POUR UN MAL D'YEUX
Que je vous plains, 6 mes beaux adversaires 1 Astres divins, roys des cœurs et des yeux. Venus jalouse et le soleil des cioux Cachent le jour de vos flammes si claires.
L'aveugle enfant dont ma peine est venue. De son bandeau vos rayons tient couvers ; Mais leur clarté luit et flambe au travers, Comme un éclair se fait jour par la nuë.
Phœbus, Amour ou Cyprine la belle De vos beaux yeux n'obscurcit la couleur ; Non, c'est le ciel, touché de ma douleur, Qui veut punir leur mauvaistié cruelle..
Car sa faveur ne leur a voit donnée.
Tant de clartez, tant d'amours, tant d'appas. De traits, d'attraits, pour causer mon trespas. Brûlant une ame à vos loix destinée.
Repentez-vous, et, changeant de pensée.
Soyez plus douce au cœur qui n'est qu'à vous; Tout aussi-tQst le ciel vous sera doux. Chassant le mal dont vous estes pressée.
0 ciel démenti si juste est uia priera»
* Iroité.d'un sonnet italien qui commence par Cette strophe :
Poi ch' hai del sangue mio sete si ardente, E, pereh' io mora, o morte acerba « ria, Sei roossa per ferir la Donna raia Con velenoso stral fiero e pungente.
906 ^ CLEONICE.
Guary sa veuë et luy blesse le cœur, Mesme à ses yeux donne plus de lumière, A eelle fin de mieux voir ma langueur.
La beauté de nostre âge à nulle autre égalée, Par qui le roy des cœurs son empire maintient, Languit dedans un lict, et la cour désolée En crainte attend la fin du mal qu'elle soustient.
Amour, que penses~tu? quel bois, quelle vallée De Gypre ou d'Amathonte ea ce tans te retient? Ne connois-tu, pauvret, que son mal t'appartient. Et que ta destinée en la sienne est meslée?
Nous devons bien tous deux avoir l'esprit transi En ce courroux du ciel, qui nous menace ainsi De voir dés le matin nostre clarté ravie.
D'autant que si ce mal d'elle est victorieux, Tu perdras ton empire et je perdray la vie : Car mon cœur et tes traits logent dedans ses yeux.
STANCES
En fin les dieux bénins ont exaucé mes cris ! La beauté qui me blesse, et qui tient mes espris
En langueur continué, Languit dedans un lict d'un mal plein de rigueur ; Son beau teint devient palle, et sa jeune vigueur
Peu à peu diminué.
Plus grand heur en ce tans ne pouvoit m'advenir ; Une heure en son logis on ne l'eust sçeu tenir.
Elle eust fait cent voyages, Aux festins, aux pardons d'un et d'autre costé, Et chacun de ses pas au cœur m'eust enfanté
Mille jalouses rages.
Pour le moins tant de jours qu'au lict elle sera Nonchalante de soy, ma frayeur cessera ;
Car ceux qui me font crainte.
D'approcher de son lit n'auront pas le pouvoir, Et peut-estre le tans qu'ils seront sans la voir
Rendra leur flamme esteinte.
Mais, las 1 une autre peur va mon cœur desolaut ! Je voy qu'elle affoiblit, et sou mal violant
D'heure en heure prend ame :
La force luy défaut i si grande douleur, Les roses de son teint n'ont pas tant de couleur»
Ny ses yeux tant de fiame.
CLEONICE. 907
Eh bieni elle mourra. M'en faut-il tourmenter? Rien de mieux en ce tans je ne puis souhaiter ;
Car s'elle m'est ravie, Et que pour tout jamais son œil me soit couvert, Mon eœm* a tant d'enuuis ne sera plus ouvert, Sa mort sera ma vie.
Je n'auray plus l'esprit de fureurs embrasé. Mon lict ne sera plus si souvent arrosé.
Et la nuict solitaire Ne m*orra tant de fois les hauts eieux blasphémer, Ni la loy des destins qui me forée d'aimer, Quand moins je le veux faire* Si tost que son beau corps sera froid et transi, Sur le point de sa mort je veux mourir aussi,
La sentence est dimnée ; Car ma vie à l'instant de regret Unira, Ou par glaive ou poison du corps se bannira Mon ame infortimée.
Avec ce dernier acte à tous je £eray voir Que moy seul, en vivant, meritoy de l'avoir
Pour mon amour fldelle :
Car de tant de muguets, qui l' aiment feintement, Je siûs seur que pas un, fors que moy seulement, . Ne se tûra pour elle.
