M VUE
Hais, si sou cœur clianj^eoit coiiuiie TEuiipc, Sept fois le jour, deçà delà porlc, Je n'auroy loy que de sa volonté :
Cest mon objet, et je suis son polype.
Ua dame, Amour, Fortune et tous les elemens, Animez contre moy, sont bandez pour me nuira : Sans plus le doux sommeil de leurs fers ine retire, Et fait peur à mes maux par ses enchanlemens.
0 songe! an^^e divin, sorcier de mes tourmeiis, Je voy par ta faveur ce que plus je désire : Tu me fais voir ces yeux qui font que je soupire. Et fais naistre en mon cœur mille contentemens.
Hais la rage d'Amour, qui point ne diminue, Avec tous tes eflforts empesche ta venue, Et ne sens pas souvent ton doux allégement.
Donc, puis qu'il est ainsi lors que tu me visites, Helas! songe amoureux, dure plus longuement. Afin que tes faveurs ne soient pas si {lotites.
Je me veux rendre hermite et faire pcfnitence De l'eireur de mes yeux pleins de tcmerité. Dressant mon hermilage en un lieu déserté. Dont nul autre qu'Amour n'aura la connoiàsance.
D'ennuis et de douleurs je feray ma pitance, Hon bruvage de pleurs; et. par l'obscurité, Le feu qui m'ard le cœur servira de clairté Et me consommera pour punir mon oflTancp.
Un long habit de gris le corps me couvrira. Non tardif repentir sur mon front se lira. Et le poignant regret qui tenaille mon unir.
D'un espoir languissant mon baston je feray, Et tousjours, pour prier, devant mes yeux j'auray ' La peinture d Amour et celle de ma dame.
RKSPORCK l'Ai*. TASSEIlAT*
Vou& voulez estre licnriite, heiiuite allez vous rendre, Cachez-vous datts les bois pour fuir Cupidon,
* i<ian Fasswrat, poêle et |KiiiiphléUiite célèlire, uê à Ti^ojes, en I59i. iicLeva »es êludei» i l'aria, ^ulnnl« prufcsseur d'buMiniilés, il r«hit et «p«
Et, pour monstrer qu'en vous est csleiiit son brandon, liabillez-Yous de gris, c'est la couleur de cendre.
Vivez de patience, il le vous faut apprendre; Votre espoir mensonger soil changé en bomdon, Le (ledain du refus * à requérir pardon D'avoir plus demandé que ne deviez attendre.
Hais sur tout que l'Amour en ce lieu ne soit patnt ; Pour guarir du chaud-mal, c'est un dangereux saint. S'il r'allume une fois vos flammes amorties,
Ne pouvant supporter cette tentation, Vous sortirez des bois et de dévotion.
Et etterez bien-tost votre firoc aux orties.
D UN l*OnTKAlT
Amour de sa main propre a portrait cet image, Afin qu'un pays froid, lourd, barbare, indonté. Qui demeuroit rebelle à sa divinité, Fust contraint de se rendre et de luy faire hommage.
II choisit le parfait d'un si divin ouvrage Dans le ciel, sur le vray de la niesme beauté, Vaquant à son labeur d'esprit tant arresté. Que sur la beauté mesme on voit quelque avantage.
Les Amours luy servoient : l'un brassoit les couleurs, L'autre les destrempoil en l'argent de mes pleurs, L'autre, plus curieux, admiroit l'artifice.
Quand il eut achevé, luy-mesme çn fut épris, En devint idolâtre, et soudain je fus pris, Afin que de mon cœur il luy fist sacrifice.
lié! ne. suffit-il pas qu'Amour, trop animé, Tienne mon cœur en feu qui s'accroist d'heure en heure, Sans que mes chauds soupirs, sortant de leur demeure. Donnent force à l'ardeur dont je suis consommé?
0 vent impétueux, excessif, enflamé, .
