‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 2)Chapitre 138 sur 155 · SUR LA MORT DU JEUNE MAUGIRON · texte numérisé non relu

SUR LA MORT DU JEUNE MAUGIRON

Amour, ayant là-haut quelque malice faite, Courrouça Jupiter et Ait banni des deux,

* La chute de PhaClon.

* Mifunoa de Henri III, qiii genrit de second â Qnelu» dans son duri conire d'Entragues, dit Entraqiiet, et resta mort sur le terrain, comme nous l'avons

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Luy, qui cherche en la terre un beau lieu puur retraite, Comme il voit Naugiron, vient loger en ses yeux.

Là, plus chauds que les siens, des brandons il adviso. Et des traits acerez d'un plus aigre soucy ; De quoy, fier et contant, tout TOlympe il mesprise, El veut forcer les dieux à luy crier mercy.

Mais devant se jouant des feux dont il abonde, Dés qu'il en tire aux cœurs un essay seulement. On croit que Phaêton vient rebrâler le monde, Fors que chacun se plaist en son embrasement.

Jupiter, qui voit tout, son malheur considère, S'il ne rompt les desseins de l'enfant Gyprien : Je sçauray, ce dit-il, plein d'ardante colère, Qui sera le plus fort de ses feux ou du mien.

D'entre tous les éclairs, le tonnerre et l'orage Choisissant un long trait, de trois points ramé, L'élancé à Naugiron, qui, plein d^ardant courage, Marchoit lors à l'assaut pouf son roy tant aimé.

Geste divine foudre ainsi roide jettée, Long-tans contre l'éclair de ses yeux combalit; Tous deux estoient du ciel 1 En fin elle est domtée, Mais devant de ses yeux le gauche elle amortit.

Apres ce grand combat, Amour croist en audace. Car il reconnoist bien, dés qu'il s'est r'asseuré, Qu'il n'a pas moins d'attraits, ny de fcnrce et de grâce, Et que tousjours son coup droit au cœur est tiré.

J'asseure un fait certain, bien que tel il ne semble : Depuis il fut plus beau, plus clair, i4us redouté. Car le feu de ses yeux s'unit lors tout ensemble. Et perça tous les cœurs de plus vive clarté.

Le grand Jupiter mesme en eut l'ame ravie. Nais, pour punir Amour, à regret et forcé. Enjoint à Lachesis de lui trancher la vie : Un dieu, sans se vanger, n'endure estre offencé.

Geste fatale sœur, qui jamais ne repose, ' Et n'aime que le sang, la tristesse et l'ennuy, Comme pour son uny courageux il s'expose, L'estend mort dessus l'herbe et l'Amour quand et luy.

raconté plus haut. Le roi était épris pour tous deux d'un amour excessif. Il baisa leurs cadavres et leur fit couper les cheveux pour les garder : il détacha, comme un souvenir, les pendants d'oreille de Quelus. Leurs corps turent exposés sur un lit de parade, et le prince ordonna que toute la cour assisterait & leurs funérailles. Ayant gardé la chambre quelques jours sans faire voir, il reçut après des visites de condoléance. Ronsard et Desporles furent invités par lui à chanter ses mignons ; il leur éleva des tombeaux superbes, ornés de statues.

EPITAPHES. i^U

Plusieurs ont soustenu que la mort rigourmisr' l'our plaire à Jupiter n'avança son trespas; Mais que de ses beautez elle estoit amoureuse, Et, voulant en joutr, le ravit d'icy-bas.

DE LUY-NESHK

Quel nouveau Diomede» altéré de mon sanjj;, T'a meurtry, cher enfant? disoit Venus la belle. 0 céleste impuissance 1 ô cruaulé nouvelle! (ju'un dieu mesme en ce tans des mortels ne soit firanr !

Lavant de pleurs son corps, d'où sortoit un estant; De couleur tyrienne, à sa tresse est cruelle, F.t par maint chaud soupir de puissance immorlelle S'efforce à ranimer ce marbre froid et blanc.

« Ce n'est pas Cupidon, c'est Maugiron, déesse, » Luy dit quelqu'un tout bas, pour l'oster de tristesse; Mais elle jette alors des cris plus enflammex.

Et sent de sa douleur la poison plus amere, Car, ainsi que d'Amour, de l'autre elle'estoit raere, Et les derniers enfans sont tousjours mieux aimez.

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