‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 3)Chapitre 156 sur 163 · PARAPHRASE · texte numérisé non relu

PARAPHRASE

Mn I.F. CANTIQUK D£S TftOIS KXFAN^. DAM6I., III.

lienedicile omnia opéra Doniini, ftc

0 vous! du Seigneur les ouvrapres, Clairs miroirs, vivantes images, Qui par tout son art faites voij*.

Effets que de rien il flst eslre, Tous, tous, bénissez vostre maislre, Louez et haussez son pouvoir.

Anges, ses ministres fidelles, Purs esprits, lumières très belles, Gieux si règlement mesurez, Humeur en crystal tongelée Plus haut que la vouste estoilée.

Le Seigneur, sans fin,, rêverez.

Vertus, dont l'heureuse innnente Aux elemens donne puissance, Estoiles, Heurs du firmament, (Eil du jour, œil de la nuict hnme, Soleil ardant, humide lune.

Louez le Seigneur hautement.

Benissez-le, pluye et rosée, t^nfort de la terre embrasée, Vents légers, esprits agitez.

Feu, dont la nature est si vive, Hiver pesant, chaleur active, Sur tout le Seigneur exaltez.

Frimas et bruine menue Flocons blancs tombans de la nue Gelée et glaçons conriensez Jours et nuicts, terrestres nmurasés

5m (B0TRE8 CHtESTIEMNEfi.

TourliiUoiis, foudres et nuages, Sai» Un le Seigneur bénissez.

Bénisses sa bonté propice, Terre, des vivans la nourrice.

Monts et cousteaux moins relevez, Tout ce qui se germe en la terre, Et les minéraux qu'elle enserre, Tous, tous, le Seigneur élevez.

Fleuves, mers, ruisseaux et fontaines, Benissea-le; lourdes baleines, Poissons, qui dans l'eau vous jouez, Hostes de Tair de tous ramages.

Animaux privez et sauvages.

D'un accord le Seigneur louez.

Haussez-le sur toute puissance, Vous humains faits i sa semblance.

Bénisse Israël sa bonté; Ministres des divins offices, Prestres voués aux sacrifices.

Par vous le Seigneur soit chanté.

Serfo du Seigneur, donnez-luy gloire ; Esprits, célébrez sa mémoire.

Qui purs la justice embrassez ; Humbles de cœur et de pensée, Dont rame est toute à lui dressé(>, Sans fin le Seigneur bénissez.

Eutre tous qui gloire luy donnent.

Que nos voix plus hautement sonnent , Nous qu'il a d'enfers retirez ' Et des mains d*une mort certaine, Et de la fournaise inhumaine.

Qui nous eiist à coup dévorez.

Confessons qu'il est débonnaire, Que sa grâce à jamais esclaire, Rt qu'il est le grand Dieu des Dieux.. ^ Ainsi levans au ciel leurs âmes, Et s'esgayans dedans les fiâmes, Chantoyent les trois enfans hebrieux.

PLAINTE

Depuis six mois entiers que ta main courroucée Se retira, Seigneur, de mon ame oppressée, Bl me laissa débile au pouvoir des malheurs, J'ay tant souffert d'ennuis, qu'helas! e ne puis dire

(KOVnJSS CnRESTIEMNES. m

Comment mes tristes yeux aux pleurs ont pu suffira. Aux complaintes ma bouche et mon cœur aux douleurs.

Je n'y vois point de cesse, et ipa pane cruelle, Que le temps deust vieillir, sans fin se renouvelle. Poussant maint rejetton espineuxet tranchant; Une nuict de fureurs rend horrible ma vie, I^ deconfort me suit encor que je le fuye. Et la raison me fuit plus je la vay cherchant.

0 Dteul mon seul refuge et ma guide asseur^;e, Pcux-tu voir sans pilié la brebis esgarée, Estonnée, abbatue, à la merci des sens, Qui, comme loups cruels, taschent de s'en repaisiro? IVesque le desespoir s'en est rendu le maistrr, L'effrayant de regars et de cris menaçans.

N'abandonne ton œuvre, ô Dieu plein de clomenre ! Si je t'ay courroucé par trop d'impatience, Plaignant de mes plus chers l'infortuné trempas ; Si je me suis matté d'excessive tristesse, Excuse des mortels l'ordinaire fuiblesse : Seigneur, tu es parfait et l'homme ne l'est pas.

Toy-mesme, 6 souverain, nostre unique exempIaiiT, Quand tu veis ton amy dans le drap mortuaire, L'œil clos, les membres froids, palle et défiguré, Ne te pcus garantir de ces piteux allarmes; Les soleils de tes yeux furent baignés de larmes, Et du Dieu de la vie un corps mort fust pleuré.

Moy donc qui ne suis rien qu'un songe et qu'un ombrage Se faut-il estonner, en ce terrible orage. Si ce qui t'a touché m'a du tout emporté? Si pour un de tes pleurs j'ay versé des rivières, Toy, soleil flamboyant, seul père des lumières, Jloy, nuage espaissi, moite d'obscurité?

