‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 2)Chapitre 3 sur 155 · VIU · texte numérisé non relu

VIU

Desportes a imité Ovide, Catulle, Iroperce, TibuUe, panni les anciens; on reconnaît à chaque instant leurs pierreries, leurs catnées et leurs perles enchâssées dans, ses vers, liais Pétrarque, Bembo, Sannazar, MaruUe, Tibaldo, Molza, Tansille, Angerianus, parmi les modernes, lui ont fourni plus de joyaux encore, sans parler des faux diamants. Pour appi-ccier sa valeur, il est donc nécessaire de juger l'influence que les rimeurs ultramonlains •ont exercée sur lui.

claro, pcMstices vero perilia adeo excellenti, ut ei uni Mus» omnes suas ortes aperuisse videentur. Quibus dotibus, omnium calculo, Gallorum po<rlarum sui saBruli prineeps, antiquis eliam latinis ac gitecis non inferior habitus, chrîslianissimis regibus Ceroio IX, Henrico II! ac IV, (am gratus exiitit, ut principum liberalilale plus ei collatum sit, quam inoderalissimi viri tiaiura capere potuil, raroque liac ambiiiosa tempeslaie sprelae poleslalis ext-mpio, primo ampiissiniaiii nolnrii sacranim jussionum digniia- (em, deinde Burdigalensem arcbiepiscopa(uin recusavit. Iluic, licet afi seropiternam gloriam, inter lot eximius virtules, Psalmorum I avidis absolutissima versibus Gallicis expressio suflicerel, atlamvn Theobulus Porlius, pietalis gratique animi erga Tratrera optimum b«ne de se meriiuin, hic in spe resurrectionis beatas quiescenlem, istud monumentum exlare \oluit. Yixit annos 60, mens. 5; obiit S nonos oclobris* anno 1606.)»

I Traité des plus belles Bibliothèques, par le P. Jacob, p. S24.

* <tll est parlé de cette pension, dit l'abbé Goujet, dans une pièce faiic alors contre Uégnier, intitulée : Le Combat de Régnier et de BefteM' » Talicmant la porte à cinq mille livres: mais sa itarole ne doit jainois faire aulu* riiè»

PHILIPPE DESPOfiTBS. UIU

Rappelons d'abord que. Pétrarque a donné le ton à la poésie sentimentale, servi de modèle au delà des Alpes. Son influence, pernicieuse en Italie, ne le Tut pas moins chez nous. Sans doute son affection n'est pas dépourvue de délicatesse : il nous oiftie, jusqu'à un certain point, le type de l'amour rêveur, platonique et désintéressé. La passion qu'il exprime n*a rien de commun avec l'ardeur des sens : un mot, un regard, un sourire, voilà tout ce qu'il implore; il s'enivre de la faveur la plus innocente et compose dix sonnets ou ballades sur une entrevue. Peu d'hommes ont été aussi chastes dans leurs écrits; maRs cette réserve factice, en désaccord avec ses mœurs, l'a jeté dans le faux et le conventionnel. C'est un amour de tête qu'il peint, une donnée liltéffaire qu'il développe. Sa dame et lui étaient convenus de s'adorer soit en vers, soit en prose, mais de ne point frandiir la limite des tendresses immaculées. L'amant soupirait, tournait languissamment les yeux, se confondait en éloges sur le front, sur In bouche, sur le menton, sur les cheveux de sa déesse, de son astre, de son soleil; l'amante lui octroyait tous les mois un regard, lui adressait une parole à chaque saison nouvelle, lui permettait de toucher sa main une fois par an. C'était alors de^ cantiques d'allégresse qui n'en finissaient point.

Sont-ce là les véritables caractères de l'amour? Ne le défiguret-on pas en voulant le réduire à une sorte d'ivresse intellectuelle, à une mystique adoration? H a évidemment son enthousiasme, sa poésie, tous les genres de délicatesse, tous les raflinemenls de l'esprit et du cœur,, mais il ne flotte point dans le vague de l'espace; son côté réel, positif, n'échappe aux regards de personne; l'imagination peut l'embellir, elle ne saurait l'omettre sans égarer cette violente affection, sans lui donner un aspect louche, un caractère faux, absurde môme et par suite fastidieux, comme tout ce qui est chimérique. Au bout de quelque temps, le poète et son idole paraissent deux visionnaires»

Celte absence de vérité frappe d'autant plus, que, malgré sa discrétion invariable, Pétrarque laisse constamment apercevoir sa nature méridionale* Il ne manifeste que des sentiments d'une pudeur angélique; mais son élocution n'a pas des ailes de séra>pbin. Son enthousiasme idéal traîne derrière lui un lourd ma* iérialisme : quand son esprit s'exalte» qu^d son imagination se tourne vers le ciel, où>lui apparaissent des beautés divines» son expression rampe sur la terre et brise l'élan de sa pensée.

