‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 3)Chapitre 101 sur 163 · KO IM) M ONT · texte numérisé non relu

KO IM) M ONT

MaU Pluloii. ennuyé de tant uuyr debatiT, Tasdie à les appaiser, pour les faire cuiubatiic L'anie du roy d'Arger, qui toujours cependant iLstoit dessus le pont hardiment attendant.

« Ccâsez, leur dit Pluton, cessez voslre querelle; lue plus juste cause au combat vous appelle; ^

Quant à vos differens, en quelque autre saison Le juste Rhadamant vous en fei*a raison. Mais puis qu'en tant de lieux vostre gloire est connue, Puis que jusques icy vous Tavez maintenue Claire et haute en degré, faites pour l'advcnir (Qu'avec le mesme honneur puissiez l'entretenir. Qui acquiert fait beaucoup, mais il fait davantage. Qui, l'ayant bien acquis, garde son héritage. Si vous avez bien fait quand vos corps ont vescu, Or qu'en estas privez, d'un courage invaincu Faites encores mieux, monstrant par vostre force <^e les corps ne sont rien qu'une débile escorco- ■>

Ainsi le dieu d'enfer animoit ses esprits, ^>uand le preux Maudricard, qui de gloire est éprib. SN^scrie: « 0 i*oi des morts! laisse-moy l'entreprise De punir ce vanteur, quite^ forces mesprise; Je le reiis sans pouvoir, captif de ta grandeur. Mais devant, s'il te plaist, appaise un peu l'ardeur De la rage d'Amour, qui me tient tout en flame, Kt (pii, comme un vautour, se repaist de mon aiue. fous ces autres tounnens, punisseurs des mesfails, Les cris, l'horreur, l'etTroy, les serpens contrefaits, La tjiimdu Phrygien, le travail des Belides, l.e fuuët ensanglanté des lieres Eumenides, Kl tout lé plus cruel qui soit icy dedans, l.a torture, la roue et les flambeaux ardans, .Ne me blessent point tant que l'amoureuse rage, (,>ui d'ongles et de dents cruellement m'outrage. S'il te plaist pour un peu sa rigueur modérer, l.aissfr-inoy faire après, je te veux asseurer. Mon sans plus du payen qui brave te fait craindre. Mais je veux Jupiter et Neptune contraindre De te payer tribut, et que, victorieux, fu sois dieu de la mer, des enfers et des cieux. Il reste seulement que l'amour qui me tuê D'un trespas renaissant sa fureur diminué. »

Il se tourne à ces mots, regardant ftereinent, Tomme par un dédain, Gradasse et Agramant.

« Retournez, ce dit-il, retournez sur la terre. Misérables esprits, recommencez la guerre;

RODOMOKT. 319

Que l'iin iwur une espée eiitonne l'uiiixci:», Faisant voiler au vent mille estendai-s divers, Et que l'autre, agité d*une folle jeunesse, Sur un courroux vengeur fonde sa hardiesse. Je n'ay point fait ainsi : tous mes faits entrepris Ont eu l'Amour pour guide et sa mère Cypris. Celuy seul est vaillant, qui, devôt, sacrifie Au puissant dieu d'Amour ses armes et sa vie. Mais, de grâce, Pluton, cherche de m'alleger ; Je pourray mieux après te sortir de danger. »

1 Helas I ce dit Pluton, que veux-tu que je face, Si la rage d'Amour comme toy me pourchasse? Et si ses poignans traits, acerez de rigueur. Jusqu'au fond des enfers viennent percer mon cœur! Et bien qu'incessamment sa fureur me possède, Je n'ay peu, malheureux, trouver un seul remède Qui m'en puisse exanter; mais plus je vais avant, Plus je voy ce tyran contre moy s'élevant. »

Voulait continuer, les ruisseaux qui descendent Bouillonnans de ses yeux, le parler luy deffendent; Et va laschant du cœur des soupirs enflaroez. Dont ces lieux ténébreux regorgent enftimez.

