ŒUVRES CHRESTIENNES
Imu, loin, bien loin de moy, venin trop dangereux l)c ce Irouiioau vantcur, qui tout en soy se fie ! Leur audace, û Seigneur ! sans fin te crucifie, Avec plus de mespris que les juifs rigoureux.
Sainct Pierre, avant ta prise, ainsi fier de soy-niesinc, S'offi-c à mourir pour toy, brusle en ardeur extrême, ' IHiis au moindre péril tout autre il se fait voir,*
Kt pour une servante il renonça son Maistre. Cet exemple, ^ Seigneur! assez nous fait cognoistre Combien sans ton secours foible est nostre pouvoir '.
Chargé de maladie et plus de mon offance, 0 Seigneii^r! lu me vois dans un lict périssant; Ma vigueur diminue, et ma douleur croissant Fait chacun s'estonner de ma grand' patiance.
Continue, ô mon'Bieu 1 donne-moy la puissance De supporter ce mal, qui le corps va forçant, El fay que mon esprit soit tousjours bénissant, Au plus fort des douleurs, ta gloire et ta cleniance.
Donne de l'eau, Seigneur, & mes yeux espuisez, Pour rendre avec mes pleurs mes péchez arrosez, El les lave ei) ton sang avant que je trespasse.
Je ne demande point de vivre plus long-tans, Du monde et de ses jeux mes désirs sont contans ; Assez j'auray vescu si je meurs en ta grâce *.
Sur des abysmes ci*eux les fondemens poser De la terre pesante, immobile et féconde, Semer d'astres le ciel, d'un mot créer le monde, l.a mer, les vens, la foudre à son gré maistriser,
De contrarietez tant d'accords composer,
I Imité d'un sonnet itaUen qui commence par cette strophe :
Corne, Dio, dir poiro dijioter poIo, Sens» la grazia tua, ch' affreiui e sproiia, Acqiiistanni la su palraa et corona.
S'a mia vergogna ad ù mia morte volo?
t Imité d'un sonnet italien qui débute par ces vers :
Carco gii d'anni e più di colpe Rrave, Sigiior, giace il tuo servo, e 1 doppio incirco IH due morte lo stida, e d'ambe el varco. Si vede giunto, onde sospira e pave.
ŒUVRES CHRKSTIENKES. !S55
La malierc difforme orner de Torme ronde, Et par ta prévoyance, en merveilles profonde, Voir tout, conduire tout, et de tout disposer.
Seigneur, c'est peu de chose à ta majesté haute; Nais que toy, créateur, il t'ait pieu pour la faute De ceux qui t'offensoyent en croix estre pendu.
Jusqu'à si haut secret mon vol ne peut s'estendi'e; Les anges ny le ciel ne le sçauroyent comprendre ; Apprens-le-nous, Seigneur, qui l'as seul entendu * !
Si mes ans les plus beaux, helas! trop mal perdus ' Au volage appétit d'amour et d'une dame, Plein de chaude espérance et d'amoureuse flame, A ta gloire, ô Seigneur! eussent esté rendus;
Mes soupirs et mes cris ne seroyent entendus Maintenant, que trop tard le repentir m'entame, El ces vers, messagers de l'erreur de mon ame, veroyent en ton honneur çà et là respahdus.
Au moins puis qu'à la fin sorti de servitude, Je cognoy ma sottise et leur ingratitude. Parfais en moy, Seigneur, ce qu'as bien commencé.
Ta bonté pour jamais de leurs fers me délivré, Et le reste des ans que tu me feras vivre. En si stérile champ ne soit ensemencé *,
Voyant tant de grands flots et de vents s'eslever Pour submerger ma barque errante et passagère, Eussé-je, ô souverain ! comme le second père, Au naufrage du monde, une arche à me sauver !
Peussé-je à mon besoin ta clémence esprouver Et, comme les Hébreux en la terre estrangere,
' Tradikction d'un sonnet italien qui commence par wa mois :
l.ocar sovra gV abissi i fondamenti IhilV ainpia terra, e quasi un picciol velu L'aria spiegar, con Je luo mani il cielo E le stelle forraar, cliiare e Iwvenli, etc..
* Tiaduil DU imité d'un sonnet italien qui débute par celte strophe :
Se di quei di, che vanneggiando ho epeso Dietro a false speranze e cieco aidore Di donna e di signor, che M meglio e*!. lioi c Di lor s'han collo inulilmeiile e preso, etc..
iO
uOG «EUVKbS CIIKËSIIENNKS.
