‹ Œuvres de Pasteur (volume 3)Chapitre 93 sur 166 · Le Moniteur universel, n° 28, 28 janvier 1868, p · texte numérisé non relu

Le Moniteur universel, n° 28, 28 janvier 1868, p

MÉLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES

jeune savant recevait les marques de la munificence de l’Empereur. Quelqu’un rappelait avant-hier cette circonstance lorsque l’Impératrice demanda, avec une bonté touchante, des nouvelles de la santé de M. Foucault.

L’industrie française, si brillamment représentée, l’an dernier, au Ghamp-de-Mars, n’a pas oüblié l’attention soutenue que l’Empereur a donnée à l’Exposition universelle. Dans une des nombreuses visites que Sa Majesté se plaisait à y faire, Elle chargea un des membres les plus éminents de l’Académie des sciences, M. Henri Sainte-Claire Deville, d’étudier le pouvoir calorifique des huiles minérales, dont les sources, nouvellement découvertes, paraissaient appelées à un grand avenir.

Les expériences de M. Henri Deville sont déjà fort avancées; l’Empereur désirait en constater personnellement les principaux résultats. Elles ont été installées dans une des dépendances du laboratoire de chimie de l’École Normale, de ce même laboratoire célèbre qui a vu naître les plus brillantes propriétés de l’aluminium et toutes ses applications, pour ainsi dire sous les yeux et aux frais de l’Empereur, dont on pourrait marquer ainsi la pensée inspiratrice dans un très grand nombre des découvertes scientifiques de ces quinze dernières années.

Leurs Majestés ont été reçues par le Ministre de l’Instruction publique, par le directeur de l’École et par M. Deville, qui a fait fonctionner, avec un entier succès, la nouvelle machine qu’il a imaginée pour résoudre, avec précision, le problème qui lui avait été posé par l’Empereur.

Elles se sont rendues ensuite dans le laboratoire des recherches, où M. Henri Deville a eu le bonheur de Leur présenter ses nombreux élèves, tous occupés à leurs travaux respectifs, car la visite de l’Empereur venait d’être annoncée à l’improviste.

Les recherches que M. Lamy poursuit présentement sur le thallium ont vivement intéressé Leurs Majestés.

A diverses reprises, l’Empereur et l’Impératrice ont témoigné leur satisfaction et leur désir de contribuer le plus possible aux progrès des sciences.

Ce n’étaient point de vaines paroles car, en quittant l’Ecole Normale, Leurs Majestés ont été visiter un laboratoire nouvellement créé à la Sorbonne, sous l’habile direction de M. Jamin.

Une question vitale s’agitera prochainement, il faut l’espérer, devant les Chambres et l’opinion publique : celle de la nécessité de doter plus dignement les établissements d’enseignement supérieur,

et de fonder des institutions capables de développer et de soutenir l’esprit d’invention de notre pays. Le temps est venu d’affranchir les sciences, et particulièrement les sciences expérimentales, des misères qui entravent leur essor : la supériorité scientifique delà France y est engagée.

Le laboratoire de la Sorbonne, à peine installé, ne pouvait offrir à l’Empereur les prémisses de nouvelles découvertes. Mais, par une délicatesse qui a dû vivement toucher Leurs Majestés, les choses avaient été préparées de façon que tous les honneurs de la séance ont été pour les magnifiques expériences de M. Ruhmkorff, reproduites par lui-même avec une habileté incomparable, à l’aide de sa puissante bobine d induction magnéto-électrique. Personne n’ignore que le prix de oO.OOO francs dont je parlais tout à l’heure a été décerné à ce sagace et inventif constructeur, dont la modestie égale le mérite. Pour la première fois, M. Ruhmkorff avait l’honneur d’être présenté à 1 Empeieui . Sa joie était grande, assurément, et je ne saurais dire pourtant lequel a dû etre le plus touché, du noble ouvrier ou du Prince auguste, ami et providence du peuple, saluant dans M. Ruhmkorff le prolétaire qui a su conquérir un nom européen.

Je le répète donc : la journée de samedi a été bonne pour la Science, pour l’École Normale et pour la Faculté des sciences de Paris! Tous les vrais amis des sciences verront dans la démarche de lEmpeieur et de 1 Impératrice un puissant encouragement pour le passé et une promesse féconde pour l’avenir.

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