DIA5E
El luy, ine prenant à rcinblce.
De maux a mon ame comblée, Et me fait mom-ir peu à peu.
L'un d'eux cl<*s honneurs se propose, L'un des biens, l'autre plus grand'chose. L'antre un paradis bien-heureux ; Les biens, les honneurs et l'empire.
Et le paradis où j'aspire, * Cest d'e&tre tousjours amoureux.
PLAINTE
Quand je pense aux plaisirs qu'on reçoit en aimant, Et que le feu d'amour est une vive flame, i»ui fait mouvoir l'esprit et qui réveille l'arae. Rien ne me plaist si fort que Testât d'un amant.
Mais, quand je voy qu'Amour ses sujets tyraimise. Qu'il les tient prisonniers, qu'il les paisl de douleun ; Quand f oy tant de regrets, quand je voy tant de pleurs, J'estime bien-heureux qui garde sa franchise.
0 Dieu ! que de douceur de croire asseurément Que l'unique beauté, qui nostre ame a ravie. Auprès de notre amour n'estime rien sa vie I Lors il n'est rien si doux que Testai d'un amant.
liais, si Ton trouve après que c'est toute feintise, Et que son cœur volage est ailleurs diverty. Tout ce premier plaisir en rage est converly : Il est donc bien-heureux qui garde sa franchise.
Cest pourtant un grand heur que d'aimer hautement, Car un esprit divin tend aux choses hautaines, Puis mille beaux pensers adoucissent les paines : Il n'est donc rioi si doux que Testât d'un amant.
Ouy, mais le grand péril suit la grande entreprise, El qui monte bien haut peut bien bas tresbucher ; Et puis en se brûlant il faut son feu cacher : 11 est donc bien-heureux qui garde sa franchise.
Celui qui tout ravi contemple incessament La royne de son cœur, que le ciel a fait telle, Qu'il y trouve tousjours quelque beauté nouvelle, ^'estime rien plus doux que Testât d'un amant.
Mais, quand il voit après que la belle se prise, Ou qu'elle est fantasUque et se plaist à clianger, 11 maudit la fureur qui le fait enrager. Et nomme bien-heureux qui garde sa franchise.
Si est-ce un grand plaisir, après un long tourment. D'adoucir à la lin la rigueur de sa dame,
Baiser son front, sa bouche et ses yeux pleins de flanic; -Non, il n'est rien si doux que Testai d'un amant.
Mais SI, durant le tans qu'elle nous favorise, Un rigoureux départ nous force à la laisser. Quelle extrême douleur peut la nostre passer? 11 est donc bien-heureux, qui garde sa franchise.
Encor on se contente en cet esloignement. Car l'esprit s'entretient de douces souvenances, On pense à la revoir, on se paist d'espérances : 11 n'est donc rien si doux que Testât d'un amant.
Mais après le retour trouver sa place prise, Luy voii* le cœur changé, n'estre plus reconnu. Et se voir délaissé pour un nouveau venu : Est-il pas plus heureux qui garde sa franchise?
Vous qui goustez d'amour le doux contentement, Chantez qu'il n'est rien tel que Testât d'un amant] Vous qui la liberté pour déesse avez prise, Chantez qu'il n'est rien tel que garder sa franchise.
CO.NTK'AMOUR
Ce raaTheureux Amour, ce tyran plein de rage. Qu'ils estfait si long-tans vainqueur de mon courage, Qui m'a troublé les sens, qui m'a fait égarer, Sans plus bagner sa plume au ruisseau de mes larmes^ Est contraint, tout confus, de me quitter les armes Et chercher autre lieu propre à se retirer.
Ma raison s'est rendue à la fin la maistrcsse. Et, pour me faire voir ma faute et la finesse De ce traistre enchanteur, m'a débandé les yeux. Ce qui fait qu'à part moy je rougisse de honte, Voyant un petit nain dont j'ay tant fait de conte Et que j'ay révéré comme un des plus grands dieux.
