PHILIPPE DESPORTES. XLI
roi les beaux vers jusqu'ici renfermés dans mes tiroirs; que. si je veux, vous me ferez mander par un seigneur de la cour, lequel, sous le prétexte du bien public, se chargera de minlroduire parlera de mes faîU d'armes, des services de mon père sous les drapeaux. Saisissant l'occasion, vous ajouterez que je sais en outre un habile riraeur.
Car, dites-vous, qui sattleinetU se dit Eslre poêle, il perd tout son crédit.
Estant lenu comme une {•irouette :
En coor n'est qu'un eslre fol eu poêle- Mais feindre faut qu'on n'y prend point plaisir Si le public « n'en donne le loisir.
« Vous ajoutei, poursuit Yauquelin de la Fresnaie, que je comiais nombre de seigneurs, qui tous me viendront en aidr me feront nager dans le bien-être et obtenir des conjiuissions; n y en eût-il pas à distribuer, on en inventerait. H faut avoir perdu le sens pour blâmer ce système commode usité an oela des Alpes, fie voit-on pas tous les jours des notables de Pans piiiser à ces sources abondantes de richesse? Les uns vendent les biens communaux et les landes; les autres afferiDcnt des bois, trafiquent sur la coupe des forêU, sur les enirwss. sur les impôts. . Cela remplit les bourses vides. . et comme je suw en province, que je pourrai diriger les opéra.' «ons. mes coffres se rempliront d'autant plus vite, foos tennl* nexpar ces remarques : ^^
^"i TiiA Um nienz eitre marteau qc'flM
Et ^„ -nr»^„
Je ^issecncor loodier quelque ducal Avec hoiiaeur, pourtaut c'est peu de chose ^pnx du bia qu'eu h cour on propose.
^ 'ZZT^ ''r^ ''^ gnînde'^i on prendra plus qu^en uo petit ruisseau. »
A celle morale du succès, du lucre et de la jouissance. Yao qwtoi loi opposait la modestie de sm d#kir« «;"• T: , «ssail abond^ent de quoT ^viT t^Zlj!^ l" ''^'^- «oode : il aimait daiUeu« U n^t^ Icrî^" i ' '"''.'^ ^" de U conr. B«r. il aimait -nieuî'r iinSl t^ll^^J"pas aventorer sa barque sur des flots orageux "*
Cette epitre importante nous montre qu'il v avait ,« ^« •
XLII l'IIILlFl'K DESCOniES.
cuiait à cette époque sur les dentées, sur les gabelles, sur les terres, sur les fournitures faites au gouvernement. Desportes était expert dans ce trafic, et, par intérêt pour les écrivains, cherchait à les enrôler parmi les agioteurs.
11 semblait avoir adopté comme régie de conduite les avis moqueurs exprimés dans le Poète courtisan, de Joachim du Bellay :
Hais qui des grands seigneurs veut acquérir la grâce,
Il ne faut que les vers seulement il embrasse :
Il faut d'autres propos son style déguiser
Et ne leur faut toujours des lettres deviser.
Bref, pour être en cet art des premiers de ton âge,
Si tu veux linement jouer ton personnage,
Entre les courtisans le savant tu feras,
Et entre les snvans courtisan tu seras.
Ce faisant, tu tiendras le lieu d'un Aristarque,
Et parmi les savants seras comme un monarque.
Tu seras bienvenu entre les grands seigneurs,
Desquels lu recevras des biens et des honneurs,
Et non la pauvreté', des Muses l'héritnge,
Laquelle est réservée a ceux-là en partage
Qui, dédaignant la cour, fdcheux et mal plaisants,
Pour allonger leur gloire accourcissent leurs ans.
Du Bellay eût voulu peindre Desportes et ses habiles façons d'agir, qu'il n'eût pas employé d'autres termes. Son succès, comme poète, avait été très-rapide.
Il fut tout aussitôt reconnu par la France
Un foudre de bien dire, un torrent d'éloquence.
Et, brusquement porté sur Taile de ses vers,
Du clair bruit de son nom il remplit l'univers. •
nous dit en assez bon style Jacques de Montèrent. Ses œuvres eurent un grand nombre d'éditions pendant sa vie. Celle de 1583 est la première qui offre son troisième recueil de sonnets galants, publié sous ce double titre i Cléonice, Dernières Amours, Le poète avait juré trop tôt que la passion ne l'entraînerait plus; il s'éprit encore d'une grande dame, et, comme elle lui tient la dragée haute, il recommença de plus belle ses langou*reux gémissemciUs. Son ardeur ne laissait pas de lui surexciter l'ima^nation.
Je laisse au philosophe et aui geds de loisir A mesurer le temps par mois et par journées; Je compte, quant à moi, le temps par le désir.
Coiletet, dans sa Vie de Rotisard, prétend que la dame clian-
flIlLIPPK UEtiPOItTES. XI.I11
lée SOUS le nom de Oléonice pourrait être HéUette de Yivoiinc de la Cliastaigneraie. Du Radier fait Tsloîr cette hypolliése et nous donne quelques renseignemcnls sur la jeune fllle. Son père était Charles 4e Vironne, baron de la Châtaigneraie, qui avait pour femme Renée de Vivonne, sa parente. Uéliettc épousa, le 10 juillet lâ£0, Louis de Montberon, seigneur de Fontaine^iiateaudray, et mourut en 1625. Le sonnet de Ronsard, joint aux AmoHm de Cléonhe, semble la désigner d'une manière évidente. Un sonnet placé à la fin des Am^ttra divenett porte amsi son iM»m. Pourquoi dans ce morceau trùs-vif le poète n'at-il pas employé le pseudonyme? C'est ce que je ne saurais deviner. Plusieurs passages prouvent d'ailleurs que ces opascolei» s'adressaient à une femme mariée, avec laquelle Desportes entretenait un commerce platonique. Un homme si fin, si positif, s'était laissé prendre à une affection idéale, qui devait, tout au plus, lui valoir de temps en temps un coup d'œil, un serrement de main. Que voulez-vous? 11 était poêle et il imitait Pétrarque. Et puis il n'avait sans doute pas prévu qu'il trouverait une si énergique résistance. De là ses pleurs véritables et cette ode mélancolique placée à la fin des sonnets.
Adieu, cliansons, adieu, discours.
Adieu, nuits que j'appelois jouii», En tant de liesses passées; Mon cœur, où logeoient les amours, >'est ouvert qu'aux tristes pensées t
IssOEuifres chrestienHesùeUtëportes sont généralement regardées comme un produit de sa vieillesse : on les confond à cet égard avec les psaumes, dont les soixante premiers parurent en 1S92, chez Mamert Pâtisson. Hais, quand on suit chronologiquement les travaux du poète, on voit qtt*il a eu en tout temps de pieuses inspirations. Dés Tàge de vingt-quatre ans, il avait touché la harpe sainte; pendant ses jours de bonheur et d'ivresse, il la re^ légnait dans un coin, pour la reprendre aussitôt que la fatigue et l'ennui voilaient à ses yeux les riantes perspectives où se complaisait d'ordinaire son imagination. Plusieurs morceaux religieux, qui tei'mineut l'édition de 1579, manquent â l'éditiof