‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 3)Chapitre 125 sur 163 · AUTRE · texte numérisé non relu

AUTRE

Si dessus vos lèvres de roses Je voy mes liesses decloses, Mon esprit, ma vie et mon bien, Vous ne pouvez me les deffendre :

Il faut que chacun ait le sien ; Par tout le mien je puis reprendre.

Blanche aux yeux verds, femme du vieux Tityre, Autant de fois que sa vache elle tire, Dit bassement d'un courage marry :

« Je ne voy point que ma tâche finisse. Car toute nuict je fay mesme exercice, Tirant le bout qui pend à mon mary. »

Tant de rapports fascheux indignes de notre ire, Ne sortent que d'esprits jaloux ou malcontans,

AU BERGEBIES.

Je suis d'advts de faire et de tes laisser dire, Ils en auront la paine et nous le passetans.

raimois un peu Phillis, mais lorsqu'elle m'aima Dans mon sang échauffé du soulphre elle sema : Nés yeux auparavant la jugeoient assez belle, Et depuis je la trouve une Venus nouvelle. Phyllis, continuez, aimez tousjours ainsi, Mes feux et vos beautez continueront aussi; Mais, en ne poursuivant les amours commencées, Vous rendez vos beautez et mes flammes passées.

Hier» Parthenie, entre cent damoiselles Sans y panser hautement soupira :

Helas ! Amour, que n*avois-je des ailes, Pour découvrir oi^ ce soupir lira?

Je l'apporte, ô sommeil ! du vin de quatre années. Du laict, des pavots noirs aux testes couronnées, Vueilles tes ailerons en ce lieu desployer. Tant qu'Alison, la vieille accroupie au foyer. Qui, d'un poulce retors et d'une dent mouilUk», Sa quenouille chargée a quasi despouillée, Laisse choir le fuseau, cesse de babiller, Kt de toute la nuict ne se puisse éveiller; Afin qn*è mon plaisir j'embrasse ma rebelle, I/amourense Ysaheau, qui soupire auprès d'elle.

Quand par les rochers montagneux Pasiphœ, de fureur contrainte, Snivoit son amant dédaigneux.

On dit qu'elle fit cette plainte :

« 0 Venus, fille de la merl Qui causes ma flamme enragée.

Puis qu'un bœuf tu me tais aimer, Qu'en vache ne ro'as-tn changée?»

BERCERIES. 445

STANCES

Jupiter, s'il est vray que tu fusse amoureux, #

Quand ton poil de toreau deceut une pucelle. Que tu pouvois te dire à bon droit bien-heureux, Portant dessus le dos une charge si belle !

Dans l'eau que tu fendois d'un pied souple et legor, L'heur si prest d'arriver t'enflaninioit la pensée; Et l'Amour te faisoit oublier de nager l'ouf voir ce que monstroit sa cotte retroussée.

Mais quel heur de ce dieu me pourroit égaler, Si las ! en quelque forme ou vraye ou coutrefaite, Par la faveur d'Amour je vous pouvois voler. Vous qui trop plus qu'Europe estes belle et parfaite?

Ah! non, je ne voudroy vers vous me déguiser. Et rendre en vous trompant ma grand' flaroe amurlie! Or ne vous faschez donc si j'ose vous baiser, Et si, troublé d'Amour, je pers la modestie ^

ODE

Quand tu ne senlirois aucun feu d'amitié, Quand tu ne connoistrois ny devoir ny pitié. Quand tu serois conceuë aux flancs d'une lyonne, Quand lu aurois le cœur d'une froide colonne, Tu ne pourrois souffrir de me voir en ce point

Transir de grand' froidure; Car, l'ayant veu venir, je n'ay pris qu'un pourpoint

Pour toute couverture.

N'ois-tu les aquilons soufllans horriblement, Qui font par leur effort mouvoir ce tremblement ? Yentens-tu point Gaurus qui donne à la traverse, Et sens dessus dessous toute chose renverse? lies forests en font bruit, où superbe il combat

Contre les souches fortes.

Yois-tu pas bien aussi le terrible débat

Des fenestres et portes?

La neige couvre tout, tout est pavé de blanc; L'excessive froideur m'a tout gelé le sang, Je ne puis plus parler tant la glace me serre;

* Ce« stances sont imitées ou traduites d'un morceau de Copcia, qui débute par ce vers :

Chiamar beato è dio ben si pot«*4, etc.

UTi BERCERIES.

Mes nerfs sont tous retraits, mes dents se font la guerre D'un choc continuel, et toute ma chaleur

Au cœur est dévalée, % Et commence de^à, comme aussi fait mon cœur,

A se faire gelée.

Helas! aveugle Amour, où est ton grand pouvoir? ,

Où est ce feu divin qui peut tout esmouvoir, '

Qui des plus puissans dieux fait bouillir la poitrine, ^

Qni brûle les enfers, la terre et la manne? |

J'estimoy que ton feu feroit é ma froideur

Abandonner la place; ' I

Mais ce froid au contraire a changé ton ardeur

Et tous^les traits en glace. i

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