Quel étrange choix d'abord pour un amoureux que celte forine du sonnet, forme restreinte et compliquée en même temps» qui' se prêle si mal aux véhémentes effusions d'un cœur bien épris?

Toujours le inéme nombre de vers, toujours le même entrelacement de rimes, toujours la même espèce d'haimonie. Jamais cette éloquence facile, abondante, involontaire, qui sort des profondeurs de Tâme, jamais ces fougues de la diction et du rhythme, où se laissent entraîner les passions violentes. On se moque des bommes inflexibles sur l'étiquette, pleins d'attention pour leur costume et prenant un soin perpétuel de ne pas en déranger la symétrie; éclairées par un instinct qui ne les trompe pas, les femmes détestent généralement ces petits-maitres; elles pensent qu'étant si occupés de leur personne et de leur parure ils ne sauraient éprouver les fortes émotions inséparables des vrais attachements.

Hais celui qui révèle dans ses paroles une égale contrainte, qui les soumet à une irrévocable mesure et songe aux mots bien plus qu'au sens, n'a-t-il point un ridicule du même genre? Peut-on le croire transporté de joie et de douleur, quand il attife prétentieusement ses phrases, leur met du carmin et des mouches? L'exaltation du cœur a-t-elle jamais inspiré des calembours? Pétrarque cependant fait un usage perpétuel de cette glaciale équivoque. Il nomme sa maîtresse un laurier, l'or, l'air, l'heure [Lauro, Loro, Vaura, IJora), prenant plaisir à greffer sur ce tronc vicieux tout un branchage de développements insipides. 11 vous dira qu'il ne peut être heureux sans l'or, sans conquérir le laurier, sans respirer l'air, sans que l'heure lui soit favorable, et autres sornettes du même genre. 11 s'amuse à réunir par la pensée deux syllabes distantes l'une de l'autre pour en former le nom de sa belle ennemie, de son inflexible Diane, comme dans le vers suivant :

Gosi LAUdaro e REverire insegna La voce stessa, etc.

Colonne, l'ami de Pétrarque, n'est plus un ami : c'est une véritable colonne, soutien du poète. Dans d'autres endroits, Laure devient un soleil, un astre, un bien, un trésor, une fontaine. Pétrarque se lasse-t-il du sonnet, il écrit des sextines : ce sont des pièces de vei-s où six mots donnés se retrouvent dans chaque strophe. Quelques-unes se distinguent par une recherche prodigieuse : chacun des six mots termine un vers, mais ils ne gardent point le même ordre, et les combinaisons que poursuit l'auteur sont tellement variées, tellement laborieuse», que nous ne saurions en donner une idée nette : il faut les voir pour les comprendre. La même affectation gâte perpétuellement le style du poète; il ne craint pas de dire : t Je me nourris de ma mort et je vis dans la flamme : étrange

PHILIPPE 0£SPOAT£S. LXV

uitineiil ! biiarre salamandre ! » Les troubadours, au surplus, lui avaient enseigné cet art funeste; et les sublilitûs de Tesprit comme du langage sont si naturelles aux méridionaux, que Cal* déix>n, Lope de Vega, une foule d'auteurs espagnols, en abusent aussi opiniâtrement que les rimeurs italiens.

Les accents vrais sont donc assez rares chez Pétrarque : presque jamais il ne pousse un cri de joie, il ne laisse échapper un sanglot de douleur. La rhétorique le préoccupe en général bien plus que son amour. 11 faut lire maints sonnets pour trouver l'expression réelle de la tendresse, du plaisir et de la mélancolie.

Tacito To : che le parole morte Parian pianger la gente, ed i* desio Che le lagrime mie si spargan sole.

« ie vais en silence, car mes tristes paroles feraient pleurer tout le monde, et je veux répandre des larmes solitaires. »

Feuilletez Pétrarque, vous verrez combien sont |)eu nombreux les passages où Ton sent vibrer, comme dans celui-ci, une profonde et sincère émotion. L'emploi continuel de la mythologie augmente la froideur de ses paroles et ajoute au caractère factice de sa poésie : l'Amour et son arc, Apollon et Phœbé, Jupiter et Neptune, détournent sans cesse l'attention. du lecteur, qui voudrait voir les amants errer tout seuls parmi les bois, sous une pluie de fleurs, les poètes méridionaux prodiguant les fleurs avec une libéralité inépuisable. Voici, par exemple, la lourde et ennuyeuse métaphore dont il surcharge, dont il comble, pour ainsi dire, tout son deuxième sonnet :

« Voulant exercer une gracieuse vengeance et punir d'une seule fois mille outrages, l'Amour reprit clandestinement son arc, comme une homme qui Cherche le lieu et l'occasion de nuire.

