‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 3)Chapitre 24 sur 163 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Le vaut, ta volonté tournant légèrement,

(Jui pourtant ne m'émeut, ne me rompt, ne m'encline;

Puis ton ardant courroux, plein de fbible rig^iieur, Comme un feu dévorant veut consommer mon cœur. Mais, tout ainsi que l'or, dans la braise il s'aflinc.

Comme un pauvre malade en la couche arresté, Qui, pour sa guarison, prend maint diveis bnivage, Herbes, charmes, billets, mais tout à son dommage, Car son mal incurable en est plus irrité;

En fm, perdu d'espoir, quand il a tout tenté. Remet à Dieu 8% vie et n'a plus de courage D'attendre aucun secwirs, ny que rien le soulage , Que celle qui des maux est le but limité;

De mesme, en mes douleui's, j'avoy pris espérance Que l'oubly, la raison, les dédains ou l'absence, He pourroient alléger, ou du tout me guarir.

Mais, voyant que sans fruict mon attente se treuve, J'obéis au destin, et, saris faire autre preuve. Des beaux traits de vos yeux je consens de mourir.

Si ce n'est qu'amitié, c'est la plus enflaméc. Et qui mieux tout à coup va gagnant les espris Qu'autre qui fut jamais ; n'en desplaise à Cypris, Les brandons de son flls ne sont rien que fumée.

Expert, j'en puis parler; mon ame, accoustumée Dans les fonmeaux d'amour plus ardemment épris, Recognoist à Tessay que tout n'est rien au pris De ceste amitié neuve, en mon sang allumÀ^

Quoy ! je ne puis dormir ; ô Dieu ! quelle amitié. Qui, conmie une fureur, me poursuit sans pitié, Et qui du desespoir les désirs fait renaistre :

Bref, qui fait qu'à tous vants mon vaisseau je remets I Non, ce n^est amitié : « L'amitié n'est jamais Du piince à son sujet, de l'esclave à son maistre. »

J'ay par iong-tans, comme amour m'affblloit, Fuivi ton œil, dont la flamme est si claire; Et mon regard, papillon volontaire, Tousjours autour voUoit et revolloit :

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