DE LUY-MESME
Si les dieux par pitié se fussent peu fléchir, Ils n'eussent de ce corps si-tost l'ame enlevée; Mais le ciel ne pouvoit de l'esprit s'enrichir, Sans que l'indigne terre en demeurast privée.
DR LUY-MËSME
L'AoBEspiKE, mourant aux beaux jours de son âge, Et le bandeau fatal couvrant ses yeux estaints, La France en soupiroit, l'air resonnoit de plaints Et la mort despitoit son malheureux ouvrage.
Gomme il est arrivé jusqu'au dernier passage, L'esprit sain départant de ses membres mal-sains. Joyeux, il levé au ciel et la veu€ et les mains, Et fist oufr ces mots avec un doux. langage :
« Seigneur, tu me prens jeune, et je meurs nonobstant Sans regretter le monde, heureusement contant, Veu les longues erreurs et l'abus qu'il enserre.
« Louange à ta bonté, qui prend de moy soucy, Donnant cesse à ma peine. » Et finissant ainsi. Rendit son ame au ciel et son corps à la terre.
Autour de mon esprit, qui jamais ne repose. Jour et nuit vont errant effroyables tombeaux, Convois, habits de dueil, mortuaires flambeaux ; la porte de mes sens ne reçoit autre chose.
Helas ! que le destin injustement dispose Des ouvrages mortels plus parfaits et plus beaux ! Tuant les rossignols, il laisse les corbeaux; Rspargnant les buissons, il moissonne la lose.
Entre tant de milliers son coup malicieux A bien sceu remarquer ce chef-d'œuvre des cieux, Et ravir tout l'honneur de ce monde où nous sommes.
Ce qu*est Therbe à la terre, à l'herbage les fleurs, L'or aux autres métaux, la blancheur aux couleurs. Cher amy, tu l'estois à la race des hommes.
DU lATIN DE M. DE PIMPO.NT
0 le plus doux soucy jadis de ma pensée ! Maintenant le re^et dont elle est si pressée, Qui, sans moy, trop cruel, es party de ce lieu, Damon, je te salué, et si te dis adieu ; Je t'espan de mes yeux ces offrandes funèbres, Mes yeux ores couverts d'étenielles ténèbres ; Je t'oflF^e ces cheveux sur ta tombe semez, Presens de toy, mon cœur, autrefois tant aimez !
Voy comme un double amour un double autel se dress«>, Voy de quels desespoirs j'entretiens ma tristesse ! Et que la cendre, helas! qui reste icy de toy, ^ Sente en beuvant mes pleurs, mon ofOce et ma foy. Nostre amour plein de feu passe aux nuicts étemelles, 11 traverse le Styx en ramant de ses ailes, Par tout il t'accompagne et te veut ramener, Mais en vain, car jamais tu n'en peux retourner.
Au moins donne-toy garde, ô seul bien de ma vie. Que des eaux de Lethé ne prennes quelque envie ! Retien de nos désirs la mémoire à jamais. Ainsi que saintement du cœur je te^ promets Que la course des ans, la mort, l'onde et la tiame iN'effaceront jamais ton portrait de mon ame.
Pourquoy, contre mon gré, ce corps est-il si fort Que ma Juste douleur ne le puisse desfaire? Qui retient tant mon ame en ce lieu de misère, Sans revoler au ciel où gist tout son confort?
Las! tout ainsi qu'Amour avec un seul effort Traversa nos deux cœurs et n'en fist qu'un ulcère, Pourquoy le ciel jaloux, envieux et contraire N'a-t-il flny nos jours par une seule mort?
La femme d'Amphion, justement affligée.
Par son dueil excessif en rocher fut changée. Qui ses enfans meurtris semble encore pleurer
Que je serois heureuse ayant telle advatiturr !
W^ ËPITAPHKS.
Oar je pouiTois servir d'aimable sepnlturr» A celuy dont la mort ne me peut séparer.
0 bien-heureux esprits, nouveaux anges des cieux, Le seul ardant désir de mon cœur misérable, Dont la mémoire sainte est en moy si durable, Que tousjours je vous porte en l'esprit et aux yeux,
Si de la vraye amour rien n'est victorieux, Et que noatre amitié n'en eut onc de semblable. Tournez vers moy la veuê et douce et favorablo, Rt ne m'abandonnez sans guide en ces bas lieux.
Voyez-moy tout en pleurs sur vostre sépulture, Qui plains, non vostre mal, mais ma triste advanture, Laissé seul icy-bas, de misères remply.
N'oidurez plus long-tans mon ame estre captive, Mais impetrez du ciel que bientost je vous suive. Puis que mon heur sans vous ne peut estre accomply.
Pour faire une guirlande à son chef blondissant La soigneuse pucelle, à qui le cœur soupire Ihi plaisant mal d'amour, cueille au mois de zephire La rose après l'œillet, puis le lys blanchissant.
Ainsi la pronte main du monarque puissant, Qui de tout l'univers a borné son empire, Pour couronner son chef, trois lumières retire, Qui rendoient nostre siècle heureux et florissant.
France, qui, tousjours folle, est sanglante et couverte Du massacre des siens, ne flst onc tant de perte, Ni le ciel tant de gain qu'au jour de leur trespas.
Le soleil n'a depuis rien veu qui leur ressemble, C'estoit trois jeunes Mars et trois Amours ensemble. Qui, sous l'habit mortel, conversoient icy-bas.
Daphnis gisoit au lict mortellement altaint, Daphnis, l'heur de nostre âge et sa gloire première, Son œil, jadis si clair, defailloit de lumière, Comme un ray du soleil, qui la nuict se destaint
Amour, sur son chevet, se tourmente et se plaint, Nommant les cieux cruels et la Parque meurtrière; « Que ceste mort, dit-il, soit mon heure dernière,
ËPITAPUES. 497)
Puis que je perds les yeux, qui m'ont rendu si craint . >• Les amis de Daphnis aux regrets s'abandonnent,
L'air se fend à leurs cris, les hauts cieux en résonnent.
Seul, je ne pleure point, ô chetif * que je suis! Si c'est que la douleur tout en rocher m'enserre,
Niobe, ainsi que moy, (ùt bien changée en pierre,
Et ne laisse pourtant de pleurer ses ennuis.
DE L'AKNÉF: MDLXX
Je te dois bien hayr, malencontreuse année, Qui m'as, durant ton cours, tant de maux fnir avoir, Rt tant d'ennuis divers sur mon chef fait pleuvoir, Que j'en laisse ma vie au dueil abandonnée.
Le jour que commença t? course infortunée, Je fus remis captif sous l'amoureux pouvoir. Où j'eu mille douleurs pour cacher mon vouloir, Et receler ma playe au cœur enracinée.
J'avois un seul amy, sage, heureux et parfait, La mort en son printans sans pitié l'a desfait, (.omblant mes yeux de pleurs et mon ame de rage.
Depuis je fus six mois dans un lict languissant. Et or' pour m' achever, quand tu vas Unissant, Je trouve que ma dame a changé de courage.