‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 3)Chapitre 34 sur 163 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Amour, trie et choisis les plus beaux de ces vers Et raye à ton plaisir ceux de moindre mérite . Qu'à ce fascheux labeur ta louange t'excite, 'est dessous ton beau nom qu'ils vont par l'univers.

Us sont nez de ta flame et des tourmens divei's Dont tu me fis présent, quand je vins à ta suite : Ma prise et ta victoire au vray s'y voit décrite ; Cest le papier journal des maux que j'ay soufTers.

Ceux qui ne t'ont connu, sinon pair ouy-dire, Ne doivent curieux s'arrester à les lire : Aux seuls vrais amoureux ce livre est réservé.

Les autres ne croiroient tant d'estranges alarmes ; Las ! si n*ay-je rien dit que je n'aye esprouvé, Et chacun de ces vers me couste mille larmes.

DIALOGifE

Arreste un peu, mon cœur, où vas-tu si courant?

— Je vay trouver les yeux qui sain me peuvent rendre.

— Je te prie, atten-moi. — Je ne te puis attendre, Je suis pressé du feu qui me va dévorant.

— 11 faut bien, ô mon cœur I que tu sois i^orant, De ne pouvoir encor ta misère comprendre : Ces yeux d'un seul regard te réduiront en cendre : Ce sont tes ennemis, t'iront-ils secourant ?

— Envers ses ennemis si doucement on n'use

Ces yeux ne sont point tels. — Ah ! c'est ce qui t'abuse : Le fin berger surprend l'oiseau par des appas.

— Tu t'abuses toy-mesme, ou tu brûles d*envie, Car l'oiseau mal-heureux s'envole à son trespas, Hoy je voile à des yeux qui me donnent la vie.

Si je me siez à l'ombre, aussi soudainement Amour, laissant son arc, s'assied et se repose; Si je pense à des vers, je le voy qui compose ; Si je plains mes douleurs, il se plaint hautement.

Si je me plais au mal, il accroist mon tourment; Si je respan des pleurs, son visage il arrose ; Si je monstre ma playe, en ma poitrine enclose, Il défait son bandeau, l'essuyant doucement.

Si je vais par les bois, aux bois il m'accompagne. Si je me suis cruel, dans mon sang il se bagne. Si je vais à la guerre, il devient mon soldart.

Si je passe la nuict, il conduit ma nacelle ; Bref, jamais l'importun de moy ne se départ. Pour rendre mon désir et ma peine éternelle.

lY

Las! trop injuste Amour, veux-tu jamais cesser? PTas-tu point d'autre but qu'un cœur plein d'innocence? Je recoïinois assez ta divine puissance, Et suis tousjours tremblant, craignant de t'offencer.

Ai-je un seul lieu sur. moy qui te reste à percer ! Suis-je pas tout couvert des traits de ta vengeance? Et tu laisses, couard, ceux qui font résistance, Pour sus moy, ton subjet, ta colère passer.

Je sors d'une prison, tu r'enchaisnes mon ame; Je suis guari d'un trait, un autre me r'entame ; Eschapé du péril, j'entre en plus grand danger.

Quand je pense estrè seur des flots et de l'orage, Que je suis prés du port, que je voy le rivage, Tu repousses ma nef et la fais submerger.

0 mon petit livret, que je t'estime heureux ! Seul tu cueilles le fruit de mon cruel martire. Ton contentement croist quand mon tourment empire. Et ton heur est plus grand, plus je suis douloureux.

Tu retiens doucement ces beaux yeux rigoureux.

Dont il faut qu'à regret sans cœur je me retire ; Tu vois tous les trésors de l'amoureux empire Et reçois tous les biens dont je suis désireux.

Tu couches tous les soirs auprès de ma deeâse, Hais, las ! en y pensant, ce souvenir me blesse, Je suis de jalousie ardamment allumé.

Car, hé! que sçay-je, moy, si l'Amour par canlelle àS'est point ainsi luy-mesme en livre transformé, Pour luy baiser le sein et coucher avec elle?

