I.XVIl
Quand j'admire, étuiuié, vostre beauté parfaite, Uue l'esprit seulement ne sçauroit concevoir. Mon cœur, mauvais devin du mal qu'il doit avoir, Croit que rien de rigueur n'y peut faire retraite.
Sur la plus belle Idée au ciel vous fustes faite, Voulant nature un jour monstrer tout son pouvoir. Depuis vous luy servez de forme et de miroir. Et toute autre beauté sur la vostre est portraite.
Beaux yeux qui rendez serfs tous ceux que vous voyez, Yeux qui si doucement mon espoir foudroyez, Sans qui du faux Amour la trousse est dépourveuê :
Non, j'atteste en jurant vostre effort nompareil, Et vos douces flertez, que je prise ma veuê Plus pour vous regarder que pour voir le soleil.
On verra défaillir tous les astres aux cieux, Les poissons à la mer, le sable à son rivage, Au soleil ses rayons bannisseurs de l'ombrage, La verdure et les fleurs au printans gracieox :
Plustost que la fureur des rapports envieux Efface en mon esprit un trait de vostre image ; Elle est trop bien emprainte au roc de mon courage, Pour craindre que le sort en soit victorieux.
Bien que j'aye en aimant la fortune contraire, Que tout soit coi\juré pour de vous me distraire, Je demeureray vostre en despit des jaloux.
En vous gist mon salut, ma foy, mon espérance, Le ciel me fit pour vous, pour vous je pris naissance, Pour vous je doy mourir; aussi je meurs pour vous*
Si j'aime autre que vous, que l'bonneste pensée Qu'Amour loge en mou cœur s'en puisse départir» -