‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 2)Chapitre 14 sur 155 · L1VA · texte numérisé non relu

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Comme j*eus de li^^siu; en sa deuee presanor.

Pour tenir vcixte en moy ia peine et l'cspomncc, Et Taire que mon cœur soit plu& foi't asservi, Amour, qui n'est jamais de mes pleurs assouvi, Par mille inventions refraichit ceste absence.

A mes yeux languissans il Fait voir tout exprés Les vulgaires beantez et les Toibles attraits De celles que nostre âge entre toutes rêvera;

Lors je cognoy ma perte en voyant leurs dér«iuts, Et combien de vos yeux les rayons sont plus cliauds, Car lien qui ne soit vous à mon cœur ne peut plaire.

Je te l'avois bien dit, pauvre cœur désolé, Que tu ne devois pas si. lascbement te rendre; Vais onc à mes propos tu ne voulus entendre, Car Tattrail d'un bel œil l'avoil ensorcelé.

Tu vois comme il tVn prend, ton heur s'est envolé, Tu demeuras captif, ton bien est mis eu Cendre; De tes propres désirs tu ne te peux défendra» Et d'aucun bon espoir tu n'es ]>lus consolé.

Et vous, mes tristes yeux, convertis en fontaines, Lns! que vous faites bien d'ainsi pleurer vos peineis, Et la dure prison où je suis reteim !

Vous ne verres plus rien desoimais qui vous plaise; Mais ce m'est graiMl Êonfort de vous voir en malaise. Car jKHir vostre plaisir ce mal m'est advenu.

Amour brûle mon cœur d'une si belle flame*. Et suis sons sou pouvoir si doucement traité, Que, languissant ainsi captif et tourmenté, Je beny la prison et le feu de mon ame.

Vous autres, prisonnicrsi que son ardeur cnflamc, Souhaitez moins de peine et plus de liberté. Pour moy, je veux mourir on ma captivité, Consommé par le feu des beaux yeux de ma dainr.

Les travaux, les ri^meurs, la peine et le malheur Embellissent ma gloire, et n'ay plus grand' douleur

' liiiiic d'un sonwi ilalien qui commence par cette strophe :

Si dolee ù la psaiori clie mi lormenta, Si dolci i lacci, ove mi Irovo iilvolla, Clie esscre non voiTtn iibero e sciollo, Ne Tedcr del luio cor la Hainuia ipenta*

3Ô DlÂKË.

Que quand cet œil félon atiU'C que iiioy taurmentc

Je n'ay pas toulesfois pei*du le jugement, Car on dit bien heureux celuy qui se contente, Et je trouve à Taimer men seul contentement.

Si Ja pitié trouve en vous quelque place, SA vostrc cœur n'est en roche cndurcy, D'un doux regard, qui respire mercy, i)fi vos courroux tempérez la menace.

Depuis le tans que leur rigueur me chasse, J'eusse l'enfer de ma plainte adoucy.

Des supplians Nemesis a soucy, Et, tost on tard, leur défense elle embrasse.

L'ardant amour qu'en mon cœur j'ay reçeu, Naist de vos yeux, leurs rayons l'ont con^^eu, Enflant d'espoir mon aiTie outrecuidée.

C'est vostrc enfant, vous le devez chérir Au lieu qu'helas ! vous le faites mourir, Yeriliant la ftible de Medée.

Si j'aime jamais plus, pour vivre mal-contant. Et ne rapporter rien de m« poupsuite vaine Que les poignans refus d'une dame mhumaine, Et pour languir tousjours, que je meure à l'instant !

Hé î qui fait suivre amour, si ce n'est pour autant Qu'on pense recueillir quelque faveur certaine? Car cil qui seroit seur de n'en avoir que peine, ï=eroit-ce pas un sot s'il s'en Iravailloit tant?

Ce qui nous fait trouver le travail agréable, C'est quand nous espérons quelque fin désirable, Qui doit donner repos à nos longues douleurs.

Pourquoi donc vainement veux-je, par ma constance, Par regrets, par soupirs, travaux, flammes et pleurs, Acheter des refus pour toute recompense?

J'ay long-tans voyagé, coûtant tousjours foilnne Sus une mer de pleurs, à l'abandon des flots • De mille ardans soupirs et de mille sanglots, Demeurant quinze mois sans voir soleil ny lune.

Je réclainuis en valu la laveur de iNeplune Kt des astres jumeaux, sourds à tous mes propos, Car les vents dépitez, combatans sans repos, Avoient juré ma mort sans eàperance aucune.

Mon désir trop ardant, que jeunesse abusoit, Sans voile et sans timon la barque conduisoit, Qui vaguoit incertaine au vouloir de l'orage.

Mais, durant ce danger, un écueil je trouvay, Qui bnsa ma nacelle, et moy je me sauvay, A force de nager évitant le naufrage.

