‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 2)Chapitre 145 sur 155 · AUTRES ŒUVRES CHRESTIENNES · texte numérisé non relu

AUTRES ŒUVRES CHRESTIENNES

PLAINTE DE L'AIJTHEIR

UIAANT UNE SIENNE LONGUE HAUDIE.

Ma chair comme eau s'est' escoulée, Et ma peau defaicte est celée Sur mes os pourris par dedans; Tout mon bien est mort en une heure, Et rien de moy ne me demeure (Jue la lèvre auprès de mes dens.

^ Mes yeux ont tari leurs fontaines, Mes nuits d'amertume sont pleines, Mes jours sont horribles d'e£fh>y; Le sommeil jamais ne me touche, Et la puanteur de ma bouche Fait que j'ay mesme horreur de muy.

Ayez de pitié l'ame atteinte, Au moins vous qui m'aimez sans feinte, Et me pleurez amèrement :

La main du Sei^eur courroucée S'est en fureur sur moy poussée.

Et me presse ainsi rudement.

Je soupire avant que je mange.

Et mon gémissement estrange Hniit comme un torrent retenu ;

194 ŒUVRES GHRBST1ENNE3.

Las! j'ay bien raison de me plaindre!

Le malheur qui me faisoit craindre, Comme en sursaut m'est advenu.

0 que ma peine est excessive!

Est-il possible que je vive, Si foible en si forte langueur?

Seigneur, punisseur des ofTances, On remarque ici tes vengeances Et les forces de ta rigueur.

Hé quoy I d*un courage adversaire .M'as-tu formé pour me desfaire, M'ayant fait souffrir longuement?

M'as-tu tiré de la matrice Pour me reserver un supplice Qui serve à tous d'estonnement?

Le soleil, corps de la lumière.

Six fois a fourni sa carrière Depuis que ta cruelle main Dessus moy s'est appesantie, Et que ta fureur j'ay sentie, Fureur d'un Dieu trop -inhumain.

Pardonne-moy si je blasphème ; Quand je sens ta rigueur extrême, Je ne sçauroy doux te nommer ; Puis ma bouche, infecte d'ordure, Qu'à peine, helas I presque j'enduir, Ne sçauroit plus que blasphémer.

Purge-la, s'il te plaist, ô sire 1 Alln qu'elle apprenne à bien dire, P^ur tes louanges reciter :

Car, si ta main ne la nettoyé, Certes, Seigneur, je ne sçauroyc Qtie maudire et me despiter.

Alors que ton courroux me presast.-, .

Tant de cris vers le ciel je dresse.

Qu'on voit l'air d'horreur se troubler; Je maudi la céleste grâce, Kt voudroy que ceste grand' niasw Se renversast pour m'accabler.

Pourqnoy permet ta rigueur foric Que la rage ainsi me transporte?

t^ar si tu es père de tous.

Je suis ton flis« et toy mon père; A ton dis donc, en ta colère, l'se d'un chastiment plus dou.\«

Si ma parole est trop cuisante.

ŒUVRES G'HRESTIBNNES. à»n

Aussi ton ire est trop pesante ; Haste-toy donc pour mon confort, Ou souffre mes cris pitoyables, Ains que j'aille aux lieux effroyables D'horreurs, de silence et de mort.

Le ver, avorton de la teire.

Se rebecque alors qu'on le serre, Poussé d'un naturel devoir :

Et moy, portraict de ton image.

Quand ton pié me foule et m'outrage.

Ifoseroy-je un peu m'esmouvoir?

Entens moy donc quand je te prie, Respons alors que je m'escrie, Monstre moy quels sont mes pechex ; Et si l'erreur de ma jeunesse Mérite la grande rudesse Des traits contre moy décochez.

Si ta vengeance est trop petite, Puny moy selon mon mérite.

Seigneur, ne me pardonne rien; Hausse ta main rouge de foudre, Et reduy tous mes os en poudre.

Je n'attens point de plus grand hirn.

Ou si daqs ta poitrine sainte La pitié n'est du tout estainte, Sauve l'ouvrage de tes mains; Ta force m'est assez connue, Et ma passion continue Sert de crainte à tous les humains.

Ta beauté luira davantage, Gardant le pécheur qui t'outrage, Et le retirant du trespas, Qu'à guarir le petit ulcère D'un que ton secours salutaire Jamais n'abandonne d'un pas.

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