LIVRE II
Jamais, au grand jamais, on ne verra changer La foy qne je vous ay nouvellement jurée : Piustost faudront les eaux en la plaine azurée, Et l'élément du feu ne sera plus léger.
Le ciel et mon vouloir à vous m'ont fait rangef*, Seule vous me semblez digne d'estre adorée. Et connoy que ma veue estoit fort égarée. Quand de moindre clarté ne pouvoit s'estranger.
Celle que j'ay long-tans fidellement aimée, Pour retirer sa flamme en cent lieux allumée, Autre cœur que le mien choisira désormais.
Hé ! qui seroit constant parmy tant d'inconstance ? Trop souvent imté, j'ai perdu patiance.
Et ne l'aimeray plus jamais, au grand jamais.
CHANSON'
• Que vous ui'allez tourmentant De m'estimer infidelle !
Kon, vous n'estes point plus belle Que je suis ferme et constant.
Pour bien voir quelle est ma foy, Regardez-moy dans vostre ame ; C'est comme j'en fay, madame :
Dans la mienne je vous voy.
Si vous pensez me changer, Ce miroir me le rapporte ; Voyez donc de mesme sorte En vous, si je suis léger.
Pour vous, sans plus, je fus ne, Mon cœur n'en peut aimer d'aulic :
Las ! si je ne suis plus vostre, A qui m'avez-vous donné?
Que je hay l'inconstance et que j'estime fous Ceux qui chassent par-tout d'une queste incertaine ! Quand on n*a point d'amour tel pourchas n'est que paine La seule afifection, c'est ce qri le rend doux.
De moy, je me plais tant à n'aimer rien que vous Que la plus grand' douleur ne peut m'estre inhumaine, Pourveu que vous croyez que ma foy soit certaine
Et que pour bien aimer je sois prisé de tous.
A vos yeux seulement mon esprit tait hommage, Et d'autre que de vous, j'en jure vostre image, Le ceston de Vénus ne pourroit m'enflamer:
Je suis depuis vingt ans sous vostre obefssance. Commençant à conter du point de ma naissance. Car le ciel me flst naistre afin de vous aimer.
Quand j'admire, étonné, vostre beauté parfaite, Que l'esprit seulement ne sçauroit concevoir, Mon cœur, mauvais devin du mal qu'il doit avoir, Croit que rien de rigueur n'y peut faire retraite.
Sur la plus belle Idée au ciel vous fustes faite. Voulant nature un jour monstrer tout son pouvoir, Depuis vous luy servez de forme et de miroir, Et toute autre beauté sur la vostre est portraite.
Beaux yeux qui rendez serfs tous ceux que vous voyez. Yeux qui si doucement mon espoir foudroyez. Sans qui du faux Amour la trousse est dépourveuê :
Non, j'atteste en jurant vostre effort nompareil, Et vos douces ûertez, que je prise ma veué Plus pour vous regarder que pour voir le soleil.
On verra défaillir tous les astres aux cieux, Les poissons à la mer, le sable à son rivage, Au soleil ses rayons bannisseurs de l'ombrage, La verdure et les fleurs au printans gracieux :
Plustost que la fureur des rapports envieux Efface en mon esprit un trait de vostre image ; Elle est trop bien emprainte au roc de mon courage» Pour craindre que le sort en soit victorieux.
Bien que j'aye en aimant la fortune contraire,* Que tout soit coiyuré pour de vous me distraire, Je demeureray vostre en despit des jaloux.
En vous gist mon salut, ma foy, mon espérance, Le ciel me fit pour vous, pour vous je pris naissance, Pour vous je doy mourir; aussi je meurs pour vous.
Si j'aime autre que vous, que l'honneste pensée Qu'Amour loge en mon cœur s'en puisse départir,