‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 2)Chapitre 123 sur 155 · LA NUIT · texte numérisé non relu

LA NUIT

Hors de mon humide séjour, Ennemy du bruit et du jour, Je sors, des dieux la plus aisnée, Avec mes astres argentez.

Pour voir vos divines beautez, Honorant un saint hymenée.

Paisible en mon char, je conduis Le sommeil, charmeur des ennuis, Le repos et l'oubly des paines.

Afin qu'en tout contentement Vous puissiez passer doucement De ce soir les heures soudaines.

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Bien fournis de courtaux, de limiers et de toiles, Pour chasser aux forests des jeunes damoisellos.

On dit que leurs taillis sont assez fréquentez. Et que tout ce terroir est fort propre à la chasse ; Les piqueurs seulement ne sont pas bien montez, Leurs courtaux et leurs chiens sont de manvaise v:\co Ils n'ont jamais appris comme l'on doit chnsscr, Faire enceinte es devant, rembuscher et lancer, Requester, redresser, mettre bien sa brisée ; Mais souvent redresser c'est chose mal-aisée.

Ce n'est pas peu de cas de chasser comme il faut ; A la perfection mainte chose est requise. Les piqueurs bien rusez souvent sont en deffaut, Et sans plus redresser laissent leur entreprise. Pour estre bon chasseur, il faut premièrement Estre ferme et bien roide, et piquer vivement, (îarder Tordre et le tans, et l'art et la mesure. Et non comme les foux courir à l'advanture.

Il faut un bon limier pénible et poursuivant, Nerveux, le rable gros et la narine ouverte. Qui roidisse la queue et s'allonge en avant, Si tost qu'il sent la beste ou qu'il l'a découverte ; Et lors c'est le plaisir, quand un veneur parfait Le sçait tenir de court ou luy lascher le trait, L'arrester, l'échauffer, comme il a connoissance Ou que la beste ruse, ou bien qu'elle s'avance.

Tous endroits pour couiir ne sont pas approuve/., Et chacune forest n'est duisaote à la chasse : Les champs marescageux, qui sont trop abbruvez, Bien souvent à nos chiens ont fait perdre la trace; Les lieux, d'autre costé, raboteux et pierreux Sont foscheux à piquer et sont fort dangereux ; Qui veut que sans danger le plaisir l'accompagne. Il n'est que de chasser en la plaine campagne.

MASQUARADES. 46.S

Ces cuustaux verdissaiis en gazons relevez, Qui commencent encor à pousser un herbage, Des chasseurs bien experts les meilleurs sont troiivpz ; Mais ils veulent des chiens qui soient de grand courn^'e. Un chien foible de reins se rompt soudainement; On a beau forhuer et sonner hautement, Quand il a fait un cours, sa force diminué Et, sans plus requester, il va branlant la queitë.

VU

Nos chiens ne sont pas tels, mais, lousjours vigournix, Echauffez du plaisir vont supportant la peine; Ils ne craignent l'hyver ny Testé chaloureux, Un cry les resjouyt et les met en haleine. Et sans estre en défaut, légers comme le vant, Tousjours bien ameutez, le droit ils vont suivant ; Et n'y a lieu si fort, ne si serré bocage, Qu'ils n'y mettent la teste et n'y trouvent passade.

Quel plaisir pensez-vous qu'un chasseur doit avoir, Poursuivant finement une beste rusée.

Qui tournoyé en son fort, pensant le décevoir. Ou qui donne le change et fait sa reposée, Quand après grand travail il la voit commencer A se feindre le corps et sa teste baisser. Chanceler coup sur coup, à la fin renversée, Tomber à sa mercy toute molle et lassée?

Dames qui, par vos yeux amoureusement doux, Rendez comme il vous plaist une ame assujettie, Sans perdre ainsi le tans chassez avecques nous, Et la chasse en commun vous sera départie; Prestez-nous seulement vos bois et vos forests, Nous fournirons de chiens, de courtaux et de rets ; Et, bien que sur nous seuls la peine soit remise, Vous aurez le plaisir et le fruit de la prise.

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POrm I,A MASQUARADE DES CHEVALIERS AGITEZ

> PLAINTE EN FORME d'eCHO

OÙ suis-jc? ô misérable! où m'a jelté l'orage? Est-ce plaine, est-ce mont, est-ce bois ou rivage <)ni bénin me reçoit, et me va secourant Des gaufrages d'Amour, le piteux demourant? Malheureuse ma vie à soufTrir condamnée ! Quel destin me poursuit d'une haine obstinée? Le ciel veut-il nommer une mer de mon nom, Où si c'est le courroux de quelque autre Junon? — Non. ]>]on, dieux ! qui me respond ? quel bruit me fait la guerro, Quoy n*auroy-je repos sur l'eau ny sur la terre?

Mais, 6 fille de l'air! Echo n'est-ce point tay, Qui viens à ce besoin consoler mon émoy? — Moy. .Narcisse à tes langueurs puisse estre secourable, Dclle et gentille nymphe, aux amans favorable! Dy inoy que je dois estre en si grand déconfort? — Koi i. Quel remède est plus propre au travail que j'endure ? — Dure, lié! n'ay-je pasdurô Ûdellement servant?

Qu'ay-je en fin recueilly si long -tans poursuivant? — Vaut. Donc que doy-je plus faire en ce malheur extrême? — Aime. Uelasl j'aime si fort que je m'en hay moy-même. Mais je n'avance rien, les destins trop constans Contre ma loyauté sont tousjours combattans. — Attans. Et bien ! j'altendray donc, sans que tant de traverses, De flots, de vens, d'escueils et d'injures diverses, Dont foible et sans secours je me trouve assailly, Puissent rendre un seul jour mon courage failly. Non que l'espoir m'allège au mai que je supporte, L'esprit n'est pas constant que l'espoir reconforte, Mais celuy seulement qui sans rien espérer Peut d'un cœur invaincu toute chose endurer.

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