Passer la nier à sec d'une pbnte légère, Puis au pals promis par ta grâce arriver!
Ou que mon cœur tremblant, que l'orage espouvante, Sentist comme sainct Pierre au fort de la tourmante, Quand sa foy desrailloit, de ta main le secours!
Ta bonté par le tans n'est en rien plus petite; Sauve dune par ta grâce un qui moins le mérite. Et qui durant ses maux n'a qu'à toy son recours.
Tourne un peu devers moy ton regard pitoyable, Soleil, père de vie, en qui seul je m'attans; Sers de guide à mes sens esgarez et flottans Par les bancs périlleux du monde misérable.
Purge et guari mon aroe, helas 1 presque incurable l Prive mon cœur troublé de désirs inconstans Et d'espoirs enchanteurs, qui m'ont faict si long-tans Battre l'air, peindre en l'onde et fonder sur le sable.
Je cognoy bien ma faute et la vay maudissant; Mais pour m'en garentir je me trouve impuissant; Le monde en ses erreurs trop encore m'enseri'e.
Si l'esprit quelquefois veut s'eslever aux cieux» Toujours derrière moy je retourne les yeux, Comme la femme à Lot ayant quitté sa terre.
lielas 1 si tu prens garde aux erreui-s que j'ay faites^ Je radvouê, ô Seigneur ! mon martyre est bien doux; Mais si le sang de Christ a satisfaict pour nous, Tu décoches sur moy trop d'ardentes sagettes.
Que me demandes-tu? mes œuvres imparfaites, Au lieu de t'adoucir, aigriront ton courroux; Sois-moy donc pitoyable, ô Dieu ! père de tous, Car où pourray-je aller si plus tu me rejettes?
D'esprit triste et confus, de misère accablé. En horreur à moy-mesme, angoisseux et troublé, Je me jette à tes pies; soy-moy doux et propice!
Ne tourne point les yeux sur mes actes pervers, Ou si tu les veux voir, voy-les teints et couvers Du beau sang de ton Fils, ma grâce et ma justice '.
* Traduit d'un sonnel ilalien de Molza, que nous avons cité dans la pt'é^ race di> ce volume. '
Q^UVUES ClIl'iESÏlË.NNES. oU?
La vie est une lleui* espineuse et poignante, Belle an lever du jour, seiche en son occident; Cesf moins que de la neige en Testé plus ardent, v C'est une nef rompue au fort de la tourmente.
L'heur du monde n'est rien qu'une roue inconstante, D*un labeur étemel mon^nt et descendant; Honneur, plaisir, profict, les esprits desbordant. Tout est vent, songe et nue et folie évidente.
Las ! c'est dont je me plains, moy qui voy commencer Ha teste a se mesler, et mes jours se passer. Dont j'ay mis les plus beaux et ces vaines fumées;
Et le fruict que je cueille, en que je voy sortir Des heures de ma vie, helas! si mal semées, C'est honte, ennuy, regret, dommage et repentir.
Si j'ay moins de pouvoir, plus j'ay de cognoissance, Si ma vie est un but immobile aux malheurs, Si mon feu se nonrrist dans les flots de mes pleurs, Si la fln d'un travail d'un autre est la naissance,
>"i rien qu'en des tombeaux nuict et jour je ne pense, î i je n'aime que l'ombre et les noires couleurs, ^i le.jour me dcsplaist, si mes fieres douleurs kvL repos de la nuict croissent leur violence,
Si sans sçavoir pourquoy je ne fais que pleurer. Si du monde inconstant l'on ne ]ieut s'asseurer. Si c'est un océan de misère et de peines,
Si je n'espère ailleurs ny salut ny secours, 0 mortl n'arreste plus, romps le fil de mes jours» Et meurtris quant et moy tant de morts inhumaines!
Quatid quelquefois je petise au vol de ceste vie, EU que nos plus beaux jours plus vistement s^en vont^ Comme neige au soleil mes esprits se desfont, Et de mon cœur troublé toute joye est ravie.
0 désirs 1 qui teniez ma jeunesse asservie, Seinant devant le temps des Hdes sur mon front, Ma nef par vos fureurs ne sera mise à fond ; Je voy la rive proche où le ciel me convie.
Mais iJourquoy, las! pluslost ne me suis-je ad visé
3(18 lEUVRKS CURESTIENNES.
Que le bien de ce monde et Thonneur plus prisé,
Yest qu'un songe, un fantosme, une ombre, un vain nua^^^e ?
