Communication précédente. ( Note de l’Édition
3. MM. Moritz et Perroncito, et M. Toussaint [Loc. cit.) lui-même, quoiqu’il ait été plus loin que ses devanciers, avaient laissé indécise la question du parasitisme de cette maladie. Je me suis exprimé différemment dans ma précédente Note; mais j’ai reconnu depuis que M. Toussaint n’avait pu obtenir des cultures successives dans l’urine neutre, mérite que du reste, il ne s’attribue pas; toutefois il a celui de les avoir tentées.
4. Ce que j’ai entendu raconter, ce que j’ai lu de la vaccine humaine et ce que je puis.
Afin d’expliquer plus clairement et plus brièvement les résultats dont j’ai à rendre compte, qu’il me soit permis d’employer le mot vacciner pour exprimer le fait de l’inoculation à une poule du virus atténué. Cette convention étant admise, je pourrai dire, sur la foi de nombreuses expériences, que les effets de la vaccination sont variables avec les poules ; que certaines résistent à un virus très virulent à la suite d’une inoculation préventive du virus atténué; que d'autres exigent deux inoculations préventives et même trois; que, dans tous les cas, toute inoculation préventive a son action propre, parce qu’elle prévient toujours dans une certaine mesure; qu’en un mot, on peut vacciner à tous les degrés, et qu’il est toujours possible de vacciner d'une façon complète, c’est-à-dire d’amener la poule à ne plus pouvoir recevoir aucune atteinte du virus le plus virulent.
Je porterai plus sûrement la conviction dans les esprits si j’indique brièvement la marche et les résultats des expériences de démonstration.
Je prends quatre-vingts poules neuves. — J’appelle de ce nom les poules qui n’ont jamais eu la maladie du choléra des poules , ni spontanée, ni communiquée. — A vingt d’entre elles j’inocule le virus très virulent; les vingt périssent. Des soixante qui restent, j’en distrais encore vingt et je les inocule par une seule piqûre, à l’aide du virus le plus atténué que j’aie pu obtenir (*). Aucune ne meurt. Sont-elles vaccinées pour le virus très virulent? Oui, mais seulement un certain nombre d’entre elles. En effet, si sur ces vingt poules je pratique l’inoculation du virus le plus virulent, six ou huit, par exemple, tout en étant malades, ne mourront pas, contrairement à ce qui a eu lieu pour les vingt premières poules neuves, dont vingt sur vingt ont péri. Je distrais de nouveau du lot primitif vingt poules
inférer de mes expériences sur le choléra des poules, me portent à croire que la vaccine préserve rarement au maximum. Quel est, en effet, le vaccinateur qui oserait sans crainte exposer ses vaccinés à une épidémie meurtrière de variole? On cite même bon nombre de personnes vaccinées qui ont eu la variole et chez lesquelles la vaccine s'est montrée ensuite efficace, qui ont repris la variole et qui ont eu trois fois cette affection. Je rapporterai ici textuellement une note manuscrite que M. le docteur Brouardel a eu l’obligeance de me remettre tout récemment :
« Mm0 G. D., vaccinée dans son enfance, vient à trente ans habiter Passy. Elle était grêlée à la suite d’une variole survenue après son mariage, c’est-à-dire vers vingt ou vingtdeux ans.
« Le docteur Ch. Martin la soigna en 1868 d’une nouvelle variole cohérente. Celte dame vint habiter Paris, rue de la Sorbonne, en 1869. Je la vaccinai avec succès en 1870. En 1874. nouvelle variole qui ne suppura pas; par conséquent varioloïde.
« En 1877, cette dame quitta Paris pour Coutances. »
En résumé, deux vaccines et trois varioles, dont deux contl uentes !
1. Car il y a des degrés dans l’atténuation comme il y en a dans la virulence, double circonstance dont j’espère donner ultérieurement la véritable interprétation.