« Ma force s'était retirée dans mon cœur, aussi bien que dans mes yeux, comptant y faire résistance, lorsque le coup mortel descendit justement là où toutes les flèches s'émoussaient d'habitude.

« Troublée dés le premier assaut, elle n'eut ni le temps ni la vigueur de prendre les»armes, comme il était nécessaire;

« Elle ne sut pas davantage m'entrainer sur la haute et abrupte colline, pour me tirer adroitement de la bataille, d'où je voudrais bien, mais ne puis actuellement sortir. »

Lancée dans une voie fatale par un homme d'un immense renom, entraînée aussi par les tendances secrètes de l'esprit national, loutQ la littérature italienne courut après les jeux de

LXVI l'HlLIP'PE DKSI'0RTE8.

mots, les mélaphorcs guindées, les hyperboles absurdes, les jongleries de la phrase. Les Italiens, en général, expriment l'amour comme s'ils ne le sentaient pas. Dans la Jérusaletn délivrée, Tancréde se plaint de ce que l'eau de ses larmes n'éteint pas le Teu de son cœur ! Marini fait usage de termes plus recherchés encore, et tous les poètes inférieurs prodiguent les locutions hétéroclites. Ils ne deviennent naturels* sauf exception, qu'en devenant trop lestes. Certains passages de l'Arioste, de Boccace et de l'abbé Casti sutHraient pour le prouver. Il est peu d'ouvrages italiens qui ne renferment des détails inconvenants. Le plus modeste, le plus délicat, le plus réellement épris des poètes ul- Iramontains, c'est le plus énergique de tous. Dante a su peindre l'amour noble et pur, comme il a su peindre l'horreur de l'abime et 1rs désolations de l'enfer.

Les poètes septentrionaux, à la vérité, ne sont point exempts de rechei'che : ils ont leur genre d'affectation et de mauvais isoût; mais leui's excès li'attaquent point la forme, ne la chargent pas de vaines ciselures. Les pointes, les calembours, les allégories, les tours de force rhythmiques, les intéressent peu. Leur prétention a ponr objet la pensée même et porte sur les uualyses psychologiques, les délicatesses du sentiment, se trahit ]iar la subtilité de l'expression et des distinctions morales; si Aile tombe dans l'argutie, dans la métaphysique, elle ne tombe pjis dans le faux ; les passions vives s'accommodent très-bien d'une certaine fipesse exagérée; elles y poussent, elles la prodiii- .«cnt même naturellement. L'amour sincère est jaloux d'un re- ^'ard, d'un mot, d'un signe, d'un rêve, d'une pensée. Les rafll* nements des poètes septentrionaux ne choquent donc point comme l'atréterie des littératures méridionales. C'est de la scolastique, sans doute, mais une scolastique charmante et vraie. Kile s'adresse à des femmes réelles, qui l'écoutent en souriant, (|u'elle exalte et qu'elle enivre. Aussi le genre humain l'a-t-il.rn Muelque sorte, adoptée, au lieu qu'il repousse les fadeurs ultramontaines. Amy Uobsart, Egmont, Julie et Saint-Preux, Max r t 'i'iiécla, Chatterton, .\dolphe, Cinq-Mars, Virginie, le Corsaire, le Gtaour, ne nous choquent point, ne nou.» fatiguent point de leur tendresse hyperbolique, parce que tout Immonde a plus ou moins «•*»rouvé leur entliousiasme, regrette oj convoite ces fiévreux transports; mais personne n'a employé le langage factice de Pétrarque et de ses imitateurs, personne ne s'est laissé entraîner à ces orgies de mots, de syllabes, de métaphoi-es, d'eni-^ h(i;nies, de concetli .et de calembours. On peut parler aux IVrinmes comme les liéroô de Thomas Uoore : elles éclateraient

PHILIPPE DE8PORTE8. LIYII

de rire si on leur débitait lea phrases ampoulées, les absurdes Oatteries des poètes italiens.

Puisque j'ai cité une pièce entière de Pétrarque, je vais lui opposer un morceau écrit par un auteur septentrional. Voici les adieux que lord Byron adressait à sa femme ;

« Sois heureuse ! et si nous devons être séparés pour tonjours, eh bien! je te le dis pour toujours: Sois heureuse! Quoique tu demeures inflexible, jamais mon cœur ne se révoltera contre toi.

< Je voudrais que tu pusses lire dans ce sein, où ta tête a si fréquemment reposé, alors qu'un tranquille sommeil venait fermer tes paupières, oe sommeil que tu ne connaîtras plus jamais!

« Je voudrais que ce cœur, dédaigné par toi, pût te découvrir chacune de ses intimes pensées : tu verrais enfin qu'il est mal de le repousser ainsi.

« Quoique le monde approuve ta conduite et sourie du malheur qui me frappe, tu dois être offensée de telles louanges provoquées par ma douleur.

