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Et brûlerez de-rage, alors qu'on vous dira Que de ce nouveau bien quelque autre jouyra ; Car je veux, pour monstrer les forces de mon ire, Que vous vous efforcies Tune à l'autre de nuire. »
Ainsi crioit Amour, qui son aile estendit, Puis d'un vol redoublé dans les deux se perdit; Et par nostre malheur sa menace effroyable, D'âge en âge depuis, apparut véritable.
Vous le sçavez, madame, helasl vous le sçavcz, Et de sa prophétie expérience avez I Car vous aves esté de la grandeur esprise, Et vous avez des grands esprouvé la feintise; Et, bien que vos beaux yeux, ardans flambeaux d'Amour, Surmontent la clarté qui nous donne le jour, Bien que vostre beau teint fasse honte à l'aurore. Que Tor de vos cheveux l'or mesme décolore. Qu'un yvoire poly vous finisse la main. Que des Grâces ayez la poitrine et le sein, Et que tant de vertus, qui vous font athnirable. Eussent pouvoir de rendre immortelle et durable La plus légère foy, vous avez nonobstant Sénty le changement d'un courage ' inconstant, Qui desdaigne le bien d'une amour mutuelle, Pour suivre aveuglement une beauté nouvelle. Mais vous devez cesser de vous en tourmanter ; Encor que vous voyez une autre s'en vanter; Car un tout tel destin que le vostre s'appreste, Pour celle qui si haut fait scmner sa conqueste.
Je ne veux point blasmer la nature et les deux, L'Amour, la providence, ou quelque autre des dieux; Je ne veux, d'une voix qui s'accorde à ma perte, Faire haut resonner une plaine déserte.
Blasphémant la fcMtune, et ne veux point tascher D'amollir par mes pleurs la rigueur d'un rocher, Bien qu'il me fust loisible en si triste avanture De dépita le del, l'Amour et la nature ; Et que je pousse aussi, déplorant mon malheur, Esmouvoir les rochers et les bois à douleur. Il faut que de mon mal seule ayez connoissance. Puis que de m'en guarir seule avez la puissance.
' Cœur.
S60 KLEGIES.
Car, helas! si de vous ne Tient ma guarison, La ponrray-je e^>erer des choses sans raison? C'est pourquoy seulement à vous je me retire, Pour, me plaignant de vous^ consoler mon marUre. Si vous le permettez : car de vous offenser J'endureroy la mort plustost que d*y penser.
Ah ! que j'ay de regret, quand je mets en mémoire Combien j'ay receu d'heur, de plaisir et de gloire. Depuis l'heure qu'Amour devers vous m'adressa, Et que son feu divin par vos yeux me blessa ; Car, presqu'au mesme instant, vous eustes connoissance Combien pour vous aimer j'enduroy de souffrance; Dont vous fustes touchée, et, chassant mon soucy. Vous me fistes sçavoir que vous m'aimiez aussi. Alors trop fortuné de vous je prenoy vie, Alors ma flamme estoit de la vostre suivie. Alors un mesme esprit nos deux corps animoit, Ainsi qu'un mesme trait nos deux cœurs entamoii.
Helas! qui me Teust dit en ce tans désirable, Que vous aviez, madame, un vouloir si muable. Que mal je l'eusse creu t veu qu'ores que j'en suis Trop clairement certain, croire je ne le puis, Ni ne le croiray plus, s'il se pouvoit tant faire Qu'il vous pleust d'un seul mot m'assenrer le contraire. Nais vous souvient-il plus qu'en nos communs propos Vous ne me laissiez point un moment de repos, i
Jalouse et defflante, et tout vostre langage* Estoit de m'appeller inconstant et volage? Et toutesfois voyez que je n'ay point changé. Et que depuis trois ans que vos yeux m'ont rangé, De cent mille beautez l'aimable violance Ne m'a sçeu destoumer de vostre obeyssance ; Car, quand je m'asseuroy qu'en feriez tout autant, Je voulois à l'envy vous demeurer constant Comme je fais encor, tenant à grand louange Que vous tant seulement ayez suivy le change.