MALADIES VIRULENTES
neuves que je vaccine par deux piqûres appliquées successivement après un intervalle de sept à huit jours. Seront-elles vaccinées pour le virus très virulent? Afin de le savoir, réinoculons-les par ce virus. Cette fois-ci, contrairement aux résultats de la deuxième expérience, ce n’est plus six ou huit qui ne mourront pas, mais douze ou quinze. Enfin, si je distrais encore vingt poules du lot primitif et que je les vaccine successivement par le virus atténué, non pas une fois, mais trois ou quatre, la mortalité par l’inoculation du virus très virulent, la maladie même seront nulies. Dans ce dernier cas, les animaux sont amenés aux conditions de ceux qui ne contractent jamais le choléra des poules.
Quant à la cause de la non-récidive, on ne peut se défendre de l’idée que le microbe, auteur de la maladie, trouve dans le corps de l’animal un milieu de culture, et que, pour satisfaire aux actes de sa propre vie, il altère ou détruit, ce qui revient au même, certaines matières, soit qu’il les élabore à son profit, soit qu’il les brûle par l’oxygène qu’il emprunte au sang.
Lorsque l’immunité complète est atteinte, on peut inoculer le microbe le plus virulent dans des muscles quelconques, sans produire le moindre effet, c’est-à-dire que toute culture est devenue impossible dans ces muscles. Ils ne contiennent plus d’aliments pour le microbe.
On ne peut rendre l’impression que l’on éprouve à la vue de ces phénomènes. Voici vingt poules qui n’ont jamais subi les atteintes de la maladie: je les inocule au muscle pectoral parle virus très virulent, ou plutôt au muscle de la cuisse, afin de suivre plus commodément les effets de la piqûre infectieuse. Le lendemain, toutes les poules sont couchées, très boiteuses, saisies d’un profond sommeil; le muscle inoculé est énorme, tout lardacé dans son intérieur, rempli à profusion du parasite. Puis d’heure en heure la mort frappe tantôt une des poules, tantôt une autre. En quarante-huit heures les vingt poules ont péri. Voici, d’autre part, vingt poules préalablement vaccinées au maximum , inoculées à la même heure que les précédentes, à la même place, par le même virus, employé en même quantité ; le lendemain ou le surlendemain, toutes sont vives, alertes, mangent, gloussent; les coqs chantent; c’est le mouvement, c’est la vie dans toute la plénitude de la santé, et les muscles de la cuisse dans la région inoculée ne présentent rien d’anormal ; souvent même on n’aperçoit pas la trace de la piqûre, et cet état de santé est durable.
Mais cette suppression de la possibilité de culture du parasite dans les muscles n’est-elle pas propre seulement à ceux des muscles qui ont reçu les inoculations préventives? Il importe donc de rechercher ce
MALADIES VIRULENTES
qui arriverait en faisant pénétrer le virus mortel, soit par le système sanguin, soit par les voies digestives. J’ai pris dix poules vierges de toute inoculation, et dix autres vaccinées au maximum ; à toutes, le virus le plus virulent a été injecté dans la jugulaire. Les dix premières poules sont mortes rapidement, plusieurs déjà après vingt-quatre heures. Les dix poules vaccinées ont guéri, au contraire, sans avoir été malades, si ce n’est d’une manière peu accusée, à cause de l’incision à la peau et à la jugulaire. Le sang lui-même était donc vacciné , si l’on peut s’exprimer ainsi, c’est-à-dire que les cultures préventives lui avaient enlevé ses matériaux de culture pour le microbe.
Et quelles seraient les suites de l’introduction de la maladie par les voies digestives? Essayons de provoquer une épidémie analogue à celles qui frappent les basses-cours, à l’aide de repas souillés par la présence du parasite. Le il mars, je réunis dans le même local douze poules, achetées aux Halles le matin, avec douze autres vaccinées préalablement au maximum. Chaque jour je donne à ces vingt-quatre poules un repas de muscles malades d’une poule morte du microbe. Les jours suivants, la maladie et la mortalité s’accusent parmi les douze poules non vaccinées, qu’on distingue au milieu des autres, parce qu’on a eu le soin de passer à travers la crête des vaccinées un fil de platine. Le 26 mars, on met fin à l’expérience : sept poules non vaccinées ont succombé, et l’autopsie a montré, à n’en pas douter, que la mal s’est insinué, soit par les premières voies digestives, soit et le plus souvent par les intestins, généralement très enflammés et quelquefois ulcérés sur une grande longueur, d'ordinaire dans la portion qui suit le gésier, rappelant par leurs lésions celles de la fièvre typhoïde (l). Les cinq autres poules non vaccinées sont malades, une de la façon la plus grave (2). Des douze vaccinées pas une n’est morte, et aujourd’hui toutes vivent encore et sont bien portantes.