Telle erreur si long-tans ne in'eust pas arresté. Comme un second Narcis, amoureux de l'ombrage, Au lieu du bien parfaict et de la vérité.
De fuy, d'espoir, d'amour et de douleur comblée, Celle que les pécheurs doivent tous imiter, U î^eigneur ! vint ce jour à tes pies se jelter, l*ett craignant le mespris de toute une assemblée.
Ses yeux, sources de Teu, d'où l'Amour à l'emblée Souloit dedans les cœurs tant de traits blueter, Ciiangez en source d'eau, ne font que dégoûter L*amertume et l'ennuy de son ame troublée.
De ses pleurs, ô Seigneur ! tes pies elle arrosa, Les parfuma d'odeurs, les seicha, les baisa. De sa nouvelle amour monstrant la véhémence.
0 bien-heureuse femme ! ô Dieu toufyours clément ! 0 pleur! ô cœur heureux! qui n'eut pas seulement Pardon de son erreur, mais en eut récompense '.
Quand le Verbe éternel, par qui tout est formé, Kut enduré la mort pour nous donner la vie. Trois disciples secrets, pleins d'amour infinie, Dedans un monument ont son corps enfermé.
Mais avecques ce corps de ton fils bien-aimé Fut enterré ton cœur, d dolente Marie ! I*e tes yeux ruisselans la splendeur fut tarie, Et de raille couteaux ton esprit entamé.
Le ciel, les elemens alors tous se troublèrent. De ce grand univers les fondemens tremblèrent, Et le soleil luisant esteignit son flambeau.
0 secret que les sens ne sçauroient bien entendre ! Geluy qui comprend tout, et ne se peut comprendre, Est clos pour nos peschez dans un petit tombeau !
I Traduit ou imité d'un soimet italien qui débute par ces vers :
fia speroe, da dolor, da viva fade 3lossa coléi, al cui bel nome honore Kend' og^i il mondo, venne al suo signoi'O, Cb* elernameiite il tuUo rege e vede.
(FUVAKS CHRESTIENNRS. STiO
Quand, miroir de moy-mesme, en moy je me regarde, Je voy comme le tans m'est sans finiict escoulé, Tandis que, de jeunesse et d'arooui' affolé, Ce monde en ses destours m'amuse et me retarde.
La beauté de mes ans. comme un songe Tuyarde, Me laisse en s envolant le poil entremeslé, Le teint palle et flestri, le cœur triste et gelé, Qui pour tous beaux pensera la repentance garde.
Ne trouvant si changé, je dy morne et conHis : Tu n'es plus, ô chetif 1 ce qu'autrefois tu fus^ Voy ta nuict qui s'approche et pense à la retraite !
R'acquiers le tans perdu, doublement travaillant, (k>mme le voyageur trop tard se resveillant Gaigne en doublant le pas la perte qu'il a faite.
Je regrette en pleurant les jours mal employez A isuivre une beauté passagère et muable, Sans m'eslever an ciel et laisser mémorable Maint haut et digne exemple aux esprits desvoyejE.
Toi qui dans ton pur sang nos mesfaits as noyez, Juge doux, bénin père et sauveur pitoyable, Las! relevé, ô Seigneur I un pécheur misérable, Par qui ces vrais soupirs au ciel sont envoyez.
Si ma folle jeunesse a couru mainte année Les fortunes d'amour, d'espoir abandonnée. Qu'au port, en doux repos, j'accomplisse mes jours,
Que je meure en moy-mesme, à fin qu'en toy je vive, Que j'abhorre le monde et que, par ton secours, La prison soit brisée où mon ame est captive.
ODE
Arrière, ô fureur insensée !
Jadis si forte en ma pensée.
Quand d'amour j'estois allumé :
Rempli d'une flamme plus sainte.
Je sens maintenant toute estainte L'ardeur qui m'a tant consumé.
C'est trop, c'est trop versé de larmes, C'est trop chanté d'amours et d'armes,
"ilO (EUVRE8 GHBESTIBKNES.
r.'est Irop semé ses cris au vent, C'est trop, plein de jeunesse folle, Perdre tans, labeurs et parolle, Pour le corps l'ombrage suivant.
Seigneur, change et monte ma lyre, Afln qu'au lieu du vain martyre Qui se paist des cœurs oeieux.
Elle ravisse les oreilles, Resonnant tes hautes merveilles.
Quand de rien tu formas les cieuz.
0 Père! à toy seul je m'adresse, Pécheur qui prens la hardiesse D'élever le regard si haut; Et, te descouvrant mon offence, J'invoque, en pleurant, ta clemenci»
Pour me purger de tout défaut.