Yl

Pi'ivé des doux regards, qui mon ame ont ravie Et la vont nourrissant de mille et mille appas, Je vy trop mal-heureux : mais non, je ne vy pas, Ou je vy d'une vie à cent morts asservie.

Las ! je vy voirement, mais c'est mourant d'envie De voir mourir mes maux, qui jamais ne sont las : Aussi bien puis-je vivre entre tant de trespas, Sans cœur, sans mouvement, sans lumière et' sans vie.

Je ne vy point; si fay : car, s'il n'estoit ainsi, Sentiroy-je. estant mort, tant d'amoureux soucis,» Tant de feux, tant de traits, qui tourmentent mon amo*

Quoy donc? je vy sans cœur contre l'humaine loy : Non, non, je ne vy point, je suis mort dedans moy; Hélas ! si fay, je vy, mais c'est en vous, madame.

PLAINTE

En quel désert, quel bois ou quel rivage, Amour voilant, me pourroy-je sauver.

Pour l'empescher de me venir trouver Et m'affranchir de ton cruel servage?

Las! je pensoy, évitant l'influence De ces beaux yeux, aux rayons si nuisans, Que mes brasiers en seroient moins cuisans Et que mon mal perdroit sa violence.

Mais c'est en vain qu'ainsi je me destoume Par les halliers plus fascheux h passer, Car je m'emporte, et je me dois laisser; Partant du pied, du penser je retourne.

Plus je suis loin, plus mon désir s'allume. Je ne puis plus ses efforts endurer.

Jugez, amans, si je dois espérer, Plus loin du feu, plus fort je me consume.

Je ne voy rien qu'objets qui me desplaisent ; Toute clairté rend mes yeux languissans;

^Nhjii

Je n*enten rien qui n'offense mes sens,

Et par le temps mes douleurs ne s'apaisent.

Tu as beau faire, û soleil ! ta reveuë, Enflammant l'air d'amoureuse clairté, Tu ne sraurois chasser l'obscurité.

Qui m'environne et qui couvre ma veuê.

Tu luis par tout, fors que dedans mon nm«, Mais dedans moy tu n'as point de pouvoir : Nulle clairté je ne puis recevoir S'elle ne vient des beaux yeux de ma dame.

Rien ne s'égale à ma dure souffrance, Belle Diane, et j'atteste vos yeux Que mon trespas me plairoit beaucoup mieux Auprès de vous, que vivre en vostre absence.

Mais on ne meurt d'une extrême tristesse. Bien que l'esprit soit du corps sepai'é : S'il estoit vray, je n'eusse tant duré, Et par ma fln ma douleur eust pris cesse.

Comme des monts les ombrages descendent, Quand le soleil loin de nous se départ, S^mon soleil tourne ailleurs son regart. Mille frayeurs dans mon ame s'espandent.

Le desespoir aussi-tost s'en rend maistre, Rien ne sçauroit contre luy m'asseurer, * Et les pensers qui me font soupirer, D'un soucy mort cent mille en font renaistre.

Uelas ! perdez ceste rage importune, Hostes cruels des esprits angoissez : Je sçay mon mal et le connois assez, J'ay trop d'amour et trop peu de fortune.

Soit que Phœbus environne la terre.

Soit que la nuict jnette un à son cours, Obstinément vous me pressez tousjours :

Je suis le champ où vous faites la guerre.

L'un veut troubler l'espoir dont je me flate, L'autre combat ma constance et ma foy.

L'autre soustient que je ne suis plus moy, M'estant perdu pour gaigner une ingrate.

L'autre me dit qu'en vain je m'encourage, Dessus l'arène ayant fait fondement, Et que son cœur se change incessamment. Comme un miroir qui reçoit toute image.

Tais-toy, penser, je sçay bien le contraire, Et sens nos feux trop vivement épris : Amour, qui flst les nœuds de nos espris. Quand il voudroit, ne les sçauroit desfaire.

Hais, si i»on cœur cUangeoit connue rburij>e, !»ept fois le jour, deçà delà porté, Je n'auroy loy que de sa volonté :

Cest mon objet, et je suis son polype.

VU

Ma dame. Amour, Fortune et tous les elemens. Animez contre moy, sont bandez pour me nuire : Sans plus le doux sommeil de leurs fers me retire, Et fait peur à mes maux par ses enchanteroens.