Nous pouvons résumer comme il suit les résultats que je viens d’exposer :
C’est la vie d’un parasite à l’intérieur du corps qui détermine la maladie appelée vulgairement choléra des poules et qui amène la mort.
Du moment où cette culture n’est plus possible dans la poule, la maladie ne peut apparaître. Les poules sont alors dans l’état constitutionnel des animaux que le choléra des poules n’atteint jamais. Ces
1. Le sang est rempli du microbe, et les organes internes sont couverts assez fréquemment de pus et de fausses membranes, principalement du côté des anses intestinales, par où le microbe paraît avoir visiblement pénétré.
2. Elle est morte le 8 avril; une autre, le 23 avril; trois se sont guéries. En tout, neur mortes sur douze. Les mortes du 8 et du 23 avril avaient le sang contenant le microbe et, dans 1 abdomen, des suites de péritonite accusées par des fausses membranes sur les intestins, etc.
maladies virulentes
derniers animaux sont comme vaccinés de naissance pour celte maladie, parce que l’évolution fœtale n’a pas introduit dans leurs corps des aliments propres à la vie du microbe, ou que ces matières nutritives ont disparu dans le jeune Age.
Certes, on n’a pas lieu de trop s’étonner qu’il y ait des constitutions tantôt aptes, tantôt rebelles aux inoculations, c’est-à-dire aux cultures
de certains virus, lorsque, comme je l’ai annoncé dans ma première Note, on voil le bouillon de levure de bière, préparé exactement comme le bouillon de muscles de poules, se montrer absolument impropre à la culture du parasite du choléra des poules , tandis qu’il se prête à merveille à la culture d’une multitude d’espèces microscopiques, notamment de la bactéridie charbonneuse.
L explication à laquelle les laits nous conduisent, tant de la résistance constitutionnelle de certains animaux que de l’immunité que créent chez les poules des inoculations préventives, n’a rien non plus que de naturel, quand on considère que toute culture, en général, modifie le milieu où elle s’effectue : modification du sol, s’il s’agit des plantes ordinaires; modification des plantes ou des animaux, s’il s’agit de leurs parasites , modification de nos liquides de culture, s’il s’agit des mucédinées, des. vibrioniens ou des ferments. Ces modifications se manifestent et se caractérisent par cette circonstance que des cultures nouvelles des mêmes espèces dans ces milieux deviennent
promptement difficiles ou impossibles. Que l’on ensemence du bouillon de poule avec le microbe du choléra , et qu’après trois ou quatre jours on filtre le liquide pour éloigner toute trace du microbe; qu’en dernier lieu on ensemence de nouveau le liquide filtré par ce parasite : celui-ci se montrera tout à fait impuissant à reprendre le plus faible développement. D’une parfaite limpidité après sa filtration, le liquide garde indéfiniment cette limpidité.
Comment ne pas être porté à croire que, par la culture dans la poule du virus atténué, on place le corps de celle-ci dans l’état de ce liquide filtre qui ne peut plus cultiver le microbe? La comparaison peut se poursuivre plus loin encore; car si l’on filtre du bouillon en pleine culture de microbe, non pas le quatrième jour de la culture, mais le second, le liquide filtré sera encore apte à cultiver de nouveau le microbe, quoique avec moins d énergie qu’au début. On comprend ainsi qu après une culture du microbe atténué dans le corps de la poule, on puisse ne pas avoir enlevé dans toutes les parties de son corps les aliments du microbe. Ce qui en reste permettra donc une nouvelle culture, mais également dans une mesure plus discrète. C’est l’effet d’une
première vaccine. Des inoculations subséquentes enlèveront progrès-
sivement Ions les matériaux de culture du parasite. En conséquence, par l’action du mouvement circulatoire, un moment viendra forcément où toute culture nouvelle sur l’animal restera stérile. C’est alors que la maladie ne pourra récidiver et que le sujet sera tout à fait vacciné. On pourrait s’étonner qu’une première culture de virus atténué s’arrête avant que les matières nutritives du microbe soient épuisées. Mais il ne faut pas oublier que le microbe, être aérobie, n’est pas du tout, dans le corps de l’animal, dans les mêmes conditions que dans un milieu artiii fiel de culture. Ici, pas d’obstacle à sa multiplication; dans le corps, au contraire, il est sans cesse en lutte avec les cellules des organes, cellules qui, elles aussi, sont des êtres aérobies, toujours prêts à s’emparer de l’oxygène.