Je connoy mon erreur, je connoy la folie Qui, profonde, a tenu mou ame ensevelie ; Je connoy les fiambeaux dont je fus embrasé. Je connoy le venin qui troubla ma pensée, Et regrette en pleurant ma jeunesse passée, Maudissant le pipeur qui m'a tant abusé.
Que mon cœur, que ma voix, que mon esprit se change. Au lieu de tant d'escrits sacrez à la louange, Cependant qu'un chaud-mal me rendoit insensé.. Que mon vers désormais déteste sa puissance, Afin que pour le moins chacun ait cdrmoissancc Que je n'ay pas grand' peur qu'il en soit oflfencé.
Airiutir, tyiaii ciuel, monarque Uc inarliie, La spuln occasion qui l'ait que l'un suupii'e, Oracle de mensongfe, ennemy de pitié, Large chemin d'erreur, barque mal asscurée, Temple de trahison, foy de nulle dui-éc, Bi*ef en tous tes effets contraire à l'amitié ;
Amour, roy des sanglots, prison usuelle et dure» Meurtrier de tout repos, monstre de la natuit?, Ik'uvage empoisonné, serpent couvert de fleurs, Sophiste i Injurieux, artisan de malice, Passagère fureur, exemple de tout vice, Plaisir mcslé dVnnuis, de regrets et de pleurs;
Amour, quedy-je, amour? mais inimitié forte, Appétit déréglé, qui h»s hommes transporte, Racine de malheur, source de déplaisir, Labirinthe subtil, passion furieuse.
Nid de déception, peste contagieuse.
Entretenu d'espoir, de crainte et de désir; ' Si fost que nostre esprit s'abandonne à te suivre, Helas 1 presque aussi tost nous délaissons de vivi^, Nous mourons sans mourir, nous perdons la raison. Nous changeons à l'instant nostre forme première. Nos yeux chargez d'erreur sont privez de lumière, Et n'avons pour logis qu'une obscure prison.
Tu romps l'heur de la vie avec mille travei'ses, Tu rechanges nos cœurs de cent sortes diverses, Boûillans et refroidis, craintifs et généreux : Or* nous voilons au ciel sans partir de la terre. Or* nous avons la paix, or* nous avons la guerre, Et n* avons rien de seur que d'estre mal'heureux.
S'il advient quelquefois que parmy nos destresses Tu mesles rarement quelques fausses liesses, Ce n'est pas qu'il te plaise alors nous contenter, Ce n'est pas que nos pleurs plus doux t'ayent pu rendre; Mais afin que la peine, en nous venant reprendre. Nous soit plus difficile et forte A supporter.
Tout ce qu'on peut apprendre en tes vaines escoloSi Ce sont des trahisons, des feintes, des paroles, Escrire dessus Tonde, errer sans jugement, Suivre en la nuict trompeuse une idole fuitive, Faire guerre à son ame et la rendre captive, Et pour se retrouver se perdre folement.
Les fruits qu'on en reçoit pour toute i-ecompense« Cest d'un long tans perdu la vaine repentanoe. Un regret desvorant, un ennuyeux mépris : llelas l l'en puis pailer, je say comme on s'en trcuve,
J'en ay fait, A ma honte, une trop longue esnrtjnvr, Honte, le seul loyer des travaux que j*ai pris.
Je ne me puis tenir de remettre en mémoire Ce tans, que cet aveugle, ennemy de ma gloire, Possedoit mon esprit, yvre de son erreur; Et pensant de mes faits l'estrange frenaisie, Presqu'il ne peut entrer dedans ma fantasio Que j'aye esté troublé d'une telle fureur.
Ores j'estoy craintif, ores plein d'asseurance, Ores j'estoy constant, ores plein d'inconstance ; Ores j'estoy pontant, or' plein de passions; Or' je desesperoy d'une chose asseurée, Puis je me tenoy seur d'une désespérée. Peignant en mon cerveau mille conceptions.