' Tous mes maux prendront cesse en ce commun trrspas. Je ne douteray ' plus que jamais icy bas,
Son cœur de moy s'esti ange ; Et j'aime trop mieux voir nostre mort arriver Que, si vivans tous deux, je m'en voyois priver Par un malheureux change.
0 mort, haste-tli donc ! fay ce coup glorieux, Et de ton voile obscur couvre les plus beaux yeux
Que jamais fit nature :
Sépare un clair esprit d'un corps parfait et beau. Tu mettras avec elle Amou# et son iiambeau Dedans la sépulture.
Las! en parlant ainsi, je sens soudainement Un spasme, une foiblesse, un morne estonnement.
Qui pallit mon visage ; Ma langue s'engourdit, mes yeux sont pleins d'horrenr ; Puis en moy revenu, despitant ma fureur, De ces mots je m'outrage :
0 méchant que je suis, ingrat et malheureux ! Je ne mérite pas d'«stre dit amoureux,
* Craindrai.
!2QR CLEONICE.
J*ay l'ame trop cruelle :
Chacun veut de sa dame allonger le destin, Et moy je fay des vœux pour avancer la fin
D'une qui m'est si belle.
11 faut bien que la rage ait pouvoir dedans moy, Et que le troublement, qui me donne la loy,
Soit d'une estrange sorte, Quand, vivant tout en vous, ô mon mal bién-aimé ! N'ayant jour que de vous, par vous seule animé,
Je vous souhaite morte.
Mais plustost les hauts deux et tous les élemens, Toient remis pelle-melle en confus broûillemeiis,
Le sec avec l'humide :
Puissent tous les humains sans remède finir, Ains que je voye, helasi vostre mort advenir,
0 ma belle homicide !
Il est vray que pour vous j'ay beaucoup enduré. J'ay porté le regard et l'esprit égaré,
J'ay eu la couleur sombre :
J'ay pleuré, j'ay crié, mais souvent sans raison. Car j'estoy si troublé de jalouse poison.
Que je craignoy mon ombre.
Puis quand tous ces soucis pour vous m'iroient suivant, Encore aux ennemis on pardonne souvant,
Quand leur fin est prochaine; Joint qu'un trait de vos yeux doucement élancé, El vos propos si doux m'ont trop recompensé
De tant et tant de peine.
0 dieux, qui d'icy bas les destins gouvernez, Et qui des supplians les malheurs destoumez,
Oyez ce que je prie! •
Rendez saine ma dame avec un pront secours. Et, s'il en est besoin, retranchez de mes jours
Pour allonger sa vie.
Et toy, dieu cynthien, qui fois tout respirer. Si dés mes jeunes ans on m'a vu t'adorer.
Viens alléger ma dame; Chasse au loin sa langueur, rens luy son teint vermeil ; Foleil, tu aideras, à cet autre soleil.
Qui esclaire en mon ame.
Que ne suis-je endormy durant l'obscure nuict, Qui retient mon aurore et la cache à ma vue ! 0 plaisir peu durable I ô douleur mal prévue !
CLEONICK. 209
Gerles Tliair des hamains cumme un soiige s'enfuit.
L'image de ma perte en tous lieux me poursuit, Et du plaisir passé le souTenir me tué. Las ! divine beauté, qu'estes-vous deTenné? Je suis par vostre éclipse en ténèbres réduit.
Je ne sçay que je &y, je ne sçay que je pense ; Si tàjt je pense en vous, dont l'ennuyeuse absence lie laisse accompagné de regret et d'esmoy.
Sans cœur, sans mouvement, transi, muet et blesme, Revenez donc, mon topt, pour me rendre à moy-mesme; Car, en vous esloignant, vous m'ostastes à moy.
ou PRBmiR JOUR d'octobre.
Amour, s'il t'en souvient, c'est la troisième année. Le jour mesme et le point qu'à toy je fus soumis, Et que le beau désir d'un bien qui n'est permis Rendit ma liberté de nouveau r'encbainée.
Helas! à quels travaux ma vie est condamnée t Je semé au vent mes cris, sans espoir je gémis. Mes yeux trop désireux, ce sont mes ennemis, * Ma nef suis gouvernail s'égare abandonnée.
Dieux I qu'une grand' beauté de grands maux me causa ! Mon sang se gela tout, mon esprit s'embrasa. Je perdy la raison, la force et le courage;
Je devins papillon à ses yeux me brûlant. Je vescu salemandre en feu si violant, Et fus caméléon à l'air de son visage.