Est-ce bien là néanmoins la seule explication possible des phénomènes? Non, à la rigueur. On peut se rendre compte des faits de nonrécidive en admettant que la vie du microbe, au lieu d’enlever ou de détruire certaines matières dans le corps des animaux, en ajoute, au contraire, qui seraient pour ce microbe un obstacle à un développement ultérieur. L’histoire de la vie des êtres inférieurs, de tous les êtres en général, autorise une telle supposition. Les excrétions nées du fonctionnement vital peuvent s’opposer à un fonctionnement vital de même nature. Dans certaines fermentations, on voit des produits antiseptiques prendre naissance pendant et par la fermentation même, et mettre fin à la vie active des ferments et aux fermentations, longtemps avant l’achèvement de celles-ci. Dans les cultures de notre microbe, il pourrait y avoir formation de produits dont la présence expliquerait à la rigueur la non-récidive et la vaccination.
Nos cultures artificielles du parasite vont encore nous permettre de contrôler cette hypothèse. Préparons une culture artificielle du microbe, et, après l’avoir fait évaporer à froid et dans le vide, ramenons-la à son volume primitif au moyen d’un bouillon de culture. Si l’extrait contient un poison pour la vie du microbe, et si telle est la cause de la non-culture possible diriiquide filtré, l’ensemencement du nouveau milieu devra être stérile. Or, il n’en est rien. On ne peut donc croire que pendant la vie du parasite apparaissent des substances capables de s’opposer à son développement ultérieur. Cette observation corrobore l’opinion à laquelle nous avons été conduits, tout à 1 heure, sur les causes de la non-récidive de certaines maladies virulentes (*).
* Ta lecture de la présente Communication à l’Académie des sciences, interrompue ici dans la séance du 26 avril 1880, a été reprise et [achevée dans la séance du 3 mai suivant. (Note de l'Édition.)
MALADIES VI R U I, E N T E S
:jo9
Au sujet des propriétés de ces extraits de culture artificielle du microbe du choléra des poules, une question se présente. Nous venons de démontrer que ces extraits ne renferment pas de substances capables d’empêcher la culture du microbe. Mais n’en contiendraientils pas qui seraient propres à vacciner les poules .’ J’ai préparé une culture dont le volume n’était pas moindre que 120 centimètres cubes. Filtrée et évaporée à froid, toujours par des manipulations incapables d’altérer sa pureté, cette culture a laissé un extrait qui a été redissous par 2 centimètres cubes d’eau pure, qu’on a injectés ensuite en totalité sous la peau d’une poule neuve. Quelques jours après, la poule, inoculée par un virus très virulent, a pris le choléra et est morte dans les conditions ordinaires des poules non vaccinées.
Ce genre d’expériences conduit à une observation aussi nouvelle que curieuse sous le rapport pathologique.
Lorsqu’on injecte sous la peau d’une poule neuve en très bonne santé l’extrait d’une culture filtrée du microbe, correspondant à un développement très abondant du parasite, la poule, après un désordre nerveux qui se dissipe en un quart d’heure et quelquefois se manifeste simplement par une respiration un peu haletante et un mouvement du bec qui s’ouvre et se referme à courts intervalles ; la poule, dis-je, prend la forme en boule, reste immobile, refuse de manger, et éprouve une tendance au sommeil des plus prononcée, comme dans le cas de maladie par inoculation du microbe. La seule différence consiste en ce que le sommeil est plus léger que dans la maladie réelle : la poule se réveille au moindre bruit. Cette somnolence dure environ quatre heures; après quoi la poule redevient alerte, porte la tête haute, mange et glousse comme si de rien n’était (*).