Au moins si de mon lieu quelqu'un' eust hérité, Qui par extrême amour eust ce bien mérité» Ou qui sçeust comme il faut d'une façon discrette Conduire et pratiquer une amitié secrette; Qu'il peust dissimuler ses f)aiveurs sagement. Feignant une tristesse en son contentement; Qu'il pleurast ses douleinrs, vous nommast inhumaine, Ou qu'il dist seulement qu'il a pris quelque paine Devant que d'estre aimé, j'en seroy moins fasché ; Mais, alors que je voy qu'il fait si bon marché
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D'une chose si rare, et n'en fait presque coûte» Mon extrême douleur toute rage SDrraonte. Il se rit de ces vers dont j'estoy si jaloux, H fait Voir <)es faveurs qu'il jure avoir de vous Pour mémoire et pour gage; il a vostre peinture, Il dit qu'avez la sienne; il sçait vostre nature, Il oonnoist vostre cœur et vostre intention, Et juge que pour luy vous souffres passion; Bref, par tous ses discours il voudroit faire accroire Qu'il s'est acquis sur vous quelque belle victoire. Hé Dieu sçait la fureur dont je suis possédé, Tôyant que vostre choix a si mal succédé I
Ores que sans relasche à mon malheur je pense, Je n'ay contentement qu'à blasmer l'inconstance Et demeurer tout seul, bastissant à part moy Mille estranges desseins d'un homme hors de soy Et dis en soupirant: Gbetif, que doy-je faire? N'ay-je pas contre moy toute chose contraire? A qui croiray-je plus? tout le monde est sans loy. Puis que meame ma dame a violé sa foy. jQuelle estrange rigueur se veit jamais descrite Par tragiques regrets, qui ne soit plus petite, Si l'on pense à la gloire où j'estois élevé. Et par quelle injustice à coup j'en suis privé? Malheureux qui dépend d'une dame muable ! S'il est contant un jour, l'autre il est misérable; Sa nef vogue incertaine ores bas, ores haut; 11 a peur, il s'asseure, il est froid; il est chaud, Et n'a non plus d'arrest en son troublé courage Qu'il plaist aux mouvemens de la mer où il nage. Mon esprit sans relasche est ainsi tempesté, (lar le vent qui l'esmeut n'est jamais arresté.
Mais que ne faites-voife, ô beauté sans exemple ! Avec tant de thresors que l'ame en vous contemplp Pour accomplir du tout vostre perfection, Que vous ayez un cœur qui soit sans flclion, Que vous gardiez tousjours un vouloir immuable. Qui plus que les beautez vous feroit admirable Et reluire icy bas : car sans la loyauté Il n'est point de vertu qui monstre sa beauté; Tomme sans la lumière aux couleurs si duisantr. Tout objet à nos yeux vainement se présente.
Or, bien que vous m'ayez ingratement laissé, '" 'Et qu'un change impreveu fort avant m'ait blesi:/*: Bien qu'en voyant oelny dont vostre ame est ssine. J'ay plus pitié de vous que de luy jalousie,
lu.
idî ELEGIES.
Bien qu'aux dÎTers combats qui se font en mon cœur, Le desdain quelquefois de l'amour soit Tainqueur; Bien que le vray renom que j*ay d'estre fidelle, Avec grand avantage en d'autres lieux m'appelle, Voire et que mon esprit, qui se pen^ outragé, Consente au changement afin d'estre vangé ; Helas ! si ne sçauroy^je, il faut que je radvouê, Suivre assez constamment le change que Je loué ! S'il m'en prend fantasie* aussi soudainement, Confus et repentant» mon vouloir se dément ; Je ne vous puis hayr, quand je vous vois si belle, le ne vous puis aimer, vous sçachant infldelle; Mes sens sont en débat, mon esprit agité Chancelle constamment d'un et d'autre costé, Et suis si possédé de ma fureur extrême, Que je n'ay rien en moy qui s'accorde à moy-méme. Que feray-je à la fin?- que veux-je devenir? Je ne puis, malheureux, lâcher ny retenir 1 Tout bien considéré, mon plus grand avantage. C'est que je m'abandonne au vent et à l'orage, Et, calant aux destins que je ne puis forcer, Je consente à regret tout bas en mon penser, Qu'infldelle et parjure, et pis cent fois encore, Il faut, bon gré mal gré, que mon cœur vous adore.
C'est en vain qu'on essaye à forcer la puissance Du ciel, qui nous contraint depuis nostre naissance. 11 faut tout laisser faire à la fatalité; Car on ne peut changer son terme limité. Pour courir à dos yeux aux hazards de la guerre. Chercher toutes les mers, rauder toute la terre, • Ou pour vivre à son aise et se contregarder, Le destin ne se peut haster ou retarder.
Tel avoit mille fois attendu le naufrage, L'hyver en pleine mer, qui, joignant le rivage. Apres s'estre asseuré des frayeurs de la mort. S'est veu sans y penser submergé dans le port; Ainsi que moy «hetif, qui fais expérience Que le malheur nous prend lors que moins on y pense; Car je me voy surpris et blessé durement, Alors que j'esperoy vivre plus seurement. ^
Durant le tans piteux que la France embrasée Tournoit le fer contre elle en deux pars divisée,
LITRE I. iC
Ml
Voyant en tant de lieux ses champs ensangflantez
Du sang de ses enfans meurtris de tons costez,
Voyant estinceler tant de luisantes armes.