Cesse, ô maudite main 1 cesse, esprit insensé ! w Trop pronts à mes malheurs, d'inventer et d'écrire, Puis que l'œil qui me tient esclave à son empire, De vos labeurs s'offense et se rend courroucé.
Quand des flammes d'Amour je seray trop pressé, S'il faut pour n'estouffèr qu'en mes vers je soupiii», i
Plaignons tant seulement l'aigreur de mon martire, Et taisons de tout point celle qui m'a blessé.
Encor, pour n'irriter cette flere déesse, La nuict, seul à mon lict, j'ouvriray ma tristesse, •
Escrivant et tirant de mes yeux maint ruisseau ;
Et ce lict, seul témoin de mes maux incurables,
210 CLEOMIGE.
Sera de tant d'escrits, mes enfans misérables, Tout en un mesme tans la tombe et le berceau.
Puissent tousjours durer les ennuis si cuisans, Dont ma bouche aux regrets sans relftche est contrainte, Puis qu'il semble à mon ame, en cent chaines estrainte, Que sa rame et ses fers n'en sont pas si pesans.
|ja nuiet est ma lumière, et mes jours plus luisans, Ce sont tristes horreurs, pleines d'ombre et de crainte; Mon repos gist à faire une étemelle plainte, Et les lieux de plaisir me sont tous déplaisans.
Ne me laisse donc point, ô dolente pensée! Renais ainsi qu'une hydre en mourant renforcée, Et ne souffre mon œil de larmes s'épuiser.
Car d'ennuis «et de pleurs sans plus je me contente, Le soupirer m'est paix : aussi c'est mon attente, Que l'extrême soupir seul me doit appaiser.
Vers, engeance maudite, ingrate à vosti« maistre. Qui servies d'affoler mon esprit langoureux, Et qui par vostre son, plus ou moins douknireux, Faisiez de mon est-at la fortune connoistre ;
Puis que des ceps d'Amour la raison me dépestre. Et le pouvoir tyran d*im œil trop rigoureux. Vous serez la victime, ô mes vers malheureux ! Pour ofiHr au démon, qui libre me fait estre.
Amour, au lieu du cœur qui t'e^eit immolé, Tien, brûle ces papiers ; tu l'as assez brûlé ! Passe icy ton courroux, je t'offre ame pour ame.
Ils sont enfans du cœur, respirans et vivans. Et ne font qu'estonner tes Ûdelles servans. Se plaignant sans cesser des rigueurs de ta flame.
Puis que tous les malheurs sont pour nioy destinez, Puis qu'avec le desdain ma constance est forcée, PiHS que ma foy «e voit d'oubly recompensée, Et mes jeux pour jamais à pleurer condamne?.
Je t^ sacre, ô Vulcan ! ces vers infortunez, Geste main malheureuse et ceste ame insensée. Yange^moy de mpy-mesme, et ta flamme élancée
GLEONICË. tu
Fasse que prontemeiit ils soient exterminez.
Mais je me doute fort que oes vers et céste ame, Accoustumez au feu, ne craignent point ta flame, Et que tous tes efforts n'y profitent de rien.
Brûle sans plus les vers et la main malheureuse, Dieu Vulcan, si tu peux ; quant à l'ame amoureuse, * Laisses eh faire Amour, il la brûlera bien.
Je verray par les ans, vengeurs de mon martire, Que l'or de vos cheveux argenté deviendra, Que de vos deux soleils la splendeur s'esteindra, Et qu'il faudra qu'Amour tout confus s'en retire.
La beauté qui, si douce, à présent vous ÏBspire, Cédant aux lois du tans, ses faveurs reprendi-a ; L'hyver de vostre teint les fleurettes perdra, Et ne laissera rien des thresors que j'admire.
Cet orgueil desdaigneux qui vous fait ne m'aimer. En regret et chagrin se verra transformer. Avec le changement d'une image si belle.
Et peut estre qu'alors vous n'aurez déplaisir De revivre en mes vers, chauds d'amoureux désir. Ainsi que le phénix au feu se renouvelle.
Cent fois tout coun*oucé de voir que mes escris If ont peu rendre à m'aimer vostre cœur plus facile : Jettons, ce dy-je, au feu cet ouvrage inutile, Aux destins de son maistre il doit estre compris.
Puisque tant de labeurs, de soupirs et de cris. Tous ont esté semez en terroir infertile, , J'en veux brûler l'histoire et suivre un autre stile. Ce n'est que trop chanté d'Amour et de Cypris.