1. Voici la suite des observations dans une des expériences :
Le 4 mars, à dix heures et demie, on inocule sous la peau d’une poule neuve l’extrait d’une culture achevée du microbe du choléra des poules, d’un volume de 120 centimètres cubes. Après quelques instants de respiration haletante, la langue s’agite dans le bec ouvert. Au bout d’un quart d’heure environ se manifeste déjà la tendance au sommeil. Le bec est fermé, la poule calme, immobile, un peu en boule. Elle ferme les yeux, les rouvre au moindre bruil, puis les referme. Quelquefois la tête s'affaisse par le sommeil. Si on la touche à peine, elle se réveille, devient vive, étonnée; puis bientôt la tendance au sommeil la reprend.
Midi. — Même état; elle refuse de manger. Elle est très somnolente. La tête tombe pendant que les yeux sont fermés, mais toujours le moindre bruit la réveille. Elle a l’attitude des poules malades: un peu en boule et la queue tombante. Je place à côté d’elle, dans une cage voisine, une poule inoculée la veille, déjà bien malade et qui sera morte le lendemain. On ne saurait dire quelle est la plus malade. Cependant la malade de la maladie réelle a le sommeil un peu plus profond.
Une heure et demie. — Toujours endormie, si peu qu’elle soif laissée tranquille. Tôle tombante; corps en boule, immobile, ne mangeant pas, mais toujours réveillée par le moindre bruit.
Deux heures. — Même état; quelquefois elle lève tout à coup la tête, ouvre les yeux comme si elle sortait d’un rêve.
J’ai reproduit plusieurs fois cette expérience en observant les mêmes faits, et comme*, dans chaque épreuve, j’avais eu le soin de vérifier qu’un extrait de bouillon pur qui n’a pas cultivé du microbe ne donne lieu à aucune manifestation analogue, j’ai acquis la conviction que pendant la vie du parasite il se fait un narcotique ou un stupéfiant (*), et que c’est ce narcotique qui provoque le symptôme morbide si prononcé du sommeil dans le choléra des poules (**).
Par les actes de sa nutrition, le microbe fait la gravité de la maladie et amène la mort. On peut aisément le comprendre. Le microbe, par exemple, est aérobie ; il absorbe pendant sa vie de grandes quantités d’oxygène et il brûle beaucoup des principes de son milieu de culture, ce dont il est facile de s’assurer en comparant les extraits du bouillon de poule avant et après la culture du petit organisme. Tout annonce que cet oxygène nécessaire à sa vie, il le prend aux globules sanguins, à travers les vaisseaux ; et la preuve en est que pendant la vie, et souvent encore lors des approches (***) de la mort, on voit la crête des animaux malades devenir violacée, alors que le microbe n’existe pas encore dans le sang, ou en quantité si faible qu’il échappe à l’observation microscopique. Ce genre d’asphyxie serait un des traits les plus curieux de la maladie qui nous occupe, s’il était prouvé qu’il ne peut être attribué à une circulation rendue difficile par la maladie ellemême (****).
Quoi qu’il en soit, l’animal meurt par les désordres profonds qu amène la culture du parasite dans son corps, par la péricardite et autres épanchements séreux, par les altérations dans les organes internes, par l’asphyxie; mais l’acte du sommeil correspond à un produit né pendant la vie du microbe, agissant sur les centres nerveux. L’indépendance des deux effets dans les symptômes de la maladie est établie encore par cette circonstance que l’extrait d’une culture filtrée du microbe endort également les poules vaccinées au maximum.
Trois heures. Elle reprend de la vivacité. 'Elle commence à manger. Elle a la tète haute
1 aspect des poules les mieux portantes. Plus de somnolence. Elle fait la toilette de ses plumes. Tout est fini.
Rien de particulier dans la soirée et les jours suivants. Santé parfaite. L’effet de l’iniection hypodermique a dure environ quatre heures. (Note de Pasteur.) J
* « Ou un stupéfiant... » ne figure pas dans les Comptes rendus de V Académie des sciences .
des'scilnces. ^ maIadi6 ^ Ch°lé,’a ^ P°Ul6S danS les ComPtes rendus de V Académie
approchas!.8 ,!" < 0mpteS re>ldUS de VAcadémie ^s sciences : « et souvent loin encore des
H* <^’ll.était prouvé- la maladie elle-même » ne figure pas dans les Comptes rendus l Academie des sciences. (Notes de l’Édition.) 1
de
MALADIES VIRULENTES
Cependant je devrai m’efforcer d’isoler le narcotique, rechercher si à certaine dose il ne peut provoquer la mort et voir si, dans ce cas, la mort serait accompagnée des désordres internes de la maladie ordinaire (*).
