‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 3)Chapitre 152 sur 163 · COMPLAINTE POUR LE ROI HENRI · texte numérisé non relu

COMPLAINTE POUR LE ROI HENRI

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Lieux de moy tant aimez, si doux à ma naissanct*, Rochers, qui des saisons dédaignée Tinconstance,

Francs de tout changement; Effroyables déserts, et vous, bois solitaires. Pour la dernière fois soyez les secrétaires

De mon dueil véhément.

Je ne suis plus celuy dont la grâce et la veuê Itendoit ceste contrée en tout tans si pourveuê

D'amours et de plaisirs ; Qui donnoit à ces eaux un si plaisant murmuic, Tant d'émail à ces prez, aux bois tant de vci-durc,

Aux cœurs tant de désirs.

Ma fortune amiable a tourné son visage, Mon air calme et serain n'est plus rien qu'un orui^r

D'ennuis et de malheurs; Mes jours les plus luisans sont changez en ténèbres : Et mes chants de victoire en complaintes funèbres,

Mes plaisirs en douleurs.

Quand j'approche de vous, belles fleurs printanières Vostre teint se flestrist, les prochaines rivières

Cherchent d'auti'es destours :

Je fay tarir l'humeur de ces fontaines claires, Qui craint que de mes yeux les sources mortuaires

Re profanent son cours.

Pleuat au ciel, dont les loix me sont si rigoureuses, Que je fusse entre vous, ô grand's masses pierreuses I

Un rocher endurcy; On dit qu'une Thebaine y fui jadis changée ; lié ! pourquoy ne fait donc mon angoisse enragée

Que je le sois aussi !

Helas ! je le suis bien : car se pourroit-il faire, Si j'avoy d'un mortel la nature ordinaire.

Que je peusse porter Si long-tans les efforts des ennuys et des peines? Non, je suis un rocher, dont on voit cent fonlaineb

Nuit et jour dégoûter.

J'ay le cœur si comblé d'amertume et it'oppi'esse, Que, par contagion, je l'eus pleins de tristesse

Ceux qui parlent à moy; Et qui pense adoucir le regret qui m'entame, Sent en me consolant couler dedans son ame

La tristesse et l'esmoy.

De tous plaisans discours mon cuurage s'oflence, In mal tel que le mien estant sans espérance

« Est aussi sans confort ; V.V qui sonne plus doux à mes tristes oreilles, Vy sont cris de hibous, d'importunes corneilles

El d'oiseaux de la mort.

La mort est seule piopre au dueit qui me possède ; .Mon mal est venu d'elle, en elle est mon remède.

0 vous I pleins d'amitié, Qui plaignez mes douleurs, d'une main secourable Advancez mon trespas. Meurtiir un misérable

C'est acte de pitié.

Que n'jiccourt à mes mes cris quelque beste sauvage, Qui, d'excessive taim sentant croistre sa rage,

Me dévore les os?

Mourant, je beniroy sa cruauté meurtriei'e ; Car l'heure de ma tin sera l'heure premiei-e

De mon plus doux repos.

Nimphes de ces forests, mes fldelles nourrices, Tout ainsi qu'en naissant vous me fustes propice».

Ne m'abandonnes pas, (^Hiund j'achève le cours de ma triste advanture : Vous flstes mon berceau, faites ma sépulture

Et pleurei mou trespas.

AD l»HILIPPUM P0RT/EU51

V»rsibiit ut lenis, comis tic moribns idem rs ; Si lego te vidfo, si ridfoqne Ifgo.

Steph. Pasciiasil's '.

Étlenuc Pasquier, qtie ses luUes contre les jésuites i>l ses divers écrits I rvndH célèbre, notamment ses UeckerOu» de la Fmut-

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