‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 3)Chapitre 134 sur 163 · POUR LA MASQUARADE DES CHEVALIERS AGITEZ · texte numérisé non relu

POUR LA MASQUARADE DES CHEVALIERS AGITEZ

PLAINTE EN FORME d'ECHO

OÙ suis-je? ô misérable I où m'a jelté l'orage?

Est-ce plaine, est-ce mont, est-ce bois ou rivage

Qui bénin me reçoit, et me va secourant

Des naufrages d'Amour, le piteux demoiirant ?

Malheureuse ma vie à souffrir condamnée !

Quel destin me poursuit d'une haine obstinée?

lie ciel veut-il nommer une mer de mon nem,

Où si c'est le courroux de quelque autre Junon? — Non.

Non, dieux ! qui me respond ? quel bruit me fait la guerre,

Quoy n'auroy-je repos sur l'eau ny sur la terre? Mais, ô nile de l'air! Echo n'est-ce point toy,

Oui viens à ce besoin consoler mon émoy? — Moy.

Narcisse à tes langueurs puisse estre secourable,

Uelleet gentille nymphe, aux amans favorable!

Dy moy que je dois estre en si grand déconl'ort? — Forl.

Quel remède est plus propre au travail que j'endure? —Dure.

lié! n'ay-je pas duré lldellement servant?

Qu'ay-je en On recueilly si long -tans poursuivant? — Vant.

Donc que doy-je plus faire en ce malheur extrême? — Aime, llelas 1 j'aime si fort que je m'en hay moy-même. Mais je n'avance rien, les destins trop constans Contre ma loyauté sertit tousjours combattans. — Attans. Et bien ! j'altendray donc, sans que tant de traverses, De tlols, de vens, d'escueils et d'injures diverses, Dont foible et sans secours je me trouve assailly, Puissent rendre un seul jour mon courage failly. Non que l'espoir m'allège au mal que je supporte, L'esprit n'est pas constant que l'espoir reconforte, Mais celny seulement qui sans rien espérer Pont d'un cœur invaincu toute chose endurer.

EPITAPHËS

DE TlWOLtOiN DE COSSK

C< MTE liE UK1>SA(: *

0 murl! contente toy! Ton char est hoiiuic D'une riche Uespouille et de trop belles annes» ; Tu peux bien t'assouvir, si tu te pais de larmes ; Héros ne fut jamais si justement pleuré.

Mars ne doit désormais se tenir asseuré, Ains redouter craintif et fuir les allarmes, Voyant devant ses yeux, entre mille gensdaruies, Le jeune Mars gaulois palle et défiguré.

Mais, lasl que sçay-je, moy, si Mars, esmeu d'envi»-, A point forcé la mort à le priver de vie! 0 Mars, s*il est ainsi, tu t'es bien abusé!

Car, s'il a remporté tant d'honneur sur la lerre, Or' qu'il est imuiortel, il sera plus prisé, Et sera révéré comme dieu de la guerre.

' Ce jeune seigneur, d'une bravoure iulrépide, fut lue au siège de Wuuidan, en Périgord, le ti avril 1569, à l'âge de vingt-six ans. De là les jusles legrels auxquels Desportes servit d'inlerpr.' te. Il était né en 1545 et servit de compagnon, pendant son enfance, à Charles LX, qui, devenu roi, le (il gentilhomme ordinaire de sa chambre et colonel général de l'inranU riv Tranvaise au delà des Alpes. Il débuta dans la caniêre iniUtaire, en 1S62, au siège de Rouen, et combattit la même année pour défendre Paris. 11 secourut Malte en 1566, et força les Turcs à se rembarquer, les poursuivit même jusque sur le rivage.

188 ËPITAPHËS.

DE LUY-MESME

Brîssac ci>loit sans peur, jeune, vaillant el l'urt : . Il est mort toutesfois. Passant ne t'en estonne, Car Mars, le dieu guerrier, pour inonstrer son efl'ori, Se pi-end aux plus vaillans et aux lasches panionn<^.

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