Ces faits provoqueront sans nul doute les méditations des pathologistes.
Malgré la longueur, peut-être exagérée déjà, de cette lecture, que l’Académie veuille bien me permettre de lui signaler brièvement quelques autres particularités de la maladie du choléra des poules.
Cette maladie, nous le savons, est terrible et rapidement mortelle, surtout par les suites d’une inoculation directe de son microbe. Il est donc assurément fort remarquable qu’elle se présente quelquefois, ainsi que nous allons le constater, à l’état chronique. On voit, en effet, dans certains cas, des poules inoculées qui, après avoir été très malades, ne meurent pas et éprouvent, au contraire, comme une guérison relative. Toutefois elles mangent peu, deviennent souvent anémiques, ce que prouve la décoloration de leur crête, maigrissent de plus en plus et finissent par succomber après des semaines et des mois de langueur. Ce fait n’aurait qu’une importance secondaire, si dans ces singulières circonstances il n’arrivait, le plus souvent, que le microbe se retrouve dans le corps au moment de la mort, preuve manifeste que le parasite était conservé dans l’animal depuis la dernière inoculation, toujours présent, toujours actif, mais dans une mesure très discrète, puisqu’il n’amène la mort que tardivement. Il se trouve logé, sans doute, dans quelque partie vaccinée , impropre par cela même à une culture facile. Les poules vaccinées, principalement, offrent ce genre de maladie qui, à vrai dire, n’est pas fréquent. On pourrait croire que dans ces conditions il doit y avoir transformation du virus virulent en virus atténué; ce serait une erreur. Dans les cas dont je parle la virulence du microbe est tout au contraire exaltée, ce dont on peut s’assurer en le faisant sortir du sang de la poule morte par la voie des cultures, et en l’inoculant ensuite à des poules neuves.
De tels faits aideront à comprendre la possibilité de ces longues incubations de virus, celui de la rage, par exemple, qui, après avoir existé longtemps dans le corps, en quelque sorte à l’état latent, manifestent tout à coup leur présence par la virulence la plus accentuée et la mort.
* Cette phrase est en note dans les Comptes rendus de V Académie des sciences, avec la modification suivante: « Cependant je devrai m’efforcer d’isoler le narcotique, rechercher alors si par une dose convenable il ne pourrait provoquer la mort, et voir si, dans ce cas, on aurai: les désordres internes habituels de la maladie réelle. » (Note de l Edition.)
N’éclaireront-ils pas également la pathologie humaine? Hélas! combien de fois ne voit-on pas les maladies de l’ordre des maladies virulentes, telles que la rougeole, la scarlatine, la fièvre typhoïde, avoir des suites graves, de très longue durée, souvent inguérissables! Les circonstances que je viens de mentionner sont de même nature, mais ici nous touchons du doigt leur véritable cause.
Je finis par la constatation d’une autre particularité qui ne mérite pas à un moindre degré les méditations des hommes de l’art.
Dans des poules très bien vaccinées, très bien portantes, il apparaît quelquefois, sur tel ou tel point du corps, un abcès rempli de pus qui n’amène aucun trouble dans la santé de l’animal. Il est remarquable que cet abcès soit encore dû au microbe du choléra, qui s’y conserve comme dans un vase, ne pouvant se propager, sans nul doute parce que la poule est vaccinée. On peut le retirer du pus de l’abcès par la culture ou par l’inoculation à des poules neuves, qu’il tue après s’ctre abondamment développé dans la région inoculée, à la manière ordinaire. Ces faits rappellent de tout [joint les abcès des cochons d’Inde dont j’ai parlé dans nia précédente Communication, et en donnent une explication rationnelle. Il est très vraisemblable que les muscles des cobayes cultivant le microbe plus lentement, plus difficilement que ceux des poules, le mal se borne a un abcès et la guérison devient possible.