Si je suis tout noirci de vice, Tu peux m'appliquer ta justice, - ^ Comme j'en ay parfaicte foy ; Si je ne suis que pourriture, Pourtant je suis ta créature, Qui ne veux m'adresser qu'à toy.
Fay moy voir ton œil pitoyable, Et, bien que je sois misérable, Monstre-toy gracieux et doux; Ne me chastie en ta colère :
Car, helas! si tu le veux faire.
Qui pourra porter ton courroux?
Le ciel, qui toute chose embrasse, Fuiroit tremblant devant ta face, S'il te cognoissoit irrité; Et des anges la troupe sainte N'oseroit paroistre, en la crainte De ta juste sévérité.
(l'est toy, qui d'une main puissante Dardes la foudre punissante.
Et qui d'un clin d'oeil seulement Fais tourner ceste masse ronde; La flamme, l'air, la terre et Tonde Sont serfs de ton commandement.
C'est toy qui n'as point de naissance, Triple personne en une essence.
Tout saint, tout bon, tout droituricr, Ton doigt ce grand univers range, Et, bien que toute chose change, Tu demeures sans varier.
(KDVRBS CHRBSTIENltES. Ml
Ta parole est seule asseurée, Et quand plus n'aura de durée Du ciel Vassidu mouvement, Elle encor demeurera ferme, ('omme n'ayant ny fin ny terme, Non plus que de commencement.
Seigneur, c'est sur ceste parole Que je m'asseure et me console Quand mon cœur se pasme d'effroy; C'est elle qui me fortifie Kt qui fait qu'ainsi je me fie En Christ, mon sauveur et mon roy.
Fondé sur chose si certaine, Auroy-je une espérance vaine?
N'auroy-je ce qu'ay désiré?
Mon attente est en ta clemance, Ta parole est mon asseurance :
Sçauroy-je mieux estre asseuré?
C'est pourquoy desjà j'ose dire Que rien n'a pouvoir de me nuire, Le péché, l'enfer ny la mort.
Ta bonté me donne courage; Qui peut m'asseurer davantage ^
Qu'un Dieu si puissant et si fort?
Continue, 6 Dieu! continue, Afin que ta force connue Soit tousjours mon seul argument, Délaissant les faulses louanges De mille et mille dieux estranges Que j'ay chantez trop follement.
Qu'en mes vers désormais j'efface Tant de traits, d'ardeurs et de glace; Qu'on ne m'entende plus vanter Les yeux d'une beauté mortelle, Qui, par quelque douce cautelle, Auroient sceu mes sens enchanter.
Je m'en repens, rouge de honte.
Quand je mets quelquefois en conte Tant de propos que j'ay perdus, Tant de nuicts vainement passées.
Tant et tant d'errantes pensées.
Et de cris si mal entendus.
Oi-es troublé de jalousie, Ore ayant dans la fantaisie Quelque autre élancement nouveau, Selon que les vagues soudaines
512 «EOVKBS CHftBSTlENSES.
De mille tempestes mondaines Agitoyent mon foible cerveau.
La mer qui gronde et se courronsse.
Quand maint vent la pousse et repoussa", N*escume point en tant de flots, Comme je portois dans la teste Durant l'amoureuse tempeste D'orageux tourbillons enclos.
Soit qu'on veit la belle lumière.
Ou soit que la nuict coustumiere A son tour se vinst présenter, Jamais ceste rage inhumaine Ne donnoit relasche à ma peine. Obstinée à me tourmenter.
liais quoy ? veux-je Taire revivre Tant de morts dont tu me délivre?
yeux«je me plaindre une autre fois?
Et par mes accens lamentables Tascher à rendre pitoyables IjCS monts, les rochers et les bois?
Las! non; mais, plein de repentance.
J'en veux perdre la souvenance, Et l'avoir touajours en horreur.
0 Seigneur I à qui je m'adresse, Ne sou(n*e, lielas! que ma jeunesse Retombe plus en ceste erreur.
Un cœur net en moy renouvelle, Afin que plus je ne chancelle, Suivant mon Instinct vicieux; Et quelque chose que je Tace, Daille-moy pour guide ta grâce, Qui m'adresse au chemin des deux.
Fay que mon lut tousjours te sonne, Fay que mon doigt rien ne IVedonne Que tes œuvres grans et parfaicts; Que ma bouche se tienne close, ^i je veux parler d'autre chose Que de ta gloire et de tes faicls.
