‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 3)Chapitre 151 sur 163 · VI II · texte numérisé non relu

VI II

Tout le jour mes deux yeux sont de pleui's degoutans, Puis, quand In nuit paisible au repos nous appelle,

I Imité d'un sonnet italien qui débute ainsi :

Corne de dense nûbi esce talhora Lucido laropo, e via raUo spariscc, Cosi r aima ,gentil, per cui knguisce Amor, s'usci del suo bel oorpo fors.

EPITAPIIUS. 4$'

Ma douleur s'envenime et devient ti rebelle, Que du tout je me laschc aux regrets esclatans.

En si piteux estât je despense mon tans, Me paissant de mon cœur, qui sans fin renouvelle. Depuis que des hauts deux l'ordonnance cruelle Des saisons de ma vie arracha le printa^s.

Tel amas de tristesse en mon ame s'assemble, Que je n'y puis penser que d'horreur je ne tremb|p, M'estonnant que mon cœur du fardeau n'est donté.

Ah ! despiteuse mort I ah ! rigoureuse vie 1 ETune a presque en naissant mon attente rnvie, L'autre icy me retient contre ma volonté.

Puis-je bien tant souffrir mon ame estre captive, Pouvant rompre d'un coup sa caduque prison ? Fiere loy des deslins, iiguste et sans raison De vouloir que par force un homme en terre vive.

Quel espoir désormais faut*il plus que je suive? J'ay veu sécher mes fleurs en leur prime saison. Le doux miel de mes jours se changer eu poison. Ma nef faire naufrage estant près de la rive.

0 mortl mon seul recours, qui t'esloignes de moy ! Las I si je suis mortel et subject à ta loy, Ne m'espargne donc plus et me mets de ton nombre.

La mort contre respond : ■ J'en ay l'ait mon devoir. Mais sur les corps mortels seulement j'ay pouvoir. Et ce qui ûit ton corps n'est plus maintenant qu'omlinv >.

COMPLAINTE

Contre le tans ma douleur se rend forte. Et quand son cours toutes clioses emporte. Elle y résiste et prend ferme racine Au lieu plus vif de ma triste poitrine.

Loin tout confort! Au dueil qui me possède, Conseil, raison, espérance et remède, Comme ennemis mon esprit vous rejette, Car son angoisse à vos lois n'est subjette.

De mes amis qu'un seul ne s'advanlure A me parler fors d'une sépulture.

De sang, de mort, d'ombres noires et faintes. D'effroy, de cris, de soupirs et de plaintes.

Toute lumière est horrible à ma veuê, ' Rien ne me plaist que Fennuy qui me tué :

488 BPITAPUBS.

La noict m'est jour, mon repos c'est ma paino, Que j*aime mieux plus elle est inhumaine.

0 pauvre corps I jusqu'à quelle journée Retiendras-tu mon ame emprisonnée En tant de fers, la gardant qu'elle voUe Apres son bien, dont l'espoir me consolp?

La seule mort a causé ma tristesse, La seule mort y pourra mettre cesse, Ne m'empeschant plus longuement de suivre Cet autre moy, pour qui j'aimois à vivre.

Toute douceur de mon ame est bannie.

Je me consomme en langueur infinie, Le ciel me fasche et rien ne peut me plaire Que de mon mal la mémoire ordinaire.

Fier accident que sans fin j'imagine !

Las! qui Teust creu! qu'une grâce divinr, Un port céleste, une beauté parfaite Si prontement par la mort ftist desfaile?

Mais c'est l'erreur des œuvres de nature; Long-tans le beau sur la terre nedni*e, Le ciel jaloux aussi-tôt l'en retire, Afln qu'en haut nos pensers il attire.

L'humaine vie à bon droit se compare Aux vaines fleurs dont le printans se pare, Au froid d'esté, au treillage d'automne, Et au soleil quand Thyver il rayonne.

Ta gloire, Amour, de tout point est tombée ; La fiere mort ta trousse a desrobée, Rompu tes traits, dont ma playe est sortie, Brisé ton arc et ta flamme amortie.

Ne vante plus ta puissance indontée ; Toute victoire à ce coup t'est ostée.

Cest maintenant qu'aveugle on te peut dire, Ayant perdu l'astre de ton empire.

0 triste avril I à grand tort on t'appelle Ihi plaisant nom d'Aphrodite la belle, Mère d'Amour, par qui tout proid naissance. Puis qu'en mon cœur tu meurtris l'espérance.

Las! que me sert ta saison tant aimée. Qui le printans est des autres nommée,- Si pour serain ou pour chaleur qu'il face, le ne sens rien que nuages et glace ?

Champs, prez et bois prennent tons couleur verle, Seul par le noir je tesmoigne ma perte. Et n'ay pour Heurs, en mon ame amassées, Que soucy double et fascheuses pensées.

Donc que i'an change en saisons différantes, Je seray ferme et mes plaintes constantes; Et. quand le ciel sera plus clair de flarae, Tousjours le dueil obscurcira mon ame.

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