Je craindrais d abuser des moments de l’Académie si je ne bornais là cet exposé. Le sujet est si vaste et si fécond que je lui demande de vouloir bien me permettre de renvoyer à des lectures prochaines le compte rendu d autres observations, auxquelles je joindrai celles que je vais de nouveau recueillir. « On ne donnerait jamais rien au public, a dit Lavoisier, si Ion attendait d avoir atteint Je bout de la carrière qui se présente successivement et qui paraît s’étendre à mesure qu’on avance pour la parcourir. » Aussi bien n’est-il pas sans utilité [jour moi que les jugements des hommes compétents m’éclairent ou m’obligent a un contrôle qui no pourra que fortifier et agrandir ces recherches.
MALADIES VIRULENTES
SUR LES MALADIES VIRULENTES, LES DIVERS VIRUS ET LE CHOLÉRA DES POULES (*)
M. Pasteur profite de la présence à la séance de M. Chauveau pour faire une Communication sur les différences que présentent les divers virus, et sur les conséquences qu’on peut déduire de ses recherches sur le choléra des poules. 11 insiste notamment sur les changements qui se produisent dans les migrations des virus d’une race animale à une autre, et sur l’importance que l’étude de ces questions présente au point de vue du traitement des maladies virulentes.
La vaccine, dit M. Pasteur, maladie virulente mais bénigne, préserve de la variole, maladie plus grave. C’est un virus d’origine animale qu on peut aller chercher, soit sur les vaches, soit sur les chevaux.
Parfois se déclare dans les basses-cours une maladie désastreuse qu on désigne sous le nom de choléra des poules. La maladie est produite par un organisme microscopique.
M. Pasteur a montré qu’il existait deux virus de cette maladie, l’un très infectieux, l’autre de forme bénigne, et qu’il pouvait passer du premier au second. Sous ce rapport, suivant M. Pasteur, l’histoire de l’alïection dite du choléra des poules est scientifiquement bien plus avancée que ne 1 est celle des affections variolique et vaccinale.
L’Académie de médecine, en 1863 et 1864, eut une longue discussion relative à la question cl’origine de la vaccine et de la variole, question sur laquelle le corps médical et vétérinaire est partagé (1 2). Pour les uns, le virus vaccin ne serait que le virus variolique modifié. Les autres, parmi lesquels se trouve M. Chauveau, croient à l’indépendance absolue tics deux virus. Les partisans de cette seconde opinion, il faut le reconnaître, peuvent I appuyer sur les résultats des expériences très bien conduites de la Commission lyonnaise (3), présidée par M. Chauveau. Mais ces expériences n ont examiné qu’une des faees du sujet, la possibilité de passer de la variole à la vaccine ou inversement, par une modification des virus dans le corps de certains animaux. Les résultats ont été négatifs. M. Pasteur croit que son travail sur le choléra des poules exige que la question dont il s’agit soit remise à 1 étude. Car ce n’est point par le passage du virus infectieux de cette affection à travers
1. Bulletin de la Société nationale d’ agriculture de France, séance du 2(> mai 1880, XL, p. 412-415.
2. Voir : Discussions sur l’origine de la vaccine. Bulletin de l Académie impériale de médecine , XVII, 1861-1862 ; XXVIII, 1862-1863; et XXIX, 1863-1864.
3. Vaccine et variole. Nouvelle élude expérimentale sur la question de 1 identité de ces deux affections. Étude faite au nom de la Société des sciences médicales de Lyon. Rapport par A. Chauveau, Viennois et P. Meynet. Paris, 1865, 105 p. in-8". [Notes de l édition.)
le corps de certains animaux qu’il obtient le même virus sous sa forme bénigne et atténuée.
En présentant ces Observations dans la séance d’hier à l’Académie de médecine (*) M. Pasteur a soulevé une discussion vive et il serait heureux d’entendre M. Chauveau se prononcer sur le point de savoir si la Commission de Lyon n’a pas, dans ses conclusions, dépassé les déductions légitimes de ses expériences ; en un mot, si M. Pasteur n’était pas autorisé à dire que la question des relations de la vaccine et de la variole devait être remise à l ordre du jour, malgré le minutieux et important travail de la Commission de Lyon de 1865.
