‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 3)Chapitre 35 sur 163 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Laisse faire à mes yeux : ces ruisseaux que je pleure Esleindront le fourneau dans mon cceur allumé.

Mais c'est trop vainement qu'en espoir je me fonde, L'eau n'esteint pas l'amour : Neptune au creux de Tonde S'est tronvé mille fois amoureux et brûlant.

Sus donc, ardans soupirs, monstrex votre puissance. Rendez mon feu plus chaud, croissez sa véhémence. 11 en durera moins s'il est plus violant'.

Si le mary jaloux de la belle Cypris, Qui forge à Jupiter le tonnerre et l'orage, Forgeoit les traits d'Amour, il eust maudit l'ouvrage Et quitté, tout lassé, son labeur entrepris.

Car ce cruel volleur des cœurs et des espris, Nourry d'une tigresse en quelque lieu sauvage. De mille coups mortels ne contente sa rage, Et fait tousjours des cœurs sa victoire et son prix.

On perd tans contre luy de se mettre en deffanoe : Un homme n'est pour faire à un dieu résistance, Hesme un dieu si puissant, qu'il surmonte les dieux.

Maudits soient tous ses traits et leur puissance forte I Helas ! j'en suis couvert en tant et tant de lieux, Qtie cet aveugle archer pour sa trousse me porte *.

Je sçay qu'elT ont des yeux, les autres damoiselles, Pour rendre en regardant maint et maint amoureux, Mais non pas des soleils ardans et vigoureux. Qui remplissent les cœurs de flammes immortelles.

J'avoue et veux penser qu'il y en a de belles Assez pour travailler un esprit désireux : Mais quelle autre a ses traits si doux et rigoureux, Qui font gouster la vie entre cent morts cruelles?

* Imité d'un sonnet italien qui commence par ces vers :

Lasso I non basla ch' io ardo ? clie l' immenso Foco che me disIrugKe inforza ancora?

Che i sospir, cbe somando escono ogn' hora, 11 fisumo al 8U0 furor più fermo e intenso.

* Imité d'un sonnet UaKen qui débute par cette strophe :

S' el loppo che al gran Giove i atrali aftina, Pabro fusse d'Amor, gia haveria Bronle E' gli altri che un solo occhio banno in la fronte Per fastidio lasciata la fucina.

74 mkHE.

Quelle autre a cet esprit qui le mien a diariué Ces propos, ces discours dont je fus transformé 1 Où sont tant d'hameçons, d'amours, de feux, de glaces?

Souffrons donc sans blasphème un extrême touiraeul, Croyant qu'on ne sçauroit qu'aimer extrêmement Celle qui est extrême en beautez et en grâces '.

Malheureux que je suis ! je vous soulois descrire Mon naturel léger jamais ne s'arrestant, Prenant à grand honneur que je fusse inconstant, Et, tel comme j'estois, me plaisant à le dire.

Maintenant que vostre œil sans pitié me marlire, Ma nouvelle douleur d'heure en heure augmentant, Je maudy mon offense, honteux et repentant, Et trop tard pour mon bien je cherche à m'en dédire.

Quel confort? quel r^oiede ? Amour, conseille*-moy . Pourra-t-elle jamais s'assurer de ma foy, M'ayant connu devant si léger de courage?

llelas ! mon inconstance à sa gloire a esté, Car quel plus grand honneur que d'avoir arreslé Geluy qui s'asseuroit d'estre tousjours volage?

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