C'est par toy que ma flanie étemelle demeure.
profondit les auteurs anciens. Henri de Mesme, prolecleur des érudits, l'eut vingl-neuf ans pour commensal. Il occupa la chaire d'éloqvence où Uamus avait brillé, au collège de France- Sauf un morceau, la Satire Ménippit fut ticrile par lui et pur N- Rapin. 11 mourut le 13 septembre 1601, l'année même dans laquelle on publia ses œuvres poétiques pour la première fois. * L« dépit d'avoyr été refusé.
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Laisse feire à mes yeux : ces ruisseaux que je pleure Esteindront le fourneau dans mou cœur allumé.
Hais c'est trop vainement qu'en espoir je roc fonde, L'eau n'esteint pas l'amour : Neptune au creux de l'onde S'est trouvé mille fois amoureux et briUant.
Sus donc, ardane soupirs, monstres votre puissance. Rendez mon feu plus chaud, croissez sa véhémence. II en durera moins s'il est plus violant '.
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Si le mary jaloux de la beHe Cypris, Qui forge à Jupiter le tonnerre et l'orage, Forgeoit les traits d'Amour, il eust maudit l'ouvrage Et quktéf tout lassé, son labeur entrepris.
Car ce cruel volleur des coeurs et des espris, Ndurry d'une tigresse en quelque lieu sauvage. De mille coups mortels ne contente sa rage, Et fait tousjours des cœurs sa victoira et son prix.
On perd tans contre luy de se mettre en deffance : Un homme n'est pour faire à un dieu résistance, Hesme un dieu^si puissant, qu'il surmonte les dieux.
Maudits soient tous ses traits et Leur puissance forte ! Helasl j'en suis couvert en tant et tant de lieux. Que cet aveugle archer pour sa trousse me porte *.
XUI
Je sçay qu*eir ont des yeux, les autres damoiselles, Pour rendre en regardant maint et maint amoureux, Nais non pas des soleils ardans et vigoureux. Qui remplissent les cœurs de flammes immortelles.
J'avoue et veux penser qu'il y en a de belles Assez pour travailler un esprit désireux : Mais quelle autre a ses traits si doux et rigoureux. Qui font gouster la vie entre cent morts cruelles?
< Imité d'un sonnet italien qui commence par ces vers :
I^sso { non basta ch' io ardo? che V immonso Foco che me distruffse inforza ancora?
Che i sospir, che solfiando escono ogn' hora, 11 fanno ai suo furor più férmo e intenso.
s Imité d'un sonnet italien qui débute par cette strophe :
8' el zoppo che al gran Giove i slrali srflina, Pabro fusse d'Amor, gia httveria Bronte E' gli aUri che an solo occhio hanno in la Tronle Per fastidio lasciata Li Tiicina.
lÀ DiAiSE.
Quelle autre a cet esprit qui le mien a charmé Ces propos, ces discours dont je fus transformé? CNi sont tant d'hameçons. d' amours, de feux, de glaces?
Souffrons dope sans blasphème un extrême toui*raenL, Croyant qu'on ne sçauroit qu'aimer extrêm^Bent Celle qui est extrême en beautez et en grâces '.
Malheureux que je suis ! je vous soulois d^rire Mon naturel léger jamais ne s^arrestant, Prenant à grand honneur que je fusse inconstant, Et, tel comme j'estois, me plaisant à le dire.
Maintenant que vostre œil sans pitié me martire, Ma nouvelle douleur d'heure en heure augmentant, Je maudy mon offense, honteux jet repentant, Et trop tard poiu* mon bien je cherche à m'en dédire.
Quel confort? quel remède? Amour, conseille-moy . Pourrait-elle jamais s'assurer de ma foy, M'ayant connu devant si léger de courage ?
Helas I mon inconstance à sa gloire a esté. Car quel plus grand honneur que d'avoir arpeslé Celny qui s'asseuroit d'estre tousjours volage?