« Quoique bien des fautes aient projeté leur ombre sur moi, ne pouvait-on choisir, pour me porter une blessure incurable, un autre bras que celui qui m'entourait jadis?

« Et pourtant ne te tiompe pas, ne te fais point illusion l'amour peut périr d'une mort lente, mais une violence soudaine ne peut arracher les cœurs l'un à l'autre.

« Le tien gardera toujours le piincipe de sa vie; quoique saignant, le mien continue de battre; et l'éternelle pensée qui doit nous torturer, c'est que nous ne serons plus jamais réunis.

« Voilà des mots d'une tristesse plus profonde que les lamentations sur les tombeaux. Nous vivrons tous les deux, mais chaque matin nous éveillera dans une couche solitaire.

« Et si tu voulais chercher des consolations, lorsque notre eo" Tant bégayera ses premières paroles, lui apprendras-tu à dire : mon père! quoiqu'elle ne doive jamais recevoir mes soins?

« Quand ses petites mains te presseront, quand ses lèvres se poseront sur les tiennes, pense à, celui dont la prière te bénira, que ton amour avait béni. ,

« H ses traits te rappellent les traits que tu ne dois plus voir, ton cœur tremblera doucement d'une émotion fidèle à mon souvenir.

« Tu connais peut-être toutes mes erreurs, nul ne peut connaître toute ma folie; mais toutes mes espérances te suivent, quelque part que tu ailles; et cependant elles sont frappées d'un coup mortel.

LXVni PHILIPPE DESPORTES.

« Chacun de mes sentiments a soufTert une atteinte; mon orgueil, que l'univers n'aurait pu courber, fléchit devant toi, devant toi qui m'abandonne : et mon âme m'abandonne à son tour.

« Mais c'en est fait : toutes les paroles sont vaines, surtout celles que prononce ma bouche. Seulement les pensées que nous ne pouvons retenir se frayent un chemin malgré nous.

« Sois heureuse ! Ainsi déchu, violemment arraché à toutes mes affections intimes, le cœur navré, solitaire et maudit, je ne puis guère entrer plus avant dans les régions de la mort. »

Que l'on fouille la littérature italienne, et qu'on y trouve un morceau où vibre la même éloquence, où gémisse une douleur aussi vraie, aussi bien rendue!

Ces explications étaient tout à fait nécessaires pour caraelériser l'influence de la poésie ultramontaine sur nos écrivains pendant le seizième siècle. Deux courants principaux traversent alors le monde intellectuel, l'un venu de l'Attique et grossi à Rome, l'autre sorti de Florence et du mont Palatin à une époque plus récente. Tous deux se mêlent, se ci oisent dans les premiers travaux de la Pléiade, les inondent même comme un véritable débordement. C'est l'inspiration italienne qui contourne ces vers de Ronsard :

De la nature un cœur je n'ai receu ; Ainçois plustost, pour se nourrir en feu, En lieu de luy j'ay une salamandre :

Car, 81 j'avois de chair un cœur huiTiain, Long temps y a qu'il fust réduit en cendre, Veu le brasier qui se cache en mon sein.

A la seconde génération, la source gréco-latine ne verse plus à noire littérature que des flots intermittents; mais l'onde italienne augmente son tribut et parait vouloir tout submerger. Desportes, qui avait vingt-deux ans de moins que Ronsard, fut l'auteur le mieux doué de celte nouvelle génération. Ses stances et couplets n'ofi'rent, pour ainsi dire, aucune trace de pédantisme de l'époque, mais la recherche italienne y domine. Qu'on ouvre ce volume au hasard, quelque réverbération de l'art \iltramontain frappera aussitôt les yeux :

Comme dans un miroir on voit toutes les Grâces

Au clair de vostre teint, et le vainqueur des dieux

Est aveugle deux fois quand vous fermez les yeux,

Et sans vous ses brandons seroyent changez en glaces. '

Voilà qui sent les bords du Tibre et de l'Amo. Les poêles fameux par delà les Alpes sont évidemment les modèles que suit noire

PHILIPPE D£SP0RTK8. LSIX

auteur. Souvent inème il ne fait que les traduire. Vers la fin de sa carrière, on lui joua le mauvais tour de publier quarantetrois de ses sonnets, en regard desquels on avait imprinaé les sonnets italiens qu'il avait mis à contribution, sans avertir le lecteur*. Le poète ne s'émut aucunement de celte révélation. Il déclara même de fort bonne grâce « qu'il avoit pris aux Italiens plus qu'on ne disoit, et que, si l'auteur l'avoit consulté, il lui auroit fourni de bons mémoires. » Les emprunts de Dcsportes doivent être en effet beaucoup plus nombreux. Henri Estienne, dans la Prèeellenee dn langage français, mentionne trois de ces interprétations que le critique a oubliées : deux sonnets et des stances *. Pasquier en cite d'autres, et, si on voulait chercher, suivre la piste du voluptueux rimeur, on découvrirait la trace de ses pas sur une foule de propriétés où il allait clandestinement à la maraude.