Tostre injuste rigueur me pousse à cet outrage ; Mais de les mettre au feu je n'ay pas le courage, Yoyant vostre beau nom en mille endroits semé.
Donc quMls restent vivans, puisque la mesme flame Feroit aussi mourir les honneurs de ma dame. Il suffit que sans eux je sois seul consommé*.
Imité d'un sonnel italien qui cominence par cette strophe
S' alcuna volta avien ch'io arder tente Le rime mie, che senza haver giovato A porre in voi pieti, m' hanno acquitlalo, Pin cbe fania futurs, odio présente.
2lt CLEONICE.
Le serain de mes jours commence à se troubler, }ton esprit délivré retourne à la contrainte, Et l'amoureuse ardeur, que je pensois estainte, Reprend nouvelle vie et se veut redoubler.
Pren garde à toy, mon cœur, mets peine à rasseiiiblei- Ta raison qui s'égare et fait place à la crainte; Tourne ailleurs tes désirs, sans qu'une œillade fainte De tant de vrays ennuis vienne plus te combler.
Ne te rembarque point sur une mer de larmes. Heurs plus tost au combat que de rendre les armes, Et que le seul desdain ait pouvoir dedans toy.
Las! je le v^ux assez, j'y consens, je l'approuve. Je ne sçay quoi pourtant de plus puissant se trouve, Qui derechef m*enchaisne et me donne la loy.
Chercher depuis trois jours à vivre en solitude, Me cachant de tous ceux que j'aimoy paravant; Rêver lorsque je parle et soupirer souvant. Et des livres d*amour faire ma seule estude ;
La nuit, me plaindre au lict que la plume est trop rude, Accuser le soleil si lent en se levant, !
Fonder mille desseins sur le sable mouvant, ^
Et n'abhorrer plus tant le nom de servitude ; i
Repenser cent fois l'heure un semblable penser, Pour les ombres du faux la vérité chasser, Me i^aindre et ne sçavoir qu'aucun mal je soutienne ;
Trouver comme un nectar mon pleur délicieux, Et n'avoir qu'itn image en l'esprit et aux yeux, Font signe encore en moy de la flamme ancienne.
Beaux yeux, par jqui l'Amour entretient sa puissance, i
Qui vous juge mortels se va trop abusant. Si vous estiez mortels, vostre esclair si luisant Ne me rendroit pas dieu par sa douce influsoice. J
Donc vous estes divins, et tirez vostre essance ,
De l'étemel Amour, l'univers maîtrisant. '
Mais d'où vient, s'il est vray, vostre feu si cuisant? {
Car ce qui vient du ciel ne peut faire nuisance.
Voilà comme en l'esprit de vous je vay pensant.
CLEONICE. . if^
Puis en fin je resouls que le ciel tout puissant Vous a faits ainsi beaux, clairs, fiers et pitoyables,
Non pas que Tftge ingrat mérite de vous voir, Mais afin de monstrer quil a bien le pouvoir De former des soleils plus que Tautre admirables.
Vrais soupii*s, qui sortez de la flamme cruelle Dont mon cœur amoureux est ceint de tous costez, Allez, et de vostre air chaudelnent évantez Ce beau sein où la neige en tous tans est nouvelle.
Faites par vostre ardeur que le firoid se dégelle. Qui nuit au doux printans de ses jeunes beautez, Et puis d'un petit bruit bassement lui contez Combien de fois le jour je vais lliourant pour elle.
Vous luy direz ainsi : Nostre esprit enflamé Sort du feu de vos yeux dans un cœur allumé ; Il est vostre, madame, et rien ne peut Testaindre.
Pourtant recevez-nous. — Lors, entrans peu à peu. Faites tant qu'à la fin elle brûle en son feu. Et connoisse à l'essay si j'ay tort de me plaindre '.
Que d'agréables feux, que de douceurs ameres Retire en mon esprit vostre œil, mon beau vainqueur! Cypre, Paphos, Eryce, Amathonte et Gytheres Ne logent tant d'amours que j'en ay dans le cœur.
Je veux mal aux destins, dont les loix adversaires N'ont si tard fait sentir vostre aimable rigueur ; Le tans vescu devant ne m'estoit que langueur. Et mes plus clairs objets des horreurs solitaires.
A cet heur maintenant bien que tard destiné. Je me vante entre tous l'amant plus fortuné. Et pourveu que le sort ne rompe mes liesses.
Gardez pour vous le ciel, sainte troupe des dieux, Beuvez vostre nectar, caressez vos déesses 1 Mortel, je ne seray sur vostre aise envieux.
