‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 93 sur 299 · Voir page 329 du présent volume, note · texte numérisé non relu

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* Cet alinéa ne figure pas au Bulletin de la Société nationale d’agriculture de France (Notes de l’Édition .)

développement n’est pas possible. Il est donc naturel de se demander, tout d’abord, si ce ne serait pas dans le contact de l’oxygène de l’air que réside l’influence affaiblissante de la propriété de virulence. Ne se pourrait-il pas que le petit organisme qui constitue le virus, restant abandonné en présence de l’oxygène de l’air pur, dans le milieu de culture où il vient de se multiplier, subisse quelques modifications qui se montreraient permanentes quand on soustrairait l’organisme à l’influence modificatrice? On peut, il est vrai, se demander en outre si quelque principe de l’air atmosphérique, autre que l’oxygène, principe chimique ou fluide, n’interviendrait pas dans l’accomplissement du phénomène, dont l’incomparable étrangeté autorise toutes les suppositions.

11 est aisé de comprendre que la solution de ce problème, au cas où elle relèverait de notre première hypothèse, celle d’une influence de l’oxygène de l’air, est assez facilement accessible à l’expérience : si l’oxygène de l’air, en effet, est l’agent modificateur de la virulence, nous pourrons vraisemblablement en avoir la preuve par les effets de la suppression de sa présence.

A cette fin, pratiquons nos cultures de la manière suivante. Une quantité convenable de bouillon de poule étant ensemencée par notre virus très virulent, remplissons-en des tubes de verre aux deux tiers, aux trois quarts, etc., de leur volume; puis fermons ces tubes à la lampe d’émailleur. A la faveur de la petite quantité d’air restée dans le tube, le développement du virus va commencer, circonstance qui se traduit pour l’œil par un trouble croissant du liquide; le progrès de la culture fait peu à peu disparaître tout l’oxygène contenu dans le tube. Alors le trouble tombe, le virus se dépose sur les parois et le liquide de culture s’éclaircit. Il faut deux ou trois jours pour que cet effet se produise. Le petit organisme est désormais à l’abri du contact de l’oxygène et il restera dans cet état aussi longtemps que le tube ne sera pas ouvert ( 1 ). Que va-t-il advenir cette fois de sa virulence? Pour

1. Avec le temps l’aspect des tubes fermés change beaucoup, en ce sens qu’après leur agitation ils deviennent presque limpides. Les granulations dans lesquelles se résolvent les premiers articles du développement initial prennent une réfringence pareille à celle de l’eau et ne troublent le liquide que d'une manière insensible. Sont-ce de véritables germes qu’on puisse comparer, par exemple, aux corpuscules-germes de la bactéridie charbonneuse? Je ne le crois pas. 11 n’est pas probable que notre parasite donne lieu à de véritables germes. S’il était suivi de germes, on comprendrait difficilement que, soit au contact de l’air, soit en tubes fermés, il perdît à la longue toute vitalité, toute faculté de reproduction. En outre, lorsqu’il y a germes véritables, ceux-ci supportent une température plus élevée que l’organisme en voie de développement, sous sa forme d’articles. Rien de pareil n’a lieu pour le microbe du choléra des poules. Les vieilles cultures conservées au contact de l’air (je n’ai pas éprouvé encore les autres) périssent même à des températures inférieures à celles qui atteignent les cultures récentes. C’est un caractère habituel du groupe des microcoques.

MAL A 1)1 l*S VIRULENTES

plus de sûreté dans notre étude, nous aurons préparé un grand nombre de tubes pareils, et simultanément un nombre égal de flacons de la môme culture, mais librement exposés au contact de l’air pur. Nous avons dit ce qu’il advient de ces cultures exposées au contact de l’air; nous savons qu’elles éprouvent une atténuation progressive de leur virulence : nous n’y reviendrons pas. Parlons seulement des cultures en tubes fermés, à l’abri de l’air. Ouvrons-les, l’un après un intervalle d’un mois, et, après avoir fait une culture par ensemencement d'une portion de son contenu, essayons-en la virulence, l’autre après un intervalle de deux mois, et ainsi de suite pour un troisième, un quatrième, etc., tube, après des intervalles de trois, de quatre, de cinq, de six, de sept, de huit, de neuf, de dix mois. C'est là que je me suis arrêté pour le moment. Il est remarquable, l’expérience le prouve, que les virulences sont toujours semblables à celle du début, à celle du virus qui a servi à préparer les tubes fermés. Quant aux cultures exposées à l’air, on les trouve mortes ou en possession des plus faibles vi rulences.

La question qui nous occupe est donc résolue : c’est l’oxygène de l’air qui affaiblit et éteint la virulence (1).

Vraisemblablement, il y a ici plus qu’un fait isolé : nous devons être en possession d’un principe. On doit espérer qu’une action inhérente à l’oxygène atmosphérique, force naturelle partout présente, se montrera efficace sur les autres virus. C’est, dans tous les cas, une circonstance digne d’intérêt que la grande généralité possible de cette méthode d’atténuation de la virulence, qui emprunte sa vertu à une influence d’ordre cosmique, en quelque sorte (2). Ne peut-on pas présumer dès aujourd’hui que c’est à cette influence qu’il faut attribuer, dans le présent comme dans le passé, la limitation des grandes épidémies ?

L Puisque, ;i. l’abri de l’air, l'atténuation n’a pas Heu, on conçoit que, si dans une culture au libre contact de l’air (pur) il se l'ait un dépôt du parasite en quelque épaisseur, les couches profondes soient à l’abri de l’air, tandis que les superficielles se trouvent dans de tout autres conditions, dette seule circonstance, jointe â l’intensité de la virulence, quelle que soit, pour ainsi dire, la quantité du virus employé, permet de comprendre que l’atténuation d'un virus ne doit pas nécessairement varier proportionnellement au temps d'exposition à l’air.

2. J’ai passé sous silence, dans cette Note, une question ardue dont l’étude m’a pris un temps considérable. Je m’étais persuadé (â vrai dire, je ne sais pourquoi) que tous les faits d’atténuation que j’observais s’expliqueraient, d’une manière, plus conforme aux lois naturelles, dans l’hypothèse de mélanges en proportions variables et déterminées de deux virus, l'un très virulent, l’autre très atténué, que par l’existence d’un virus à virulence progressivement variable. Après m’être, pour ainsi dire, acharné â la recherche d’une démonstration expérimentale de cette hypothèse de deux seuls virus, j’ai fini par acquérir la conviction que telle n'était pas la vérité.

‘Les faits que je viens d’avoir l’honneur de communiquer à l’Académie suggèrent des inductions nombreuses, prochaines ou éloignées. Sur les unes et les autres, je suis tenu à une grande réserve. Je ne me croirai autorisé à les présenter au public que si je parviens à les laire passera l’état de vérités démontrées.

SUR LES MALADIES VIRULENTES ET SUR LA POSSIBILITÉ D’ATTÉNUER LE VIRUS DU CHOLÉRA

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