f uand on compare ses vers aux morceaux primitifs, on remarque avec élonnement qu'il charge le style original de fioritures nouvelles, au lieu de le simplifier. Kn voici un exemple curieux; nous citerons seulement les deux premières strophes du sonnet italien et de l'imitation f^-ançaise :

Chi ved« gli occlù vosiri, e di vagheiu Non resta vinlo, al primo enconiro, e privo De l'aliTia, puo ben dir che non è vivo, Ne sa che cosa sia grazia e bellezza.

Chi non gli vede ancor, puo de raspreiia Lameniarsi del Fato, e havere i schivo La vita, e dire : A che mi val s'io vivo» Non potendo guatar tanta dolcezza?

Nous traduisons tant bien que mal ces vers alambiqués :

« Celui qui voit vos yeux et, au premier abord, n'est pas vaincu, privé de son âme par leur beauté, peut bien dire qu'il ne vit pas, qu'il ignore ce que c'est que la grâce et la perfeetion.

« Celui qui ne les a pas encore ^iis peut gémir de la cruauté du sort, prendre la vie en dégoût et se dire : A quoi me sert de vivre, sans pouvoir savourer une telle douceur? •

Ces expressions sufHsaient déjà pour charmer les partisans de

* Les Renconirei de* Muses de France et d'Italie, Lyon, 1604, un mince volume in-4, dédié h la reine. Le privilège est de novembre 1603. L'auteur donne en masse, au commencement de l'ouvrage, les noms des ècrivainii imités par Desportes, mais il ne les joint pas à chaque pièce, ce qui eût été cependant bien préférable.

s Pages 90 et suivantes, édition de V-Feugëres.

ce qu'on nommait alors le beau style; Desportes, les estimant trop peu ornés, y igouta de nouvelles ampoules.

Qui voit vos yeux divins, si prompts & décocher, Et ne perd aussiloet le cœur, Tàme et l'audace. N'est pas borome vivant : c'est un morceau de gbce, Une souche insensible ou quelque vieux rocher.

Qui ne voit point vos yeux doit les siens arracher, Et maudire le ciel, qui ce mal lui pourchasse : Je ne voudrois point d'yeux, privé de tant de grftce, Car tous autres objets nâ font que me fascher.

Ce qui prouve combien était devenue forte l'habitude d'imiter les Italiens, c'est que Desportes suivait leurs traces jusque dans des œuvres pieuses. Tombé malade, à vipgt-quatre ans, d'une maladie grave qui lui arracha des cris de douleur pendant six mois, il ilt trêve à ses plaintes langoureuses, à'ses lamentations flactioes. 11 semble que, pour gémir et invoquer l'aide du ciel, il n'avait pas besoin de modèles et que ses angoisses seules auraient dû l'inspirer. Mais la mode l'emporta sur la nature; il se désola conformément à l'usage adopté par delà les monts. Mx au moins des sonnets qu'il écrivit alors sont tradiiits de l'ilalioi, comme le prouvent les notes qui les accompagnent dans cette édition. L'un d'entre eux a été l'objet d'une grande* curiosité. On y a retrouvé le motif, les images et même les expressions du fameux sonnet de Desbarreaux, que tout le monde savait par cœur au dix-septième siècle; on admirait surtout le trait ingénieux qui le termine :

J'adore en périssant la raison qui t'aigrit : Mais dessus quel endroit tombera ton tonnerre, Qui ne soit tout couvert du sang de Jèsu8-€hrist?

Du Radier crut avoir fait une grande découverte en trouvant l'original de cet opuscule dans un morceau de Desporles; il annonça cette bonne fortune littéraire dans le Conservateur, et s'en glorifia de nouveau dans ses Récréations historiques et critiques. 11. Sainte-Beuve a répété purement et simplement son observation. Ils ignoraient tous les deux que le sonnet de Desportes était une humble traduction de l'italien de Molza, preuve manifeste qu'ils n'avaient lu ni l'un ni l'autre les Rencontres des mutes de France et d^ Italie, où remprtint se trouve constaté ; voici Icrs deux opuscules :

Signor, se tu miri & le passate oflèse, A dir il vero, ogni roartire è poco :

PHILIPPB DBSPORTBS. LUI

S' al merto di chi ogn' or piangendo invoco, Troppo ardenli saette hai in me distese.

Ei pur per noi umana cariM prese, Con laquai poi rooreudo estinse il foco De' tuoi disdegni, e riaperse il loco Che' il noatro adomo mal gift ne contese.

