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J'attends en transissant ce qui doit advenir D'une secret le trame, à mon dam commencée, Pour voir à me résoudre, et par force forcée Une amour infinie en moy faire finir.
Nais pourra-t-elle bien perdre le souvenir f)c la flamme autresfois si vive en sa pensée, De sa foy, de sa dextre en la mienne enlacée? Geste crainte en mon cœur ne se peut maintenir.
Non, il n'en sera rien : une recherche telle Fervira de trophée à son ame fldelle, Qu'honneurs, thresors, grandeurs, ne pourront esmouvoir.
Ah I pourquoy ce penser si soudain prend-il cesse, Cédant è la fi'ayeur qui derechef me presse, Et me fait tout à clair mes misères prévoir?
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^^i la loy des amoui's saintement nous assemble. Avec un seul esprit nous faisant respii^er, L'outrage du malheur se peut-il endurer, Qui si cruellement nous arrache d'ensemble?
Je ne vous voy jamais, mon cœur, que je ne tremble. Appréhendant l'effort qui nous doit séparer : Et n'ose bien souvent vos regards désirer, T^nt l'eclipse qui suit ténébreuse me semble !
Toutesfois quand les corps n'ont moyen de se voir, L'ame pourtant n'est serve et peut, à son vouloir, Voleter invisible où la guident ces flames.
Chassons donc nostre angoisse, ô seul bien de mes yeux ! Et, vivans désormais comme l'on vit aux cieux. Sans plus penser aux corps faisons l'amour des âmes.
XCIU
Quel martire assez fort, quelle gesne inconnue, Est égale au tourment d'un cœur bien allumé. Qui, se trouvant prochain de l'objet mieux aimé. Se deffend par raison la parole et la veuê?
Le désir, qui voit lors sa vigueur retenue, Par le contraire effort devient plus enflamé; De tranchantes douleurs l'esprit est entamé, L'ame soupire et crie, en servage tenue.
C'est un chaos nouveau, meslant confusément
Avec mille glaçons le plus chaud élément, El le trop grand respect avec l'impatience.
0 nompareille force en norapareil esmoy ! Allez vous-en mon tout, esloignez-vous de moy : Mon tourment sera moindre en plus lointaine absence.
Si l'outrageuse loy d'un injuste hymené De vous ra'oste la part moins parfaite et moins belle, Part qui peut se sécher comme une fleur nouvelle, Pour la donner à un plus que moy fortuné;
Déesse, à qui je fus en naissant destiné, Cki plus que le malheur vous me serez cruelle. Ou vous me laisserez la partie ii^nmortelle, L'aime, è qwi mes escrits tant de gloire ont donné.
Taimoy vostre beauté passagère et muable Comme un ombre de l'autre étemelle et durable. Qui sur l'atle d'Amour dans les cieux m'élevott.
Ceste-cy sera mienne et l'autre * aura la fainte ; Aussi bien mon amour pure, étemelle et sainte, D'un salaire mortel payer ne se pou voit *.
ODE
De mes ans la fleur se desteint; J'ay l'œil cave et palle le teint. Ma prunelle est toute éblouie :
De gris-blanc ma teste se peint, Et n'ay plus si bonne l'oûie.
Ma vigueur peu à peu se tond; Maint sillon replisse mon Oront, Le sang ne bout plus dans mes veines : Comme un trait mes beaux jours s'en vont, Me laissant foible entre les peines.
Adieu chansons, adieu discours, Adieu nuicts que j*appeloy jours En tant de liesses passées.
Mon cœur, où logeoient les amours.
N'est ouvert qu'aux tristes pensées.
■ le m.in.
t Imité d'un sonnet italien qui commence par ces vers :
Poi ehe la parte mea perfetta e bella, Ch' al tramontar d'un di perde il suo Uore, Mi t<^lie il cielo e fanne attrui signore, Ch' ebbe più arnica e graciosa st«la, eic.
CLEONtCK. 22S
• Le printans les roses produit, « L'esté plus chaud meurist le fruit, « Des saisons, divers est l'empire :
« Aux amours la jeunesse duit, « L'autre âge autre chose désire.»
Connaissant donc ce que je doy.
Faut-il pas suivre une autre loy, Propre à mon âge et ma tristesse?
Doy-je pas bannir loin de moy Tous noms d'amour et de maislresse?
Loin, bien loin, plaisir décevant; Arrière espoir conceu de vant, Qui servois d'attiser ma flamme :
La raison, ser\'e auparavant.
Soit maintenant royne en mon ame. Las! durant que je parle ainsi.
Et fains que mon cœur endurcy Soit fort pour d'amour se défendre.
Ce dieu sans yeux et sans mercy Fait jaillii' des feux de ma cendre.
Un doux importun souvenir, Devant moy faisant revenir L'image en mon ame adorée, Garde que je ne puis tenir Contre amour de place asseurée.
Seul sujet de mon déconfort, Pourquoy me presses-tu si fort, Repassant en ma souvenance La belle cause de ma mort, Et l'œil dont je pleure l'absance?
Mon cœur s'ouvrit par le milieu, Alors qu'au partir de ce lieu Tant de pleurs baignoient son visage; Sans mourir je luy dis : Adieu !
Suis-je pas de lâche courage ?
Fasse le ciel ce qu'il voudra, Ce jour au cœur me reviendra : *
Et, bien qu'il me tienne loin d'elle, Hon feu jamais ne s'esteindra ; 'J'en trouve la cause trop belle.
Sun IT.9