‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 3)Chapitre 102 sur 163 · RODOMONT · texte numérisé non relu

RODOMONT

Rodomont s'en approche et le tient embrassé, L'estraint estroitemant et le rend tout froissé, Luy fait tirtr la lanfufl, et fait que du martyre L'esprit tombe à r«ivera sans quê plus il respire. Le payen ne s'arreste et marche plus avant, Vers la porte d'enfisr sa vietoire suivant . Platon, pour l'empeseber, luy jette une fiole Pleine du desospoir et du mal qui r'affole Les amoureux jaloux; mais luy, qui n'en fait cas, La reçoit dans la main et resmind tout en bas.

« Garde, roy des enfers, ganle ta mercerie *. (Dit-il en se moequant) pour la ftircenerie De ces foux abuses, esperdus, insensée, Qui des jeux d'un enfant se sentant offenses; De moy je ne crains point ny les feux ny Ja glace, Ny les monstres hideux, ny tout oe qui s'amasso ly horrible en tes enfsrs et de plus odieux; Et m'estonne aussi peu des en&rs et des oieux Qu'aquilon, au sortir de sa cave dedose, Fait cas de rencontrer un voile qui s'oppose. »

Ainsi dit Bodomont, qui s'altère en parlant, Et qui sent au dedans un feu si violant De travail, de sueur, de passion et d'ire. Qu'il abandonne tout, courant droit sans mot dire Vers le fleuve d'oubly tout noir ef tout troublé. Pour estancher sa soif d'un long trait redoublé. Mais il n'eut pas l)aissé la teste pour y boire Que tout au mesme instant il perdit la mémoire. Et ne se souvient plus de>s coifibals entrepris, Ni de retourner voir Pluton et ses espris, Qui s'estoient résolus, défaillis de courage, De luy porter les clefs et de luy faire hommage.

Luy, qui de fait aucun ne s'est plus souvenu, Se remet au chemin dont il estoit venu ; Il passe derechef l'infernale rivière, Et derechef encor il revoit la lumière De nostre beau soleil, deçà delà courant. Et ne sc^oume point dans un lieu demeurant, Jusqu'à tant qu'à la fln il se trouve en la place Où gisoit son corps mort tout gasté par la face. Puant et corrompu; les os en folanchissoieut, Et cent mille corbeaux à l'entour croassoiont. Alors, tout furieux de voir sa sépulture, Court après les corbeaux qui prenoient leur pasture

< Marchandise.

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