Con questa iida ed ooorata scorta, Dioanzi al seggio tuo mi rappresento, Carco d'orrore e di mi stesso in ira.

Tu pace al cor, ch' egii è ben tempo, apporta, E le gravi raie colpe, ond' io pavanto, Nel saogue tinte deï figliuol tuo mira.

Hélas t si tu prends garde aux erreurs que j'ai dites, Je l'avoue, 6 Seigneur I mon martyre est bien dons; Mais, si le sang de Christ a satisfait pour nous. Tu décoches sur moi trop d'ardentes sageltes.

Que me demandes-lu? mes œuvres imparfaites, Au lieu de t'adoucir, aigriront ton courroux; Sois moi donc pitoyable, 6 Dieu I ^ère de tous ; Car, où pourraî>Je aller, si plus tu me rejettes?

D'esprit triMe et conAis, de misère accablé. En horreur à moi-même, angoisseux et troublé. Je me jette ï tes pieds; sois-moi doux et propice!

Ne tourne point lea yeux sur mes actes pervers. On, si tu les veux voir, vois les teints et couverts Du beau sang de ton Fils, ma grâce et ma justice.

Ce dernier vers, bourré de chevilles, n'a certainement pas la force et la netteté du vers italien correspondant. La similitude des deux morceaux est d'ailleurs incontestable : Desportes a contracté envers l'auteur ullramontain ime dette clandestine; Desbarreaux a soustrait à Desportes, sans avertir le public, ce que Desportes avait soustrait lui-même, et s'est Mt une réputation à peu de fk*ais. La gloire a d'étranges caprices et distribue souvent bien mal ses couronnes.

En résumé, on peut dire de notre poète, comme de Ronsard, que presque tous ses défauts lui vinrent de l'italie, que presque

LIXII PHILIPPE DESPORTES.

toutes ses qualités lui appartenaient. Aussi la forme la plus spéciale aux écrivains méridionaux lui a-t-elle été peu avantageuse. Ses sonnets ne valent pas ses élégies, dialogues, stances, prières et chansons. On en citerait avec peine quatre ou cinq où ne minaude pas Taifeçtation italienne. Nous avons transcrit le morceau que lui dicta son bon sens contre les femmes intéressées qui cherchaient à le séduire pendant sa vieillesse. Les meilleurs ne portent aucune trace d'imitation- Une belle dame lui ayant redemandé ses lettres d'amour, il lui écrivit sur-le-champ cette réponse, dans laquelle palpite un sentiment véritable :

Lettres, le seul repos de mon âme agitée, * Hélas ! il le faut donc me séparer de vous, Et que par la rigueur d'un injuste courroux Ma plus belle richesse ainsi me soit ostée.

lia ! je mourray plustost, et ma dextre indomtée Fléchira par mon sang le ciel traistre et jaloux, Que je m'aille privant d'un bien qui m'est si doux : Non, je n'en fera/ rien, la chance en est jetée.

Il le faut toulesfois, elle les veut i avoir.

Et de luy résister je n'ay cœur ny pouvoir :

A tout ce qu'elle veut mon Ame est trop contrainte.

0 beauté sans arresl *, mais trop ferme en rigfueur, Tiens, reprends tes papiers et ton amitié feinte. Et me rends mon repos, ma franchise et mon cœur.

Les observations, auxquelles donnent lieu les sonnets de Desportes, demeurent waies si on les applique à ses autres poèmes. Cest quand il oublie les anciens, quand il oublie les fadeurs italiennes, qu'il se montre supérieur. Étant inspiré par la nature, et le fond ne nuisant point à la forme, ses dons d'écrivain produisent alors tout leur effet. Une nuit, par exemple, travaillé d*amoureux désirs, le poète cherchait vainement l'oubli et le repos. Dans sa pénible agitation, l'idée lui vint d'adresser une prière au sommeil; ne connaissant pas de morceau où le même sujet fût traité, il exprima simplement ce qu'il sentait et fit un chef-d'œuvre. 11 faudrait citer cette pièce tout entière, car elle est belle depuis le commencement jusqu'à la fin, mérite soutenu qu'offrant rarement les œuvres du seizième siècle. Comme (m peut la lire, page 74 de ce volume, nous nous bornerons à citer quelques strophes charmantes. Admirez d'abord cet exorde :

i C'est-à-dire : que rien n'arrête, à laquelle rien ne résiste.

PHILIPPE DBSPORTBS. LXXin

Somme, doux repoc de oos yeux, L'aimé des hommes et des dieux.

Fils de la nuit et du silence, Qui peux les efprits d^ier, Qui fait les soucis oublier Et le mal plein de violence :

Approche, à sommeil désiré t

Las ! c'est trop longtemps demeuré ;

La nnict est à demy paûée,

Et je- suis encore attendant

Que tu chasses le seing mordant,

Hoste importun de ma pensée.

