POUR UNE MASQIJAIUDE DE FAUNES
Assemblez-voiis, ù deîtez sacrées, De ces taillis, de ces eaux, de ces prées! Assemblez-vous en ce lieu gracieux.
Pour recevoir trois divines princesses, Trois belles sœurs, immortelles déesses.
Qui vont semant mille amours de leurs yeux.
Dessous leurs pas naissent les tieurs décluses, Leurs doux regards font espanir les roses, Ce bois en prend une vive couleur; Cliacun des vens son haleine retire, Fors seulement le gracieux zephire.
Qui de soupirs allège sa clialcur.
Les chauds désirs, la jeunesse agréable. L'espoir craintif, la constance immuable. L'heureux repos, les douces cruautcz, Oiseaux logers voilent à l'enlour d'elles. Et doucement éventent de leurs ailes Les feux cuisans qu'allument leurs beautc/.
Amour, captif d'une si belle bande, De tous les lieux, où vainqueur il cumulande, A retiré ses thresors précieux Dedans ces trois, qui font aux dieux la guerre; Aussi, durant qu'elles seront en terre.
Le paradis ne sera plus aux cieux.
Mon cœur, saisi de flammèches nouvelles, Est si ravy de tant de choses belles, Qu'il a plaisir en son nouveau tuunnenl; Heureux qui souffre en leur obéissance,
MASQUARAb£S. ioS
Puis que le mal est douce recompanse, Et la douleur vaut tout contentement!
Tu as en vain ta clarté retirée, Soleil jaloux, dans la mer azurée Où tu languis en paresseux séjour ; Car loin de toy les beaux yeux de ces dames. Soleils luisans, chauds d'amoureuses flames, Chassent l'ombrage et nous donnent le jour.
VERS RECITEZ EN UNE MASQUARADE
il n'est point d'autre liberté, Que d'estre serf d'une beauté.
0 nuict, du ciel la fiUé aisnéc, Guidant tant d'astres nompareils , Se veit-il onc une journée Luisante en si divins soleils?
Il n'est point, etc.
Qui voit une troupe si belle Sans qu*Amour le vienne toucher, 11 est fils d*une ourse cruelle, Ou porte une ame de rocher.
Il n'est point, etc.
Que d'amours en leurs beaux visage&, Qu'en leurs yeux vivent de trespasi Autrefois de moindres cordages Ont tiré les dieux icy bas.
11 n'est point, etc.
D'un regard disposer des âmes.
Vaincre et commander en tous lieux, D'un glaçon tirer mille flames C*est le moindre effort de leurs yeux.
Il n'est point, etc;
Sont-ce pas de douces contraintes QVie de servir si longuement?
Jamais nous ne ferons de plaintes, Languissans d'un si beau tourment.
Il n'est point d'autre liberté.
Que d'estre serf d'une beauté.
4â6 NASQUARADES.
POUh MONSIEUR LE DUC D'ANJOU
CES VSRS PIKERT RECITES EN LA COMEDIE DE I. A. DE BAIK '
lors que le preux Achille estoit entre les daines, D'un habit féminin déguisé finement, Sa douceur agréable en cet accoustrement AUumoit dans les cœurs mille amoureuses fiâmes.
En voyant ses attraits, sa façon naturelle, Les beaux lys de spn teint, son parler gracieux. Les roses de sa joué et Tesclair de ses yeux, On ne Testimoit pas autre qu'une pucelle.
Vais, bien qu'il surpassast la plus parfaite image, Qu'il eust la grâce douce et le visage beau, Le teint frais et douillet, délicate la peau. Il cachoit au dedans un généreux courage,
Dont il rendit depuis mille preuves certaines, Faisant sur les Troyens les siens victorieux, Et s'acquist tel renom par ses faits glorieux, Qu'il offusqua l'honneur des plus vieux capitaines.
Ainsi ceste beauté qu'on voit en vous reluire Vous fait comme céleste à bon droit admirer; Amour dedans vos yeux s'est venu retirer, Et de là droit aux cœurs mille flèches il tire.
Hais, bien que vous ayez une douceur naïsve, Et que rien de si beau n'apparoisse que vous, Que vos yeux soient rians, vostre visage doux, Vous avez au dedans une aine ardente et vive.
Et serez comme Achille au milieu des allarmes, Foudroyant les plus forts, tuaift et traversant; Et, tout ainsi qu'un ours se fait voye en passant. Vous passerez par tout par la force des armes.
Ueureux en qui le ciel ces deux thresors assemble, Qu'il ait la face belle et le cœur généreux ! Vous, l'honneur plus parfait des guerriers amoureux. Nous faites voir encor Mars et Venus ensemble.
STANCES A LA ROYiNE
roi H U.X BALLET DE DOUZE DE SES FILLÇ»
Douze filles d'Afrique, honneur de leur coutréts Kn qui du plus haut ciel la puissance est inonslréc, "
* VAntigone de Sophocle, (raduilv et représenlée en 1375.
NASQUARADBS. 457
Dont les yeux prennent tout et ne sont jamais iiris, Avoient fait un dessein de passer leur jeunesse, Tonsjours en liberté, n'adorant pour maistresse Que la chasteté seule empreinte en leurs espris.
Filles, si vous voulez (leur dit la voix certaine De l'oracle d'Ammon) vostre foy n'estre vaine. Et qu'un si beau désir finisse heureusement, Il faut aller en France, où le ciel vous appelle, Là toutes les vertus, dont la gloire est si belle. Couvrent leur deïté d'un mortel vestement.
La royne du pays, en beautez admirable, Est la chasteté mesme; et vive et remarquable, Elle parle en sa bouche, elle luit en ses yeux. Passez vostre bel âge à si digne service. Et luy brûlez vos cœurs en dévot sacrifice; (7est estre en liberté que de servir les dieux.
Elles s'acheminoient au destiné voyage.
Toutes pleines de flame et d'aise en leur courage; Le travail leur est doux, espérant si haut pris, Lors que douze geans qui n'ont dieux que leurs armes, Marchans pour les ravir, comblent leurs yeux de larmes., De fîrayeur Jeur poitrine et leur bouche de cris.
Tout espoir leur défaut et toute aide céleste, Quand ces petits guerriers, dont la taille et le geste Est semblable aux amours, courent à leur support ; tt, bien qu'un tel secours causast peu d'espérance, Loir bras eut tant d'adresse et leur cœur d'assenrance, Que les monstres cruels furent tous mis à mort.
Depuis, par leur conduite et leur force incroyable, EUeâ ont surmonté maint danger effroyable, Avant que d'aborder à ce port désiré; Nais tant de maux soufferts et de peines passées Maintenant à souhait leur sont recompensées, Voyant l'astre immortel en leurs vœux adoré.
Royne, honneur de nostre âge et sa gloire première, Si vostre œil tout divin est leur seule lumière, Adorans saintement son pouvoir nompareil. Favorisez le zèle et la foy de leurs âmes; Kt pour humble présent, vous, le soleil des dames. Recevez de leurs mains l'image du soleil.