Quantes fois par les prez, les bois et les rivages, Ay-je conté ma peine aux animaux sauvages, Comme s'ils eussent peu mes douleurs secourir ! Les antres pleins d'eflï'oy, les rochers solitaires, Les desers séparez estoient mes secrétaires. Et, leur contant mon mal, je pensoy me guarir.
Quantes fois plus joyeux ay-je allégé ma paine, Me laissant endormir d'une espérance vaine, Qui, s'envoUant en songe, augmentoit mon tourment ! Combien de mes deux yeux ay-je versé de pluio? Et combien de bon cœur ay-je maudit ma vie, Me forgeant sans raison un mescontentement?
Celuy qui veut conter les douloureuses paines, Les regrets, les soucis, les fureurs inhumaines. Les remords, les frayeurs qu'on supporte en aimant. Qu'il conte du printans la richesse amassée. Les vagues de la mer quand elle est courroussée, Et par les longues nuits les yeux du flrmament.
Le forçat enchaisné quelquesfois se repose. Le pauvre prisonnier, dedans sa prison close, Clost quelquesfois les yeux et soulage ses maux ; Au soir le laboureur met ses bœufs en l'estable, Et, doucement forcé d'un sommeil agréable, Remet jusquee au jour sa peine et ses travaux.
Seulement le chetif qui couve en sa pensée Le poignant aiguillon d'une rage insensée ?ie sent point de relasche entre tant de malheurs : Si le jour le faschoit, la frayeur solitaire Et le silence coy r'entament sa misère, Renveniment sa playe et frappent ses douleurs.
Est-il dedans le lict ? les pensers qui l'assaillent, Mutins et furieux, sans repos le travaillent :
A .tA..kà
L'un çà, rauljre delà, chacun à qui mieux mieux; De ses cuisons regrets le ciel il importune, Il resve, il se despite, il maudit sa fortune, Noyant toute espérance au torrent de ses yeux.
S'il s'endort quelquesfois, aggravé de tristesse, Ilelas ! par le dormir sa douleur ne prend cesse, Hais plus fort que devant il se sent travailler ; Car au premier sommeil les songes l'cspouvantent, Et mille visions à ses yeux se présentent. Qui le font en sursaut rudement éveiller.
Ou si le corps vaincu du travail et du somme Ne se réveille point, et qu'un dormir l'assomme, Le cœur qui n'a repos ne fait que soupirer. L'esprit tremble et frémit de la frayeur horrible, L'ame crie et se plaint pour sa douleur terrible, Et les yeux entr'ouvers ne cessent de pleurer.
Le jour est-il venu? sa douleur recommence, 11 déteste le bruit, il cherche le silence ; La clairté lui desplaist, et la voûte des cieux. Le murmure des eaux, la fraischeur des ombrages. Herbes, rives et fleurs, forests, prez et boccages ; Et ne sçauroit rien voir qui contente ses yeux.
Amour, quiconque fut qui te mit de la race De ce débat confus, lourde et pesante masse *, 11 parloit sagement et disoit vérité, Car, las ! qui veit jamais confusion si grande Qu'aux misérables lieux où ton sceptre commande, Tousjours rouge de sang, d'ire et de cruauté?
C'est pitié que d'ouïr les estranges merveilles. Les miracles divers, les douleurs nompareilles Et les cris de ses foux travaillez sans repos : L'un dit que l'esprit seul a gaigné sa pensée, L'autre accuse des yeux, l'autre a l'ame insensée Pour des cheveux trop beaux ou de trop doux propos.
L'un sera captivé-par une larme feinte, Et à l'autre un beau teint donne mortelle atteinte; L'un transira de froid, l'autre mourra de chaud; L'un compare aux rochers celle qui le tourmente, L'autre fait de sa dame une lune inconstante ; L'un se plaint d'aimer bas, l'autre d'aimer trop haut.
Ainsi, dans les enfers, les ombres criminelles Se pleignent vainement de leurs paines cruelles Et des tourmens divers qu'il leur faut supporter ; Mais, las ! je croy qu'Amour plus de tourmens assemble
* Qui conque Tassimila au chaos.
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