Quelle gracieuse allure ! quelle marche légère I Comme les mots semblent <f eux-mêmes prendre leur place dans ces strophes harmonieuses. Presque aussitôt le poète fait une peinture exquise de la nuit :

Haste toy, sommeil, de venir; • Mais qui te peut tant retenir?

Rien en ce lieu ne te retarde.

Le chien n'aboie icy autour.

Le coq n'annonce point le jour.

On n'entend point Foye criarde.

Un petit ruisseau doux-coulant A flots sinueux va roulant.

Qui t'invite de son murmure.

Et l'obscurité de la nuit Moite, sans chaleur et sans bruit, Propre au repos de la nature.

Ne semble-t-il pas voir cette nuit obscure, moite, fraîche et silencieuse, bien propre, en effet, à calmer les sens, à plonger Vesprit et le corps dans un repos léthargique? Toute la fin doit être mise sous les yeux du lecteur pour montrer quelle perfection atteignait Desportes quand il suivait la pente de son génie; l'auteur s'adresse toujours au sommeil :

Si tu peux nous représenter Le bien qui nous doit contenter, Séparé de longue distance, 0 sonune doux et gracieux !

Représente encore à mes yeux Celle dont je pleure l'absence.

Le bien de la voir tous les jours Autrefois étoit le secours De mes nuicts, alors trop heureuses; Maintenant que j'en suit» absent, Rends-mtfy, par un songe plaisant, Tant de délices amoureuses.

Uinr PHILIPPB OKSPORTBS.

Si tous les songes ne sont rien.

C'est tout un, Us me plaisrat bien :

J'aime une telle tromperie.

Haste-loy donc pour mon eonfort : On te dit frère de la mort, Tu seras p&re de ma vie.

Mais, las t je te vais appelant, Tandis la nuit en s'envoient Fait place i l'aurore vermeilie.

0 Amour t tyran de mon cœur.

C'est toy seul qui, par ta rigueur, Empesches que je ne sommeille.

. Hé 1 quelle étrange cruauté !

Je t'ay donné ma liberté, Mon cœur, ma vie et ma lumière, Et tu ne veux pas seulement Me donner, pour allégement.

Une pauvre nuit tout entière !

A-t-on rien fait de mieux depuis Desportes? A-tH)n jamais doraié au vers français une allure plus vive, plus facile, plus moderne? La prestesse, la rapidité du mouvement distingue en général ses strophes et leur communique une grâce particulière. Lisez, pour preuve, ce début que l*on chante preique malgré soi :

Douce liberté désirée.

Déesse, où t'es-lu retirée.

Me laissant en captivité?

Hélas! de inoy ne te détourne!

Retourne, à liberté I retourne, Retourne, ô douce liberté I

Ton départ m'a trop fait connaître Le bonheur où je soulois être.

Quand dpuce tu m'allois guidant, Et que, sans languir davantage, Je devois, si j'eusse été sage, Perdre la vie en te perdant <.

On admire la même rapidité, la même souplesse de marche dans la pièce qui commence par cette strophe, et que sa longueur nous empêche de reproduire ici :

Fay que je vive, ô ma seule

Fay que je vive, et change on trisISHe

En plaisir gracieux; Change ma mort en immortelle vie,

* Voye< la chanson tout eorière, page ItT.

PHILIPPE DESPORTËS. ixx\

El fay, mon cœur, que mon ame ravie S'envole entre les dieux K

Voulez-vous entendre des notes plus graves, mais sorties également du cœur, avec toute l'éloquence cl toule la mélodie naturelle des sentiments vrais, qui communiquent leur allure spéciale aux mots dont on fait uaage pour les exprimer? Ces strophes majestueuses vous donneront une haute idée du poète:

0 bienlieiveux ! qui peut passer sa vie Entre les siens, iranu de haine et d'envie, Parmy les champs, les furesls et les bois, Loin du tumulte et du bmil populaire, Et qui ne vend sa liberté pour plaire Aux fottx désirs des princes et des rois.

Il n'a souci d'une chose incertaine, 11 ne se paist d'une espèitnce vaine.

Une faveur ne le va décevant; De cent fureurs il n'a l'ame embrasée, Et ne maudit sa jeunesse abusée, Quand il ne trouve à la fin que du vent.

Il ne frémit, quand la mer courroussée Enfle ses flots, contrairement poussée Des vents esmus, soufllans horriblement : Et quand, la nuict, à son aise il sommeiUe, Une trompette en sursaut ne l'éveille Pour l'envoyer du lict au monument.

L'ambition son courage n'altise,

D'un fard trompeur son ame il ne déguise.

Il ne se pbist à violer sa foy.

Les grands seigneurs sans cesse il n'importune;

Mais en vivant content de sa fortune,

Il est sa cour, sa faveur et son roy.'