Les deux camps opposez, tant d'assauts, tant d^alarmes.
Voyant mes compagnons mourir devant mes yeux,
Esmaillans.de leur sang un tombeau glorieux,
J*attendoy d'heure en heure une mort asseurée.
Et voir de mille coups ma poitrine honorée ;
J'attendoy la prison et les autres hazars,
Ordinaires loyers des serviteurs de Mars ;
Mais le ciel Hgoureux me réserva la vie.
Pour estre à mille morts lentement asservie,
Et me garda, cruel, d'une captivité,
Afin qu'après je fusse à jamais arresté.
Il me retira sauf de la civile flame.
Pour me faire mourir par les yeux d'une dame, D'un fieu qu'on ne voit point en l'air estinceler, Car, helas! je le couvre et me laisse brûler ! le Fecelle mon mal sous une fàinle joye, Et cache ma blessure afin qu'on ne la voye.
Ce m'eust esté grand* heur de tomber renversé, Sanglant, entre les morts, ayant le cœur percé! J'eusse avec ce trespas tant de peine évitée. Et quelqu'un le sçachant eust ma mort regrettée, Où mourant maintenant personne ne me plaint, Car nul ne sçait le mal duquel je suis attaint. Sinon vous homicide eî guerrière inhumaine, Qui vous resjouyssez de m'avoir mis en paine . Vous riez db mes pleurs, de ma mort vous vivez, Et' de mon sang troublé vos rigueurs abruvez.
Encor si paravant je vous eusse offençée, ^t que vous, à bon droit contre moy courroucée, M'eussiez pour chastiment à la mort condamné. Blessé de mille traits, durement enchaisné, Parmy tant de douleurs je prendroy patience, Au lieu de vous blasmer accusant mon offence. Mais sans avoir failly, contre toute raison. Pour vous donner plaisir me tenez en prison ; El pour voir si vos yeux pourront brûler une ame. Vous me faites mourir en l'amoureuse flame. Las ! vous deviez ailleurs vostre force essayer, Et sur vos serviteurs vos regards n'employer.
Si je duroy mille ans en vostre obéissance, ' Je garderoy tousjours vive la souvenance Du tans que commença ma mortelle langueur, gaand, fognant vous jouer, vous blessastes mon cœur.
Ce jour de mon malheur fut la cause première. Je tremble en y pensant, quand vous, belle g^uoriere, Tenant un trait en main, et portant dans les yeux Tous les flambeaux d'Amour, qui consomment les dieux-, Vous choisistes mon cœur pour butte et pour adresse, Et me dites, riant : 11 feut que je tous blesse. Ce root n'estoit flny que le trait Ait lasché, Et TAmour qui le vit, dans vos yeux embusché, Pour mieux marquer le coup fait d'une main si belle, Tira cent flesches d'or en ma playe nouvelle; Puis il y mit le feu pour plus me tourmenter, Voulant qu'autre que vous n'eust pouvoir de Tester. Las! cette vive ardeur, qui point ne diminué, Me tient impatient en fièvre continué.
Qui m'esmeut, qui me trouble et qui me fait rêver. Et ne puis à mon mal aucun secours trouver; Car de vous seulement ma guarison procède. Et je crains vous prier de m'y donner remède.
Au moins s'il ne vous plaist mes langueurs secourir, Ne refusez, madame^ en me voyant mourir De croire que ma peine a de vous pris naissance, Et que vous me tuez sans avoir fait offance. Quand je sçauray pour vray que vous le connoissez, Je tiendray mes travaux assez recompensez. Et me resjouyray de voir finir ma vie, Pour vous donner plaisir et vous rendre servie. Mais ce m'est un regret plus dur que le trespas. De voir qu'en me tuant vous ne le croyez pas ; Ou, si- vous le croyez, monstres de n'en rien croire, De crainte que ma mort ne tache votre gloire. Ou de peur qu'à la. fin vostre cœur endurcy. Touché de mes douleurs, ne se rende adoucy.
Vrayment quand vous seriez d'une roche sauvage. Si vous voyez mon cœur, ainsi que mon visage, Meurdry, couvert de sang, percé de toutes parts. Au milieu d'un grand feu qu'alument vos regards, Reconnoissant dessus vostre figure emprainte. Vous seriez (j'en suis seur) de soupirer contrainte. Et, chassant mes douleurs par un doux traitement. Vous me rendriez, madame, heureux parftiitement; Lors vous auriez honneur par ceste expérience, Monstraut de vos beautez l'admirable puissance, E^'ale aux plus grands dieux, qui ont entre les mains L'heur, le malheur, la vie et la mort des humains. Madame, s'il vous plaist de me rendre la vie, Que vos yeux foudroyans d'un seul coup m'ont ravie.