* Imîlé d'un sonnet italien qui commence par ces vers :
Itene, A miei soepir, ch' accesi in quella Piamma amorosa siete, ù vive il core, IH cui non so se in aliro amante Amore Più degiia accese, o più suave, o bella.
%iJi CLBONIGB.
Ma belle et chère mort, pourquoy me tuez-vous. Doutant contre raison de ma foy pure et sainte? Helas ! c'est moy, mon cœur, qui seul dois avoir crainte, Quand je vois vos beautez admirables de tous.
Tant d'amours, tant d'attraits, rigoureusement doux, Ce teint, ce ris, ce front où la grâce est emprainte. Et ces beaux nœuds châtains, dont si ferme est l'étrainte. Sont assez de sujets pour me rendre jaloux.
Laissez-moy donc tout seul avaller ce bnrvage, Et croyez qu'en l'esprit je n'ay que vostre image. Je la sers, je l'adore, à toute heure, en tous lieux.
Je jure vos beautez et vos grâces parfaites, Que je ne suis plus rien que tel que vous me faites Et que je vy sans plus comme H plaist à vos yeux.
CHANSON
Helas I que faut-il que je fasse Pour monstrer quel est mon amour; Quand brûlant pour vous nuict et jour, Vous pensez que je sois de glace ?
Afin d'avérer toute fainte, Ouvrez mon cœur que vous avez.
Et mes vœux plus ne recevez Si dedans vous n'estes emprainte.
Mais, pour y graver autre image, Le trait d'Amour n'est assez fort :
Elle y sera jusqu'à la mort, Et plus, s'il se peut davantage.
Mes désirs de vous prennent vie.
Et cet heur les rend glorieux ; Asseurez moy de vos beaux yeux, Amour et Venus je defûe.
Il a bien fallu, ma déesse, Que mon cœur fust de diamant.
Pour durer au feu vehemant Et aux coups de vostre rudesse.
Non, il n'en est point sur la terre Qui garde en l'esprit tant de foy; Je n'ay rien firagile de moy, Que mes courroux qui sont de verre.
GLEONICE. 215
Vous m'avez tant appris à languir misérable, Je suis à vos courroux si fort accoustumé, Que, quand aucunes fois vous m'estes favorable, Je ne puis m'asseurer d'estre de vous aimé.
Jlon cœur tremble tousjours, bien qu'il soit enflamé Et qu'il brûle en hyver d'une ardeur incroyable ; Ha foy, comme mon mal, en tous tans est durable, Mais des ailes d'Amour mon bien est emplumé.
Les heures sans vous voir me sont longues années, les ans que je vous voy me sont courtes journées. Près et loin toutesfois je meurs d*a£fection.
Je pleure et suis contant, je m'asseure et soupire, Ne sçadiant que je veux, je sçay que je désire, Et rkeur comme l'ennuy me donne passion.
Se fascher des propos d'un amant courroucé, A qui l'accès du mal fait tenir ce langage; Et prendre garde à luy comme s'il estoit sage. Monstre que vostre esprit d'amour n'est point blessé.
Las ! nostre égal désir en vous estant cessé, Tousjours plus ardamment me dévore et saccage ; Et c'est ce qui m*a£fole et me comble de rage De voir vostre cœur libre et le mien enlacé.
Encore, au lieu de ra'estre et douce et salutaire, Vous mettez sans pitié le feu dans mon ulcère. Et contre un furieux vous entrez en courroux.
Las I par trop vous aimer j'ay cette frenaisie ; Tousjours l'excez d'amour se change en jalousie. Quand j'aime tièdement, je ne suis point jaloux.
Las ! tempérez un peu ce despit embrasé. Qui faitnaistre en mon cœur tant d'émeutes soudaines. Les fieriez 4e vostre œil ne sont moins inhumaines Que douce est sa lueur, lors qu'il est appaisé.
Quel serment, non de pleurs, mais de sang arrosé. Peut rendre en vous servant mes paroles certainest Puis qu'avec tant de foy, de constance et de peines» Vous croyez que mon cœur soit traistre et déguisé?
Si j'aime autre que vous, qu'en vivant je languisse»
S16 CLB0N1C£.
Et qu'après mon trespas le plus cruel supplice Qui soit dans les enfers semble trop doux pour moy.
Lasl je n'aime que vous, ny ne le sçauroy faire : Soyez donc aussi pronte à gnerdonner ma foy, (k>mnie vostre rigueur fut pronte à me desfaire.