POUR LA MASQUARADE DES CHASSEURS
STANCKS AI'X DAMKS '
Nous sommes six chasseurs de la belle Cypris, Nourris en ses forests de Paphos et d'Ërice, Entre les jeux mignards, où nous avons appris De nature et d'Amour ce plaisant exercice Qui, par divers sentiers et par lieux inconnus, En chassant jour et nuit sommes icy venus,
* Cfîs stances sont imitées, ou, pour mieux dire, ir.iduilrs d'un morceau du Bemii, q||i commence ainsi :
Noi siamo, 6 belle donne, cacciatori, Minisiri e servi a 1' amorosa dea, etc -
i MASQUARADES.
Bien fournis de courtaux, de limiers et de toiles, Pour chasser aux forests des jeunes damoiseiles.
On dit que leurs taillis sont assez fréquentez, Et que tout ce terroir est fort propre à la chasse ; Les piqueurs seulement ne sont pas bien montez. Leurs courtaux et leurs chiens sont de mauvaise rnco : Ils n'ont jamais appris comme Ton doit chasser, Faire enceinte es devant, rembuscher et lancer, Requester, redresser, mettre bien sa brisée ; Mais souvent redresser c'est chose mal-aisée.
IM
Ce n'est pas peu de cas de chasser comme il faul ; A la perfection mainte chose est requise. Les piqueurs bien rusez souvent sont en deffnul, Et sans plus redresser laissent leur entreprise. Pourestre bon chasseur, il faut premièrement Estre ferme et bien roidc, et piquer vivement, (larder l'ordre et lelans, et l'art et la mesure, Kt non comme les foux courir à radvanlnre.
11 faut un bon limier pénible et poursuivani, Nerveux, le rable gros et la narine ouverte, Qui roidisse la queue et s'allonge en avant, Si tost qu'il sent la beste ou qu'il l'a découverte ; Et lors c'est le plaisir, quand un veneur parfait Le sçait tenir de court ou luy lascher le trait, L'arrester, l'échauffer, comme il a connoissance (hi que la beste ruse, ou bien qu'elle s'avance.
Tous endroits pour courir ne sont pas approuvez, Et chacune forest n'est duisante à la chasse : Les champs marescageux, qui sont trop abbruvez. Bien souvent à nos chiens ont fait perdre la trace; Les lieux, d'autre costé, raboteux et pierreux Sont fascheux à piquer et sont fort dangereux • Qui veut que sans danger le plaisir l'accompa^e, Il n'est que de chasser en la plaine campagne.
NASQUARADBS. 4&S
Ces cuustaux veitlissans en gazons relevez, Qui commencent encor à pousser un herbage, Des chasseurs bien experts les meilleurs sont trouvez ; Nais ils veulent des cîiiens qui soient de grand courage. Un chien foible de reins se rompt soudainement; On a beau forhuer et sonner hautement, Quand il a fait un cours, sa force diminué Et, sans plus requester, il va branlant la queue.
VU
Nos chiens ne sonf pas tels, mais, tousjours vigoureux, Echauffez du plaisir vont supportant la peine; Ils ne craignent l'hyver ny Testé chaleureux, Un cry les resjouyt et les met en haleine, Et sans estre en défaut, légers comme le vant, Tousjours bien ameutez, le droit ils vont suivant ; Et n'y a lieu si fort, ne si serré bocage, Qu'ils n'y mettent la teste et n'y trouvent passage.
Vin
Quel plaisir pensez-vous qu'un chasseur doit avoir, Poursuivant finement une beste rusée, Qui tournoyé en son fort, pensant le décevoir, ()u qui donne le change et fait sa reposée, Quand après grand travail il la voit commencer A se feindre le corps et sa teste baisser, Clianceler coup sur coup, à la fin reuverst'e, Tomber à sa mercy toute molle et lassée?
Dames qui, par vos yeux amoureusement doux. Rendez comme il vous plaist une ame assujettie. Sans perdre ainsi le tans chassez avecques nous, Et la chasse en commun vous sera départie ; Prestez-m)us seulement vos bois et vos forests. Nous fournirons de chiens, de courtaux et de rets ; Et, bien que sur nous seuls la peine soit remise. Vous aurez le plaisir et le fruit de la prise.
MVi MASQUARADHS. H