‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 2)Chapitre 1 sur 155 · IDI TOLTJLIII · texte numérisé non relu

IDI TOLTJLIII

PHILIPPE DESPOHTES

* Lorsque après avoir quitté Dampierre et marché pendant un quart d'heure on laisse sur la gauche le village de Senlissc, allongé connine un ruban au pied de la colline, on arrive bientôt à une gorge, où une petite rivière se précipite de rochers en rochers. Avant de former ces cascatelles, sous des arbres centenaires, elle traverse plusieurs étangs considérables, que l'on i^ourrait, jusqu'à un certain point, nommer des lacs. Us occupent en partie une grande vallée, dont les pentes montrent çâ et à des blocs de grés mêlés à la verdure. On l'appelle les Vaux de Gernay, la petite ville de Gemay, construite sur un plateau, dominant son extrémité orientale. Au bord de la seconde nappe d'eau que l'on rencontre, se dressent les ruines d'une antique abbaye. Son église spacieuse a perdu ses voûtes et son transscpt; mais la nef encore debout, protégeant plusieurs files de peupliers, découpe sur l'azur du ciel ses fenêtres vides, où murmurent tous les vents. Une aile de l'habitation destinée aux religieux subsiste aussi, mais transformée en maison de campagne.

Ce roonastéiié eut pour supérieur Philippe le^portes, qui en toucha au moins trente ans les revenus, car la fortune ne fit pos la prude envers lui et le combla tout jeune de ses faveurs. Quelques strophes bien senties, dans lesquelles il peint les beaulés des champs, lui furent sans doute inspirées par les sites d'alentour, les plus pittoresques, les plus frais, les plus accidentés que l'on, trouve aux environs de Taris et qui devaient, pendant le seizième siècle, offrir un aspect bien préférable encore, avic

M PlIlLIl'rK UESFOli'lKS.

leurs l'oivU uiili<|ucs, leur population uioiiis uoiiibreuM.*, le cliariue de leur f^râce inculte.

A trois lieues environ de là, sur un promontoire formé par le plateau de Cemay, on aperçoit le château de Bévilliera, couvrant de son parc tout le mamelon, comme d*un manteau de verdure. Thibaut Desportes, frère du poète et grand audiencier de France', y passait les beaux jours et empruntait à ce do> ^naine le titre qu'on lui donnait habituellement dans le monde, où chacun l'appelait le sieur de Bévilliers. Le llui*epois nous oflArje donc les traces palpables du séjour de cette famille, témoignages que l'on aime à retrouver, car l'homme s'évanouit comme un songe; après un laps de temps très-court, on examine avec intérêt les dernières preuves qui attestent la réalité de son existence. Le Hurepots confine d'ailleurs à la Beauce, où les deux frères avaient vu le jour, aussi bien que leu* célèbre neveu, Mathurin Régnier.

Tous trois étaient nés au centre même de la province, dans la ville de Chartres. En 1546, Tharmonieux poète débuta, comme tm simple mortel, par les cris perçants dont nous avons le privilège d'assourdir les témoins de notre arrivée en ce bas monde. Son père, Philippe Desportes, et Marie Ëdeliiie, sa mère, luiis légalement, appartenaient à la petite bourgeoisie. Desportes a longtemps passé pour un enfant de l'amour : les auteurs de la Gallia Christiana Tavaient rangé par méprise dans cette tribu clandestine *. Dreux du Radier combat victorieusement leur ei*reur au début de son article sur notre poêle, inséré dans le CoMervatenr du mois de septembre 1757. Le témoignage de Tallemant des Réaux, que l'on ne connaissait pas au dix-huitième siècle et qui fut imprimé pour la première fois en 1834, est venu depuis confirmer l'argumentation du critique.

