E T L I T T É II A T R E S
En élevant une statue à Olivier de Serres, l’illustre enfant du \ 1 va rais, vous donnez à la France un noble exemple. Vous montrez à tous que vous avez le culte des grands hommes et des grandes choses qu ils ont accomplies. Cela, c’est la semence féconde. Vous l’avez recueillie. Puissent vos fils la voir grandir et fructifier!
Je me reporte au temps déjà éloigné où, désirant répondre aux suggestions d’une illustre et bienveillante amitié, je quittais Paris pour aller étudier dans un département voisin le fléau qui décimait vos magnaneries. Pendant cinq années, j’ai lutté pour la connaissance du mal, le moyen de le prévenir, et, après l’avoir trouvé, j’ai lutté encore afin de porter dans les esprits la conviction que j’avais acquise.
lout cela est bien loin maintenant et je puis en parler avec modération. Je me sers là d’un mot qu’on m’applique rarement. Cependant je suis le plus hésitant des hommes, le plus craintif devant les moindres responsabilités quand la preuve me fait défaut. Nulle considération, au contraire, ne m’empêche de défendre ce que je tiens pour
M-ai quand j’ai pour garant de mes convictions de solides preuves scientifiques.
I n homme qui eut pour moi une bonté toute paternelle [Biot] avait pour devise : Per vins rectas , par le droit chemin. Je me félicite de la lui aA oii empruntée. Si j avais eu plus de timidité ou d’esprit de doute en face des principes que j’avais établis, bien des points de science et d application seraient demeurés obscurs et soumis à des discussions sans fin. L hypothèse de la génération spontanée jetterait encore son voile sur mille questions. Vos éducations de vers à soie seraient livrées à l’empirisme, sans guide et sans contrôle pour la fabrication d’une bonne graine. La vaccination charbonneuse, destinée à affranchir 1 agriculture de pertes immenses, serait méconnue et rejetée comme une pratique dangereuse. Où sont aujourd’hui les contradictions ? Elles passent, et la vérité reste. Après quinze années d’intervalle, vous en donnez une preuve éclatante.
Aussi j éprouve une joie profonde à voir mes efforts compris et célébrés avec un élan de sympathie qui restera dans ma mémoire et dans celle de ma famille comme un glorieux souvenir.
PAROLES PRONONCÉES LE 10 MAI 1882 A LA SOCIÉTÉ CENTRALE D’AGRICULÉURE DE L’HÉRAULT G)
M. Viala, vice-président de la Société : ... M. Pasteur nous a débarrassés de la terrible maladie, du charbon. Qu’il veuille bien maintenant s’occuper d’une contagion non moins redoutable, la clavelée, qui est pour ainsi dire endémique dans notre région, et nul doute qu’il ne parvienne à trouver le remède salutaire.
M. Pasteur : J’ai à peine terminé mes expériences sur la vaccination charbonneuse. Vous me demandez de trouver le rémède de la clavelée. Pourquoi pas celui du phylloxéra ? [Rires.)
S’il ne s’agit que d’efforts à promettre, je suis à vous usque ad mcrtem , mais je ne peux pas multiplier les heures de la journée. (Bravos et applaudissements .)
Au banquet, M. Pasteur ne veut voir dans les manifestations dont il a été l’objet que l’expression du désir très vif qu’éprouve la France entière de rendre justice au travail et au mérite.
Je voudrais, dit-il, que tous les dépositaires de l’autorité publique, ministres, préfets, recteurs, maires, etc., ne fussent que des espions chargés de rechercher le travail et le mérite pour le mettre en évidence. Si cette œuvre pouvait s’accomplir, les destinées de la France seraient singulièrement agrandies.
1. Bulletin de la Société centrale d'agriculture de l'Hérault , 69e année, 1882. Montpellier, 1883, p. 362-363,