PLAINTE
Des abysmes d'ennuis en l'horreur plus extresme. Sans conseil, sans confort d'autruy, ny de moy-mesme, (r4ar, helas ! ma douleur n'en sçauroit recevoir) Outré d'ame et de corps d'incurables atteintes,
SUVRB6 CHRSSTIENNES. 5tS
Mon cœur, qui n'en peut plus, s'ouvre en ces Irisles plaintes, Puisque ma voix, Seigneur, n'en a pas le pouvoir.
Ton ire en sa fureur si durement me touche. Que pour ne crier point tu m'est oupes la bouche, Et ne puis envoyer mes querelles aux cieux. Non chef tout à la fois a tari ses fontaines; Je n'ay pas seuleroejit du sang dedans les veines Pour respandre à bouillons par la bouche et les yeux
Tu m'as posé pour butte aux angoisses ameres, Aux malheurs, aux regrets, aux fureurs, aux misères; Mon mal n'est toutesfois si grand que mon erreur. Mais si, pourray-je dire en ma peine effroyable, Bien que je te reclame et doux et pitoyable, Tu me fais trop sentir les traits de ta fureur.
De foîblesse et d'ennuis mon ame est esgarée. Les os percent ma peau, ma langue est ulcérée. Gomme flots courroucez mes maux se vontsuivans; Pour tout nourrissement j'engloutis ma salive, Et croy que ta rigueur ne permet que je vive Que pour servir d'exemple et de crainte aux vivans.
Depuis quatorze jours je n'ay clos les paupières, Et le somme, enchanteur des peines journalières, De sa liqueur charmée en vain me va mouillant ; 11 est vray que l'effort du mal que je supporte Rend ma teste assommée, et m'assoupit de sorte Qu'on me jugeroit mort, ou tousjours sommeillant.
En cest estonnement mille figures vaines, Touajoursd'effroy,de meurtre et d'horreur toutes pleines. Reveillent coup sur coup mon esprit agité; Je resve incessamment, et ma vague pensée, Puis deçà, puis delà, sans arrest est poussée, Comme un vaisseau rompu par les vents emporté.
llelas! sois-moy propice, ô mon Dieu! mon refuge! Puny-rnoy comme père, et non pas comme juge, Et modère un petit le martyre où je suis ; Tu ne veux point la mort du pécheur plein de vice. Mais qu'il change de vie et qu'il se convertisse; Las! je le veux assez, mais sans toy je ne puis.
Je ressemble eu mes maux au passant misérable. Que des brigans pexvers la troupe impitoyable Au val de Jéricho pour mort avoit laissé; Il ne pouvoit s'aider, sa fin estoit certaine. Si le Samaritain, d'une ame toute humaine, M'eut estanché sa playe et ne l'eust redressé.
Ainsi, sans toy, Seigneur, vainement je m'essaye. Donne m'en donc la force et resserre ma playe,
su CEUTEES CHRB8TIENIIE8.
Purge et guari mon cœur que ton ire a toucha, Et que ta saincte roix, qui força la nature, Arrachant le Lazare hors de la sépulture, Arrache mon esprit du tombeau de péché.
Fay rentrer dans le parc ta brebis esgarée, Donne de l'eau vivante à ma bouche altérée, Chasse l'ombre de mort qui voile autour de moy, Tu me vois nu de tout, sinon de vitupère; Je suis l'enfant prodigue, embrasse-moy, mon père ! Je le confesse, helas ! j'ay péché devant toy.
Pourquoy se (ùst offert soy-mesme en sacrifice Ton enfant bien-aimé, Christ, ma seule justice? Pourquoy par tant d'endroits son sang eust-il versé. Sinon pour nous, pécheurs, et pour te satisfaire? Les justes, ô Seigneur! n'en eussent eu que foire, Et pour eux son sainct corps n'a pas esté percé.
Par le flruict de sa mort j'attens vie étemelle; Lavée en son pur sang, mon ame sera belle. Arrière, ô desespoirs! qui m'avez transporté! Que toute desAance hors de moy se retire. L'œil bénin du Seigneur pour moy commence à luire; Mes soupirs à la fin ont esmcu sa bonté.
0 Dieu ! tousjours vivant, j'ay ferme confiance Qu'en l'extrême des jours, par ta toute-puissance, Ce corps couvert de terre, à ta voix se dressant, Prendra nouvelle vie et, par la pure grâce, J'auray l'heur de te voir de mes yeux face à face. Avec les bien-heureux ton sainct nom bénissant.