‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 2)Chapitre 13 sur 155 · LIVRE I. IZ · texte numérisé non relu

LIVRE I. IZ

Les premiers jours qu'Amour range sous sa puissance Un cœur qui chèrement garde sa liberté, Dans des fliets de soie il le tient arreslé, Et rémeut doucement d'un feu sans violence:

Ville petits Amours luy font la révérence ; Il se bagne en liesse et en félicité ; Les jeux, la mignardise et la douce beauté Voilent tonsjoui's devant, quelque part qu'il s'avance.

Mais, las! presque aussi-tost cet heur se va perdant, La prison s'étrecist, le feu devient ardent. Les filets sont changez en rigoureux coi-dagr.

Venus est une rose espanie au soleil, Qui contente les yeux de son beau teint vermeil, Mais qui cache un aspic sous un plaisant fuetllage.

Ces eaux qui, sans cesser, coulent dessus ma face, Les témoins découverts des couvertes douleurs, Diane, helas ! voyez, ce ne sont point des pleurs : Tant de pleurs dedans moy ne sçauroient trouver place.

C'est une eau que je fay, de tout ce que j'amasse De vos perfections, et de cent mille fleurs De vos jeunes beautez, y meslant les odeurs, Les roses et les Us de vostre bonne gi'ace.

Mon amour sert de feu, mon cœur sert de fourneau, Le vent de mes soupirs nourrit sa vehcmence, Mon œil sert d'alambic par où distile l'eau.

Et d'autant que mon feu est violant et chaud, II fait ainsi monter tant de vapeurs en liaut. Qui coulent par mes yeux en si grand' abondance '.

Helas I de plus en plus, le malheur qui m'outrage Renforce sa furie et me va poursuivant. Je sens en pleine mer les ondes et le vanl, A l'heure que je pense estre près du rivage.

Dieux, soyez-moy bénins! Destournez ce présage, Faites que ma frayeur ne mai'che plus avant, Ou ne permettez pas que je reste vivant

* Mervpille de recherche el de mauvais gmM.

Ô4 t)lA9E.

Pour voir de mes deux yeux un si piteux naurrage.

Les fantômes plaisans qui souloicnt nrenciianler, Tristement déguisez, viennent m'cspouvanter, Offrant devant mes sens mainte idole funeste.

0 mort ! si c'est le ciel qui te face avancer, Pour ravir la beauté qu'adore mon penser. Las ! change c^ mon destin la fortune d'Alceste !

Heureux anneau de ma belle inhumaine, Que je t'estime et combien tu me plais ! C'est toy, mignon, qui mes ennuis desfais, Par. les vertus dont ta pien*e est si plaine.

A ton objet mon œil se rasscraine, La peur me fuit, d'espoir je me repais ; Toute ma guerre est convertie en paix, Et ne cognois ny tristesse ny paine.

Tu es tout rond : parfaite est la rondeur; Tu es tout d'or, pour monstrer la grandeur De mon amour épuré par la flame.

Du Lydien l'anneau tant renommé, Qui le ht prince et jouir de sa dame, S'il estoit mien, ne seroit mieux aimé.

LU

Quand la flelre beauté qu'uniquement j'admire Faisoit luire à Paris les soleils de ses yeux, On ne voyoit par tout qu'un printans gracieux, Et tousjours mollement soupiroit un zéphyrc.

Nais, depuis que son œil autre part alla luire, La France n'a rien veu qu'un hyver soucieux, Tout noircy de brouillards, obscur et pluvieux. Et les Aers aquilons furieusement bruii'e.

Or' les monts où elle est, qui souloient par avant Et, l'esté plus ardant, estre battus du vant, De frimas, de gelée et de glace éternelle.

Sont, au mois de janvier doucement évantez; Les eaux parlent d'amour, et, de tous les costez, Oa ne voit rien que fleurs et verdure nouvelle.

LUI

Je recherclie à toute heure, avec la souvenance. Geste unique beauté, qui l'esprit m'a ravy, Et qui fait que loin d'elle aussi triste je vj,

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