il sera assez simple de le savoir. Si la poule ne prend pas le charbon, c’est que la bacléridie ne se cultive pas bien sur ce terrain, puisqu’elle y disparaît; mais il y a cependant un commencement de culture : avant de mourir, la bactéridie se propage dans un petit rayon autour de l’inoculation; il faudrait donc inoculer la poule en beaucoup de points pour qu’il y ait une culture assez étendue, puis renouveler ultérieurement [l’inoculation] et refroidir [la poule]; si elle a été vaccinée, elle ne prendra pas le charbon en se refroidissant. 11 y a un autre moyen plus sur d’attaquer ce problème. Je le ferai bientôt connaître, ajoute M. Pasteur.

M. H. Bouley : Comment s’expliquer la persistance quelquefois si longue de l’immunité ?

M. Pasteuh : Ce problème n’est pas soluble actuellement et ne le sera probablement pas de longtemps. Il est cependant permis de faire des hypothèses. Voici celle qui me paraît le plus plausible: la condition de l’existence et de la multiplication de ces microbes, causes des maladies virulentes, c’est qu’ils trouvent dans l’organisme inoculé ou dans le milieu de culture où on les dépose les éléments de leur nutrition; ce qui le prouve, c’est que, si l’on vient à filtrer le bouillon de poulet qui a servi à cultiver le microbe du choléra des poules, ce bouillon devient impropre à une nouvelle culture du même organisme, tandis qu’il peut encore servir à cultiver d’autres microbes, la bactéridie, par exemple. Pourquoi? C’est, selon toutes probabilités, parce que la première culture a épuisé les éléments nécessaires à la vie, à la multiplication du microbe [du choléra] des poules, et non ceux nécessaires à la bactéridie.

Ce qui se passe dans mes tubes ne peut-il pas se passer également dans l’organisme animal, dans le corps humain ?

A ceux qui s’étonnent de la durée illimitée de l’immunité après l’inoculation de certaines maladies contagieuses, je répondrais ceci, car on peut aller loin lorsqu’on imagine : supposons que le cæsium ou le rubidium soient des éléments nécessaires à la vie du microbe-virus de la maladie dont il est question ; qu’il en existe une petite quantité dans les tissus de l’animal inoculé et que cette petite quantité ait élé consommée par une première culture du microbe-virus dans l’organisme inoculé ; cet organisme restera réfractaire à une nouvelle inoculation jusqu’à ce que ses tissus aient récupéré une quantité suffi-

santé de ces principes immédiats ; or, si l’on considère la rareté du cæsium, du rubidium dans notre monde, on comprendra qu’il pourra s’écouler un temps fort long, un grand nombre d’années peut-être, avant que l’organisme en ait récupéré la quantité qu’une première culture lui a enlevée; ce raisonnement peut s’appliquer à des principes immédiats plus rares encore que le cæsium et le rubidium et permet d’expliquer la durée plus ou moins longue de l’immunité et la bénignité relative des récidives de la plupart des maladies contagieuses, l’organisme pouvant ne posséder, au moment de la récidive, qu’une quantité insuffisante des éléments propres à la nutrition du microbevirus. Mais à quoi bon donner ici carrière à l’imagination? La science a beau marcher en avant, elle arrive toujours à de nouveaux Pourquoi. Ne jetons pas de la défaveur sur les inductions légitimes, sous prétexte qu’elles laissent encore beaucoup de choses inexpliquées. Dans l’espèce, contentons-nous, pour le moment, que des faits d’expérience et d’observation permettent d’émettre une idée de quelque valeur sur la cause de ce grand mystère de la non-récidive des maladies virulentes.

SUR LES MALADIES VIRULENTES

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