‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 3)Chapitre 30 sur 163 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

De liaison, qui vers nous son regard addrossa : Vostre débat, dist-clle, est de chose si grande, Que [MHir le bien jngcr plus long lorine il demande. Et, finis CCS propos, en riant nous laissa.

CHANSON

llelas! que ine faut-il faire Pour adoucir la rigueur D'un tyran, d'un adrersaire Qui tient fort dedans mon cœur?

Jl me brûle, il me saccage.

Il me perce en mille pars, Puis m'abandonne au pillage De mille outrageux soldars.

L'un se loge en ma poitrine, L'autre ine succe le sang, Et l'autre, qui se mutine.

De traits me pique le flanc.

L'un a ma raison troublée.

L'autre a volé mes espris.

Laissant mon ame comblée De feux, d'horreur et de cris.

Tous les moyens que j'essaye.

Au lieu de me proflter.

Ne font qu'enaigrir ma playe Et ces cruels irriter.

En vain je respan des larmes Pour les penser émouvoir, Et n'y puis venir par armes.

Car ils ont trop de pouvoir.

Puis ils ont intelligence A mon cœur qui s'est rendu ; Cil où j'avoy ma fiance M'a vilainement vendu.

Nais ce qui me reconforte En ce douloureux esmoy.

C'est que le mal que je porte Luy est commun comme à moy.

COMPLAINTE

Je veux maudire Amour, dieu de sang et de flame, Et du ciel contre luy la justice esniouvoir. Outré des passions qui traversent mon ame. Depuis qu'elle est réduite aux fers de son pouvoir.

Son pouvoir I qu'ay-je dit? Heias I j'ay fait offencc, C'est le voslre, Diane, auquel je suis soutuis, Et ne rcconnoy plus Amour ny sa puissance, Puis que je vois qu'Amour est de vos ennemis.

Vostre œil seul me commande, et mon cœur tribulaiic ^ Ne connoist autre amour, autre empire, autre loy; Je supporte ce joug comme un mal nécessaire, Et plus j'en suis contraint, plus s'augmente ma foy; Pour tant d'assauts divers, dont mon ame opressée S'est veuê en vous servant sans pitié recharger, Jamais je ne changeay ceste ferme pensée : La mort mesme et le tans ne la pourroient changer.

Je ne déguise point, mon cœur n'est point volage; Vous sçavez la grandeur de ma fidélité, Car les rays de vostre œil lisent dans mon courage ; Puis on ne peut tromper une divinité.

Si donc vous le sçavez, et qu'ayez connoissance Que je n'espère rien pour ma ferme amitié, Au moins faites semblant, pour toute recompanse, Que vous plaignez ma peine et qu'en avez pitié.

Las ! je sçays que le mal, dont mon ame est saisie. Vient de m'estre à vos yeux follement hazardé ; J'en ai perdu la veuê ainsi que Tirésie ; Le décret de Saturne est pour moy trop gardé. Toutesfois je ne puis ny ne veux me distraire De ces flambeaux divins, mon aimable tourment. Et me plais de languir en si belle misère, Puizant du malheur mesme un vray contentement.

Vous pouvez bien juger mon amour estre extresmo, Puis que le desespoir ne la peut offencer. Et que pour vous aimer je fay guerre à moy-mesme, Secondé seulement de mon triste penser.

Celuy qui bien aimant d'espoir se reconforte, Ne se peut dire aimer s'il m'est accomparé, Veu que sans reconfort ma douleur je supporte, Et que je suis constant estant désespéré.

Les herbes que l'on voit au printans désirable Ont leurs effets divers et leur propriété, Et de tant d'animaux l'un est doux et traitabic, L'autre se bagne au sang et à la cruauté. Or la propriété que le ciel m'a donnée. C'est d'adorer vos yeux, leur faveur poureuivant ; Et la vostre au contraire est de m'estre obstinée Et croistre en a'uautez mieux j'iray vous servant.

De vous donc je ne puis justement me complaindi'Ci Hais du ciel inhumain et du mal'heureux sort,

LIVRK I. 59

Qui jusqu'à un Ici point m'ont bien voulu contiaiuUre, Qu'aimant vos yeux divins je dois aimer ma mort. Vrayment je l'aime aussi ; car pront et volontaire, Voire avecque plaisir, je voile à mon trespas ; El, lorsque la Raison me remonstre au contraire Et m'en veut retirer, je ne l'escoute pas.

Si croy-je aucunesfois qu'il est bon que j'évite, Pour adoucir m^n mal, le feu de vos beaux yeux, Je le fay, mais en vain ; car rien ne me profite, Et pour vous esloigner je ne m'en trouve mieux. Le cerf qui sent d'un trait sa poitrine entamée, E^loignant le chasseur, n'amoindrit sa douleur ; Aussi pour vous fuir, l'ardeur trop allumée. Qui fait bouillir mon sang, n'a pas moins de chaleur.

Si donc je ne voy rien qui me soit secourable. Que ne fay-je dessein de mourir malheureux. Sans espoir que le ciel, quelque jour favorable, Oiange en bénin aspect mon astre rigoureux ? Voila tout le loyer où il faut que j'aspire, Pour avoir si longtans servi (idellement ; Toutesfois c'est loyer, quoy que l'on vueillc dire, Car il meurt bien-heureux qui meurt en bicn-ainiant.

CHANSON

L'Amour qui loge en ma poitrine.

Qui mes sens divise et mutine Et les fait bander contre moy, Le traistre est de l'intelligence De ceux qui révoltent la France, Ennemis de leur jeune roy.

Comme eux il est grand en cautelle Travaillant de guerre immortelle Mon cœur qui l'a si bien reçeu ; Et d'une modeste feintise Ses cmels projets il déguise.

C'est ainsi comme il m'a dcçeu.

Il m'a fait changer de pensée, J'ay ma foy première laissée, Et la loy des bons pères vieux ; Or' pour toute deité sainte, Tadore en honneur et en crainte a belle clairté de vos yeux.

Les mutins surprennent les villes, Et par leurs discordes civilles Comblent tout de sang et de feu ;

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