‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 94 sur 299 · DES POULES · texte numérisé non relu

DES POULES

[M. Pasteuii fait un expose de l’ensemble de ses travaux sur les maladies virulentes, notamment sur le choléra des poules. Il s’exprime à peu près en ces termes :]

Il y a deux espèces de maladies : les maladies dont l’humanité ne saurait être à l’abri, comme la fluxion de poitrine, une jambe broyée, et mille accidents divers d’où peut naître la maladie avec toutes ses conséquences ; et les maladies virulentes dont l’existence n’a rien de nécessaire, parce qu’elles ont pour causes des organismes microscopiques qu’il est possible de détruire. En ce qui concerne notamment l’affection charbonneuse, M. Pasteur croit fermement qu’elle disparaîtra, maintenant que son étiologie est bien connue. Les maladies virulentes comptent parmi les plus grands fléaux; il suffit de nommer la rage, la syphilis, la lièvre jaune, le typhus, le charbon pour les hommes et le choléra des poules pour les gallinacés.

L’obscurité a régné longtemps sur ces maladies, et on ignorait les moyens de les prévenir. Et cependant on savait dans la plus haute antiquité (2) que la vaccine, maladie virulente elle-même, mais bénigne, préserve, pendant un certain nombre d’années, d’une maladie plus grave, la variole. Toutefois, on a vu la variole confluente paraître quelquefois après la vaccine, mais c’est une exception, car le caractère des maladies virulentes, c’est qu’elles ne récidivent pas.

Il existe dans les fermes une maladie qu’on désigne vulgairement sous le nom de choléra des poules. Cette maladie est occasionnée par un organisme microscopique, mesurant moins de 1 millième de millimètre. Ce qui prouve bien que ce petit organisme est la cause de la virulence du sang, c’est qu’en répétant sa culture dans un bouillon de muscles de poule, le bouillon le plus

* Ce dernier alinéa ne figure pas au Bulletin de la Société nationale d' agriculture de France. (Note de l'Édition.)

1. Bulletin de la Société nationale d' agriculture de France, séance du 17 novembre 1880, XL, p. 698-706.

2. Le secrétaire a certainement mal interprété les paroles de Pasteur. (Note de V Édition.)

MALADIES VIRULENTES

limpide commence, au bout de quelques heures, à se troubler, et se trouve rempli d une infinité de petits articles d’une ténuité extrême, légèrement étranglés à leur milieu, et qu’à première vue, on prendrait pour des points isolés. La virulence est si grande que, par l’inoculation d’une minime fraction de goutte d’une culture, vingt fois sur vingt la mort arrive en deux ou trois jours, et le plus souvent en moins de vingt-quatre heures.

Il y a lieu de signaler ici une particularité de la culture du microbe, auteur du choléra des poules. L’inoculation de cet organisme à des cochons d’Inde est loin d’amener la mort aussi sûrement qu’avec les poules. Chez les cochons d’Inde, d’un certain âge surtout, on n’observe qu’une lésion locale au point d’inoculation, qui se termine par un abcès plus ou moins volumineux.

Dans le cours des expériences qu’il a faites, M. Pasteur a observé (pie la virulence de l’organisme cultivé, très grande d’abord, avait diminué avec le temps. Le mot virulence, dit M. Pasteur, pour les êtres microscopiques, signifie la possibilité de se développer dans le corps attaqué, et quand il en est ainsi, ils peuvent amener la mort. Le fait de la diminution de la virulence a frappé M. Pasteur, car avec un virus diminué on aurait trouvé le vaccin du choléra des poules...

[Le reste de cet exposé est la reproduction textuelle de la Communication précédente, à partir de l’endroit indiqué en note p. 324 du présent volume. — Puis M. Bouley pose une question :]

M. Bouley ... En général on peut obtenir le microbe atténué au degré que l’on vise; cependant, par exception, des microbes qui devraient avoir été modifiés par la culture manifestent toute leur virulence : comment cela peut-il s’expliquer?...

M. Pasteur répond que puisque, à l’abri de l’air, l’atténuation n’a pas lieu, on conçoit que si, dans une culture au libre contact de l’air (pur), il se lait un dépôt de parasites en quelque épaisseur, les couches profondes soient à l’abri de l’air, tandis que les superficielles se trouvent dans de tout autres conditions. Cette seule circonstance permet de comprendre que l’atténuation d’un virus ne doit pas nécessairement varier proportionnellement au temps d’exposition à l’air.

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