Cependant l'assertion des bénédictins n'est peut-être pas eulièrcmenl fausse. D'après une tradition conservée dans uito ancienne famille bretonne, ce ne serait pas lui, mais son père qui serait venu au monde par contrebande. Celte famille Desporles ou Des Portes/ car on trouve^son nom écrit en deux mots cl en un seul, habitait la vicomte de Rohan. Son plus ancien membre connu est Guillaume Desportes, écuyer, compagnon de Du Gues-

< Oflicier do la chancellerie, cimrgé des rapports*

^ Voici le passaffe de la GalUa ChrMiana : « PhiUpim Desitorlet, poêla re-^ tjins.^filivs Mftim PMlippi Desporles, clerici Carnotensts, et Marix de LaUre, rhotÔfMgentU» « (Philippe Desporles, poète du roi, fils bâtard de Philippu besporteti, clerc do Charlres, cl de Marie de Laitrat ixraiennaiac)» Tuinc Vlli^ p. li$s.

PHILIPPE bESl'UKTES. Ml

eliii pendant son enfance et pendant luules ses guerres: il dut sa fortune au célèbre capitaine' et en reçut un legs de cent écus d*or. Son frère occupait Un siège épiscopal. Guillaume portait d'argent aux trois .coquilles de sable, deux et une. Dans le cours du dix-'septiéfne siècle, la famille s'établit au Mans. Ses papiers ayant été détruits à l'époque de la Révolution, elle ne peut appuyer d'aucun acte décisif ses prétentions à une alliance naturelle avec le poète; mais elle revendique cet honneur par suite d*une tradition orale, que de nouveaux renseignements conflrmeront peut-être un Jour ^ '

La fortune devait avoir assez bien traité les parents de nuire auteur, car ils purent faire donner une éducation savante à leurs deux fils, quoiqu'ils eussent en outre six filles*, l'ne de ces filles, Simone Desporles, fut épousée par un bourgeois de Cliar- Ires,' un notuble, puisqu'il était éclievin, et elle mit ou monde le poète Régnier.

Après l'achèvement de ses éludes, Philippe entra chez un procureur de 1*aris. Le jétiiie clerc montra dès lors celte humeur galante, qui devait lui inspirer presque toutes ses poésies. L'homme de loi possédait une jolie femme, que ne tardèrent point à émouvoir les oeillades de Desportes. Il griffunnait peut* être aussi des vers pour elle, car il fut tenté de bonne heure t»ar le démon poétique \ Mais le gratte-papier remarqua leur {lenchant mutuel, et, un jour que son auxiliaire était allé en course, il fit un {taquet de ses hardes, nous dit Tallemant des Beaux, les pendit au maillet de la porte qui fermait l'allée de son habitation, et mit auprès un avertissement ainsi con^u :

* C'est l'espérance de M. Femand Desporles, avocat et docteur en droil, e phn jeune représentant de celle famille.

< Dom Liron, dans sa BiMmthéque chaftrainy, prétend que Philippe avait un second frère, nommé ioaehitn Desportes, et lui attribue un Dtinwé sotmaire dtt reine de Charles /.V, de sa mort et de ses deriiiires paroles, imprimé à Paris l'an 1574, in-8. 11 est le seul écrivain qui parie de ce frère ; Tallemant dés Uêa^x ne le mentionne pas. La ressemblance des noms de famille a trompé 1« bénédiclin, et Niceron l'a réfuté dani ses Mémoires pour servira P Histoire des hommes illvslres, t. XXV. Ce Joaclum n'avait aucun lien de parenté avec notre poêle.

3 Uii homme qui l'avait connu intimement l'atteste de a matière la plus

positive :

Si iiu encores cnfanl des vers il fa^ionna, El (le sa docte voix un chacun uluntKi. Si loin par son savoir il dcvaucoit son âge ! De sa grandeur future inrailliblc prési<;i'.

Vu; e/* i to <»n du volume, le Tuwl'eau de Ikspoi'lei, par le sieur Jacque? de Nohtercul*

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