0 songe! anj;e divin, sorcier de mes tourmens, Je voy par ta faveur ce que plus je désire : Tu me fais voir ces yeux qui font que je soupire, Et fais naistre en mon cœur mille contentemens.

Mais la rage d'Amour, qui point ne diminue, Avec tous tes efforts empesche ta venue, Et ne sens pas souvent ton doux allégement.

Donc, puis qu'il est ainsi lors que tu me visites, Helas! songe amoureux, dure plus longuement, Afln que tes faveurs ne soient pas si petites.

Je me veux rendre bermite et faire pénitence De l'erreur de mes yeux pleins de témérité, Dressant mon hermitage en un lieu déserté. Dont nul autre qu'Amour n'aura la connoissanoe.

D'ennuis et de douleurs je feray ma pitance. Mon bruvage de pleurs; et, par l'obscurité, Le feu qui-m'ard le cœur servira de clairté Et me consommera pour punir mon offance.

tin long habit de gris le corps me couvrira. Mon tardif repentir sur mon front se lira. Et le poignant regret qui tenaille mon ame.

D'un espoir languissant mon baston je feray. Et tousjours, pour prier, devant mes yeux j'auray La peinture d'Amour et celle de ma dame.

RESPONCK PAP. PASSEIIAT*

Vous voulez estre horfnite, hermitc allez vous rendre, Cachez-vous dans les bois pour fuir Cupidon,

* Jean l'asseral, poêle el pamphlétiiire célt-bre, né a Troyes, en iLir^. acheva >es ctudes à Paris. Mouiuié professeur d'humanilês, il relat«L jp-

blASE.

El. pour mooïinfff qu'eu io«s est rsleini son brandon. Haktlkl-«l>u:^ tie ^ris, c'est la covlrvr de cendre.

Vi\ez tie (•ati^nce. il le tous faat apprendre; Votre eMx'ir niecsonscr soit dian^é en bounlon. Le ikJani «la refus * a i^io^tît panJkm ITa^oir plus demanié que ne deviez attendre.

Mais sur K»ul que l'IuKur en ce lien ne soit painl ; Pour guarir du chaod-nial. ce<t un dangereux saint. S'il rallume une îois tus fljuumes anH>rties,

V pouvant suppcMier cette tentation.

Tous sorlirei des bob et de dêrotîon.

Et etieiez bien-tost \otie froc aux orties. .

»'C5 roKTK.Air

Amour de sa main propre a portrait cet image. Afin qu'un pays firuîd, lourd, barbare, indonté. Qui demeuroit rebelle à sa dirinité, Fust contraint de se rendre et de luy faire bommage.

Il cboisit le parfait d'un si divin oarrage Dans le ciel, sur le vray de la mesme beauté, Taquant à son labeur d'esprit tant anresté, Que sur la beauté mesme on voit quelque avantage.

Les Amovs hiy servoîent : l'un brassoit les couleors. L'antre les destrempoit en lartrent de mes pleurs. L'antre, plus curieux, admiroit l'artifice.

Quand il eut achevé, loy-meane en fut épris. En devint idolâtre, et soudain je fus pris. Afin que de mon oœnr il luy fist sacrifice;

Hé! ne saffit-il pas qu'Amoar, trop animé. Tienne mon cœur en fini qui s'accroist d'heure en heure, Sans qœ mes chauds soupirs, sortant de leor demenre. Donnent force â l'ardeur dont je sois consommé?

0 vent impétueux, excessif, enflamé, Cest par toy que ma fiame étemelle demeure.

prcl^nditles aoleors anôens. Henri de Jfcsine, proledeor des cmdits, faol rm^^-û/nf ans pour coannensal. U occupa la chaire d'èloqueace ou Ramas •av^U brillé, au collée de France Sauf un morceau, h Satin Miniffét fiil * iTTi? par lui et par 5. Rapin. 11 OMorut le 1* septembre tCtt, raanêe nés» dans laquelle oo poblia ses oMvres poétiques pour b première fois. * It dépil d avar été refesé.

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