M. Chauveau dit que,... les travaux de M. Pasteur ayant ouvert sur ces questions une voie nouvelle..., il faut avoir recours à des expériences nouvelles.
M. Pasteur, en exprimant ses regrets de ce que M. Chauveau n’ait pu assister à la séance de l’Académie de médecine pour y faire la même déelalation cpi à la Société d agriculture, demande à ajouter une observation. Lorsque Jenner, dit-il, eut démontré que le cow-pox inoculé prévenait la Aariole, il crut que pour empêcher cette maladie on devrait toujours s adresser au cow-pox de la vache ; mais il reconnut bientôt qu’il pouvait s’en passer et faire passer le vaccin de bras à bras. Aujourd’hui on peut espérer obtenir des virus atténués qui pourront préserver des maladies mortelles. Ce serait un grand résultat pour les maladies virulentes ; la plupait des autres maladies peuvent être prévenues par l’hygiène.
Au cours des « Discussions sur la variole et la vaccine » (Académie de médecine, séances des 18 et 25 mai, 1-, 8, 15 et 29 juin, 28 septembre et o octobre 1880), il lut à maintes reprises question du vaccin du choléra des poules [voir p. 471-489 du présent volume). [Note de V Édition.]
1. Discussion sur la variole et la vaccine. Bulletin de 1880, p. 510-519. ( Note de l’Édition.)
l’Académie de médecine , 2» sér., IX,
MALADIES VIRULENTES
EXPÉRIENCES TENDANT A DÉMONTRER QUE LES POULES VACCINÉES POUR LE CHOLÉRA SONT RÉFRACTAIRES AU CHARBON.
Lettre a M. Dumas (*).
Arbois, ce G août 1880.
Vous connaissez l’explication que j’ai proposée de la non-récidive de la maladie du choléra des poules. J’ai envisagé l’organisme comme un milieu de culture qui, par une première atteinte du mal, perdrait, sous l’influence de la culture du parasite, des principes que la vie n’y ramènerait pas ou n’y ramènerait qu’après un certain temps. Bonne ou mauvaise, cette explication satisfait l’esprit présentement, parce qu’elle rend compte des premiers faits acquis. Tant qu’on lui trouvera cette vertu, il sera sage de chercher des vérifications expérimentales aux déductions qu’elle suggère.
Dans ma première Note du mois de février dernier (a), je disais que cette explication devait paraître d’autant plus admissible que si, après quelques jours d’ensemencement du microbe du choléra dans un de ses milieux de culture, on vient à filtrer ce milieu et qu’on le réensemence parce même microbe, la nouvelle semence se montre absolument stérile, quoique, ajoutais-je, cette stérilité ne soit pas propre à tous les organismes microscopiques, notamment à la bactéridie charbonneuse. Ce dernier fait me portait à conclure qu’on devrait pouvoir donner le charbon à des poules vaccinées pour le choléra des poules.
De nombreuses expériences m’ont démontré que ces cultures de la bactéridie dans un milieu épuisé par le microbe du choléra, quoique réelles, sont retardées, peu abondantes, fort pénibles.
Contrairement aux prévisions que je viens de rappeler, il se pourrait donc que les poules vaccinées pour le choléra fussent réfractaires au charbon. Ce serait l’immunité charbonneuse créée sur un animal au moyen d’une maladie parasitaire de tout autre nature. Tel est précisément le résultat inattendu que j’ai obtenu dans quelques expé-
1. Comptes rendus de V Académie des sciences , séance du 9 août 1880, XGI, p. 315.
2. Voir p. 291-303 du présent volume : Sur les maladies virulentes et en particulier sur la maladie appelée vulgairemcnl choléra des poules. ( Note de l'Édition.)
riences, encore trop peu nombreuses pour que je puisse donner le fait comme établi sûrement, mais assez intéressantes pour mériter d’être communiquées à l’Académie.
Si ce résultat se confirme, et principalement s’il se généralise pour d’autres maladies virulentes, on pourra en espérer les conséquences thérapeutiques les plus importantes, en ce qui concerne même la pathologie des maladies virulentes propres à l’espèce humaine.