‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 3)Chapitre 47 sur 163 · DIANE. — LIVRE II · texte numérisé non relu

DIANE. — LIVRE II

En diverses saisons départira son cours,

En froid et puis en chaud, en longs et petits jours,

Et la teri'e, ores laide, en avril sera belle.

Ce grand Hambeau du ciel sans fin resplendissant, Œil visible de Dieu, fils atné de Nature, Tousjours dessous un signe immobile ne dure, Ains change et fait changer l'âge pront et glissant.

Mais sa diversité n'esmeut mon cœur fidelle, Car rien plus de changeant n'y sçauroit arriver: La constance est ma forme, on ne m'en peut priver; Elle m'a donné Testre, et ne seroy sans elle.

Ce qu'est le mouvement au ciel qui tout dispose, • La lumière au soleil, au plomb la gravité, La froidure à l'hyver, la chaleur à l'esté, Vostre cœur est à moy toute une mesme chose.

Qu'on ne soit donc jamais en doute de ma foy. Car, devant que le tans nos deux cœurs desassemble, Un suget recevra deux contraires ensemble : Cessant de vous aimer, je ne seroy plus moy.

J'ay couru, j'ay tourné, volage et variable, Selon que la jeunesse et l'erreur m'ont poussé. Et mon vol trop hardi jusqu'au ciel j'ay haussé. Dressant à mes désirs maint trophée honorable.

S'il y eut onc amant heureux et misérable, Fasché, contant, jaloux, bien et mal carrosse. Qui par tous les destours hazardeux ait passé. C'est moy dont le renom doit estre mémorable.

Rendu sage à la fin, je me suis retiré A vostre œil, qui de moy fut premier adoré, Ne trouvant autre part nulle flamme assez claire.

Vous seule à l'avenir ayez sur moy pouvoir. Les amours de ce tans vostre foy m'ont fait voir : Un contraire est tousjours mieux veu par son contraire.

Page 1