Puis que je ne fay rien en vous obéissant, Qui vous donne plaisir et vous soit agréable; Puis que vous estimez que mon cœur soit muable, Bien qu'aux flots des malheurs il s'aille endurcissant ;

Puis que vostre rigueur, d'heure en heure accroissant, Se plaist à me gesner et me voir misérable; Puis que ma passion ne vous sert que de fable, Et que mieux je vous sers, plus je suis languissant ;

Puis que, comme ma foy, vostre orgueil continue. Puis que le chemin croist et le jour diminue. Et que je ne voy rien qui me promette mieux,

Adieu, madame, adieu ; aussi bien je confesse Qu'il faudroit, pour servir Une telle déesse, Non un homme mortel, mais le plus grand des Dieux.

Je suis repris, helas 1 je suis repris; Plus que jamais une ardeur me consume; Je suis tout cuit du "venin que je hume, Qui boit mon sang et trouble mes espris.

Aussi, mes yeux, c'estoit trop entrepris. Comment I desja vous en faisiez coustume De vous mirer au feu qui vous allume.

Hél pensez-vous n'en estre point surpris?

Puis que par vous j'ay reçeu ce dommage, Je ne me plains que soyez en servage : iiervage? non, ains douce liberté.

Mais mon esprit, qui n'a point fait d'oifence, Méritoit-il d'estre ainsi tourmenté, Et que mon cojur par l'œil fit pénitence?

3$ . UIAKL.

Nadairiet après ia inurt, qui les beaulcz efface, Je tien que nous irons à rinfemai tourment, Vous, pour votre rigueur; nioy, pour trop follement Avoir creu mon désir et suivi son audace.

Mais, pourveu que Minos nous loge en mesme place, Vostre mal près de inoy sera plus véhément. Ou j'auray, vous voyant, tant de contentement, Que je ne sentiray douleur, flame ny glace.

Cai' mon ame, ravie en l'objet de vos yeux, Au milieu des enfers establira les cieux, De la gloire étemelle abondamment pourveuë ;

Et quand tous les damnez se voudront émouvoir Pour empescher ina gloire, ils n'auront le pouvoir, Pourveu qu'estant là bas je ne perde la veuë.

Las ! ou dit que l'espoir nourrit rull'ecUon, Et qu'il garde qu'amour ne meure à sa naissance ; Et j'aime toutesfois, n'ayant nulle espérance. Car trop haut est l'objet de ma présomption.

U n'y a cruauté, péril ny passion.

Qui me sçeust déraouvoir de ma persévérance, Et la seule douleur qui vainq ma patience, C'est que je sois contraint d'user de fiction.

Je considère assez qu'en si haute entreprise Trop de discrétion ne peut estre requise; Mais, s'il en faut user, je m'y force à regret.

Lasl contre ma raison mes sens sont en querelle, Mille débats confus renversent ma cervelle ! En ces troubles d'esprit pourrois-je estre discret ?

Amour a mis mon cœur comme un rocher ù l'onUe, Comme enclume au marteau, comme une tour au vani, Et comme Tor au feu, dont je pleure souvaiit Ë)t crie à haute voix, sans qu'aucun me responde.

Las ! tes yeux sont luisans, et ta tresse m'est blonde Seulement pour mon mal, car je vay recevant Les flots, les coups, l'haleine, et le feu trop vivant, Sans varier ma foy, qui plus fenne se fonde :

L'onde, c'est ton orgueil, le ujarteau, mon tuurmcnlt

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Le vaut, ta volonté touruaiil légèrement,

Qui pourtant ne m'émeut, ne me rompt, ne ni'encline;

Puis ton ardant courroux, plein de foible rigueur, Comme un feu dévorant veut consommer mon cœur. Mais, tout ainsi que l'or, dans la braise il s'atYlne.

Comme un pauvre malade en la couciie aiTesté, Qui, pour sa guarison, prend maint divers bnivage. Herbes, charmes, billets, mais tout à son dommage, Car son mal incurable en est plus irrité;

En fln, perdu d'espoir, quand il a tout tenté. Remet à Dieu sa vie et n'a plus de courage D'attendre aucun secours, ny que rien le soulage , Que celle qui des maux est le but limité;

De mesme, en mes douleurs, j'avoy pris espérance Que l'oubly, la raison, les dédains ou l'absence, Me pourroient alléger, ou du tout me guarir.

Mais, voyant que sans fruict mon attente se treuve, J'obéis au destin, et, sans faire autre preuve, Des beaux traits de vos yeux je consens de mourir;

Si ce n'est qu'amitié, c'est la plus enflamée, Et qui mieux tout à coup va gagnant les cspris Qu'autre qui fut jamais; n'en desplaise à Cypris, Lfs brandons de son flls ne sont rien que fumée*

Expert, j'en puis parler ; mon ame, accoustumée Dans les fourneaux d'amour plus ardemment épris, Recognoist à l'essay que tout n'est rien au pris De ceste amitié neuve, en mon sang allumée.

Quoy ! je ne puis dormir ; ô Dieu I quelle alriitié, Qui, comme une fureur, me poursuit sans pitié, Et qui du desespoir les désirs fait renaistre :

Bref, qui fait qu'à tous vants mon vaisseau je remets ! Non, ce n*est amitié : « L'amitié n'est jamais Du prince à son sujet, de l'esclave à son maistr«. »

J'ay par long-tans, comme amour m'alfulloit, Suivi ton œil, dont la flamme est si claire; Et mon regard, papillon volontaire, Tousjours autour volloit et revolloit :

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