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COXTK.tAXS LES
DIVERSES AMOURS — BBRGERIES ET NASQDARADES EPITAPHES
PLAINTE
S«roit-il bien possible? ô Dieu! qu*ay-je entendu? Celle à qui les destins et mes yeux m'ont rendu, Oui vivoit toute en moy, dont j'estoy la pensée, Nostre amour a faussée.
0 foyl foy, dont le nom est si grand en vertu, est vray que tu sois, où te retires-tu? Ah ! tu m'as abusé ! j'esprouve à mon dommage Que tu n'es que langage.
Il n'y a dans les cœurs ny foy ny vérité; 1 n'y a point de dieux, c'est un conte inventé, Et ne se trouve au ciel ny raison ny justice Pour l'humaine malice.
Si les dieux estoient vrays, qu'elle a tant invoquez! Us ne soufAriroient pas d'avoir esté mocquez, Et qu'ainsi de leur nom elle se fust servie Pour abuser ma vie.
Seuls les dieux reclamez ne m'ont point abusé; U a fallu s'aider de maint geste embrasé;
nivEnsES AMorns. ^fi9
l.et pleui'S y ont eu part, les soupirs et les plaintes, Et les œillades feintes.
Avec tant d'ennemis qui n'eust esté don té? Mais, à le beau laurier qu'elle aura mérité, Ayant sceu décevoir un amoureux fldelle, Qui ne croyoit qu'en elle I 11 n'estoit grand besoin de s'en travailler tant : Un seul trait de ses yeux, tous mes sens enchantant. Ne sufOsoit que trop pour me forcer à croire Que la neige estoit noire.
Geluy qui maintenant s*en pense estre adoré, Comment de son amour peut-il vivre asseuré, Puis qu'on ne peut trouver d'assez ferme cordage Pour une ame volage?
S'il se fie aux sermens, les sermens m'ont deceu ; S'il croit à ses regards, d'eux mon mal est issu; S'il voit pleurer ses yeux, en nos amours premières Us versoient des rivières.
L'air, tant que son esprit n'est propre aux changemens ; Ce qu'elle a luy déplaist, et se sert des amans Comme Ton fait des fleurs, qui ne nous semblent belles Qu'estans toutes nouvelles.
Sa parole et son cœur sont tousjours diiferans. C'est un astre vrayment, mais c'est des plus errons, Et la lune est tardive en sa course pressée Auprès de sa pensée.
Son infidélité l'hellébore sera, Qui du cerveau troublé ma fureur chassera. Et comme un autre Achil' guarira salutaire Le coup qu'elle a sceu faire.
Qu'elle n'espère donc me pouvoir ratraper ; Deux fois un mesme lieu ne me fait point choper ; Contre tous ses attraits et sa force magique J'ay l'anneau d'Angélique.
Dieux ! que de tourbillons, de gresle et de nuages ! Que je sens en l'esprit un tonnerre grondant! Est-il en la Sicile un fourneau plus ardant? Les marteaux de Vulcan furgent-ils tant d'orages?
Yeux plus traistres que beaux, qui faisiez les messages D'une ame ingrate et feinte, à ma mort prétendant, Si je le pensoy bien, je gaigne en vous perdant;
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Hais las! qu'en y penrant je supporte de rages!
Si faut-il se résoudre et, sans plus me flatter, Retrancher de mon tout ce qui le peut gaster; Ha I j'en suis résolu, la chose est asseurée I
Aux cœurs sans loyauté sot qui garde sa foy. Si sa légèreté la sépara de moy, Ma constance à jamais l'en tiendra séparée.
Pi'ince, à qui les destins en naissant m'ont soumis, . Quelle fureur vous tient d'aimer cette inûdelle? L'air, les ftots et les vents sont plus arrestez qu'elle; Puisse une telle erreur troubler mes ennemis!
Son œil, par qui tant d'heur vous est ore prorois, Abusa mon esprit par la mesme cautelle ; Ce coral sou-riant, qui les baisers appelle. Mille fois ses trésors à souhait m'a permis.
Gomment peut en l'aimant vostre ame estre asseurée? Ve laissant pour vous prendre, elle s'est parjurée. Ce cœur qu'elle dit vostre estoit naguère à moy.