Je vous rends grâce, ô déitez sacrées

Des monts, des eaux, des forests et des prées.

Qui m'exemptes de pensers soucieux, ' •

Et qui rendes ma volonté contente,

Chassant bien loin la misérable attente

Et les désirs des cœurs ambitieux.

L'amour, qu'il exprimait d'habitude avec toutes ies subtîli* les, recherches et pointes méridionales, prenait sous sa plume de la grâce ou de l'éloquence, de la force et de la vivacité» dés qu il abandonnait la fausse rhétorique des Italiens. On a très-

< Baiier, page kïO.

L\X¥I PHILIPPE DESPORTBS.

justement appelé Tattention da lecteur sur trois pièces ciurmantes. La villanelle qui débute par ces mots :

Kozette, pour un p«u d'absence» elc. ' ; la spirituelle chanson des Amours de D'ane :

Un doux trait de vos yeux, û ma fière déesse, etc. s; et le sixième sonnet des Bergerle.i :

Ah ! mon Dieu, je me meurs ! il ne faul plus attendre, etc.

On aurait pu en signaler beaucoup d'autres où respiré lamème vérité, qui marchent avec la même prestesse et la même désinvolture. Quoi de plus charmant que ces couplets :

La terre, naguère glacée, Est ores de vert tapissée ; Son sein est embelli de fleurs; L'air est encore amoureux d'elle, Le ciel rit de la voir si belle, El moi, j'en augmente mrs pleurs.

Des oiseaux la troupe légèi-e, Chantant d'ane voix ramagérc, S'égaye aux bois à qui mieux mieux ; Et moi, tout rempli de furie, Je S'inglolte, soupire et crie Par les plus solitaires lieux.

Les oiseaux cherchent la vt^rdure; Bloi, je cherche une sépulture, Pour voir mon malheur limité.

Vers le ciel ils ont leur volée.

Et mon aine trop désolée N'aime rien que l'obscurité.

Quand je vos tout le monde rire.

C'est lors que seul je me relire A part, en quelque lieu caché ; Comme la chaste tourterelle, Perdant sa compagne fidèle, Se perche en quelque tronc séché.

Le beau jour jamais ne m'éclaire; Toujours une nuit solitaire Couvre mes yeux de son bandeau; Je ne vois rien que les ténèbres, Je n'entends que des chants Tunébres, Si\rs présages de mon tombeau.

t Voyez la pièce entière, page 450.

* Page 77 de ce volume.

AD

HENRICUM POLONliE REGEM

m POEMA POBTiEl

G. VALENS GUELLIUS*

1»ia tilfi §enhqne tuo monumenta repoMt Régna Dei pharetram voheria moâuùttHS el areum PoKTJiDS, prinus tiltollena kinc omma famw. Et Phœbo et mentem juvetûlem affialns «more. Ut tantis, Bs:f nicB, fuis proluderet aelig, Anie inham et çraelli hârrentem moWret avenu, Arma virumque; Maro sic post AmaryWda 4UU, Hec Yeneri domin», Mars tantnm invidit honerem, . In eap'.a kmsermU sic fencrum ptta paella, Princfphm et lento dédit Hla moramqne dnello, Scil'cet ille tum vales nova régna pèlent em Tetiedans, titrdi et fèieia plansira Bootm Te domino, et nostro longnm fruitura doiore, Hsse eadem laribus palriis mtatkemaia liquil Pignora $ra!4 su», tu seèptra oblata capessis. Déserta extemas pttria et moi ris haèenax, Bic desiderium, hie lacrimas, h'c mentibns tequis Indigenum mixtim eonfondens gaudîa hetn.

Moscouon adventu ergâ tnojam contrahit korror,

' Gemiiin Vaillant de la Guesié, membre peu connu d'une famille de ruhr qitt joua au seizième siècle un rôle assez impoilant. Jean de la Goesie était sous Henri ill, incident à niortiér ata parlement de Paris; son fils Jacques remplissait les fonctions de procureur général. G« dernier eut le malheur d'introduire dans la chambre du roi Tassassm Jacques ClénHttit.

CwuUot isterque elttus jam pandit, et ingens Agsnrgit npidis toto ttbi corpore ab nndis, Popnle» vitta eomplos da»s frendis honore ■, Stipat et Uereulem tëuro tibi texla coron». Yertice te arreclo venientem prospicit arclon, Semper et ut videat, setnper fugit mqnore tingf, Audiit kane famamque tuam, eotnitinque poelte Elg^ium vaga per msgnum Ifasonis ut umbra, SarmafiCHm exilium dixit solaltt CortwuB Délitas, lingnû, Hkkrici favilque trophéis.

m HENRICI

REGIS POLONIiE INVICTI8SIMI ET rOATiËI EJUS POETiG E tEGANTISSlVI

E GALLIA DiaRtlSSl'U

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