LIVRE
Et que voslre beauté, qui m'a rendu martyr, Ne me soit jamais plus que fiere et courroucée !
Si ce n'est de vostr^ œil que mon ame est blessée, Jamais d'allégement je n'y puisse sentir, Qu'à regret je vous serve, et, taschant de sortir, Que de plus pesans fers ma raison soit pressée !
Si j'ayme autre que vous, Amour, tyran des dieux, Les feux croisse en mon ame et les pleurs en mes yeux, Et que vostre rigueur mon service rejette !
Las ! je n'aime que vous, ny ne sçaurois aimer ; Je despite autre amour qui me sçeut enflamer : Mon cœur est une roche à toute autre sagette.
Pendant que mon esprit mille douceurs conçoit. Et qu'en vous adorant, tout ravy je soupire. Amour, par vos regars, mille flèches me tire Et captive mon cœur qui ne s'en apperçoit.
Car, voyant vos beautez, le grand heur qu'il reçoit Fait qu'il est insensible au plus cruel martire <
Et croit que tout le ciel n'a pouvoir de luy nuire : Tant l'excez du plaisir quelquefois nous déçoit !
Mais, quand je suis forcé d'éloigner vostre veuë, Trop tard je m'apperçoy de ma perte advenue, Mon OBil se change en source et mon ame en flambeau.
La mort mesme à l'instant m'oste toute puissance. Et je mourrois heureux, si j'avois asseurance Que mon cœur si fidelle eust vos yeux pour tombeau.
LXÏI
Chaste sœur d'Apollon dont je suis esclairé, Le jour conune la nuict deïté redoutable. Que la force d'Amour a connue indontable. Amour des autres dieux tant craint et révéré !
Yoy ce pauvre Acteon sans pitié dévoré Par ses propres pensers d'une rage incroyable, Pour avoir offensé d'erreur trop excusable, Si le feu de ta haine estoit plus modéré.
Il fut audacieux, mais sa haute entreprise Avec tant de rigueur ne doit estre reprise, Ains mérite plustost loyer que chastiment.
Toutesfois si ton ire autrement en ordonne, Bien, il souffrira tout : s'escriant au tomment, Que trop douce est la mort quand Diane la donne.
su IllAKE.
Lettres, le seul repos de mon ame agitée, llelas ! il le faut donc me séparer de vous ; Et que par la rigueur d'un injuste courroux Ma plus belle richesse ainsi me soit ostée.
Ua I je raourray plustost, et ma dextre indontée Fléchira par mon sang le ciel traistre et jaloux, Que je m'aille privant d*un bien qui m'est si doux *, Non, je n'en feray rien, la chance en est jettée !
11 le faut toutesfois, elle les veut r'avoir, Et de luy résister je u'ay cœur ny pouvoir, A tout ce qu'elle veut mon ame est trop contrainte.
0 beauté sans arrest! mais trop ferme en rigueur, Tien, reprend tes papiers et ton amitié sainte. Et me rens mon repos, ma franchise et mon ccnur.
Aux plus rudes assaux d'une aspre maladie Encor que mon esprit soit foible et languissant, Privé du doux objet qui l'alloit nourrissant. Sa chaleur toutesfois n'est en rien attiédie.
Car voslre belle image, amoureuse et hardie, l'ar un portail secret au secours s'avançant, L'alimente, l'eschauffe et la va renforçant. Avant que sa vigueur puisse estre refroidie.
Pourtant, ne doutez point, ô ma chère douleur ! Qu'absent, troublé, malade*, ou par autre malheur, Voslre beauté divine en mon ame s'efface.
Car tant plus le destin me combat par dehors, Plus mes loyaux pensers au dedans se font forts, Résolus de mourir pour vous garder la place.
Si l'amour de ma foy rend vostre aine craintive, Doutant que ce vouloir, qui jadis m'a brûlé, Par le temps à la fin soit éteint ou gelé. Que de si vaine erreur la venté vous prive.
Jamais en mon esprit flamme ne fut si vive, Je suis tel que j'estois quand mon cœur fut volé, Le jour qu'un chaste amour, dans vos yeux recelé, Rendit heureusement ma liberté captive.
Je gouste, en vous uyant, mesme ravissement.
MVRB II. 113
Je tremble, en vous voyant, d'aise et d'ostonnement, De vostre seul regard ma blessure s'allège.
Jamais autre que vous constant ne me rendra ; Je suis serf de Diane, et qui me retiendra Doit estre chastiée ainsi que sacrilège.
0 vers que j'ai chantez en l'ardeur qui in'enflame, Je deviens à bon droit de vostre aise envieux I Vous viendrez en la main et retiendrez les yeux Qui retiennent ma vie en l'amoureuse flame.
Gardez-vous seulement des regars de ma dame, Ardans flambeaux d'amour, bénins et gracieux, Car s'elle peut brûler les mortels et les dieux. Elle vous brillera comme elle a fait mon ame.
Je sçay qu'il eust fallu, pour monstrer son pouvoir, Un esprit plus divin, plus d'art, plus de sçavoir; Mais, estant plein d'amour, je fuy tout artiftce.
J'écry ce que je sens, mon mal me fait chanter. Et le plus beau laurier que j'en veux mériter, C'est d'alléger ma peine et la rendre propice.
STANCES
Belle et fiere déesse à qui je suis voué. Dont le premier regard rendit Amour mon maistre ; Le ciel durant cet âge ici-bas m'a fait naistre, Afin qu'à son honneur vostre honneur ftist loué.
Comme dans un miroir on voit toutes les grâces Au clair de vostre teint, et le vainqueur des dieux Est aveugle deux fois quand vous fermez les yeux. Et sans vous ses brandons seroient changez en glaces.
Plus j'ay de connoissance et plus je suis ravy De voir que c'est à vous que le ciel me destine : Car, bien que mon esprit ait céleste origine. Il se tient bien-heureux d'estre à vous asservy.
Aussi tous les tourmens des cœurs plus misérables. Et ce qui plus souvent fait les hommes changer, Oubly, nouveau plaisir, course du tans léger, N'ont pouvoir d'ébranler mes pensers immuables.
Je sçay bien que tout change et qu'il est mal-aisé Que de rien si certain l'homme donne asseurance. Puisque l'ordre varie et que tant d'inconstance Se trouve aux éléments dont il est composé.
Mesme l'an qui ce jour commence et renouvelle