Elle eut pour me douter toutes les mesmes armes : C'estoient mesmes sermens, mesmes vœux, mesmes larmes. Vous pourrez-vous fier à qui n'a point de foy?
Quand vous pensez couvrir vostre amour insensée. Et feignez dédaigner ce que vous estimez, Vos désirs retenus s'en font plus enflamez, Et d'un coup plus profond vostre ame est enfoncée ;
Vostre pasle couleur, vostre grâce forcée, Vos soupirs, vos langueurs, monstrent que vous aimez. Vous vous trompez donc fort, lorsque vous présumez D'aveugler un amant qui list dans la pensée.
J'avoy nourry mes feux secrettement ardans Douze ans, brulans toujours entre mille accidans. Et j'en sens tout à coup la chaleur refroidie.
Quand j'y pcnsoy le moins, j'ay mon cœur recouvn;, Car en vous captivant, vous m'avez délivré. Et doy ma guarlson à vostre maladie.
Non, non, je veux mourir plustost que d'endurer Qu'un autre aille cueillant la moisson de ma paine;
DIVERSES AMOURS. Zl\
Si parfaite beauté n'est pas une fontaine, Où chacun puisse aller pour se désaltérer.
Si le plus grand des dieux vouloit vous adorer, Contre luy de fureur mon ame sera plaine; Comment donc souffiriroy-je une personne humaine T Les rois et les amans veulent seuls demeurer.
Descouvrez é nos yeux quel est vostre courage, Gardant celuy des deux qui vous plaist davantage. Sans ainsi feintement l'un et l'autre abuser.
J'ayme mieux n'avoir rien, que si j'estoy le maistre De la moitié d'un bien qui tout à moy doit estre : Une si belle fleur ne se peut diviaer '.
PLAINTE
Quand de m'aimer vous juriez feintement. Avec tant d'asseurance, J*appris vos tours et mon aveuglement, Contre tonte espérance.
0 la douleur dont Je fus tourmenté.
A si tristes nouvelles * Tous les tyrans n'ont jamais inventé De paines si cruelles.
Depuis ce tans je combas nniet et jour Le rocher de mon ame.
Pour en tirer la mémoire et l'amour D'une si sainte dame.
J'auray du mal, mais je seray vainqueur D'une amour si paijure; Car de mes mains j'arracheroy mon cœur, S'il souifroit cette iigure.
Vostre beauté m'a longuement tromi)é Par sa douce feintise; Pour l'advenir si j'en suis ratrapé, N*espargnez ma sotise.
Je ne croy plus vos propos discordant, Ni vos plaintes frivoles.
Car les effets, qui sont trop évidans, Démentent les paroles.
Ne m'alléguez qu'il falloit receler
limté d'un soimet itaUen qui commence par cette strophe r
Corne soffrir potrq veder altrui Viver del doice sguardo oode vivo io?
Ahiine? che questo no è fonle o rio.
Ove bèver potiamo ed io, e lui.
Sous une amour contrainte Nos passions, qui s'alloient révéler Sans cette heureuse fainte.
Dissimuler peut passer pour raison, Quand le tans le désire ; Fausser sa foy, c'est tousjours trahison, Quoy que l'on veuille dire.
Quand on divise un amour trop ardant, 11 perd sa violànce ; Estre aimé seul, je le nomme accidant Qui passe la substance.
L'ame qui quitte un corps froid et glacé. Pour toujours s'en destoume ; La foy de mesme au cœur qu'elle a laissé Jamais plus ne retourne.
Si le sujet vallolt vous abuser, J'eusse excusé ce change; Mais nulle amour ne vous peut excuser, Tant la faute est estrange.
Et toutesfois pour luy vous n'esliniez Honte ny renommée, Et de mon cœur les fourneaux allumez Ne vous sont que fumée.
0 gardez bien cet amour désormais, Qui vous est tant vendue; Mais de ma foy ne vous vantez jamais.
Car vous l'avez perdue.
Et n'espérez qu'à vos pies quelquft jour Ma fureur me rapporte; La jalousie est bien signe d'amour, Mais c'est d'une amour morte.