L'ombre de Rodomont sur le pont se pourmaine, (k)ntinuant tousjours, orgueilleuse et hautaine, De menacer Pluton, de bruire et de crier, i:t les esprits damnez au combat desfier.

Le vaillant Mandricard pour résister se monslie ; Rodomont, qui le voit, soudain vient à rencontre, Tenant par l'un des preds Caron tout effroyé Apres que le payen eut long-tans' tournoyé Le vieillard misérable à l'entour de sa teste. Il rélance en bruyant comme un trait de tempestc Droit contre Mandricard, et l'attaint tellement, Que l'esprit estourdy perd tout le sentiment. Il tombe en chancelant, et Caron tout de mesme Tombe aux pieds de Pluton, qui devient froid et blesme, Et qni est de ce coup tellement estonné. Qu'il a de grand frayeur son sceptre abandonné. Oe sceptre estoit de fer, d'une barre massive. Ayant un croc au bout de grandeur excessive.

Rodomont l'apperçoit, qui tout soudainement S'approclie et, se courbant, le saisit hardiment. Ayant ce croc au poing, il ne sçauroit plus croire Que les plus redoutez de la région noire Osent luy faire teste; il commence à frapper, Pour renverser le pont et garder d'eschapper

SSn IlODOMONT.

Ceux qui vuudrunt fuir; autant de coups qu'il donne I)c son crochet de fer, tout l'abisme résonne; Les esprits font sortir de grands geinissemens, Et maints tout esperdus rentrent aux monnmens.

L'anie de Kandricard, du grand bruit éveillée, Tenoît la veuê en bas toute rouge et souillée De honte et de despit, et voit en se levant Un gros nœu de serpens enflammes par devant, Nai-quetez tout par tout de couleur bleuô et verte, Qui jettoient par les yeux et par la bouche ouverte be grand's pointes de feu ; le suc qui degoutoit Tous les lieux d'alentuur de venin infecftoit. Luy, qui les recueiHit d'une all^^resse pronte, Les jette à Rodomont, pensant vanger sa honte; Mais it n'en fait que rire, et, comme en se jouant, D'une main- les suffoque et les va secouant.

L'esprit plus que jamais transporté de c-olere, Voyant le peu de cas que son fler adversaire Fait de tous ses efforto, saute dessus le pont, Puis de toute sa force il hurte Rodoinont, Et le choque si fort, que l'ombre malheureuse, La teste contre bas, tombe en l'eau ténébreuse; L'enu se fend au dessous et rejaillit en haut.

L'esprit est tout ti*oublé de ce dangereux saut, Et commence à nager pour gaigner le rivage, Brâlant au fond de l'eau de fureur et de rage; D'une sueuse écume il est tout dégoûtant. Et va l'eau par la bouche et par les yeux jettaot.

Pluton, reprenant cûeur, aniraoit la canaille : « Sus, compagnons. dit«-il, qu'on saute la muraille. Qu'on garde ce hautain de revenir à port, Qu'on luy fasse sentir une seconde mort. Si quelqu'un le peut faire à celny-là j'ordonne D'un cyprès mortuaire une ri<9ie couronne. *

Mandricard, entendant tout l'enfer s'émouvoir .4lUX propos de Plulon, luy qui ne vent avoir Un second en sa gloire acquise à tant de paine, Du creux de l'estomach pousse une voix hautaine. « Si tu ne veux, dit-il, Pluton, t'en repentir, Donne ordre à tes esprits qu'ils ne puissent sortir; Ou sinon, contre toy je toumeray mes armes. Profanant ma valeur sur tes fresles gendarmes. •

Cependant Bodbmont ayant bien travaillé, Malgré tous leurs efforts sort de l'eau tout mouillé, Si possédé de rage et d'ardeur violente, Que le fler Mandricard le voyant s'espouvante.

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