Quand de marbre ou d'acier mon ame eust été faite. Las! eussé-je peu voir tant d'amitié desfaite. Sans me dissoudre en pleurs, sans me decon Porter ? Voir de mon seul espoir les racines seichées Et les plus vives parts de moy-mesme arrachées, Mon cœur sans se douloir l eust-il peu supporter?

Je n'y pense jamais (et j'y pense à toute heure; Sans maudire la mort, dont la longue demeure Apres vous, chers esprits, me retient tant ici. J'estoy premier entré dans ce val misérable : 11 me semble, ô Seigneur! qu'il estoit raisonnable Que, le premier de tous, j'en deslogeasse aussi. ^

Mais en tous ces discours vainement je me fonde ; Tu les avois prestez et non donnez au monde.

SOti (KUVRES CHftRSTlKNNES.

Kt as peu comme tiens à toy les retirer. Ilelas! je le sçay bien, mais ma foible nature Trouve pourtant, Seigneur, ceste oi-donnanoe dni^e, Kt ne peut sur son mal d'appareil endurer.

Plaise-toy l'augmenter de force et de courage; Sers de guide à mes pas, fens l'ombre et le nuage, Qui m'a faict esgarer si long-temps de mon bien. Et surtout, ô bon Dieu, donne à mon impuissaniN^ Ou moins de passions, ou plus de patience, Afln que mon vouloir ne s'eslaigne du tien.

Donne que les esprits de ceux que je soupire N'esprouvent point. Seigneur, ta justice et ton ire ; Rens-les purifiez par ton sang précieux, Cancelle leui's pecbez et leurs folles jeunesses, Fay-leur part de ta grâce, et, suivant tes promesses, ïlessuscile leurs corps et les mets dans les cieux.

SON.NKTS SPlUlTrKI.S

Depuis le triste point de ma fresle naissance. Et que dans le berceau, pleurant, je fu posé, Quel jour marqué de blanc m'a tant favoris*'; Que de l'ombre d'un bien j'aye eu la jouissance?

A peine estoient seichez les pleurs de mon enfance, Qu'au froid, au chaud, à l'eau, je me veis exposé, D'Amour, de la fortune et des grands maistristi, Qui m'ont payé de vent poui* toute récompense.

J'en suis fable du monde, et mes vers dispersez Sont les signes piteux «les maux que j'ay passez, ()uand tant de flers tyrans ravageoyent mon courage.

Toy qui m'ostes le joug et me fais respirer, 0 Seigneur! poui* jamais vueille-moy retirer De la terre d'Egypte et d'un si dur servage.

Si la course annuelle en serpent retournée Devance un trait volant par le ciel emporté. Si la plus longue vie est moins qu'une journée, Une heure, une minute, envers 1 éternité;

Que songes-tu, mon anie, en la teiTe enchaisniV? Quel appast tient ici ton désir arrcsté? Faveur, thresors, grandeurs, ne sont que vanité, Trompans des fols mortels la race infortunée.

ŒUVRES OURESTIEMNëS. j05

lliis que Theur souverain ailleurs se doit ckeivhei-, 11 faut de ces gluaux ton plumage arracher Et voUer dans le ciel d'une légère traicte.

Là se trouve le bien aflfranchi de souci, La foy, l'amour sans feinte et la beauté parfaicte Qu'à clos yeux, sans profit, tu vas cherchant ici.

Puis que le miel d'amour, si comblé d'amerluinc, N'altère plus mon cœur comme il fli autrefois; Puis que du monde faux je mesprise les lois, Nonstrous qu'un feu plus saint maintenant nous allume.

Seigneur, d'un de tes doux je veux faire ma plume. Mon encre de ton sang, mou papier de la croix, Mon subject de ta gloire, et les chants de ma voix De ta mort, qui la mort éternelle consume.

Le feu de ton amour, dans mon aroe eslaiicV, Soit la sainte fureur dont je seray poussé, Et non d'un Apollon l'ombrageuse folie.

Cet amour par la foy mon esprit ravira, Et, s'il te plaist. Seigneur, au ciel l'eleveru Tout vif, comme sainct Paul ou le prophète Klie.

Le jour chasse le jour, comme un flot l'autre chasse, Le temps léger s'en voile et nous va décevant. Misérables mortels, qui tramons en vivant Desseins dessus desseins, fallace sur fallace.

Le cours de ce grand ciel, qui les astres embrasse. Fait que Tage et le temps passent comme le vent; Et sans voir que la mort de près nous va suivant. En mille et mille erreurs nostre esprit s'entrelassc.

L'un, esclave des grands, meurt sans avoir vescu. L'autre de convoitise ou d'amour est vaincu; L'un est ambitieux, l'autre est chaud à la guerre.

Ainsi diversement les désirs sont poussez. Mais que sert tant de peine, ô mortels insensés? H faut tous à la fin retourner, à la terre.

Seigneur, preste l'oreille aux soupirs douloureux D'un pécheur, qui sans toy de tout bien se desfie ; Que ton ii^juste mort son péché justifie, Et l'eleve par gi-ace au lieu des bien«heureux*

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