LX
Je suis repris, helas ! je suis repris; Plus que jamais une ardeur me consume; Je suis tout cuit du venin que je hume. Qui boit mon sang et trouble mes espris.
Aussi, mes yeux, c'estoit trop entrepris. Comment I desja vous en faisiez coustume De vous mirer au feu qui vous allume.
Hé! pensez- vous n'en estre point surpris?
Puis que par vous j'ay reçeu ce dommage, Je ne me plains que soyez en servage : wei*vage? non, ains douce liberté.
Mais mon esprit, qui n'a point fait d'oifence, Méritoit-il d' estre ainsi tourmenté, Et que mou cœur par l'œil fit pénitence?
38 UUM£.
Madame, après la murt, qui les beaulcz efface, Je tien que nous irons à l'infemal tourment, Vous, pour votre rigueur; moy, pour trop follement Avoir creu mon désir et suivi son audace.
Mais, pourveu que Minos nous loge en mcsme place, Vostre mal près de moy sera plus véhément, Ou j'auray, vous voyant, tant de contentement. Que je ne sentiray douleur, Hame ny glace.
Car mon ame, ravie en l'objet de vos yeux, Au milieu des enfers establira les cieux, De la gloire etenielle abondamment pourveuê;
Et quand tous les damnez se voudront émouvoir Pour empescher ma gloire, ils n'auront le pouvoir, Pourveu qu'estant là bas je ne i^erde la veuë.
Las! on dit que l'espoir nourrit l'affection, Et qu'il garde qu'amour ne meure à sa naissance; Et j'aime toutesfois, n'ayant nulle espérance, Car trop haut est l'objet de ma présomption.
Il n'y a cruauté, péril ny passion.
Qui me sçeust démouvoir de ma pei'severance. Et la seule douleur qui vainq ma patience, Cest que je sois contraint d'user de fiction.
Je considère assez qu'en si haute entreprise Trop de discrétion ne peut estre requise; Mais, s'il en faut user, je m'y force à regret.
Lasl contre ma raison mes sens sont en querelle, Mille débats conftis renversent ma cervelle ! En ces troubles d'esprit pourrois-je esti-e discret ?
Amour a mis mon cœur comme un rocher à l'onde. Comme enclume au marteau, comme une tour au vant. Et comme Por au feu, dont je pleure sou vant Et crie à haute voix, sans qu'aucun me responde.
Las! tes yeux sont luisans, et ta tresse m'est blonde ^ulement pour mon mal, car je vay recevant 1^ flots, les coups, Phaleino, et le feu trop vivant, Sans varier ma foy» qui plus ferme se fonde :
L'onde, c'e^t ton orgueil, le marteau, mon louituent.